thumb|upright=0.5|Cheminée noire utilisée de 1841 à 1899 thumb|upright=0.5|Cheminée beige utilisée de 1900 à 1972

La Royal Mail Steam Packet Company était une compagnie maritime britannique, fondée en 1839 par l'Écossais James Macqueen dans le but de distribuer le courrier de la Royal Mail, la poste royale britannique, grâce aux contrats décrochés avec l'Amirauté britannique, dans les Caraïbes. Basée à Southampton, elle dessert essentiellement les Caraïbes et l'Amérique du Sud (Buenos Aires via le Brésil) depuis l'Angleterre et devient la plus grosse compagnie maritime dans l'Océan Atlantique sud. Elle transporte également des passagers ainsi que de la nourriture et des produits tropicaux grâce à une flotte de paquebots et de cargos.

La compagnie stagne à la fin du car elle n'a pas su prendre le virage du « règne du paquebot » sur la ligne transatlantique et ne peut concurrencer ses principales rivales britanniques, notamment la Cunard Line et la White Star Line. Ses paquebots sont moins gros, moins rapides, moins luxueux. Elle est alors rachetée en 1903 par un jeune homme d'affaires britannique, Owen Philipps, qui la transforme en un immense conglomérat industriel. Il s'associe avec l'homme d'affaires américain John Pierpont Morgan, dirigeant d'un trust maritime (l'International Mercantile Marine Co.) et Lord William James Pirrie, le directeur des chantiers Harland and Wolff de Belfast qui fabriquent prioritairement les navires de la compagnie. L'apogée est atteint dans les années 1920 lorsque Owen Philipps est anobli sous le nom de Lord Kylsant. L'achat de la White Star Line en 1927 en fait la plus grosse compagnie maritime du monde.

La Royal Mail Steam Packet Company se diversifie également en desservant aussi l'Amérique du Nord, notamment New York, et en se lançant dans les croisières dont elle est une pionnière. Cependant, des problèmes financiers mettent à mal l'empire du propriétaire dont les comptes sont falsifiés. L'enquête diligentée par le gouvernement britannique et le procès de Lord Kylsant conduisent à sa condamnation et à la liquidation de la compagnie, dissoute en 1931.

Elle est refondée en 1932 sous le nom de Royal Mail Lines et connaît une seconde vie, essentiellement grâce à sa spécialisation dans les croisières, en particulier en Norvège, en Afrique et dans les Caraïbes. Le développement du transport aérien, à partir des années 1950, entraîne pourtant le déclin de nombreuses compagnies maritimes, destin auquel n'échappe pas la Royal Mail Lines. Elle est rachetée par divers repreneurs à partir de 1965 avant d'être complètement absorbée en 1972 par la Hamburg Süd.

Histoire La Royal Mail Steam Packet Company au Fondation left|thumb|Charte royale de 1851

La compagnie est fondée en 1839 par l'écossais James Macqueen sous le nom de Royal Mail Steam Packet Company. Le fondateur, James Macqueen, est un entrepreneur et un penseur visionnaire. De 1797 à 1830, il vit dans les Caraïbes (à Grenade), dirigeant une plantation de canne à sucre Histoire de la Royal Mail (1839-1913), Site historique des officiers de la marine marchande. Consulté le 7 mars 2010. Ses différents voyages à travers les îles lui en donnent une excellente connaissance et des idées sur le commerce et le transport du courrier dans cette région Royal Mail Story, part 1 (Genesis), Royal Mail Story. Consulté le 7 mars 2010.

