thumb|Un tish (rassemblement religieux) de la dynastie hassidique de Boyan à Jérusalem lors de Soukkot, 2009.|300x300px
Le judaïsme hassidique ou hassidisme ( , « piété » ou « intégrité », de la racine hébraïque « générosité », qui donne l'adjectif ) est un courant mystique du judaïsme fondé au par le rabbin Israël ben Eliezer, connu sous le nom de Baal Shem Tov ou Besht (le maître du bon Nom), né en Podolie, région qui fait partie de l'Ukraine et qui, à cette époque, appartenait à la Pologne..
Axé sur la piété et la charité, centré sur l'individu dans la relation directe avec Dieu, le hassidisme s'oppose à la tradition érudite et figée du judaïsme rabbinique mitnaged, jusqu'alors unique courant du rite Ashkénaze, et constitue une réponse spirituelle à la misère matérielle des communautés juives persécutées de l'Europe orientale. Les hassidim (pieux) insistent particulièrement sur la ferveur et la communion joyeuse avec Dieu (devekut), en particulier par le chant et la danse. Le mouvement se structure autour des tsadikim (sages bons et droits), personnalités charismatiques dotées de pouvoirs thaumaturgiques. Les fondateurs forment à l’origine de véritables dynasties de maîtres dont les fonctions se transmettent héréditairement, de père en fils, dans une « cour » hassidique., et plus rarement au gendre du précédent Rabbi (en l'absence d'une descendance masculine), qui devient alors la source héréditaire des prochaines générations de Rabbi.
L'émergence et l'expansion rapide du hassidisme au sein de la république des Deux Nations, la fédération du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie, et au-delà, ainsi que le sentiment d'identification qu'il suscite, l'aide à résister à une hostilité persistante au sein du judaïsme talmudique. Cette opposition de la part des ultra-orthodoxes, qui fondent leur pratique religieuse sur la stricte logique des textes et rejettent l'extase des hassidim, se nomme le mitnagdisme. Ils sont également connus comme « lituaniens » du fait qu'ils vivent sur le territoire du grand-duché de Lituanie (qui recouvre également le territoire de l'actuelle Biélorussie), en particulier de Vilnius, Minsk et Bialystok.. Cette opposition s'est fortement atténuée avec le temps, sans totalement disparaître.
Le hassidisme est un phénomène central de l'histoire juive moderne et l'une des caractéristiques religieuses et sociales des Juifs d'Europe orientale.
Aujourd'hui, le hassidisme est l'un des deux courants majeurs de l'orthodoxie juive, avec le mitnagdisme.
Histoire
Le hassid, adepte du hassidisme, est étymologiquement celui « qui aime Dieu ». Le terme peut également désigner tout simplement un Juif pieux dont la vie entière est tournée vers Dieu et ses enseignements.
Les 'Hassidim parlent le yiddish et portent généralemnt des vêtements distinctifs. L'habillement noir de l'homme reproduit la mode polonaise d’antan : un long caftan et un chapeau ou une toque de fourrure (le schtreimel ou le spodik), des papillotes,appelées peotes,le long du visage et une barbe. Les femmes doivent porter des jupes et dissimuler leurs cheveux. Les hassidims respectent une stricte séparation des sexes, les hommes se livrent presque exclusivement à des études religieuses.
Fondation
Le mouvement hassidique est initié par le Israël ben Eliezer, surnommé le Baal Shem Tov ou le « Besht » (1700-1760), qui vit au sein de la république des Deux Nations dont la constitution approuvée par la Diète de Varsovie en 1573 octroie la liberté religieuse à toutes les confessions. La fédération polono-lituanienne se caractérise par le pluralisme culturel, ethnique, et religieux où cohabitent des catholiques, des protestants, des uniates, des orthodoxes, des musulmans (Tartares), des Juifs. Ces derniers, dans les petites bourgades (shtetls) comme dans les grands centres urbains, jouissent donc de la liberté de pratiquer leur religion et d'une certaine autonomie politique : le pouvoir royal leur concède le droit de se gouverner selon leur loi religieuse. Ainsi, les communautés juives s’autogouvernent sous l’autorité d’un conseil (le kahal) et sont représentées au sein du Conseil des Quatre Pays, une instance juive centrale aux multiples prérogatives juridiques, économiques et religieuses..
