thumb|upright=2|L'actuelle organisation territoriale de l'Espagne.
L'histoire de l'Espagne, pays du sud-ouest de l'Europe qui occupe la plus grande partie de la péninsule Ibérique, se caractérise par plusieurs périodes et événements marquants, depuis la période ibérique en passant par l'époque romaine, la période wisigoth, la conquête musulmane, la reconquête puis le Siècle d'or, à l'expansion coloniale dont elle fut la plus ancienne puissance européenne avec le Portugal. Le pays s'enrichit du au , mais décline depuis la perte de ses colonies tout au long du ; après la transition démocratique espagnole, l'expansion économique des dernières années, en passant par les guerres civiles et le franquisme. L'Espagne devient membre de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) en 1982 et de l'Union européenne en 1986.
Préhistoire
vignette|redresse=2|Sites d'art paléolithique.
La péninsule Ibérique abrite de nombreux sites préhistoriques de renommée mondiale. Les découvertes témoignent d'une occupation humaine dès le Paléolithique inférieur (sites d'Orce, Pinedo, Aridos, Torralba, Ambrona, Atapuerca). Au cours du Paléolithique supérieur, le Solutréen espagnol a laissé quelques traces dans la grotte du Parpalló. Le site magdalénien d'Altamira offre un exemple spectaculaire d'art pariétal datant d'environ
Le Mésolithique est d'abord représenté par le Sauveterrien, puis notablement, au nord et à l'est de la péninsule par le Tardenoisien, une culture apparue lors de la submersion du Doggerland dans la mer du Nord.
Au millénaire av. J.-C., la péninsule Ibérique voit l'arrivée des premiers agriculteurs dont l'ascendance remonte aux agriculteurs néolithiques anatoliens, proche des lieux de naissance de l'agriculture.
Des cultures néolithiques originales (Campaniforme, civilisation d'El Argar (région de Murcie) se développent en Espagne. La technique de la métallurgie et l'érection de monuments mégalithiques rattachent l'Espagne aux évolutions qui concernent le reste de l'Europe occidentale : les taulas des îles Baléares sont des pierres verticales surmontées d'une autre pierre horizontale.
La culture campaniforme s’est diffusée depuis l'Europe centrale à la fois par mouvement de populations mais aussi par simple influence culturelle. Ainsi, si on observe une forte continuité de la population entre le Néolithique et le Chalcolithique dans le sud de la péninsule Ibérique, la fin du Chalcolithique voit apparaître une importante différence entre le nord et le sud de la péninsule Ibérique avec l'apparition d'individus, liés souvent au complexe campaniforme, porteurs d'une ascendance steppique dans le nord à partir de 2400 Vanessa Villalba-Mouco et al., Genomic transformation and social organization during the Copper Age–Bronze Age transition in southern Iberia, science.org, 17 novembre 2021, DOI:10.1126/sciadv.abi7038, puis vers 2200 av. J.-C. dans le sud de l'Espagne. Dans ces régions, des individus associés à la culture campaniforme avec ou sans ascendance steppique ont vécu ensemble pendant quelques centaines d'années, avant que finalement l'ascendance steppique n’imprègne tous les génomes Oğuzhan Parasayan, Christophe Laurelut, Christine Bôle et al.,Late Neolithic collective burial reveals admixture dynamics during the third millennium BCE and the shaping of the European genome, science.org, Vol 10, Numéro 25, 19 juin 2024, doi: 10.1126/sciadv.adl2468.
Antiquité
Celtibères, Phéniciens et Grecs thumb|upright|La Dame d'Elche, statue ibérique antique. Les Ibères sont les premiers habitants de la péninsule à laquelle on a attribué leur nom, dans les sources écrites. La migration des Celtes et leur installation en Espagne provoque des métissages et donne naissance, entre autres, aux Celtibères. Au , les Phéniciens s'implantent à Tartessos. Les Phocéens (grecs) de Massalia s'implantent à Emporion (Ampurias). Les Tartessiens sont mentionnés dans les œuvres du géographe grec Strabon ; héritiers de la civilisation andalouse des mégalithes sur la côte sud-ouest de la péninsule Ibérique, ils s'implantèrent sur le fleuve Tartessos (aujourd'hui le Guadalquivir). Au , les habitants de Tartessos élaborèrent une langue et une écriture différentes de celles des peuples voisins, et connurent l'influence culturelle des Phéniciens et des Égyptiens. L'expansion des Phéniciens en Méditerranée occidentale donne naissance à plusieurs comptoirs sur la côte : Malaca (Malaga), Gadir ou Gadès (Cadix), Ebusos (Ibiza), Carthago Nova (Carthagène), Onoba (Huelva), Toscanos, Trayamar, Abdera (Adra), Sexi (Almuñecar), etc.