À son retour dans son Écosse natale, en 1830, il achète des parts dans un journal qu'il utilise par la suite comme moyen de diffuser ses idées et de convaincre l'Amirauté britannique de son projet de créer une ligne de transport maritime du courrier de la Royal Mail, la poste royale britannique, à destination des Amériques. En 1837, il propose son projet au gouvernement. De nombreux membres du Parlement britannique sont enthousiasmés et le Trésor est contacté en pour le volet financier. Avec l'appui du gouvernement, le projet est soumis au Comité des Caraïbes puis la Charte royale est officiellement octroyée par le Parlement britannique le . Celle-ci précise ainsi les statuts de la compagnie, dotée d'un capital d’1,5 million de livres sterling : .

thumb|Le port de Saint Thomas dans les Caraïbes en 1850 avec 2 navires de la Royal Mail Steam Packet Company

La première réunion de la compagnie avait eu lieu deux mois plus tôt, le , à Londres, au siège de la Merchant Bankers Reid, Irving & Co, banque située à Tokenhouse Yard, qui finançait la fondation. Au cours de cette réunion, James Macqueen est nommé Surintendant des Affaires générales tandis que le banquier John Irving, principal actionnaire, en devient le premier président. Le , l'Amirauté britannique signe avec la Royal Mail Steam Packet Company le contrat pour deux voyages mensuels aux Caraïbes, précisant les destinations à couvrir pour un minimum annuel de miles répartis sur onze lignes : Grenade, Sainte-Croix, Haïti, Santiago de Cuba et la Jamaïque ainsi que des extensions vers les îles voisines des Antilles et vers New York et Halifax au Canada.

Il est donné vingt mois à la compagnie pour s'équiper d'une flotte de quatorze bateaux à vapeur en bois (les steamers) de plus de tonneaux et de trois goélettes, pourvoir à leur approvisionnement et commencer le service pour le . Pour éviter des retards au contrat, de nombreux chantiers navals sont sollicités en Angleterre et en Écosse. Caird & Co (à Greenock) et William Pitcher (à Northfleet-on-Thames) en construisent chacun quatre ; Acralmans & Morgan Co. (à Bristol) en construit deux, tandis que Robert Menzies (à Leith), Thomas & John White (à Cowes), John Scott & Sons (à Greenock) et James McMillan (également à Greenock) construisent chacun un navire à vapeur. Les trois autres navires sont construits sur la Tamise. Les plus gros navires sont alors l'Isis et le Forth ( tonneaux).

Des débuts difficiles thumb|left|L'Isis pris dans une tempête et endommagé en 1842

Après que six navires se sont déjà prépositionnés dans les Caraïbes un mois plus tôt, le est officiellement inaugurée la ligne maritime entre l'Angleterre et les Caraïbes par les premiers départs depuis Falmouth du Thames I (à destination des Bermudes, de La Havane, New York et Halifax) et du Tay (à destination de la Barbade). Les départs bimensuels sont effectués depuis Falmouth les 3 et 17 de chaque mois mais il est rapidement abandonné comme port d'attache au profit de Southampton. À cause du grand nombre de ports à desservir, le tour complet d'un navire peut à l'époque prendre entre 4 et 6 mois.

La compagnie connaît des débuts difficiles alors que son fondateur se retire dès 1842, son projet accompli. Elle est déficitaire au moins jusqu'en 1843 (de la première année) et n'est sauvée de la banqueroute que grâce au soutien de l'Amirauté. D'autre part, elle doit revoir ses plans à la baisse, l'agenda des dessertes étant trop complexe à organiser.

Aux difficultés d'organisation et aux soucis financiers viennent ajouter les pertes de navires qui touchent durement la compagnie dès ses débuts. Après cinq mois à peine, elle connaît sa première catastrophe maritime avec la disparition du Medina au large des Îles Turks-et-Caïcos, près des Bahamas ; puis, c'est au tour de son fleuron, l’Isis d'être endommagé la même année Royal Mail Story, part 2 (first years), Royal Mail Story. Consulté le 7 mars 2010.

En moins de dix ans, pas moins de sept navires sont coulés. Le naufrage du Tweed est, lui, particulièrement horrible. Le navire se brise en trois parties en heurtant un récif au large des côtes mexicaines, tuant soixante-dix personnes.

