Veit Harlan, né le à Berlin et mort le à Capri (Italie), est un réalisateur allemand.
En tant que réalisateur de l'époque du nazisme, notamment en raison des films de propagande Le Juif Süss (1940) et Kolberg (1945), Harlan reste aujourd'hui encore un artiste controversé. Accusé de complicité de crime contre l'humanité par quatre juristes et anciens déportés allemands, il est acquitté en 1949.
Biographie Origines et carrière d'acteur Veit Harlan naît dans une famille d'artistes (père romancier, deux frères musiciens). Il fréquente l'intelligentsia berlinoise : Friedrich Kayssler, Max Reinhardt, Erwin Piscator. Il débute comme acteur au Volkstheater, à Berlin. Il apparaît pour la première fois au cinéma dans un petit rôle en 1927 et tourne dans une vingtaine de films jusqu'en 1935.
Réalisateur Sous le Troisième Reich En 1933, il signe sa première réalisation : Die Pompadour avec Käthe von Nagy, et devient par la suite l'un des réalisateurs les plus actifs du Troisième Reich. Il voit la première fois Hitler le , lors d’un discoursVeit Harlan, Le cinéma allemand selon Goebbels, France-Empire, 1974, page 31 et 32..
Il se spécialise dans l'idylle romantique La Sonate à Kreutzer (Die Kreutzersonate, en 1937, d'après Tolstoï); (Die Reise nach Tilsit, en 1939, un remake de L'Aurore de Murnau). En 1942, il réalise La Ville dorée (Die goldene Stadt), son grand film en couleur suivi de deux autres, (Immensee en 1943, d'après Theodor Storm) et Offrande au bien-aimé (Opfergang en 1944, d'après Rudolf Binding), deux mélodrames échevelés. Son film le plus connu est cependant Le Juif Süss (Jud Süß en 1940), film de propagande antisémite en noir et blanc, qui est projeté dans tous les pays occupés par l'Allemagne nazie où il rencontre un grand succès commercial européen durant la Seconde Guerre mondiale (40 millions d'entrées au total). Enfin, en 1943 et 1944, Wolfgang Liebeneiner et lui tournent Kolberg (sorti en ), film de propagande en couleur commandé par Goebbels et destiné à galvaniser le moral des Allemands au cours de la dernière phase du conflit et, grâce à une levée en masse du peuple, repoussant ainsi l'invasion des alliés.
Après la Seconde Guerre mondiale En 1948, il est accusé de complicité de crime contre l'humanité par quatre juristes allemands, anciens déportés d'origine juive scandalisés par la décision de la commission de dénazification lavant Veit Harlan de toute culpabilité. Le procès s'achève en par un acquittement. L'avocat général ayant fait appel, un nouveau procès se tient à Hambourg en avril 1950 : l'acquittement est prononcé au bénéfice de « circonstances atténuantes »Lionel Richard, Nazisme et barbarie, Éditions Complexe, 2066, .
Veit Harlan peut dès lors reprendre sa carrière de cinéaste, réalisant neuf films dans les années 1950Adapté au conformisme bien-pensant de l'ère Adenauer, Harlan n'a pas cherché à sortir des procédés qu'il avait bien rodés : un pathétisme de pacotille sur fond de terroir, écrit Lionel Richard (Nazisme et barbarie, ). Il écrit ensuite Le cinéma allemand selon GoebbelsVeit Harlan, Le cinéma allemand selon Goebbels, France-Empire, 1974., où il s'explique sur son comportement durant la période nationale-socialiste, tout en laissant une marge autobiographique, de ses débuts au théâtre jusqu'à ses dernières réalisations. Il récuse dans ce livre tout engagement pro-nazi, révélant par ailleurs la forte inimitié existant entre le monde artistique et le Troisième Reich, mais, en dépit de l'aversion qu'il avait pour le ministre de la Propagande, a du mal à cacher la fascination qu'exerçait sur lui Joseph Goebbels. Il écrit par exemple : Veit Harlan, Le cinéma allemand selon Goebbels, France-Empire, 1974, page 11..
Protestant, il se convertit peu avant sa mort au catholicisme. Il meurt à Capri d'une pneumonie, en 1964.
Vie personnelle Il se maria trois fois : en premières noces, en 1922, avec une chanteuse d'origine juive, Dora Gerson, dont il divorce deux ans plus tard car la famille Gerson refuse qu'elle soit l'épouse d'un non-juif. Elle se remaria avec Max Sluizer en 1936, dont elle aura 2 enfants. Elle fut déportée et tuée à Auschwitz en 1943 ; en 1929 avec l'actrice Hilde Körber de laquelle il a trois enfants : Thomas Christian (1929- décédé le à Schönau am Königssee (Allemagne)), futur metteur en scène et scénariste, auteur de Veit. D'un fils à son père dans l'ombre du « Juif Süss »Capricci, 2013 ; « Acquitté après la guerre, Veit Harlan ne reconnaîtra jamais sa culpabilité ni n'éprouvera de remords. Cette honte qu'il n'a jamais voulu avouer, Thomas Harlan la fait sienne dans cette déchirante lettre au père surgie d'entre les morts » (Nicolas Azalbert, Cahiers du cinéma, , décembre 2013, ), Maria Christiane (1930-2018), actrice sous le nom de , Susanne (1932-1982) : enfin en 1939 avec l'actrice Kristina Söderbaum qui lui donne deux fils : Christian (né en 1939), Caspar (né en 1946).
