Les adventistes du septième jour attribuent le don de prophétie à Ellen White (1827-1915), tel qu'ils le décrivent dans les croyances officielles de l'Église adventiste du septième jour :

Il est estimé, selon les adventistes, qu'Ellen White eut environ 2000 visions contenant des messages d'encouragement et d'avertissement, des conseils, des instructions et des enseignements pour le développement spirituel et la mission des adventistes du septième jourArthur L. White, Ellen White : Woman of Vision, U.S.A. : Review and Herald Publishing Association, 1982, . Arthur White, "Variation and Frequency of the Ellen G. White Visions" présenté au séminaire Orientation prophétique en 1982..

Définition du don de prophétie

But Les adventistes du septième jour enseignent que Dieu communique sa connaissance et sa volonté par l'intermédiaire des prophètes, ses porte-paroles, qui sont les écrivains inspirés de la BibleGerhard Pfandl, The Gift of Prophecy, U.S.A. : Pacific Press Publishing Association, 2008, .. Pour eux, le but de la prophétie est d'instruire, d'encourager, de réconforter et d'affermir la foi des croyants. " L'objectif premier de la révélation de Dieu à l'humanité est de lui faire prendre connaissance du plan du salut. "Gerhard Pfandl, The Gift of Prophecy (Hagerstown, Maryland : Review and Herald Publishing Association, 2008), .

Durée Les adventistes enseignent que les dons du Saint-Esprit - dont le don de prophétie - n'ont pas cessé après l'époque des apôtres du Christ, même s'ils n'ont pas tous été toujours opérationnels à tout moment. Ils soulignent que les prophètes présentent leurs messages oralement ou par écrit mais que les messages inspirés par Dieu, oraux ou écrits, ne font pas tous partie du canon biblique. Certains prophètes n'ont pas laissé d'écrits (Hénoc, Abraham, Élie, Élisée ou Jean-Baptiste par exemple). Certains écrits inspirés n'ont pas été consignés dans la Bible (1 Chr. 29.29, 2 Chr.9.29, 12.15, 1 Cor. 5.9, Col.16)Gerhard Pfandl, The Gift of Prophecy, U.S.A. : Pacific Press Publishing Association, 2008, ..

Les adventistes enseignent que le don de prophétie se manifeste au temps de la fin (Joël 3.1) et qu'il est une caractéristique du "reste" - l'Église du temps de la fin - (Apocalypse 12.17), utile à son unité, sa mission de servir l'humanité, de prêcher l'évangile et d'annoncer le retour en gloire du ChristIdem, ..

Modes d'inspiration prophétique vignette|droite|230 px|Manuscrit du livre Jésus-Christ d'Ellen White avec les corrections grammaticales d'un assistant littéraire

Les adventistes rejettent la conception verbaliste de la rédaction des écrits inspirés, voyant plutôt une combinaison de modes d'inspiration prophétique. Selon eux, les écrivains inspirés combinent plusieurs modes : les visions - parfois publiques - (Daniel 10.1-9), les rêves prophétiques durant la nuit (Daniel 2.1, 19), les auditions (Jérémie 1.4) et les recherches de sources orales ou écrites (Luc 1.1-2)George Rice, "Spiritual Gifts" dans Handbook of Seventh-day Adventist Theology, Hagerstown : Review and Herald Publishing Association, .. Ils enseignent que les prophètes communiquaient leurs messages de diverses manières (orale, par lettre, par pantomime, etc.) et qu'ils utilisaient les services d'assistants littéraires - des scribes - pour rédiger leurs messages (Jérémie 36.1-4). Ils adhèrent au mode d' inspiration par la pensée, plutôt qu'au mode d' inspiration verbale (une dictée verbatim par Dieu), trop étriquée à leurs yeux. Ils pensent aussi que l'écrivain inspiré utilise ses propres mots pour transmettre les révélations qu'il reçoitGeorge Rice, Spiritual Gifts dans le Handbook of Seventh-day Adventist Theology, Hagerstown : Review and Herald Publishing Association, 2000, .. " Ce sont les hommes, non les mots de la Bible, qui sont inspirés. L’inspiration agit, non sur les mots et les expressions, mais sur l’écrivain à qui le Saint-Esprit communique des pensées. "Ellen White, Selected Messages, vol 1, .

