Le cimetière juif de Besançon, ou cimetière israélite de Besançon, est un cimetière juif situé à Besançon, dans le département français du Doubs en région Bourgogne-Franche-Comté. Il s'agit d'un des deux seuls sites entièrement consacrés à l'inhumation de la communauté juive dans la région, et l'un des rares de France pour une ville de cette taille. Il fait suite à un autre cimetière bien plus ancien situé auparavant dans le lieu-dit de Calmoutier, mais qui fut vendu par la municipalité au et probablement détruit à la suite de l'expulsion des Juifs de la ville.

Lorsque la communauté est de nouveau autorisée à revenir dans la capitale comtoise après la Révolution française, elle y fonde l'actuel cimetière. Il est acquis à la fin du par deux notables et agrandi en 1839 ; un projet comprenant la création d'un logement de gardien est envisagé en 1887 mais ne voit jamais le jour. Le cimetière dans sa forme actuelle date donc de la fin du et n'a subi depuis lors aucun changement significatif. On note cependant au l'édification d'un monument aux morts pour les Juifs de la Première Guerre mondiale, ainsi que la dégradation de quelques tombes lors de l'occupation allemande.

Le cimetière, libre d'accès, accueille encore de nos jours les dépouilles de Juifs ayant souhaité y être enterrés. On peut notamment y admirer des caveaux monumentaux, dont une pyramide haute de sept mètres, un mausolée de marbre et bronze, ainsi que divers autres éléments notables mais dans une moindre mesure. Plusieurs personnalités de la ville sont inhumées sur le site, dont des membres de la famille Veil-Picard, Lippman ou encore Weil.

Localisation et présentation générale thumb|left|Carte de localisation du cimetière.

Le cimetière juif de Besançon est situé à la limite des quartiers de Bregille et de Palente à l'est de la ville, sur l'actuelle rue Anne Frank (anciennement chemin VernoisAnne Raulin, Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, 1999, page 49.). Il se compose d'une parcelle de terrain d'environ située en bordure de cette route côté sud/sud-est, et entourée de champs et de bois sur la totalité des autres flancsCartes IGN consultées sur Géoportail.. Il existe deux entrées, l'entrée principale sur la rue et l'autre sur le bois, côté nord-ouest.

Comme tous les cimetières de ce type, celui de Besançon accueille les sépultures des membres de la communauté souhaitant être inhumés sur le site, selon les rites et coutumes de la religion juive. Cela suppose que les tombes soient tournées en direction de Jérusalem et que l'agencement global soit effectué de manière particulière, le plus souvent différemment suivant les courants du judaïsmeDictionnaire encyclopédique du judaïsme : esquisse de l'histoire du peuple juif, calendrier, par Geoffrey Wigoder et Sylvie Anne Goldberg, Éditions du Cerf, Paris, 1993, 1771 pages, rubrique sur les cimetières — /9782204045414..

Les Juifs bisontins sont de rite séfarade (Afrique du Nord) comme ashkénaze (Europe occidentale et centraleMagazine Tribune juive, numéro 91, page 22.), et bien que des différences existent entre les deux notamment sur le plan funéraire, le même site les reçoit sans distinction. Histoire Contexte : le judaïsme et les Juifs à Besançon thumb|right|La construction de la synagogue de Besançon en 1869 symbolise l'importance historique de la communauté juive de la ville.

Les débuts de l'histoire des Juifs à Besançon remontent au Moyen Âge, période durant laquelle ils s'installent dans la ville attirés par sa situation de place commercialeLe cimetière juif de Besançon sur Migrations.Besancon.fr, . (consulté le 26 février 2010).. La communauté se maintient et prospère même dans la capitale comtoise, notamment grâce au statut de cité impériale de la ville qui y autorise les Juifs jusqu'au , alors même qu'une large partie de la France et plusieurs pays d'Europe les ont expulsés. Au Moyen Âge tardif, les principales accusations de complots mettent à mal la communauté bisontine ; finalement, les Juifs sont bannis jusqu'à la RévolutionL'histoire des Juifs à Besançon sur Judaicultures.info (consulté le 8 septembre 2011).. Ils sont de nouveau autorisés à s'établir à Besançon comme dans le reste du Territoire à partir de 1791, lorsque la citoyenneté française leur est accordée. La communauté bisontine ne fera alors que s'agrandir : un premier lieu de culte existe dans les années 1830, puis l'actuelle synagogue du quai Veil-Picard est inaugurée en 1869 (consulté le 14 mars 2010). et parallèlement le consistoire de Besançon voit le jour. Vingt membres de la communauté tombent pour la France durant la Première Guerre mondiale.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux Juifs originaires d'Europe centrale et de l'est s'installent dans la capitale comtoise portant leur nombre à environ 2500, avant qu'ils ne soient eux aussi confrontés au régime antisémite de Vichy. Par la suite, la communauté s'est reconstruite notamment grâce à l'arrivée de nombreux Juifs séfarades dans les années 1960 provenant notamment du MaghrebMagazine Tribune juive, numéro 92, suite et fin de l'histoire de la communauté Juive de Besançon.. Les premiers lieux funéraires de la cité thumb|left|Le quartier de Fontaine-Écu en 2009, secteur où était situé le premier cimetière Juif de Besançon jusqu'au .

