Alfred Bessette, né le à Saint-Grégoire-le-Grand et mort le à Saint-Laurent, est un religieux québécois frère convers de la Congrégation de Sainte-Croix, à qui sont attribuées de nombreuses guérisons miraculeuses. Il est reconnu comme saint par l'Église catholique, ayant été canonisé le par le pape Benoît XVI et appelé alors saint André Bessette ou saint frère André. Sa fête liturgique est le ..
Dès son enfance, Alfred Bessette est frêle et souvent malade. Bien qu'il soit très pieux, rien ne laisse présager qu'il puisse vivre longtemps et qu'il devienne l'homme religieux le plus célèbre du Québec au . À partir de la fin des années 1870, bien qu'il soit presque illettré, sa réputation de saint et de thaumaturge grandit.
Son envergure dépasse même les frontières pour s'étendre partout en Amérique puis en Europe et dans le reste du monde. À Montréal, il a réussi à faire construire l'oratoire Saint-Joseph, une imposante basilique dédiée à saint Joseph.
Biographie Un enfant fragile qui cherche sa voie Alfred Bessette est né dans une petite maison (aujourd'hui disparue) du rang Grand-Bois, à Saint-Grégoire-le-GrandEn 1847, on assiste à l'abolition de la municipalité de la paroisse de Saint-Grégoire-le-Grand-de-Monnoir. En effet, la paroisse abrège alors son nom en Saint-Grégoire-le-Grand. De plus, en , la municipalité de paroisse de Saint-Grégoire-le-Grand et la municipalité de Mont-Saint-Grégoire sont fusionnées l'une à l'autre., un village situé au sud-est de Montréal, dans Le Haut-Richelieu, au Canada Est (aujourd'hui au Québec). Sa famille provient d'un milieu francophone pauvre. Son père, Isaac Bessette (né Isaac Valentin Bessette le à Sainte-Marie-de-Monnoir et marié à 24 ans), est un bûcheron, tandis que sa mère, Clothilde Foisy (née le et mariée à Saint-Mathias le à 17 ans), élève ses enfants, tenait maison et cultive le potager. Alfred Bessette est le huitième d'une famille de 13 enfants (dont 4 morts en bas âge)Elle ajoute :La bibliographie la plus complète sur le frère André se trouve dans Étienne Catta, le Frère André (1845-1937) et l'oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal (Montréal et Paris, 1965)..
Son père meurt le , victime d’un fatal accident en forêt, alors qu'Alfred est âgé de neuf ans, la famille réside depuis 5 ans à Farnham. À Saint-Césaire, où déménage sa famille, sa mère trouve la mort des suites d'une tuberculose, le , à l'âge de 43 ans : Alfred devient ainsi tout à fait orphelin à 12 ans. Une de ses tantes maternelles, Rosalie Foisy Nadeau, l'héberge de 1857 à 1860...
Il y suit des leçons de catéchisme, puis fait sa « première communion » à l'âge de 12 ans (comme c'était l'usage avant 1910, un usage changé par le pape Pie XÀ la cérémonie de béatification de Pie X, le , en la basilique Saint-Pierre, Pie XII parle de Pie X comme du , en référence à l'accès de la communion aux jeunes enfants [de 7 ans, au lieu de 10-13 ans] facilité par le nouveau bienheureux — cité dans l'article sur Pie X, dans la section Canonisation.L'Eucharistie et les enfants (sur le site du Vatican) : .) et reçoit la confirmation de Jean-Charles Prince, premier évêque de Saint-Hyacinthe, le . Il tente d'exercer divers métiers, mais aucun ne lui offre un avenir intéressant, en raison de ses nombreux problèmes de santé et de sa petite taille.
Il loge ensuite chez la famille de Louis Ouimet et son épouse Zoé Neveu. Louis était alors le maire de Saint-Césaire, quand son oncle Nadeau part avec sa famille chercher de l'or en Californie. Alfred exerce ensuite divers métiers à Farnham, puis à Saint-Jean-sur-Richelieu, à Waterloo et à Chambly. En 1862, de retour à Saint-Césaire, il y est apprenti boulanger et cordonnier.