Le hassidisme est un courant mystique et piétiste, né en réaction au judaïsme « académique » de son époque et à la suite du traumatisme causé par le soulèvement cosaque de 1648, durant lequel les Cosaques d'Ukraine menés par Bogdan Khmelnytsky s'attaquent, avec la plus grande sauvagerie, aux Polonais et aux Juifs, perçus comme leurs alliés. Des centaines de communautés juives sont systématiquement exterminées dans des conditions d'une horreur sans précédent. Les massacres entraînent un désastre économique et social et un vide spirituel. De plus, les communautés juives de Pologne-Lituanie sont ébranlées par l'apparition des faux messies, Sabbataï Tsevi (1626-1676) et Jacob Frank (1726-1791).. L'engouement populaire que ces deux hommes suscitent discrédite et affaiblit profondément les bases du judaïsme..
Dans ce contexte de découragement, la pratique religieuse du rabbin Baal Shem Tov se démarque tout particulièrement. Sa haute piété morale, ses miracles et surtout son mode de prière extatique attirent des adeptes fervents, qui s'emploient à diffuser ces pratiques mystiques à leur tour. À l’inverse du monde de l’étude traditionnelle, notamment celui des yeshivot (écoles religieuses), le Besht voit dans la nature un lieu privilégié de la présence et de la manifestation du divin. Pour lui, le contact avec les éléments naturels prédispose au dialogue intime avec le Créateur, notamment par la concentration, la prière et la méditation solitaire. La communication avec Dieu ne se fait donc plus par la médiation d’un rabbin au sein de la communauté, par l’étude des textes saints, mais directement, dans la contemplation de la création. Sans nier la centralité de l’étude et l’importance de la synagogue et de la maison d’étude et de prière, le Besht met l'accent sur la joie, l'affect, l'enthousiasme et la ferveur, qui s'expriment dans la célébration, la danse et le chant..
Un hassid est donc un homme pieux, un fervent qui veut transfigurer son existence par la prière, la compréhension des commandements divins et être l'acteur de la renaissance de sa vie, par-delà les autorités officielles.
Le Besht n'a rien écrit et ce sont ses disciples qui ont publié ses dires. Yaakov Yossef Hakohen de Polnoa (début du -1784), auteur de Toledot Yaakov Yosef, rassemble les paroles du maître dans un recueil qui sert de modèle à de nombreux ouvrages. Le rabbin Dov Baer de Mezeritch, appelé Maggid de Mezeritch (prédicateur de Mezeritch) (1704 - 1772), développe une grande partie de la pensée hassidique et incite des émissaires à aller prêcher la bonne parole dans les communautés d’Europe orientale..
La crise économique et politique de la Pologne-Lituanie au aboutit à la disparition du Conseil des Quatre Pays en 1764 et au premier partage des territoires entre les puissances voisines (la Russie, la Prusse et l'Autriche) en 1772. Cela marque la perte d’influence des institutions juives, dont les conseils communautaires (les kahals). Leur affaiblissement favorise l'expansion du hassidisme. Parti des provinces polonaises en Ukraine (Podolie et Volhynie), où œuvrent ses précurseurs Levi Yitzhok de Berditchev (1740 -1809), Nahman de Breslev (1772- 1810) et Menahem Nahoum Twerski de Tchernobyl (1730-1797), le hassidisme s'implante ensuite sur le territoire du grand-duché de Lituanie avec Shneur Zalman de Liozna (1745 -1813), puis en Pologne propre avec Elimelekh de Lijensk (1717-1786), Meshoulam Zoucha d'Anipoli (1718-1800), Jakub Izaak Horowicz, appelé Hozeh de Lublin (Voyant de Lublin) (1745-1815), Shmouel Shmelke Horowitz (1726-1778), et Jakub Izaak Rabinowicz de Przysucha (1766 -1813).