Empire carthaginois Après la première guerre punique (264-240 av. J.-C.), les Carthaginois étendent leur influence à partir de Carthagène dans le sud de l'Hispanie, sous la conduite des Barcides (famille des Barca). Ils y exploitent des mines et redonnent à Carthage sa puissance économique et commerciale. Le prétexte du déclenchement de la deuxième guerre punique fut le siège de la cité de Sagonte en Hispanie, alliée de Rome. L'écrivain Tite-Live présente la prise de Sagonte comme une agression délibérée d'Hannibal Barca contre les intérêts romains. En 218 av. J.-C., Hannibal part de Tarragone et marche sur Rome par la Gaule avec 37 éléphants. En 209 av. J.-C., Carthagène est prise par les Romains. Les Carthaginois sont finalement écrasés à la bataille de Zama en Afrique, en 202 av. J.-C. En Hispanie, la guérilla menée par les Celtibères entrave la romanisation complète et rapide de la région. En -133, Scipion Émilien prend et détruit Numance. Les habitants de l'oppidum préfèrent le suicide à la soumission à Rome. Des soulèvements partiels continuent en Hispanie pendant un siècle encore.
Hispanie romaine
vignette|300px|L'empire romain au . thumb|left|Témoignage de la romanisation de l'Hispanie, l'aqueduc romain de Ségovie fut érigé au . C'est l'un des monuments romains les plus imposants d'Espagne. Rome arrive en Espagne à la fin du , et en fait lentement la conquête au cours du L'empereur Auguste achève la conquête de la péninsule au avec la soumission des populations du nord. La romanisation des Ibères commença vraiment, même si celle-ci fut sans doute moins importante que dans d'autres régions de l'Empire romain. Elle opéra dans les domaines du droit, de la langue, de l'urbanisation et de la construction de routes. La péninsule fut également divisée en deux provinces (Hispanie citérieure et Hispanie ultérieure, ), puis trois (sous Auguste). Au , le diocèse d'Hispanie comprend la Tarraconaise, la Gallécie, la Carthaginoise, la Lusitanie, la Bétique, les Baléares et la Maurétanie tingitane.
L'histoire événementielle fut d'abord agitée par des révoltes et des guerres : en -77, Pompée fut envoyé en Hispanie pour lutter contre les derniers partisans de Marius et réussit à vaincre ses adversaires après l'assassinat de Sertorius par Perpenna. Lors du premier triumvirat avec Jules César et Crassus, il contrôle l'Hispanie. Pendant la guerre civile, César a combattu les partisans de Pompée. Entre 26 et 19 , Auguste puis Agrippa soumettent difficilement les montagnards Astures et les Cantabres.
L'aristocratie locale fut intégrée à l'ordre des sénateurs et celui des chevaliers, avec des figures remarquables comme Sénèque l'Ancien et sa famille. Plusieurs Espagnols furent même empereurs au (Trajan et Hadrien) et au (Théodose , Maxime). En 74, l'empereur Vespasien octroie le droit latin à toute l'Espagne, donnant ainsi la citoyenneté latine à tous les citadins libres. Les latifundia, c'est-à-dire les grands domaines agraires, se sont surimposés à la petite propriété ibère. Les techniques d'irrigation ont transformé l'agriculture traditionnelle. Les Romains créèrent de nouveaux centres urbains (Saragosse, Mérida, Valence).
thumb|Théâtre romain de Mérida.
