Le zouk naît à la fin des années 1970, sous l'impulsion du musicien guadeloupéen Pierre-Édouard Décimus, qui souhaite créer un groupe renouant avec les racines de la musique antillaise tout en la faisant rayonner à l'international. Il s'associe à son frère Georges Décimus, également guadeloupéen, ainsi qu'au guitariste Jacob Desvarieux, dont la mère, Cécile, est originaire de Guadeloupe (commune de Saint-François) — Desvarieux y passera une partie de son enfance avant de s'installer, à la fin de sa vie, aux Abymes, où il décèdera en 2021.
Ensemble, ils fondent Kassav' en 1979 et publient un premier album, Love and Ka Dance. Le nom du groupe lui-même est un mot créole désignant une galette de manioc traditionnelle. Le son fondateur du zouk repose sur le gwo ka, musique et rythme traditionnels de la Guadeloupe reposant sur le tambour ka, que les musiciens modernisent en y intégrant des boîtes à rythmes, des synthétiseurs et des influences funk. Ce n'est que dans un second temps que le groupe s'élargit à des musiciens martiniquais (Jean-Philippe Marthély, Jocelyne Béroard, Jean-Claude Naimro) et à d'autres artistes guadeloupéens (Patrick Saint-Éloi, Claude Vamur), consolidant l'audience et la richesse stylistique du genre.
En 1984, le titre Zouk la sé sèl médikaman nou ni rencontre un succès retentissant et donne son nom définitif au genre musical.
Dès son apparition, le zouk est caractérisé par un tempo rapide de , un rythme souligné par les percussions et une forte section de cuivres.. Dans la partie des années 1980, des groupes comme Zouk Machine (avec leur tube Maldòn la musique dans la peau) fondé par les deux membres du groupe Expérience 7 (Guy Houllier et Yves Honoré) ou le chanteur Patrick Saint-Éloi ont à leur tour fait évoluer cette musique.
Étymologie
Selon une hypothèse linguistique le mot zouk serait issu de l'arabe Alex Laupeze, « La révolution zouk, une épopée musicale et identitaire », in Jérémie Kroubo Dagnini (Dir.), Musiques noires. L’histoire d’une résistance sonore, Paris, éd. Camion Blanc, 2016, 277-295., plus spécifiquement de l'arabe dialectal maghrébin : on retrouve en arabe marocain le terme زك (zek ou zekk) qui signifie « fesses » ou « postérieur » https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/zouk. Des investigations soutenant cette hypothèse ont été effectuées par l’archiviste et collectionneur Philippe Pilotindont les propos ont été confirmés par le musicien saxophoniste Max Labor le .
On retrouve par ailleurs une racine berbère commune (panberbère) plus ancienne, la racine ZK qui donne les termes tazukt (qui sans la marque du féminin peut être segmenté en ta-zuk-t) « fesse, cuisse, hanche, flanc » en dialecte berbère du Maroc central et tezuk (te-zuk) « fesse » dans les dialectes touaregs du Touat et des Taïtoq en AlgérieMohand Akli. Dictionnaire des racines berbères communes. Suivi d’un index français-berbère des termes relevés Haut Commissariat à l’Amazighité 2006-2007.
Le verbe français « zouker » est parfois interprété dans ce contexte comme le fait de bouger les fesses ou danser et fait référence aux déhanchements de la danseusehttps://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/zoukou du danseur.
Terminologie Le percussionniste martiniquais Henri Guédon indique que dès les années 1960, le mot zouk faisait référence à des lieux de danse populaire. Le chroniqueur Michel Thimon estime également que le terme zouk désignait à l'origine une sorte de salle de bal peu conventionnelle. Au début du , le zouk désigne un bal « chaud » et aujourd'hui encore, le « zouk » peut décrire des soirées dansantes organisées chez des particuliers. Toutefois, si le mot zouk identifiait en Martinique un lieu où se déroulaient des festivités, le terme ne s'identifiait ni à un genre musical en particulier ni faisait référence à la musique zouk telle qu'elle a été codifiée, en Guadeloupe, vers la fin des années 1970.
