Copán est une ancienne ville maya qui a donné son nom à l'actuelle ville de Copán Ruinas, ainsi qu'à la capitale (Santa Rosa de Copán) du département de Copán, situé à l'extrémité ouest du Honduras. Son ancien nom semble avoir été XukpiLinda Schele & Peter Mathews, The Code of kings, p. 133. Certains (Article de David Stuart) ont avancé « Oxwitik » (trois sources) (prononcer voir Transcription alphabétique des langues maya), une combinaison des mots xuk, « coin », et pi, « paquet ».

Cette ville, qui a connu son apogée au ap. J.-C., a été abandonnée aux environs du . Elle a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial culturel de l'Humanité de l'UNESCO en 1980.

Le site archéologique de Copán est situé en pleine jungle, dans la petite vallée d'un sous-affluent du fleuve Motagua, la rivière Copán, à une altitude de et à seulement de la frontière guatémaltèque.

Histoire

Origines Les traces de peuplement les plus anciennes semblent indiquer que l'occupation de la vallée de Copán a commencé dès le Pour des raisons qui restent inexpliquées, elle a été en grande partie abandonnée de -300 jusqu'aux environs de 150Linda Schele & David Freidel, A Forest of Kings, p. 308.

Des débuts de l'histoire de Copán n'émergent que quelques dates en compte long correspondant aux années 159 et 376 de notre ère, qui ont été retrouvées sur des monuments largement postérieurs. Elles sont associées à des événements qui demeurent obscurs. On a même trouvé une référence à une date qui correspond à 321 avant notre ère, mais dont on peut se demander si elle n'est pas mythique.

Grâce aux travaux d'interprétation de l'Autel Q, de l'Escalier hiéroglyphique et de plusieurs tombes royales, l'histoire de Copán peut être établie avec plus de certitude à partir de l'arrivée au pouvoir en 426 de K’inich Yax K’uk’ Mo’, fondateur d'une longue dynastie. Les liens entre le fondateur de la dynastie ainsi que son premier successeur et Teotihuacán, la grande métropole du Mexique central, ne font aucun doute : les indices archéologiques ne manquent pas, qu'il s'agisse des représentations de K'inich Yax K'uk Mo' avec des «yeux cerclés» et un bouclier rectangulaire à la manière de Teotihuacán, ou encore de la découverte d'un récipient tripode bien connu des archéologues sous le nom de «Dazzler» figurant un temple teotihuacán au talud-tablero caractéristique. Le phénomène n'est pas unique au : il est bien attesté à Tikal par exemple. La nature de ces liens reste cependant sujette à débat.

Conformément à l'idéologie qui se propage dans les cités mayas dès la fin de l'Époque préclassique, autorité politique et religieuse se confondent à l'Époque classique. Les rois de Copán étaient des k'uhul ajaw (« divins seigneurs »), médiateurs entre le monde humain et les puissances surnaturelles.

De grands monuments n'ont cessé d'être construits à partir du règne de K'inich Yax K'uk Mo' jusqu'à la fin des k'uhul ajaw de Copán, de 435 à 822.

Période classique thumb|Détail de la stèle H, représentant le Roi Uaxaclajuun Ubʼaah Kʼawiil.

C'est seulement au que Copán devient un centre majeur, l'une des plus puissantes cités mayas. Cette période, l'âge d'or de la cité, correspond au règne de Jaguar de Fumée et de son fils Uaxaclajuun Ubʼaah Kʼawiil (« Dix-huit images de K'awiil », mieux connu sous le sobriquet de « 18-Lapin » dont on l'avait affublé à une époque où le déchiffrement de l'écriture maya était encore rudimentaire). Le commerce se développe et les temples prolifèrent ; une importante population vient se regrouper autour de la ville, attirée par sa prospérité et ses grandes fêtes rituelles organisées par le roi autour d'auto-sacrifices et de sacrifices humains.

