thumb|Fender Stratocaster
Fender Musical Instruments Corporation, nommé initialement Fender's Radio Service puis Fender Electric Instrument Manufacturing Company, est une société créée par Leo Fender (Clarence Leonidas Fender) aux États-Unis dans les années 1940. Elle est devenue l'une des firmes les plus reconnues dans le monde sur le marché de la fabrication de guitares électriques, de guitares acoustiques, de basses et d'amplificateurs.
Histoire Les débuts d’une grande marque Leo Fender crée, en 1938, Fender Radio Service, une petite boutique spécialisée dans le dépannage de postes de radio. La réputation qu’il se fait par la qualité de son travail l’amène à emménager dans des grands locaux, à Fullerton, où il embauche du personnel.
En complément des réparations, le commerce vend des disques, des postes de radios et fabrique et vend des amplificateurs de faible puissance. Leo propose également un service de sonorisation mobile. Le bouche à l'oreille et sa réputation attirent des musiciens qui commencent, à cette époque, à amplifier leurs instruments. Toutes ces rencontres suscitent un intérêt grandissant chez Leo, jouant un rôle incontournable dans l’essor de Fender. Bien qu'il ne soit pas guitariste, il sut s'entourer dès le début de son activité, de professionnels avertis pour pouvoir progresser rapidement.
Les premiers instruments sortent des ateliers à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce sont des guitares Lap-steel portant la marque K&F (Kauffman & Fender). En 1946 les deux associés se séparent laissant Leo à la tête de l’entreprise Fender Electric Instrument Co. qui commence à fabriquer ses instruments et amplificateurs à la chaîne. La marque enrichit sa fabrication et propose des Pedal steel guitar composées de deux « manches » parallèles munis de huit cordes, ainsi que des amplis de .
Riche de cette expérience, Leo, toujours attentif aux musiciens qui l'entourent, va créer un événement majeur dans le domaine musical.
Esquire, Broadcaster/Telecaster (printemps 1950) Tout commence par « accident » ; pour essayer leurs prototypes de micros électromagnétiques destinés à amplifier des guitares Lap-steel, Leo Fender et son partenaire Doc Kaufmann fabriquent un instrument ayant pour corps un morceau de bois plein avec un manche de section arrondie différent de la section carrée habituellement utilisée sur ce type d'instrument. Séduits par le son brillant et le sustain, de nombreux musiciens commencent à louer le prototype pour leurs concerts. Leo et Doc commencent alors à fabriquer quelques instruments à la main, des prototypes principalement.
Fender n’est pas seul à travailler sur une guitare électrique « solid body ». En 1931, La firme Rickenbacker conçoit une « lap-steel » dotée d'un micro électromagnétique, la fameuse Frying Pan (« poêle à frire »). Fabriquer une guitare électrifiée insensible à l'effet Larsen est un défi qui intéresse beaucoup de monde, comme Lloyd Loar de la firme Gibson qui y travaille durant les années 1920 ou comme Lester Polsfuss, dit « Les Paul », qui conçoit en 1937, un prototype comprenant un manche conducteur faisant office de poutre centrale (ce qui donne son nom au prototype : « » « La Bûche »). Plus concrètement, Paul Bigsby réalise en 1948 une guitare à corps plein pour Merle Travis. C'est cette dernière qui influence le design du prototype qui se concrétise dans les ateliers Fenderet durant l'été 1949 George Fullerton et Leo Fender font tester leur premier prototype aux musiciens locaux.
thumb|left|Une Fender Telecaster Custom de 1976.