Ces multiples expériences de travail n'améliorent pas son état, lui qui ne digère rien, mais il prie toujours, disent des témoins. D'ailleurs, depuis sa tendre enfance à Farnham, Alfred a des comportements qui inquiètent son entourage : malgré sa santé fragile, il se prive de dessert et porte à la taille une ceinture en cuir avec des pointes de fer. Ses stations de prière à genoux sont longues, fréquentes et intenses : on le trouve les bras en croix, devant un crucifix, à l'église, dans sa chambre ou dans une grange.
Puis, Alfred se joint à plusieurs Québécois qui émigraient vers les États-Unis pour travailler dans les filatures de coton de la Nouvelle-Angleterre. De 1863 à 1867, il « gagne sa vie » aux États-UnisEn 1863 Alfred émigre aux États-Unis, au Connecticut (à Moosup, Putnam, Hartford et Killingly), au Massachusetts (à North Easton) et au Rhode Island (à Phenix) entre autres. Il y apprend l’anglais, lui qui a peu d’instruction, ne sachant pratiquement pas lire et pouvant à peine signer son nom.
Lorsqu'en 1867 la nouvelle confédération canadienne est proclamée, il retourne comme certains autres au pays natal. Il s'installe d'abord à Sutton, où vivent sa sœur Léocadie et son frère Claude. Alfred va ensuite demeurer un temps chez le curé de Farnham, l’abbé Édouard Springer, qui lui confie des tâches lui semblant plus ou moins bizarres : le soin du cheval, le jardin et les gros travaux physiques de la cure, au grand dam silencieux d’Alfred qui, de toute façon, n’était à l’aise nulle part. À Farnham, il va prier sur la tombe de ses parents puis, en 1868, quand le curé de Farnham est muté ailleurs, il retourne chez le maire de Saint-Césaire. Là, Alfred rend visite à l'abbé Joseph-André Provençal, curé de Saint-Césaire qui, remarquant le dévouement et la générosité du jeune homme de bientôt 23 ans, le prêtre décide de le présenter à la Congrégation de Sainte-Croix de Montréal, à laquelle le curé a confié en 1869 la direction du collège de Saint-Césaire, le collège Saint-Joseph, qu'il vient fonder et diriger.
Son entrée en communauté thumb|upright=0.6|200px|right|Statue du frère André à l'extérieur de l'Oratoire Saint-Joseph. À l'âge de 25 ans, Alfred Bessette se présente, le , au Collège Notre-Dame, à Côte-des-Neiges (aujourd'hui Montréal), où la Congrégation de Sainte-Croix vient d'installer son noviciat. Le mois précédent, le curé Provençal écrit une lettre de recommandation au maître des novices, Julien-Pierre Gastineau, lui disant qu'il envoie à sa communauté. Il se trouve que peu après, le , le pape Pie IX déclare saint Joseph . Avec un autre postulant, Alfred Bessette prend l'habit religieux le . Puisqu'il s'agit d'une communauté qui demande à chaque novice de se choisir un nom de saint, Alfred adopte le nom d'André : il sera désormais le , en l'honneur du curé Joseph-André Provençal.
Après un noviciat plus long que prévu (qui durera trois ans), la congrégation qui jusque-là hésite à garder le jeune homme en raison de ses problèmes de santé et de son éducation restreinte, décide finalement de l'accepter dans ses rangs. L'évêque de Montréal, Ignace Bourget, est intervenu, rassurant le frère André. Peu après, le nouveau maître des novices, Amédée Guy, le recommande en disant : . Admis à prononcer ses vœux temporaires le à l'âge de 27 ans, le frère André fait sa profession perpétuelle à 28 ans, le .
On lui confie la fonction de portier du collège Notre-Dame, une fonction qu'il exerce jusqu'à la mi- : c'est lui qui accueille les gens à l'entrée du collège. Plus tard, il en fera une plaisanterie, en disant qu'à son entrée en communauté on lui a et qu'il l'a gardée durant presque 40 ans.
Il doit aussi assurer la propreté des lieux, faire les courses, donner l'aumône aux pauvres. Il fait de plus office de barbier des élèves et d'infirmier auprès des collégiens malades, et s'occupe du courrier, du transport des colis des élèves, qu'il accompagne parfois les jours de promenade.