Pendant la Pax Romana, l'économie ibérique se développa, en relation avec les autres régions du bassin méditerranéen : elle profita des exportations d'étain, d'huile d'olive, de vin et d'or. C'est aussi à cette époque que le christianisme progresse dans la population hispano-romaine. Les villes se développent partout, elles conservent encore de nos jours plusieurs bâtiments caractéristiques de la civilisation romaine : aqueduc de Ségovie, pont à Cordoue, remparts de Lugo, vestiges à Tolède, amphithéâtre de Tarragone…
Au , les incursions germaniques qui ravagent la Gaule épargnent l'Espagne, sauf en 258, quand le raid le plus avancé des Alamans atteint Tarragone. En 408 puis en 409, les deux usurpateurs Constantin III et Maxime étendent leur autorité sur l'Espagne.
Ainsi les Romains ont dominé Hispania pendant sept siècles, qui ont été, majoritairement, rythmés par la paix et la modernisation de la société espagnole.
Époque médiévale
thumb|upright|Couronne de Recceswinth, roi des Wisigoths 653-672. Pendant le haut Moyen Âge, la péninsule ibérique a vu l'arrivée et l'installation de plusieurs peuples barbares venus d'Europe centrale et d'Asie. Dès 408, les Vandales, les Suèves et une partie des Alains passent en Espagne. En 411, celle-ci est partagée par tirage au sort : la Bétique (actuelle Andalousie) pour les Vandales Silings, la partie nord de la Galice pour les Vandales Hasdings, la partie sud de la Galice pour les Suèves (ils laissèrent des traces du royaume de Braga), la Lusitanie (actuel Portugal) et la Carthaginoise pour les Alains. Seule la Tarraconaise reste un réduit romain, pour peu de temps. Les Vandales sont chassés par les Wisigoths et poursuivent leur route vers l'Afrique du Nord (429). Ils ne firent que traverser le pays.
Wisigoths thumb|left|Le royaume wisigoth à son apogée, vers 500. Il comprend l'essentiel de la péninsule ibérique, la Septimanie et le sud-ouest de la Gaule. En 507, les Wisigoths perdent l'Aquitaine au profit des Francs. vignette|left|Péninsulte ibérique vers 560.
Les Wisigoths sont un peuple germanique, établis dans les Balkans mais qui sous la pression des Huns au se trouve poussés vers l'Empire romain « Visigoth », Encyclopædia Britannica (consulté le ).. Sous la direction d'Alaric , ils saccagent Rome en 410 et conquièrent un vaste royaume. Ils dominent l'Hispanie jusqu'au début du et instaurent une civilisation brillante.
Lorsque la paix fut conclue par le fœdus de 418, l'empereur romain Honorius accorda aux Wisigoths des terres dans la région de l'actuelle Aquitaine, suivies d'autres en Espagne. À la suite d'un second accord, ils éliminèrent les Vandales qui durent se replier de l'autre côté du détroit de Gibraltar. Ils contrôlent alors l'un des plus grands royaumes barbares qui se prolongeait au-delà des Pyrénées, et dont la capitale est Toulouse. Chassés d'Aquitaine par les Francs de Clovis après la bataille de Vouillé en 507, ils se replièrent dans la péninsule avec pour capitale Tolède. Ils conservent la Septimanie jusqu'au début du . Ils finirent par absorber le royaume des Suèves à l'ouest (585). Simultanément, l'empereur romain d'Orient, Justinien , reconquiert l'ancienne province de Bétique (l'actuelle Andalousie) en 554 et impose sa suzeraineté au royaume des Wisigoths. Mais l'influence romaine s'efface avec les victoires du roi Léovigild à Cordoue et Malaga (664).
Trop peu nombreux pour occuper toute la péninsule, le peuple wisigoth est surtout établi au nord de la Meseta, entre le Tage et l'Èbre, s'implantant dans ces régions montagneuses et boisées au rude climat plutôt qu'en Andalousie et sur la côte Méditerranéenne. La domination wisigothe est donc surtout militaire. D'abord convertis au christianisme sous sa forme arienne, les wisigoths finissent par adopter l'orthodoxie nicéenne lorsque le roi Récarède l'impose comme religion officielle en 589.
Un des plus grands savants de cette époque est saint Isidore de Séville, mais il y a aussi d'autres ecclésiastiques de grande valeur tel son frère Léandre. Avant leur effondrement en 711, les wisigoths eurent le temps de développer un art original (voir l'article détaillé art wisigoth).