vignette|Carte des républiques soviétiques.
La dislocation de l'URSS« Dislocation de l'URSS », en , tr. : de : « dislocation, séparation » ; ce terme sous-entendant des causes internes, il est souvent remplacé par , tr. : de : « démolition, effondrement » qui sous-entend des causes au moins en partie externes., également dénommée dissolution de l'URSS, éclatement de l'URSS, effondrement de l'URSS ou encore chute de l'URSS, se produit le lorsque le Soviet suprême de l'Union soviétique et le Soviet des républiques du Soviet suprême de l'Union soviétique, par la déclaration (soit en alphabet cyrillique) créent la Communauté des États indépendants (CEI) et reconnaissent officiellement les indépendances, proclamées les mois précédents, des républiques de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS)Déclaration ; seuls cinq des douze signataires ont ratifié la création de la CEI et certains s'en sont retirés depuis., reconnaissant ainsi formellement la disparition de l'Union soviétique en tant qu'État et sujet de droit international. La veille, le , le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, huitième et dernier dirigeant de l'URSS, avait démissionné, déclarant son poste supprimé et transférant ses pouvoirs, y compris le contrôle des codes de lancement de missiles nucléaires, au président de la fédération de Russie, Boris Eltsine. Ce soir-là, à , le drapeau soviétique est abaissé pour la dernière fois du Kremlin et est, le lendemain à l'aube, remplacé par le drapeau russe"Gorbachev, Last Soviet Leader, Resigns; U.S. Recognizes Republics' Independence". The New York Times. Rapporté le .
Auparavant, d' à , les quinze républiques soviétiques, Russie comprise, ont dénoncé le traité de création de l'URSS et, comme la Constitution soviétique l'autorisait, quitté l'Union. La semaine précédant la dissolution officielle, onze républiques signent les accords d'Alma-Ata établissant officiellement la Communauté des États indépendants (CEI) et déclarant que l'URSS a cessé d'exister"The End of the Soviet Union; Text of Declaration: 'Mutual Recognition' and 'an Equal Basis'", The New York Times, 22 décembre 1991, consulté le 30 mars 2013. The New York Times consulté le 30 mars 2013.. Les révolutions de 1989 et la dissolution de l'URSS marquent le début des conflits post-soviétiques et, pour deux décennies, une interruption de la guerre froide dont l'effet est un désarmement provisoire, une extension des systèmes pluralistes au détriment des gouvernances autoritaires, et l'arrêt de plusieurs guerres civiles dans diverses régions du monde où auparavant s'affrontaient les influences occidentale et soviétiqueRaymond Aron, « Les Conventions de la guerre froide », articles recueillis dans Une histoire du , Plon 1996, 255..Voir aussi les « Belligérants » dans l'infobox de l'article Guerre froide..
Dans plusieurs des anciennes républiques soviétiques, comme la Biélorussie, l'Ukraine, la Moldavie, l'Arménie et les cinq d'Asie centrale, la nomenklatura se maintient initialement au pouvoir, gardant des liens étroits et privilégiés avec la fédération de Russie et formant des organisations multilatérales telles que la CEI, la Communauté économique eurasiatique, l'union de la Russie et de la Biélorussie, l'union douanière de l'Union eurasiatique et l'Union économique eurasiatique afin de renforcer la coopération économique et en matière de sécurité sous l'égide de Moscou. En revanche, les pays baltes rejoignent l'OTAN et l'Union européenneDu fait de la non-reconnaissance internationale de leur annexion par l'URSS (voir plus bas), les trois pays baltes ont pu, depuis 1991 et contrairement aux douze autres républiques ex-soviétiques, quitter la sphère d'influence russe, opter pour une politique euro-atlantique ; le référendum en 2003 sur leur adhésion à l'Union européenne a eu lieu le . En effet, ni les États-Unis () ni la plupart des pays non-communistes membres de l'ONU, ni, par la suite, le Parlement européen ( Motion for a resolution on the Situation in Estonia par le Parlement européen, B6-0215/2007, 21.05.2007; passée le 24.05.2007. Consulté le janvier 2010; ; ), ni la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), ni le Conseil des droits de l'homme des Nations unies () n'ont jamais reconnu l'incorporation des pays baltes parmi les 15 Républiques socialistes soviétiques et ont continué à les reconnaître de jure comme États souverains ( David James Smith, Estonia: independence and European integration, Routledge, 2001, , p.XIX; ; )..
Chronologie jusqu'à la Chute de 1991 1985, Moscou : Mikhail Gorbatchev élu secrétaire général Mikhaïl Gorbatchev fut élu secrétaire général du Politburo le , trois heures après le décès de son prédécesseur Konstantin Tchernenko à l'âge de 73 ans. Gorbatchev, âgé de 54 ans, était le plus jeune membre du Politburo. Son objectif initial en tant que secrétaire général était de relancer l'économie soviétique, et il se rendit compte que cela nécessiterait une réforme des structures politiques et sociales sous-jacentes"Михаил Сергеевич Горбачёв (Mikhail Sergeyevičh Gorbačhëv)". Archontologie. 27 mars 2009. Consulté le 3 avril 2009.. Les réformes commencèrent par des changements de personnel parmi les hauts responsables de l'époque de Brejnev, qui entraveraient les changements politiques et économiques. Le , Gorbatchev fit entrer au Politburo deux de ses protégés, Egor Ligatchev et Nikolaï Ryjkov. Il contenta les ministères de « pouvoir » en promouvant le chef du KGB, Viktor Chebrikov, de candidat à membre à part entière, et en nommant le ministre de la Défense, le maréchal Sergueï Sokolov, candidat du Politburo.