Présentée lors d'un salon professionnel en 1950, la première guitare produite en série par Fender (moins de 50 exemplaires) est l'Esquire, qui ne possède qu’un seul micro disposé près du chevalet. Le corps, dont la forme est depuis reprise pour de nombreux modèles, est d'abord usiné dans une planche de pin qui est rapidement remplacé par du frêne. Le manche en érable vissé, sans touche rapportée, se termine par des mécaniques Kluson. La plupart de ces exemplaires ont dû être échangés en garantie, car ils souffraient d'un défaut majeur : le manche se soulevait et se vrillait sous l'effet de la tension des cordes. Leo Fender et son équipe décident de résoudre le problème en insérant une barre métallique réglable. Le truss-rod (en français « barre de réglage ») est inséré dans une rainure pratiquée dans l'épaisseur du manche, ce qui permet, à l’aide d’une vis située au talon, de jouer sur sa tension et par conséquent la courbure du manche. Pour fermer la rainure destinée à recevoir la barre de réglage, pratiquée sur le dos du manche, un carrelet en noyer Américain y est collé.
Au cours de l'année 1950, une l'Esquire est dotée d’un second micro près du manche : ce modèle est baptisé Broadcaster pour la différencier au catalogue. Malencontreusement, ce nom est déjà déposé par la marque Gretsch pour une ligne de batteries et Fender, qui face à Gretsch est une petite entreprise, s'incline et, en 1951, remplace le nom de Broadcaster par Telecaster (en référence au nouveau média montant, la télévision). Entre l'abandon du nom Broadcaster et l'arrivée des nouvelles décalcomanies estampillées « Telecaster », la production des guitares sort sans aucun nom de modèle apposé sur les têtes de manches. Cette série de guitares, sortie des ateliers, est baptisée, par les initiés, Nocaster. Ces exemplaires, très rares, sont recherchés par les collectionneurs et se négocient à des prix très élevés.
Précision Bass (été 1951) gauche|vignette|272x272px|1951 Precision Bass
La guitare Esquire fait l’unanimité au sein des combos qui l’ont adoptés. L’instrument amplifié ne souffre pas des effets larsen propre aux guitares employées jusqu’à présent, même dans des petites salles de concerts. Il demeure cependant un problème pour les groupes, les contrebasses ne trouvent pas leur place au milieu des instruments amplifiés. Léo et son équipe décident de travailler sur un nouvel instrument pour pallier ce problème et libérer les bassistes de cette contrebasse tellement encombrante.
L’idée est simple, Leo suggère d’utiliser le principe de l’Esquire pour créer une basse se jouant comme une guitare, en position horizontale, avec un manche muni de frettes pour la justesse des notes. Il faut dans un premier temps allonger le diapason des cordes, une longueur de 34 pouces est choisie pour obtenir un son suffisamment grave (des cordes de piano auraient été montées sur les premiers prototypes). Le corps de l'instrument est allongé et les cordes sont placées le plus bas possible pour éviter un trop long manche qui déséquilibrerait l’instrument. Ce souci d’équilibre persiste et la décision d’ajouter une corne supérieure au corps, allant jusqu’à la douzième case du manche, est mise en place.
Les caractéristiques sont identiques à la guitare Esquire: les cordes traversent le corps en frêne massif et reposent sur un cordier muni de pontets réglables, un micro simple bobinage incrusté dans le corps, contrôlé par deux potentiomètres restituent les sons, le manche vissé est taillé, d'une pièce, dans de l’érable et le chevalet est recouvert d’un cache chromé qui peut servir à poser la main pour gratter les cordes.
Ayant pour nom Précision Bass, la première guitare basse de l’histoire vient d’être inventé par Fender et est présentée durant l’été 1951. Les premiers exemplaires sont livrés en novembre de cette même année.
Comme pour la guitare, cette nouvelle basse nécessite un amplificateur spécial: le "Bassman", avec une puissance de , est suffisamment puissant pour placer correctement les sons de la basse au sein d'un groupe. Les musiciens de jazz, se sentant bien pauvres au milieu des cuivres, sont séduits par cet instrument qu'ils adoptent rapidement.
Stratocaster (avril 1954) thumb|Dessin du brevet du vibrato de la Stratocaster Réalisée selon les croquis de Freddie Tavares en 1953, la Stratocaster apparaît en 1954 avec sa forme originale, sa petite tête, son manche en érable et le premier logo Fender. Elle est équipée de trois micros simple bobinage.