Histoire Origines Le zouk, de nature expérimentale, ayant pris naissance en s'inspirant en continu des divers genres musicaux a toujours eu un rapport d'échange avec ses racines. Au même titre que le genre se nourrit de multiples sonorités (compas, rumba congolaise, jazz, RnB, salsa, raggamuffin, hip-hop), ces mêmes sonorités se nourrissent du zouk en retour. Il s'agit d'un cercle vertueux dans lequel les échanges ne sont pas unilatéraux. On peut donc apercevoir alors des sonorités zouk au travers d'un large éventail de musiques Afro-latino-urbaines.
Le continent africain, dont s'est principalement nourri le zouk a, par ailleurs, érigé « La maison du zouk » en Angola, preuve de cette reconnaissance des divers échanges culturels, et symbolique de l'histoire du genre musical..
Débuts En 1980, Pierre-Édouard Décimus, musicien dans un groupe kadans guadeloupéen (Les Vikings de la Guadeloupe) depuis les années 1960, décide avec Freddy Marshall et d'autres musiciens antillais, d'expérimenter de nouvelles sonorités électroniques de danse avec les traditions afro-caribéennes des Antilles françaises qu'ils ont toujours jouée.. Très attaché à la musique populaire de carnaval, Décimus cherche à l'adapter aux techniques musicales modernes. Les deux hommes recrutent aussi Jacob Desvarieux, guitariste de studio confirmé et Georges Décimus (le frère du premier), bassiste, ainsi que d'autres musiciens de cabaret. Le groupe se forme au fur et à mesure. Cette première mouture du groupe rentre en studio et au début de l'année 1979 paraît le premier album de Kassav', intitulé Love and Ka Dance. Et à côté de la kadans, un nouveau genre musical est né qui servira de base au zouk actuel, mais qui ne fera pas long feu : le zouk béton.
Zouk original, zouk béton ou chiré vignette| Jeu de gwoka à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Le zouk béton est le zouk original qui est issu d'un mélange de gwo ka, de calypso, de biguine, de rythmes africains, de kompa ou de kadans, très rythmé, chanté en créole et qualifié de Voyé monté (). On trouve ce rythme notamment dans les chansons de carnaval et le zouk béton se danse généralement sans partenaire.
Le groupe Kassav' popularise le zouk béton durant les années 1980 avec des tubes tels que Zouk la sé sèl médikaman nou ni, Ayé, Hawa, Chiré, Djoni, Banzawa, Mwen malad aw, Ki nom manmanw, Syé bwa, Ba nou zouk la et Zioum tube de carnaval chanté par Jean-Philippe Marthély. Sadi Lancréot connaît aussi un grand succès avec son tube Simao, titre très populaire et premier au hit parade de toutes les radios locales. Frédéric Caracas et son groupe Zouk All Stars popularisent également le zouk béton avec leurs tubes Vini et Chiraj. D'autres morceaux comme Mi chalè, Zouk à gogo de Tanya Saint-Val et Son la ri, Kay manman de Jocelyne Béroard ont été des tubes. Dans le courant, le groupe Zouk Machine enregistre en 1989 Maldòn (un tube vendu à plus d'un million de singles et resté des ventes de singles en France pendant neuf semaines). Le groupe composé de Jane Fostin, Christiane Obydol et Dominique Zorobabel, connaît de nombreux succès hexagonaux et reste l'une des références de la musique Antillaise. Puis le zouk béton perd de sa popularité dans les années 1980. Mais toutefois, durant les balbutiements de la musique zouk, Kassav' a su apporter de nouveaux sons, surtout au niveau des basses, claviers et cuivres donnant à cette musique un air de modernité et surtout de fête, une musique vivante et dansante en somme. Et introduit également la technologie du MIDI dans la musique CaribéenneGérald Désert, Le Zouk. Genèse et représentations sociales d'une musique populaire, préface de Apollinaire Anakesa Kululuka, Paris, Anibwe, coll. Liziba, 2018 .
