La Chouette hulotte (Strix aluco) ou Chat-huant, est une espèce d'oiseaux de la famille des Strigidae. Ce rapace nocturne est très répandu en Eurasie, notamment en Europe.
La chouette hulotte est un oiseau de taille moyenne (une quarantaine de centimètres de hauteur), de silhouette trapue : sa tête et son corps sont plus ronds que ceux de sa cousine la chouette effraie, de taille comparable (légèrement plus petite). Son ventre est pâle avec des stries sombres, et les parties supérieures du corps sont brunes ou grises. Il existe aussi une variante de plumage rousse. Plusieurs des onze sous-espèces reconnues ont toutes les variantes. À la différence des hiboux grand-, petit- et moyen-duc, elle ne porte pas d'aigrette sur le dessus de sa tête. Son « masque facial » très typique, relativement plat et caractérisé par deux grands ronds et bien marqués en forme de « cœur », est un élément non négligeable d'identification de l'espèce, avec sa silhouette dodue.
Son nid est généralement dans un trou dans le tronc d'un arbre et il permet de protéger les œufs et les jeunes contre les prédateurs potentiels. Cette chouette ne migre pas et attache beaucoup d'importance à son territoire. Beaucoup de jeunes oiseaux meurent de faim s'ils ne peuvent pas trouver un territoire libre une fois la protection parentale finie.
thumb|left|Strix aluco, juvénile Ce rapace chasse principalement les rongeurs pendant la nuit, généralement en fondant sur sa proie depuis une hauteur et l'avalant entièrement, rejetant ensuite des pelotes de réjection. Sa vision et son audition performantes, couplées à un vol silencieux, l'aident dans sa chasse nocturne. Cependant, contrairement à une croyance populaire, sa rétine est à peine plus sensible que celle d'un être humain, même si sa vision s'adapte à ses mœurs nocturnes. Ce sont plutôt ses oreilles placées de façon asymétrique qui sont essentielles à sa chasse car elles lui donnent une excellente audition directionnelle. La chouette hulotte est capable de capturer des chouettes plus petites, mais est elle-même prédatée par de grands-ducs de plus grande taille ou de l'autour des palombes. Les renards roux sont une cause importante de mortalité chez les jeunes fraîchement sortis du nid.
Description, morphologie et physiologie
Aspect La chouette hulotte est un oiseau robuste, qui mesure généralement entre 37 et de longueur pour une envergure de 81 à et une masse de 420 à . À peine plus grande que la chouette effraie des clochers avec qui elle partage une grande partie de son habitat en Europe, la chouette hulotte est d'une envergure légèrement moindre, et elle est nettement plus trapue qu'elle et de silhouette plus ronde, puisqu'elle pèse presque le double. Et son plumage est globalement plus foncé que celui de l'effraie des clochers.
Comme les espèces de son genre Strix et à la différence des grands-ducs, par exemple, elle ne possède pas d'aigrettes et le disque facial entourant les yeux brun foncé est généralement assez plat. L'animal est sujet au polymorphisme et a deux formes qui diffèrent par leur couleur du plumage cryptique : l'une a le haut de corps roux et brun et l'autre brun grisâtre, bien que des couleurs intermédiaires puissent également se rencontrer. Les parties inférieures des deux morphotypes sont blanchâtres et striées de rayures foncées Killian Mullarney, Lars Svensson, Dan Zetterstrom, Peter J. Grant, Collins Bird Guide, Londres, HarperCollins, 1999, , p. 206.. Selon la théorie de l'évolution, un des plumages doit assurer un meilleur camouflage et imposer un seul morphotype. Or en fonction des générations, ce n'est pas le même morphotype qui domine alors que leur valeur sélective semble bien différente, ce phénomène est connu sous le principe du pierre-feuille-ciseaux selon la théorie des jeux évolutionnistes.
Son cou étant très souple, elle peut complètement tourner la tête vers l’arrière, sans bouger le corps. Cela contribue à l'efficacité et à la discrétion de son affût comme de ses capacités de détection des proies et des prédateurs. Cela pallie aussi la relative étroitesse de son champ de vision , étroitesse déjà compensée par une large ouverture de son angle de vision binoculaire, pour la même raison, qui lui donne une vision détaillée et en relief (voir ci-dessous la section consacrée à sa vision)
Cette espèce présente un dimorphisme sexuel, la femelle étant plus grande que le mâle d'environ 5 %, et plus lourde de 25 % Tawny Owl Strix aluco - Linnaeus, 1758, BirdFacts, British Trust for Ornithology (BTO). Consulté le 31 mai 2008..
Vol Avec une hauteur plus importante et de longues phases planées, le vol de la chouette hulotte est produit avec moins de battements d'ailes que les autres espèces de chouettes eurasiennes. Le vol de la chouette hulotte est assez lourd et lent, particulièrement lors des premiers battements d'ailes de son envol, et sa silhouette reste trapue même lorsqu'elle vole David Snow, Christopher M Perrins, The Birds of the Western Palearctic concise edition, 1998, Oxford, Oxford University Press, , pp. 907–910.. Comme chez la plupart des chouettes, le vol est rendu silencieux par ses plumes soyeuses et par une bordure de barbules fines placées sur le bord d'attaque des rémiges primaires les plus externes Roy Brown, John Ferguson, Michael Lawrence, David Lees, Tracks and Signs of the Birds of Britain and Europe (Guide d'identification Helm), 1987, , p. 86.. Sa taille, sa forme trapue et ses ailes larges la distinguent des autres chouettes trouvées dans son aire de répartition. La chouette lapone, les différents grand-ducs et la chouette de l'Oural sont de forme semblable, mais beaucoup plus grands.