La Stratocaster est née des suggestions et retours d'informations des premiers utilisateurs de Telecaster. Elle se doit d'être un modèle innovant par sa forme ergonomique et son électronique. Elle est également une réponse à la mythique Gibson Les Paul apparue en 1952. La guitare possède trois micros mais quelques innovations la caractérisent. Une des plus marquantes est un nouveau système de chevalet flottant (invention brevetée par Leo Fender). Le chevalet, muni de six pontets réglables individuellement en hauteur et en compensation, est soutenu par cinq ressorts dissimulés dans le corps de l’instrument, le tout actionné à l'aide d'une tige métallique escamotable. Un autre accessoire est reconnaissable dans le design de la Stratocaster. Une plaque chromée, placée sur le parement de la caisse, permet de brancher le cordon qui relie la guitare à son amplification sans que celui-ci ne déborde de l'instrument. Cette plaque Jack est un élément indissociable de la Stratocaster et ne sera jamais proposé sur d'autres guitares Fender.
La Stratocaster adopte toutes les caractéristiques de son aînée la Telecaster telles qu'un potentiomètre de volume et, désormais, deux potentiomètres de tonalité, un sélecteur de micros 3 positions et un manche vissé fait d’une pièce d’érable sans touche rapportée.
Durant les années 1950, la Stratocaster connait la célébrité grâce aux différents artistes qui l'utilisent ; Bill Carson, Dick Dale, Buddy Holly, Pee Wee Crayton, Otis Rush.
La première Stratocaster importée en Europe est en 1958 celle de Hank Marvin, soliste du groupe britannique The Shadows, offerte par Cliff Richard, le chanteur qu'ils accompagnent. Elle est d'une couleur rouge corail appelé « fiesta red » (voir le du groupe). Cette relique appartient aujourd'hui à Bruce Welch le guitariste rythmique des Shadows. C'est par hasard que, testant l'instrument branché sur une chambre d'écho et un amplificateur Vox AC 15, Marvin découvre le son « Shadows ». À partir de ce moment-là le succès de l'instrument est énorme. Entre 1960 et 1965, pratiquement tous les groupes instrumentaux européens, à commencer par les Spotnicks, ont recours au son spécifique de la Stratocaster. En France, dès 1962 des groupes comme Les Fantômes, Les Chats sauvages, Les Players et Les Lionceaux l'adoptent également. Mais elle tombe en défaveur au milieu de la décennie car les groupes anglais placés dans le sillage des Beatles et des Rolling Stones préfèrent le son plus gras et coloré des semi-acoustiques du type Epiphone, Harmony, Gibson ou Gretsch.
C'est pourtant à cette époque que George Harrison commence à s'intéresser à cet instrument, bientôt suivi d'une pléiade de musiciens britanniques. À la fin des années 1960, plusieurs guitaristes de premier plan remettent la Stratocaster au goût du jour, en particulier David Gilmour, Jimi Hendrix, Ritchie Blackmore et, à partir de 1970, Eric Clapton.
La « Strat » est vue de partout et ne cesse pas, depuis sa naissance, d'être la guitare électrique la plus populaire, la plus copiée et la plus plagiée. Ainsi, si on demande à quelqu'un de dessiner, le plus rapidement possible, une guitare électrique, il y a de fortes chances que son dessin soit inspiré de la silhouette de la Stratocaster.
De 1955 à la vente à CBS Ces trois instruments (Telecaster; Precision Bass; Stratocaster), créés par Fender, ne disparaissent jamais du catalogue et sont toujours produits aujourd’hui. Ils marquent, d’une trace indélébile, la musique telle qu'on la connaît. Ils ne sont pas à l’origine de tout ce qui compose les guitares électriques modernes mais, l’intérêt qu’ils ont suscité chez les musiciens a obligé les fabricants et sociétés concurrentes à réagir et innover, pour ne pas mourir étouffées par la créativité de Leo et de ses collaborateurs.