Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (également désigné par le sigle DSM, abréviation de l') est un ouvrage de référence publié par l'Association américaine de psychiatrie ( ou APA) décrivant et classifiant les troubles mentaux.
Le manuel a été initialement construit à partir des statistiques collectées depuis des hôpitaux psychiatriques et d’un manuel diffusé par l'armée de terre des États-Unis. Il a radicalement été révisé en 1980, et la dernière édition, la cinquième (dite DSM-5 ou DSM-V), est publiée en 2013. et sa version révisée, numérotée 5-TR est sortie en 2022. Bien que largement utilisé, le manuel fait régulièrement l'objet de critiques.
Utilisation L'ouvrage est utilisé aux États-Unis et dans le monde par des cliniciens, des chercheurs, des compagnies d'assurances et des entreprises pharmaceutiques, ainsi que par les pouvoirs publics. Les diagnostics de pathologie psychiatrique du DSM, depuis la troisième révision, reposent sur la description de symptômes et de leur articulation en cinq axes. L'étiologie des pathologies n'y est plus envisagée. Un bon nombre de professionnels de la santé mentale utilisent le manuel pour déterminer un diagnostic et le communiquer à un patient. Le DSM est également utilisé pour catégoriser les patients à des fins de recherche.
« DSM » et ses variantes, dont « DSM-5-TR », est une marque appartenant à l'Association américaine de psychiatrie .
Son contenu est proche de celui du cinquième chapitre de la Classification internationale des maladies (CIM) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un autre guide communément utilisé dans de nombreux pays. Le système de codage inclus dans le DSM correspond aux codes utilisés dans la CIM-10, puis dans la CIM-11, bien que certains codes ne correspondent pas car les deux publications n'ont pas été synchronisées lors de leur révision textuelle. Les différentes versions du DSM sont plus utilisées dans le cadre de la recherche, celles de la CIM sont plus mobilisées par les cliniciens, notamment en Europe.
Histoire Il a été créé pour homogénéiser les diagnostics au maximum en utilisant des items les moins subjectifs possibles. Ceci permet aux praticiens et aux chercheurs de parler dans les mêmes termes des mêmes maladies.
DSM I et II (1952-1968) La Première Guerre mondiale et surtout la seconde implique beaucoup de psychiatres américains pour faire face aux traumatismes de guerre des soldats. Cela a particulièrement changé l'habitude des institutions psychiatriques et les perspectives cliniques traditionnelles. En 1949, l'Organisation mondiale de la santé publie sa sixième révision du manuel de la Classification internationale des maladies (CIM) incluant pour la première fois une section des troubles mentaux.
Le DSM-, publié en 1952, établit , et le (DSM-) en 1968. Ces deux premières éditions du manuel sont influencées par la psychopathologie psychanalytique. Elles suivent la structuration entre deux formes majeures de troubles psychiques, les psychoses et les névroses, en héritage de Freud. Celui-ci est cependant particulièrement réservé à l'égard de l'utilisation de son travail dans la psychiatrie américaine.
Les mouvements gays et lesbiens et les mouvements antipsychiatriques incitent le psychiatre Robert Spitzer, alors membre du Comité sur la nomenclature de l’APA, à organiser en 1973 un panel sur la question de l’homosexualité dans le DSM, ce qui conduit à la dépathologisation de l'homosexualité dans la seconde version du DSM II..
DSM-III (1980) Le DSM- (, troisième révision) est un outil de classification des troubles mentaux publié aux États-Unis en 1980 par une équipe dirigée par Robert Spitzer au service de l'Association américaine de psychiatrie (APA). C'est depuis cette révision que le DSM a pris le tournant qu'on lui connaît aujourd'hui, théorique comportementaliste et antipsychanalytique. La personnalité de Robert Spitzer a été pour beaucoup dans cette tournure. Personnage complexe (éducateur, philosophe et auteur), il avait été adepte des théories de Wilhelm Reich , ., il s'est montré autoritaire et déterminé à donner au DSM- la forme qu'on lui connaît maintenant comme l'a entre autres relevé Christopher Lane dans les procès-verbaux de négociationsChristopher Lane, Comment la psychiatrie et l'industrie pharmaceutique ont médicalisés nos émotions, Flammarion, 2009, ..