Cette libéralisation favorisa les aspirations à l'émancipation des Soviétiques qui, en réaction aux décennies de russification subie, prirent rapidement la forme de mouvements nationalistes, générant des conflits ethniques au sein de l'Union soviétique. Cela favorisa également, plus indirectement, les révolutions de 1989 en Europe de l'Est, où les régimes communistes du pacte de Varsovie imposés par l'URSS furent renversés de manière pacifique (à l'exception de la Roumanie), ce qui accrut la pression exercée sur Gorbatchev pour qu'il instaure une plus grande démocratie et une plus grande autonomie pour les républiques constituantes de l'Union soviétique. Sous la direction de Gorbatchev, le Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) introduisit en 1989 des élections limitées et parallèles à la nouvelle législature centrale, le Congrès des députés du peuple (même si l'interdiction des autres partis politiques n'a été levée qu'en 1990).
En , Gorbatchev prononça un discours à Léningrad, dans lequel il préconisait des réformes et une campagne pour lutter contre l'alcoolisme généralisé. Les prix de la vodka, du vin et de la bière furent augmentés. Un programme de rationnement fut également mis en place. Les citoyens se virent remettre des cartes perforées détaillant la quantité d'alcool qu'ils pouvaient acheter au cours d'une période donnée. Contrairement à la plupart des formes de rationnement, qui sont généralement adoptées comme stratégie pour conserver les biens rares, cela fut fait pour limiter les ventes dans le but déclaré de réduire l'ébriété. Le plan de Gorbatchev incluait également des panneaux publicitaires faisant la promotion de la sobriété, des peines plus lourdes pour l'ébriété publique et la censure de scènes de consommation de vieux films. Cela reflétait le programme du tsar pendant la Première Guerre mondiale, qui visait à éradiquer l'ébriété pour renforcer l'effort de guerre. Cependant, cet effort précédent visait également à préserver le grain uniquement aux fins les plus essentielles, ce qui ne semblait pas être un objectif du programme de Gorbatchev.
Gorbatchev fut bientôt confronté à la même réaction économique, adverse à sa prohibition, que le dernier tsar. La proscription de la consommation d'alcool porta un coup sévère au budget de l'État, selon Alexandre Nikolaïevitch Iakovlev, qui nota que les prélèvements annuels de taxes sur l'alcool avaient diminué de 100 milliards de roubles. La fabrication et la distribution de l'alcool continuèrent, mais uniquement dans l'économie parallèle. Pour distiller de la vodka, les Soviétiques plus pauvres et moins éduqués eurent recours à des substituts malsains, tels que le dissolvant pour vernis à ongles, l'alcool à brûler ou l'eau de Cologne, générant un fardeau supplémentaire pour le secteur de la santé en URSS en raison du nombre croissant de cas d'empoisonnement. Le but sous-jacent de ces réformes était de soutenir l'économie dirigée existante, contrairement aux réformes ultérieures, qui tendaient au socialisme de marché.
Le , Gorbatchev promut Edouard Chevardnadze, premier secrétaire du parti communiste géorgien, au rang de membre à part entière du Politburo, et le nomma le lendemain ministre des Affaires étrangères, en remplacement de son ancien ministre des Affaires étrangères Andreï Gromyko. Ce dernier, désigné sarcastiquement par le surnom de « M. Niet » en Occident, avait été pendant 28 ans ministre des Affaires étrangères. Gromyko fut relégué à la position essentiellement cérémonielle de président du Présidium du Soviet suprême (officiellement chef de l'État soviétique), car il était considéré comme un « vieux penseur ». Le également, Gorbatchev écarta son principal rival en retirant Grigori Romanov du Politburo et en faisant entrer Boris Eltsine et Lev Zaïkov au secrétariat du Comité central du PCUS.
À l'automne de 1985, Gorbatchev continua d'inviter au pouvoir des hommes plus jeunes et plus énergiques. Le , Nikolaï Ryjkov, âgé de 55 ans, remplaça Nikolaï Tikhonov, 79 ans, à la présidence du Conseil des ministres, devenant ainsi le Premier ministre soviétique, et le , remplaça Nikolaï Baïbakov à la présidence du Comité de planification (GOSPLAN). Lors de la réunion suivante du Comité central, le , Tikhonov se retira du Politburo et Talyzin devint candidat. Le , Gorbatchev nomma Eltsine premier secrétaire du parti communiste de Moscou, en remplacement de l'économiste .
1986 : Vision législative de la dislocation
À partir de cette année, les républiques socialistes de l'URSS eurent des volontés d'indépendances et de marginalisation. Cette situation est paradoxalement envisagée de longue date dans l'Union Soviétique, du moins de manière officielle. Dès 1903, les Bolcheviks avaient garanti le droit des peuples à l'autodétermination et déclarent que l'Union ne peut se faire que si elle est volontaire. Les républiques avaient donc librement la possibilité de faire sécession. La possibilité de séparation de l'URSS est réaffirmée lors du premier congrès du Parti communiste de l'Union soviétique en 1922 ainsi que les constitutions soviétiques de 1924 (préambule et article 4), de 1936 dite « Staline » (article 17) et de 1977 dite « Brejnev » (article 72).. Cette situation n'avait jamais été envisagée avant les années Gorbatchev, aucun mécanisme ne définissait le processus de l'article sur la sécession, assez vague, et qui en plus fut en contradiction avec les articles suivants qui indiquent que la loi fédérale surpasse les lois locales. Une loi votée en 1990 précisera néanmoins les modalités du retrait..
Sakharov Gorbatchev continuait à réclamer une plus grande libéralisation. Le , le dissident soviétique le plus en vue, Andreï Sakharov, rentra à Moscou peu après avoir reçu un appel téléphonique personnel de Gorbatchev lui annonçant qu'après près de sept ans d'exil, son exil intérieur pour avoir défié les autorités était terminé.
Républiques baltes