L'essor thumb|left|Le Great Western lors de son voyage inaugural à Bristol en 1838

Heureusement, la compagnie apprend vite de ses échecs et commence à progresser. En 1843, elle rachète le City of Glasgow à la General Steam Navigation Company ; puis, en 1846, pour compenser la perte du Tweed, elle acquiert auprès de la Great Western Stamship Company le plus célèbre bateau de l'époque, l'emblème et le modèle des transatlantiques : le Great Western. Ce navire avait été à sa construction (en 1838) le plus grand et le plus rapide paquebot du monde créé par l'ingénieur Isambard Kingdom Brunel. Il avait détenu le Ruban bleu récompensant la plus rapide traversée de l'Atlantique de 1838 à 1841 et de 1843 à 1845.

Sa flotte renouvelée, une nouvelle ligne à destination de La Nouvelle-Orléans entre en service en 1847. Mais c'est surtout en 1851 que la Royal Mail Steam Packet Company franchit une nouvelle étape en signant avec l'Amirauté un contrat de courrier pour une nouvelle ligne à destination de l'Amérique du Sud entre Southampton et Buenos Aires. Elle est inaugurée le par le Teviot et devient la plus importante de la compagnie, faisant de cette dernière le leader de la liaison entre l'Europe et l'Amérique du Sud. La ligne, aboutissant au Brésil, est prolongée jusqu'à l'Argentine en 1869 et devient immédiatement un succès rentable.

thumb|La Plata en 1852

Pour cette nouvelle ligne, la compagnie, en pleine croissance, doit se doter d'une flotte de navires plus gros. Cinq navires de tonneaux sont commandés. L'un d'eux est détruit lors de sa construction (le Demerara), un autre — l’Amazon — est ravagé par un incendie meurtrier lors de son voyage inaugural. Les trois autres sont l’Orinoco, le Magdalena et le Parana. Après l'incendie de l’Amazon, la compagnie décide de construire ses nouveaux navires en acier. L’Atrato est ainsi le premier, en 1853, à remplacer les vieux navires en bois.

Ainsi, les années 1860 se révèlent encore plus fastes que les précédentes. La ligne desservant les Caraïbes devient à son tour profitable, et même plus rentable que la liaison sud-américaine. Durant cette décennie, les profits sont considérables. Ainsi, en 1864, la compagnie réalise un profit de 24 %.

Les années « malheureuses » thumb|left|Le Solent (au premier plan) et le Rhône (au second plan) construit en 1865 et coulé lors du cyclone de 1867 à Saint Thomas thumb|Le Rhone, naufragé à Saint Thomas en 1867

Pourtant, à la fin des années 1860, désastres et nouveaux ennuis financiers frappent de nouveau la jeune compagnie. Elle perd trois navires d'un coup dans un ouragan à l'ouest de Saint Thomas dans les îles Vierges américaines en 1867, dont son porte-drapeau, le Rhône, son premier navire à hélices Les naufrages dans la baie de Saint Thomas en 1867, Hasselisland. Consulté le 7 mars 2010. Peu de temps après, La Plata est gravement endommagé par un raz-de-marée.

Malgré certaines réussites, comme l'inauguration en 1869 de la prolongation de la ligne vers le Río de la Plata puis le doublement de son service mensuel au Brésil en 1872, le nouveau contrat avec l'Amirauté en 1875 est revu à la baisse. De nombreux ports ne sont plus desservis qu'à la surcharge de la compagnie. Malgré la Grande dépression (1873-1896), la flotte se renouvelle avec des navires plus importants et plus performants. L’Orinoco II, lancé en 1886 constitue une révolution technique, avec un nouveau système de propulsion et la première coque en acier. Deux ans plus tard, en 1888, une série de quatre gros clippers de plus de tonneaux est lancée : lAtrato II, le Magdalena II, le Clyde II et le Thames II.