Par sa conception et la philosophie qui le sous-tend, il marque donc une rupture radicale avec le DSM-. En effet, le DSM- se présentant comme purement empirique, il est en réalité descriptif, détaché de toute théorie, mais surtout des théories psychanalytiques qui sont, elles, explicatives, car les théories du comportement (behaviourisme, ou cognitivisme et comportementalisme) le sous-tendent. Le système de classification vise aussi à ramener les pathologies psychiatriques aux pathologies somatiques dont, pour les rédacteurs, elles ne devaient plus se démarquerPaul Bercherie « Pourquoi le DSM ? L'obsolescence des fondements du diagnostic psychiatrique » L'information psychiatrique 2010;86(7).. Le DSM- repose sur un modèle biomédical et évacue toute considération sur l'étiologie des troubles psychiatriques.. La différenciation classique névrose vs. psychose s'estompe, l'hystérie est démantelée en plusieurs catégories diagnostiques, de nouvelles catégories comme l'état de stress post-traumatique ou le trouble de la personnalité multiple font leur apparition. Les catégories sont dès lors définies par des critères diagnostiques quantitatifs dans le but d'augmenter la fiabilité du diagnostic et sa reproductibilité. La méthode retenue par l'équipe de Spitzer a finalement été validée par un vote majoritaire de membres de l'APA.
Cette approche est vivement contestée par les psychiatres et psychologues cliniciens se référant à la psychopathologie raisonnéeStuart Kirk et Herb Kutchins : Aimez-vous le DSM ?, Ed.: Empêcheurs Penser en Rond, 1998, , ...
Pour d'autres, elle réalise ce à quoi la psychiatrie durant son histoire n'avait jamais pu réussir, une unification des critères diagnostiquesRichard Rechtman « L'hallucination auditive : une origine paradoxale de l'épistémologie du DSM » Halluciner, L'Evolution psychiatrique, avril-juin 2000, , , ..
Cette troisième édition est publiée sous une version révisée en 1987, dans laquelle de nombreux critères et syndromes ont été affinés grâce aux votes des psychiatres et psychologues présents lors des réunions ayant lieu. Seuls les adhérents internationaux de l'APA ont le droit de voter la présence des troubles dans le moutures des futurs DSM. Leur présence aux séances de révision sont obligatoires.
DSM-III-R (1987) En 1987, le DSM--R est publié en tant que révision du DSM-, sous la direction de Spitzer. Les catégories sont renommées, réorganisées et des changements significatifs dans les critères ont été effectués. Six catégories ont été supprimées et les autres ont été mises à jour. Les diagnostics controversés tels que les troubles dysphoriques prémenstruels des femmes et troubles de la personnalité masochiste ont été considérés. Le « troubles de l'identité sexuelle » a également été supprimé, mais il est inclus, parmi d'autres, dans la catégorie des « troubles de la personnalité autrement non-spécifiés » Spiegel, Alix. (18 janvier 2002.) .. En tout, le DSM--R identifie en .
DSM- et DSM--TR (1994-2000)
210px|vignette|Couverture du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM--TR) en version originale.
La quatrième édition (DSM-), prolongeant et approfondissant le DSM-, est publiée en 1994 et reconnaît psychiatriques. La dernière version utilisée du DSM- est une révision mineure de ce texte, le DSM--TR, publiée en 2000 APA .. Les sections textuelles donnant une information complémentaire sur chaque diagnostic ont été mises à jour dans l'ordre de maintenir une cohérence avec la Classification Internationale des Maladies.