Le , Jon Pareles, un critique de musique du New York Times, a décrit Kassav' de s'avoir : « ... également imprégné de la musique soca trinidadienne, du highlife et du soukous ouest-africains, de la salsa cubaine et portoricaine, du cadence et du compas direct haïtiens, ainsi que du funk et du disco nord-américains – et est devenu un expert en enregistrement studio ».
Rapport avec la musique africaine L'influence de la musique africaine a été fondamentale. Car l'orchestre marquant, vers la fin des années 1960 aux Antilles, était un groupe composé d'Africains, les Ryco Jazz, dont les modèles musicaux (rumba zaïroise et autres rythmes urbains) allaient servir de base aux nombreuses copies antillaises plus ou moins heureuses qui se succédaient. La lente évolution devait d'abord se faire en simplification rythmique et mélodique, puis à nouveau en enrichissement rythmique, mélodique et aussi instrumental, jusqu'à la sophistication orchestrale des dernières productions de Kassav'. Les Ryco Jazz comme leur nom l'indique tenait plus du quartet de jazz que du grand orchestre de variété. Ajoutons que le saxophoniste Jean-Serge Essous, depuis l'époque du groupe de rumba congolaise (OK Jazz), avait créé une formule où en plus du saxophone, une guitare pouvait jouer la partition d'un saxophone alto, manière de procéder qui a révolutionné la musique caribéenne lorsqu'il ramène ce concept en Martinique en 1966-1967.
Années 1980–1990 Les années 1980 sont riches en musique aux Antilles. Beaucoup de titres sont des hits mémorables : le hit Zouké interprété par le Guadeloupéen Patrick Saint-Éloi en 1984 et d'autres tubes comme Pa bizwen palé interprété par Jocelyne Béroard, Patrick Saint-Éloi et Jean-Philippe Marthély, Bel kréati chanté par Jean-Philippe Marthély et surtout le Kolé séré chanté en duo par Jocelyne Béroard et Philippe Lavil (disque d'or en France). Patrick Saint-Éloi a également chanté d'autres tubes marquants comme Darling, West-Indies, Rèv an mwen, À la demande, Lésansyèl, O la ou yé, Choisi, Filé zétwal et Mizik ; en duo avec Jean-Philippe Marthély, Pazapa, Bizness et Mistè la vi a.
Par la suite, d'autres tubes comme Sa ki ta la, Mi tchè mwen de Jocelyne Béroard et Djily, On ti flè, Tendress, Abandoné de Willy Ververt ont marqué les années 1980. Avec Kassav' et Zouk Machine, le son neuf des instruments électroniques participe à l'essor du zouk aux Antilles et en métropole, après le renouveau du kompa zîle, le kompa zîle va concurrencer le zouk.
Deux groupes de kadans se distinguent durant cette période : Kwak et Taxi Kréol de la Martinique. Ils se produisent régulièrement en live et obtiennent rapidement le succès. D'autres groupes évoluant aussi en live se forment (le playback est peu à peu délaissé).
Les tubes des années 1990 sont : Kobay de Jean-Philippe Marthély, Bay chabon, Beso, Fabiola, Ki jan ké fè de Patrick Saint-Éloi, Séré mwen, Komparéson, mennen mwen, Manjo de Kwak, Avan loraj et Foli kanel de Taxi Kreol, Cigarèt, Héros, Un homme de Jean-Michel Rotin, On ti Dousè, Romantik, Mister Radio, Nuit de Miel de Tatiana Miath, Karamel de Gilles Floro, Marie, Somnifè d'Edith Lefel, Natirel de Sonia Dersion, Avoué, San vou de Leïla Chicot, Pran plézi de Pascal Lanclume, Lettre de Fabrice Servier, Atirans de Jérôme, Chéri mwen de Chris Lovard, Tourment d'amour, Love Story d'Eddy Marc, Voilà pourquoi d'Orlane, Harry Diboula (avec ses tubes Mise au point et Tu me manques) va aussi marquer cette période. Il réalise après Kassav et Zouk Machine la plus grosse vente d'albums aux Antilles (avec l'album Classe affaire vendu à ). C'est une performance notable pour un artiste qui n'est pas produit par une major de la production musicale française.