Il est heureux de pouvoir continuer à offrir ses menus services d', et de pouvoir prier à sa guise, ce faisant : avant, pendant et après, seul ou avec des membres de sa communauté, ou avec des visiteurs.
L'accueil des malades et les premières guérisons Il faut remonter à 1877 pour découvrir sa première guérison, celle du frère Aldéric de sa propre communauté religieuse, qui souffre d'une blessure à la jambe.. Il y a ensuite celle d'un élève fiévreux collé au lit par le médecin et que le frère André avait envoyé jouer dehors apparemment en pleine forme.
Les miracles de celui-ci se propagèrent ensuite très rapidement. Bientôt les éclopés et les malades du quartier Côte-des-Neiges de Montréal envahissent le collège Notre-Dame à la recherche du petit frère qui guérit tous les maux. Parmi les visiteurs que le frère André accueille au collège Notre-Dame se trouvent des personnes qui confient leur maladie à ses prières. D'autres l'invitent à les visiter à la maison. Le religieux prie avec eux ; il leur remet une médaille de saint Joseph, à qui il voue une dévotion particulière, quelques gouttes de l'huile d'olive qui brûle devant la statue du saint, dans la chapelle du collège, et leur conseille de s'en frictionner avec confiance. Des personnes, de plus en plus nombreuses, se mettent à déclarer avoir été guéries ou soulagées de cette manière. La réputation de sainteté du petit frère (haut d'à peine plus de , soit d'environ ) se répand de bouche à oreille.
La direction du collège finit par s'inquiéter du flot croissant des visiteurs. Des parents, des confrères, et même le médecin de l'établissement, dénoncent aux autorités religieuses et sanitaires de la ville la présence de malades à proximité des élèves. Certains qualifient le frère de charlatan.
Vers l'année 1900, sa communauté demande au frère André de ne plus recevoir les malades à l'intérieur du collège, mais à l'arrêt du tramway, dans l'abri construit en face du collège à l'intention des parents des élèves. C'est ce qu'il fit. Et il va même plus loin.
Sa dévotion et la petite chapelle pour prier Saint-Joseph thumb|left|Le frère André, le 8 octobre 1925, devant l'infirmerie provinciale de la Congrégation de Sainte-CroixCentre d'archives et de documentation Roland-Gauthier, photo 4-24.. Alors, il amène ses visiteurs prier jusque devant une statue de saint Joseph, qu'il a installée dans une niche sur le mont Royal, un peu plus loin en face du collège.
Puis, le frère André nourrit le projet d'y ériger une chapelle (un oratoire) et d'y créer ainsi un petit sanctuaire dédié à saint Joseph. Il finit par obtenir l'autorisation de construire la chapelle. La direction du collège et l'archevêque de Montréal, Paul Bruchési, précisent toutefois que les frais engagés seront à la charge des demandeurs.
Grâce aux dons offerts spontanément, en argent ou en nature (par exemple des statues, des vases, des vêtements liturgiques, une cloche…), le terrain est acquis et le sanctuaire primitif (cette chapelle, ce modeste oratoire) est inauguré le . Pour le frère André, alors âgé de 59 ans, c'est déjà, enfin, une belle réussite.
Les guérisons sans explications apparentes, que les gens lui imputent, font du frère André un héros populaire dont la réputation grandit. Il devint alors connu comme étant — pourtant, il s'en défend, en disant que ce n'est pas lui qui guérit, mais Dieu, par l'intermédiaire de saint Joseph, grâce aux prières de chacun.
L'afflux croissant des pèlerins y devient tel qu'on doit augmenter les dimensions de la chapelle à quatre reprises de 1908 à 1912.
À la mi-, les autorités du collège Notre-Dame assument l'administration de l'oratoire, dont le frère André (depuis lors, libéré de sa fonction de portier du collège) devient dorénavant le gardien. À partir de 1910, il a même un secrétaire pour répondre au courrier qui lui est adressé.
De plus, depuis 1915, les supérieurs du frère André lui permettent de prendre un peu de repos, deux fois par année ; il en profite pour aller visiter des parents et des amis à Sutton, à Saint-Césaire et à Québec, mais également aux États-Unis (surtout en Nouvelle-Angleterre) et en Ontario (à Toronto, Sudbury, Ottawa).