Terminologie Les adventistes du septième jour se considèrent comme étant un mouvement prophétique, prédit dans Apocalypse 10 et suscité pour annoncer le retour du ChristGeorge Knight, The Apocalyptic Vision and the Neutering of Adventism, Hagerstown: Review and Herald Publishing Association (2008), .. Ils identifient le mouvement de réveil millérite et le subséquent désappointement à l'expérience douce-aigre du petit livre ouvert (Apocalypse 10.11), et se sentent interpellés par l'ordre de la prophétie à l'annoncer au monde entier..

Dans ce contexte, les adventistes voient Ellen White comme une messagère, possédant le don de prophétie, afin de les guider dans la mission de présenter la beauté du caractère d'amour de Dieu. Ils utilisent le terme "l'esprit de prophétie" en référence au ministère prophétique d'Ellen White et le mot "témoignage" pour désigner un message oral ou écrit (par lettre par exemple) qu'elle destinait à un individu ou à une collectivité. Ces deux expressions sont tirées de la Bible (Apocalypse 19.10). Pour sa part, Ellen White n'a jamais revendiqué le titre de "prophète" pour elle-même, même si elle n'objecta pas à être appelée ainsi. Elle préféra se désigner comme "la messagère du Seigneur" :

Les adventistes soulignent qu'Ellen White fut une guide spirituelle, une revivaliste, une évangéliste, une réformatrice, une missionnaire et une écrivaine, dépassant le cadre habituel du ministère prophétique"Un prophète aux dons multiples" de Graeme Bradford, More than a Prophet, Berrien Springs : Biblical Perspectives, 2006..

Mode d'opération d'Ellen White

La rédaction des écrits Habituellement, Ellen White se levait de très bonne heure pour écrire, vers deux ou trois heures du matin. Quand elle avait reçu une vision ou un rêve prophétique nocturne, elle griffonnait immédiatement dans son journal ce qui lui avait été rapporté, sans toujours comprendre la signification de ce qu'elle écrivaitEllen White, Lettre, 1898..

L'arrangement des écrits Des assistants littéraires ont travaillé auprès d'Ellen White pour l'aider dans sa tâche - dans la rédaction des articles, des sermons, des livres et de son courrier abondant. Après le petit déjeuner, Ellen White leur confiait ce qu'elle avait écrit durant la nuit. Ils lisaient les manuscrits, corrigeaient les fautes d'écriture et de syntaxe, et tapaient le matériel à la machine à écrire (utilisant cette invention aussitôt qu'elle parut sur le marché). Puis le texte était soigneusement rangé dans un dossier, titré selon un thème. Une copie d'une lettre envoyée était aussi consignée dans un dossier.

Quand Ellen White avait besoin d'un article pour une revue, ou qu'elle prévoyait de publier un livre, sa secrétaire retirait des dossiers les manuscrits qui correspondaient au thème désiré. Ellen White sélectionnait ce qu'elle souhaitait. Le matériel était alors assemblé et organisé en chapitres, en sections et en paragraphes. Ellen White pouvait demander de rechercher des informations supplémentaires : des citations d'auteurs chrétiens et adventistes, des informations en histoire, en médecine, en éducation, etc. Elle sélectionnait elle-même ses sources pour retenir seulement ce qui s'harmonisait avec les instructions et les révélations qu'elle avait reçues. Les assistants littéraires tapaient le matériel mais ils n'étaient pas autorisés à ajouter aux manuscrits des pensées de leur cruWilliam White, Lettre à George Irwin, président de la Conférence Générale de l'Église adventiste (1897-1901), le .http://www.whiteestate.org/issues/DA-HOW/DA-How.html. Ellen White le lisait et donnait son accord avant qu'il soit envoyé à l'imprimerie.