L'âge d'or de Copán prit fin lorsque Uaxaclajuun Ubʼaah Kʼawiil fut capturé et sacrifié par Kʼakʼ Tiliw Chan Yopaat, roi de Quirigua, en 738. La mise à mort d'un « divin seigneur » a dû profondément ébranler la société copanèque. Le successeur de Uaxaclajuun Ubʼaah Kʼawiil semble avoir tenté de redresser la situation en renonçant au monopole du pouvoir et en y associant les lignages aristocratiquesArthur Demarest, Les Mayas, p. 230. En témoigne la structure 22A de l'AcropoleCopan's Popolnah or House of the Council buildings at Copán, Copan buildings, un bâtiment dont la façade est décorée d'un motif en forme de natte. Or, en Mésoamérique, la natte est le symbole du gouvernement. Les archéologues pensent que les huit statues accompagnées de noms de lieux qui ornent également cette façade représentent les chefs de ces lignagesWilliam Fash, Scribes, Warriors and Kings, p. 131; Robert J. Sharer, The Ancient Maya, p. 329.

Décadence

vignette|Arbre généalogique des dieux et des demi-dieux du Popol Vuh. Il semblerait que ce soit un problème environnemental qui ait provoqué la chute de Copán. En effet, à cause de la déforestation - on estime qu'à la fin du , il n'y avait plus un seul arbre dans les à la ronde - liée à la densité croissante de la population, celle-ci fut obligée de cultiver les versants abrupts de la vallée et, à cause de l'érosion du sol, de défricher toujours plus. Cette spirale infernale de déboisement-érosion aurait entraîné un appauvrissement des terres et des inondations. La population aurait ainsi souffert de plus en plus du problème de la culture des terres : en examinant les restes de squelettes datant du ou , les archéologues ont relevé des signes de malnutrition et constaté un accroissement de la mortalité infantile.

La réponse des souverains copanèques à cette situation a été totalement inadéquate. Enfermés dans l'idéologie de la royauté divine, ils ont continué à pratiquer sacrifices et autosacrifices, ainsi qu'à édifier des temples toujours plus grandsArthur Demarest, Les Mayas, p. 242. Sous Yax Pasaj, le seizième souverain de la dynastie, le système montre des signes d’essoufflement : la plupart des monuments qu'il a commandités datent de la première moitié de son règne. Son monument le plus célèbre, l'autel Q, était destiné à afficher sa légitimité. Cette insistance pourrait indiquer à contrario qu'il n'en était plus assuré. Après sa mort, à une date incertaine au début du , un certain Ukit Took' semble avoir tenté de perpétuer la royauté sacrée à Copan. Il en reste un témoignage pathétique: l'autel L, daté de 822, une pâle copie de l'autel Q. Ukit Took' s'y est fait représenter assis face à Yax Pasaj, qui lui transmet les insignes du pouvoir, de la même manière que K'inich Yax K'uk' Mo' le fait pour Yax Pasaj sur l'autel Q. Une deuxième face est ébauchée; le reste du monument n'a jamais été sculpté. Les archéologues y voient la fin de la royauté à CopánSimon Martin & Nikolai Grube, Chronicle of the Maya Kings and Queens, p. 213. Le temps des « divins seigneurs » était révolu : ils avaient perdu la capacité de convaincre leur peuple qu'ils assuraient l'équilibre du monde.

La fin de la royauté ne marque cependant pas un effondrement brutal de la société dans la vallée de Copán, contrairement à ce qui a été constaté dans d'autres cités mayas classiques. De près de personnes à son apogée au début du , la population décroit lentement : on l'estime encore à quelque personnes à la fin du . Au , la vallée est pratiquement abandonnée.