Sa nièce Christiane Susanne Harlan épousa le réalisateur Stanley Kubrick en 1957.
Bibliographie Articles Emmanuelle Glon « Le Film comme Crime : le cas Veit Harlan » dans Raisons politiques 2009/2 n° 34 , pages 167 à 189, Presses de Sciences Po.
Filmographie FilmographieVeit Harlan, Le cinéma allemand selon Goebbels, France-Empire, 1974, pages 367-373. : Acteur Cinéma muet
1927 : La Culotte (Die Hose) de Hans Behrendt 1927 : Les Maîtres chanteurs de Nuremberg de Ludwig Berger 1927 : de Kurt Bernhardt 1927 : Eins plus eins gleich drei de Felix Basch 1928 : d'Adolf Trotz 1929 : de 1929 : (Es flüstert die Nacht) de Victor Janson
Cinéma parlant
1931 : Gefahren der Liebe d' 1931 : de Johannes Meyer 1931 : Yorck de Gustav Ucicky 1932 : Die Elf Schill'schen Offiziere de Rudolf Meinert 1927 : de 1932 : de Richard Eichberg 1933 : La Chorale de Leuthen (Der Choral von Leuthen) de Carl Froelich 1933 : Les Fugitifs (Flüchtlinge) de Gustav Ucicky 1934 : Polizeiakte 909 de Robert Wiene 1934 : d'Arsen von Cserepy 1934 : Der Fall Brenken de Karel Lamač 1934 : Nur nicht weich werden, Susanne! d'Arsen von Cserepy 1935 : Der rote Reiter de 1935 : Mein Leben für Maria Isabell d'Erich Waschneck 1935 : Das Mädchen mit den fünf Nullen de Kurt Bernhardt 1935 : Stradivari de Geza von Bolvary
Réalisateur
1935 : La Pompadour (Die Pompadour) 1935 : 1936 : Kater Lampe 1936 : Théo dort (Der müde Theodor) 1936 : (Fräulein Veronika) 1936 : (Maria, die Magd) 1937 : (Die Kreutzersonate) 1937 : Crépuscule (Der Herrscher) 1937 : (Mein Sohn, der Herr Minister) 1938 : (Jugend) 1938 : Sans laisser de traces (Verwehte Spuren) 1939 : Cœur immortel (Das unsterbliche Herz) 1939 : (Die Reise nach Tilsit) 1940 : Le Juif Süss (Jud Süß) 1941 : (Pedro soll hängen) 1942 : Le Grand Roi (Der große König) 1942 : La Ville dorée (Die goldene Stadt) 1943 : (Immensee) 1944 : Offrande au bien-aimé (Opfergang) 1945 : Kolberg 1951 : (Unsterbliche Geliebte) 1951 : 1953 : (Die blaue Stunde) 1953 : (Sterne über Colombo) (première partie ; seconde partie : Die Gefangene des Maharadscha) 1954 : (Die Gefangene des Maharadscha) (seconde partie) 1955 : (Verrat an Deutschland) 1957 : Le Troisième Sexe (Das dritte Geschlecht ou Anders als du und ich (§ 175)) 1958 : (Liebe kann wie Gift sein) 1958 : (Es war die erste Liebe) 1958 : (Ich werde dich auf Händen tragen)
Scénarios Les rôles féminins principaux de ces scénarios ont tous été écrits pour Kristina Söderbaum, épouse de Veit HarlanVeit Harlan, Le cinéma allemand selon Goebbels, France-Empire, 1974, page 373..
L'Éveil de la glèbe (d'après Knut Hamsun) Agnes Bernauer Xanthippe et Socrate Mille et une nuits (d'après Mesure pour mesure, de William Shakespeare) Les Rats (d'après Gerhart Hauptmann ; une version est réalisée par Robert Siodmak en 1955 sur un scénario différent) Sabine La Sonate à Krautzer (d'après le roman éponyme, de Léon Tolstoï) Marie Stuart Desdemone et l'Inconnu (d'après Othello, de William Shakespeare) Philippe II, le roi catholique (d'après Don Carlos, de Friedrich von Schiller) Le Fleuve (d'après ) Calgetoni (d'après Egon Erwin Kisch) La Bohême
Films sur Veit Harlan Brückenallee Nr. 3 (1967) (TV), joué par Kurt Heintel Jud Süß - Ein Film als Verbrechen? (2001) (TV), joué par Axel Milberg Harlan, dans l'ombre du juif Süss (2008), documentaire de Felix Moeller Jud Süß - Film ohne Gewissen (2010), joué par Justus von Dohnányi
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Le Monde du , rubrique « Décès »
Articles connexes Cinéma sous le Troisième Reich
Liens externes
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