DSM-5 (2013)
Le DSM-5 est publié au mois de après plus de dix ans de développement par l'APA . avec une première version mise en ligne début 2010 pour discussion.. Le manuel comprend de nombreux changements, incluant des suppressions proposées dans la section schizophrénie.. L'APA possède un site de développement officiel des versions antérieures au DSM-5 Site officiel dans le développement du DSM-5. Consulté le .. Sa parution est l'objet d'appréciations diverses., voire de controverses.. La version française est sortie le ...
Projet de DSM-6 En 2025 et 2026, l'American Psychiatric Association (APA) prépare une nouvelle version du DSM.
L'APA souhaite répondre aux critiques adressées au DSM‑5 ; elle a commencé, début , à répondre à ces critiques en publiant une série d'articles dans l'American Journal of Psychiatry, y décrivant sa stratégie pour l’avenir du DSM. Ce DSM devrait être a précisé Marketa Wills (directrice générale et directrice médicale de l’APA).
L'APA va y davantage intégrer les causes possibles des troubles mentaux (causes biologiques, culturelles, environnementales et socio‑économiques). L'APA veut aussi qu'il adopte une approche plus dimensionnelle des symptômes (le DSM-6 ne devrait plus classer les troubles mentaux dans des cases fixes, mais les décrive plutôt comme des degrés ou des niveaux de symptômes pouvant varier d’une personne à l’autre, une approche dite « dimensionnelle ») ; en tenant compte de la qualité de vie rapportée par les patients et en élargissant son public. Ceci se traduira notamment par un changement de nom en Diagnostic and Scientific Manual, au lieu de Diagnostic and statistic Manual. L'inclusion de biomarqueurs est encore prématurée, mais l’APA souhaite établir une feuille de route pour leur usage futur, encourager la recherche sur des pistes prometteuses (connectivité cérébrale en IRMf dans la schizophrénie, signatures génétiques de l’autisme, marqueurs inflammatoires de la dépression), et mieux intégrer les déterminants sociaux et culturels de la santé mentale (les médecins pourraient être encouragés à interpréter un même ensemble de symptômes en fonction du contexte social, économique, culturel ou de l’appartenance à une minorité, car ces facteurs peuvent augmenter le risque de troubles comme la dépression ou le suicide, notamment chez les personnes confrontées à la stigmatisation).. Le futur manuel pourrait être évolutif et en ligne (mis à jour au fil des avancées scientifiques)..
DSM-5-TR (2022) Une version révisée est publiée en DSM-5-TRTM Update, September 2022
https://www.psychiatry.org/.../APA-DSM5TR-Update-September-2022.pdf. Elle inclut notamment la notion de deuil pathologique.
Système multiaxial Le DSM-, afin de permettre une approche globale et intégrative des patients, rend systématique l'approche axiale des patients porteur de pathologies psychiatriques. Il retient pour cela cinq axes d'analyse incluant : Axe : Les troubles majeurs cliniques Axe : Les troubles de la personnalité et le retard mental Axe : Aspects médicaux ponctuels et troubles physiques Axe : Facteurs psychosociaux et environnementaux Axe : Fonctionnement global (tel que mesuré par l'échelle d'évaluation globale du fonctionnement)
Une section est consacrée aux troubles habituellement diagnostiqués pour la première fois pendant la petite enfance, l'enfance ou l'adolescence. Les troubles qui peuvent débuter à tout âge (y compris chez les jeunes) sont décrits dans la section générale. Le nombre minimum de symptômes par diagnostic, la fréquence et la durée des symptômes sont des données quantitatives. Dans une certaine mesure, elles intègrent au DSM- la notion dimensionnelle de déviation par rapport à une norme. À la différence de la « classification dimensionnelle d'Achenbach » ou des organisations psychologiques des classifications psychanalytiques, le DSM- individualise des entités diagnostiques qui sont fréquemment associées, comme les troubles anxieux et dépressifs. À cela correspond la notion de concomitance.