Liste des rois de Copán vignette|Stèle N représentant le Roi Kʼakʼ Yipyaj Chan Kʼawiil (Coquille de Fumée, roi de 749 à 763). Dessin de Frederick Catherwood, 1839. Ajaw (ou Ahau, dans une orthographe ancienne) est un titre de noblesse attesté dans les inscriptions épigraphiques précolombiennes de la civilisation maya. Kʼinich Yax Kʼukʼ Moʼ (« Grand Soleil, Quetzal Ara le Premier ») : 427-437 Kʼinich Popol Hol (Kʼinich II ) : 437-470 Roi 3 (nom inconnu) : vers 455 ? Ku Ix : 465 ou 470-476 Roi 5 : 476-485 Muyal Jol : 485-504 Bʼalam Nehn (« Jaguar-Nénuphar ») : 504-544 Wil Ohl K'inich (« Tête sur Terre »): 544-551 Sak-Lu : 551-553 Tzi-Bʼalam (« Jaguar de Lune ») : 553-578 Kʼakʼ Chan Yopaat : 578-628 Chan Imix Kʼawiil (« Jaguar de fumée ») : 628-695 Uaxaclajuun Ubʼaah Kʼawiil (« 18-Lapin ») : 695-738 Kʼakʼ Joplaj Chan Kʼawiil (« Singe de fumée ») : 738-749 Kʼakʼ Yipyaj Chan Kʼawiil (« Coquille de fumée » ou « Écureuil de fumée ») : 749-763 Yax Pasaj Chan Yopaat (« Nouveau fils à l'horizon ») : 763-810 Ukit Took : (dernier roi ajaw) : 822-837 ?

Période moderne vignette|gauche|Village moderne de Copán Lorsque le conquistador espagnol découvre la ville en 1570, il n'y trouve que les vestiges de la splendeur passée de Copán envahis par une jungle dense (pourtant encore exploitée par quelques paysans). À partir de 1839, les fouilles commenceront sous l'impulsion de l'explorateur américain John Lloyd Stephens et de son dessinateur Frederick Catherwood. vignette|L'archéologue Sylvanus Morley à Copán. Lorsque les Espagnols conquirent le Honduras, le site avait depuis longtemps été recouvert par la forêt vierge. Même si cette grande cité en ruine fut très vite découverte par les colons locaux, elle resta longtemps inconnue du monde extérieur. Une série d'explorateurs commença à s'y intéresser au début du . Juan Galindo écrivit une description des ruines en 1834 ; celle-ci fut publiée l'année suivante. Cette publication attira l'attention de l'explorateur et écrivain nord-américain, John Lloyd Stephens et de l'architecte et dessinateur anglais Frederick Catherwood, dont les livres illustrés éveillèrent un grand élan d'intérêt pour l'Antiquité mésoaméricaine parmi les étudiants américains et européens. Ses publications ont servi de fondement à l'étude moderne des Mayas. Le site constitue l'une des premières fouilles archéologiques modernes de l'aire maya, conduite par le muséum d'histoire naturelle Peabody et l'université Harvard de 1891 à 1894. De nouvelles fouilles et restaurations furent réalisées par la Carnegie Institution of Washington dans les années 1930, puis par le muséum Peabody dans les années 1970, suivi par le « projet Copán » du gouvernement du Honduras qui débuta à la fin des années 1970 et continue actuellement.

Site archéologique thumb|upright=1.2|Maquette du groupe principal de Copán. À gauche, la grande place et ses stèles, à droite l'acropole.

Bien que la rivière Copán, le long de laquelle la cité fut construite, ait emporté une partie des bâtiments, le parc archéologique de Copán reste avec Chichén Itzá et Tikal l'un des plus intéressants sites mayas. Sa disposition est conforme à la pensée cosmologique maya: le monde est orienté selon les quatre points cardinaux avec un centre qui en constitue l'axe et la cité est un microcosme à l'image de ce macrocosme. À Copán, un centre cérémoniel, appelé « groupe principal » et composé d'une grande place et d'une acropole, représente l'axe du monde. Il est entouré de secteurs d'habitations situés aux quatre points cardinaux et reliés au centre par des chaussées appelées sacbe.

La grande place thumb|upright=0.9|Stèle H. Lithographie de Frederick Catherwood.