Vision vignette|gauche|Comparaison du champ de vision d'une chouette hulotte (à droite) et d'un pigeon (à gauche) :
Les yeux de la chouette hulotte sont placés à l'avant de la tête et leurs champs de vision se chevauchent de 50 à 70 %, lui conférant ainsi une meilleure vision binoculaire que les rapaces diurnes chez qui ce chevauchement ne dépasse pas 30 à 50 % Robert Burton, Bird Behaviour, Londres, Granada Publishing, 1985, , pp. 44–48.. La rétine de la chouette hulotte a quelque bâtonnets sensibles à la lumière par millimètre carré, et bien que l'hypothèse selon laquelle l'animal pourrait voir dans la partie infrarouge du spectre électromagnétique ait été rejetée Selig Hecht, Maurice Henri Pirenne, The sensibility of the nocturnal long-eared owl in the spectrum, Journal of General Physiology, 1940, numéro 23, pp. 709–717., on entend encore souvent dire que la chouette hulotte a une vue supérieure de 10 à 100 fois à celle des humains dans des conditions de faible éclairage. Toutefois, la base expérimentale de cette affirmation est probablement inexacte par au moins un facteur de 10 Graham R. Martin, Absolute visual threshold and scotopic spectral sensitivity in the tawny owl Strix aluco, Nature, août 1977, numéro 268, pp. 636 – 638. L'acuité visuelle réelle de la chouette n'est en fait que légèrement supérieure à celle de l'homme, et sa sensibilité accrue est due à des facteurs optiques plutôt qu'à une plus grande sensibilité rétinienne. En fin de compte, les humains et les chouettes ont atteint la limite de la résolution rétinienne chez les vertébrés terrestres.
Les adaptations à la vision de nuit incluent une grande taille de l'œil, sa forme tubulaire, un grand nombre de bâtonnets groupés dans la rétine, et une absence de cônes, puisque les bâtonnets ont une sensibilité supérieure à la lumière. Ces bâtonnets ne contiennent que peu de gouttelettes lipidiques, dont la présence réduirait l'intensité lumineuseSandra Sinclair, How Animals See: Other Visions of Our World, Beckenham, Kent, Croom Helm, 1985, , pp. 88–100.. À la différence des rapaces diurnes, les chouettes ont normalement une seule fovéaBased on Güntürkün, Onur, "Structure and functions of the eye" in 1–18, ce qui est peu développé, sauf chez les chasseurs diurnes, comme le hibou des marais.
Audition L'audition est importante pour les rapaces nocturnes et, comme les autres Strigiformes, la chouette hulotte a deux oreilles de structure différente et placées de manière asymétrique pour améliorer l'audition directionnelle. Un « passage » à travers le crâne relie les tympans, et les légères différences de temps dans l'arrivée du son à chaque oreille permet de situer la source. L'ouverture de l'oreille gauche est plus haute sur la tête que l'oreille droite, plus grande, et s'inclinant plus vers le bas, améliorant donc la sensibilité aux sons venus du bas. Les deux ouvertures de l'oreille sont cachées sous les plumes du disque facial, qui est structurellement conçu pour être « transparent » au son, et est tenu par un pli mobile de peau.
La structure interne de l'oreille, qui dispose d'un grand nombre de neurones dévolus à l'audition, procure à l'animal une meilleure capacité de détection à distance des sons à basses fréquences, comme le bruissement fait par le déplacement d'une proie dans la végétation. L'audition de la chouette hulotte est dix fois meilleure que celle d'un être humain, et elle peut chasser en utilisant seulement ce sens dans l'obscurité d'une forêt sous un ciel couvert. Cependant, le bruit des gouttes de pluie touchant le sol ou la végétation perturbe la détection de sons faibles, et un temps humide prolongé peut conduire l'animal à la famine en l'empêchant de chasser efficacement.
Longévité La Chouette hulotte vit 18 ans en moyenne. Le record de longévité pour un oiseau sauvage est établi à 22 ans et 5 mois et pour un oiseau en captivité à 27 ansChouettes et hiboux du monde, "un guide photographique", de Heimo Mikkola, éd. Delachaux et Niestlé, 2014, p.53..
Comportement
Chasse et alimentation La chouette hulotte est un rapace nocturne mais elle peut chasser le jour. Grâce à ses serres puissantes et acérées, la chouette saisit ses proies en plein vol. Son plumage lui permet de passer incognito dans les branchages et de guetter ses proies en toute tranquillité. Quand elle a jeté son dévolu sur un rongeur, elle déploie ses grandes ailes de presque un mètre d’envergure et fond dessus. La nuit, grâce à son ouïe très développée, la chouette hulotte perçoit le moindre bruissement aux alentours. La chouette hulotte gobe tout rond ses proies. Comme elle ne peut pas les digérer entièrement, elle recrache leurs os et leurs poils, sous la forme de pelotes de réjection.
C’est un prédateur nocturne qui chasse à l’affût, en se fiant principalement à son ouïe très développée pour le repérage de ses proies, quasi exclusivement la nuit, peu après le coucher du soleil jusqu'avant son lever, sauf en période d'élevage des jeunes où elle commence plus tôt.
Opportuniste, elle mange des petits rongeurs, chauves-souris, poissons, grenouilles, serpents, petits oiseaux et gros insectes. Sa plus grosse proie est le lapin de garenne, le plus souvent juvénile. En ville, elle peut consommer des pigeons.
Reproduction vignette|gauche|Trois juvéniles thumb|Œuf de Strix aluco sylvatica - Muséum de Toulouse Monogame, territoriale et sédentaire comme la plupart des strigiformes., la chouette hulotte vit en couple stable, le plus souvent en forêt, mais également dans les jardins des villes.