À mesure que le mouvement se développe, il engendre, à la troisième génération, des interprétations différentes, comme le retour à l'intellect de Shneur Zalman de Liozna ou à l'isolement mystique et à la joie en toutes circonstances de Nahman de Bratslav.
Oppositions rabbiniques upright|thumb|Le Gaon de Vilna.
Cette nouvelle relation à la religion déplait aux autorités rabbiniques établies, ceux qui se nommeront plus tard les mitnagdim (opposants), rassemblés sous l'autorité de l'illustre Elyahou Kramer, le Gaon de Vilna (1720 -1797). La crainte de voir le hassidisme dévier vers l'hérésie, en particulier vers des pratiques extatiques ou messianiques, est forte. Certains rabbins, comme Menachem Mendel Schneersohn (1789- 1866), reconnaitront ensuite que l'influence du Gaon de Vilna est positive, car elle oblige le mouvement hassidique naissant à éviter d'aller trop loin dans ses innovations ou son antinomisme, une tendance récurrente dans les mouvements mystiques. Cependant, la principale crainte des traditionalistes vient du fait que l'exaltation mystique engendrée par la prière, le chant et la danse se passe de l'intermédiaire des érudits talmudiques.
Si le Gaon ne s’expose jamais personnellement, il exerce une domination spirituelle sur la communauté de Vilnius et incite ses disciples à gêner les actions des . L'opposition du Gaon de Vilna va parfois très loin : des anathèmes, de l'exclusion de la communauté (Herem) et des livres brûlés publiquement jusqu'à la dénonciation aux autorités. Le combat ne s’atténue qu’à sa mort en 1797. Cette querelle d’une rare intensité constitue, durant un quart de siècle, l’un des épisodes les plus violents de la vie religieuse dans le monde ashkénaze.. L'Europe orientale juive s'embrase alors que les Juifs de France entrent à l'École polytechnique et que leurs homologues allemands s'installent dans les universités..
Le grand-duché de Lituanie résiste longtemps, des foyers hassidiques s'y diffusent toutefois, notamment à Minsk, dans la banlieue de Pinsk, à Karlin autour d’Aaron Le Grand de Karlin (1736-1772) à Chklow et à Vilnius.
Oppositions des modernistes
Le judaïsme rabbinique orthodoxe n'est pas le seul à critiquer le mouvement hassidique. Il se heurte également de plein fouet aux partisans des idées de Haskala (mouvement de modernisation de la culture juive) qui trouve son origine en Allemagne. Vers la fin du XVIIIe siècle, il se déplace progressivement vers l’Europe de l’Est et s’implante durablement dans les centres urbains, notamment à Brody et Tarnopol, Odessa et Vilnius. La Haskala berlinoise attire des savants mais également les milieux éclairés d’entrepreneurs, de négociants et de commerçants, qui désirent réduire le fossé existant entre le monde économique dominant et les milieux d’affaires juifs. (1749 -1826), Nachman Krochmal (1785-1840) ou encore Joseph Perl (1773-1839) sont des hérauts de la modernisation de la culture juive sur l'ancien territoire de la Pologne-Lituanie.
Pour les hassidim, l’Exil n'est qu'une période d’attente et provisoire, d'où leur choix d'une vie ostensiblement en marge du milieu ambiant, du yiddish comme langue exclusive, et des particularités vestimentaires comme signe de ralliement. Ils font tout pour se distancier socialement, culturellement et politiquement de leur environnement. Pour les partisans de la Haskala qui espèrent une intégration des Juifs dans la vie moderne, cette volonté délibérée de se démarquer représente une anomalie qui entrave leurs efforts pour insérer les Juifs dans la normalité sociale..
Le rayonnement et l'organisation