La composition des écrits Ellen White a explicitement indiqué que ses écrits contenaient des sources complémentaires aux visions, notamment en histoire et en théologie, sur la nutrition, la santé, l'éducation ou la vie familialeEllen White, La tragédie des siècles, .. Selon ses dires, elle recevait dans ses visions des instructions et des grands principes sur certains sujets - qu'elle devait nécessairement divulguer - mais elle était libre d'ajouter des éléments d'information qui étaient en harmonie avec ces révélations. Sa bibliothèque personnelle contenait 1100 ouvrages d'auteurs non adventisteshttp://www.ellenwhitecenter.org/ellen-white/recherche/documentation/ellen-white-etait-elle-un-plagiaire-reinder-bruinsma. Dans ce lot de matériel, elle sélectionnait ce qu'elle ajoutait aux instructions.

Les adventistes du septième jour ne sont pas inerrantistes (l'absence absolue d'erreurs secondaires sans importance pour la foi) dans leur compréhension de la composition des écrits d'Ellen White. La préoccupation majeure d'Ellen White était l'intégrité de son message et l'absence d'erreur doctrinale, pas les petits détails historiques ou scientifiques, secondaires dans son esprit, sans importance pour le salut, qui n'affectaient pas l'essence même de sa pensée. Elle n'était pas une exégète, une historienne, une scientifique, un médecin ou une nutritionniste, et ne prétendit jamais être une autorité en la matière. Elle refusa systématiquement que ses écrits soient utilisés pour trancher ce genre de questionsWilliam White, Lettre à Stephen Haskell, 1911..

Ses assistants littéraires procédaient à l'identification et à la vérification des sources. Des théologiens, des historiens ou des scientifiques adventistes étaient parfois consultés pour des clarifications sur des détails. Mais dans l'esprit d'Ellen White, ces informations n'étaient pas l'essence de son message. Il lui arriva donc de remplacer des sources, des citations ou des expressions par de meilleures, non pour modifier le sens de son message mais pour mieux l'expliquer.. En 1911, elle publia une édition révisée de La tragédie des siècles, avec une remise à jour des informations historiquesEllen White, La tragédie des siècles, 1911, . Ellen White indique qu'elle s'est servie des récits d'historiens qui cadraient avec le plan de l'ouvrage..

Inspiration d'Ellen White

Les adventistes du septième jour ont identifié quatre critères bibliques pour reconnaître un prophète.. Ils ont soumis Ellen White à ces quatre testsTester un prophète par Graeme Bradford, More than a Prophet, Berrien Springs : Biblical Perspectives, 2006..

Le test des enseignements bibliques Les adventistes enseignent que les paroles d'un prophète s'accordent avec les enseignements de la Bible (Ésaïe 8.20). Selon eux, durant un ministère de 70 ans, Ellen White eut environ 2000 visions et rêves prophétiquesArthur L. White, Ellen White : Woman of Vision, U.S.A. : Review and Herald Publishing Association, 1982, . Durant les quarante premières années de son ministère, les visions furent parfois publiques. Mais après 1884 au plus tard, elle affirma qu'elle eut uniquement des rêves prophétiques durant la nuit. À ce moment-là, son ministère était bien établi et reconnu parmi les adventistesGary Land, Adventism in America, Berrien Springs : Andrews University Press, 1998..

Son œuvre fut volumineuse. Elle écrivit pages manuscrites, dont 5000 articles et 26 livres, auxquels s'ajoutent de nombreuses compilations. Ellen White n'a découvert aucune doctrine biblique par une vision. Ses visions confirmèrent ce que les adventistes recherchèrent et étudièrent dans la Bible. Le thème central de sa théologie exprima l'insurpassable amour de Dieu et ses efforts pour le salut de l'humanité. Elle a enseigné les doctrines de Sola Scriptura, la Trinité, la création, la grande controverse cosmique entre Christ et Satan, le salut par la grâce, la liberté de l'homme, la permanence de la loi morale (les dix commandements), le sabbat, le jugement, l'absence d'enfer et le retour du Christ.