Dès l'apparition de Juifs dans la ville et la création d'une communauté, il est à peu près certain que les fidèles ont eu un lieu de recueillement ainsi qu'un site pour enterrer leurs morts ; mais fautes d'éléments, il est très difficile d'en retrouver des traces lointaines. Cependant on note l'existence d'un cimetière juif ancien dans le lieu-dit de Calmoutier, au sein de l'actuel quartier de Montrapon-Fontaine-Écu ; mais les archives à ce sujet ne permettent pas de préciser son ancienneté ni son importance. On sait néanmoins que les parcelles de ce terrain seront finalement vendues par la Municipalité en 1465, après l'expulsion de la communauté durant cette période. Il faudra attendre l'après Révolution française pour que les Juifs reviennent et qu'un nouveau cimetière israélite soit construit dans la capitale comtoise.

Le cimetière actuel thumb|right|Plan du cimetière juif : 1 : mausolée. 2 : pyramide. 3 : Tombeau de la famille Haas. 4 : Tombeau inconnu. 5 : Tombeau de la famille Picard-Hauser. 6 : Tombeau de la famille Picard. 7 : Monument aux morts. A1 et B1 : entrée 1 et entrée 2. A2 : partie basse pour les enfants. B2 : Partie ancienne. C2 : Partie pour les nouvelles tombes.

C'est à la fin du , au retour des Juifs à Besançon, qu'un nouveau cimetière fait son apparition rue Anne Frank. La partie la plus ancienne de celui-ci fut obtenue par deux notables de la communauté en 1796 : Nathan Lippmann et Pierre Picard. Ils devaient acquérir une propriété à proximité de la ville, où la population juive pourrait enterrer ses morts librement. C'est ainsi que dans la semaine du 3 ou 8 germinal de l'an IV (du 24 au ), le jardinier Claude-Louis Gatelet, alors propriétaire des lieux, cède une partie de ses terres aux Juifs de la ville.

En 1839, après que les clôturés du site ne deviennent trop étroits, une parcelle supplémentaire adjacente de est ajoutée donnant ainsi un espace total de . En 1877 est construit l'imposant mausolée Veil-Picard accueillant notamment le riche bienfaiteur Adolphe Veil-Picard dont l'enterrement a précédé une grandiose cérémonie de commémoration. Lors de sa séance du , le Consistoire Israélite de Besançon tente d'obtenir un autre terrain annexe pour y construire une maison afin d'héberger un gardien et un concierge, tentative qui apparemment échoua puisque le projet n'aboutit jamais. Le cimetière tel qu'on le connait aujourd'hui fut agencé de cette manière à partir de 1895. Après la Première Guerre mondiale, un monument aux morts est érigé à la mémoire des membres de la communauté juive bisontine tués au combat. Pendant l'occupation allemande, plusieurs tombes furent mises à sac par les nazis et/ou soldats de la collaboration vichyste ; c'est ainsi que certaines pierres ont été intentionnellement renversées et même brisées, donnant parfois l'impression d'un abandon.

thumb|left|Photographie du cœur du cimetière, dans la partie ancienne.

Les plus anciens tombeaux, qui sont souvent les plus modestes, datent de 1849, bien que le cimetière accueille encore actuellement de nouvelles sépultures. Le site comporte d'imposants caveaux appartenant aux riches familles Veil-Picard, Picard, Hauser-Picard ou encore Haas.

Les sépultures les plus récentes éclairent sur les nouvelles migrations ; les patronymes séfarades se mêlent aux noms d'origine ashkénazeAnne Raulin, Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, 1999, page 50.. Le site est aménagé ainsi : la partie basse est réservée aux tombes des enfants ; celles-ci sont délaissées depuis de nombreuses années et recouvertes de végétation, et la partie située à gauche de l'entrée est attribuée aux nouvelles sépultures, contrastant avec le reste du cimetière par son alignement scrupuleux. Les tombes du cimetière sont peu fleuries, mais comme le veut la tradition juive on retrouve beaucoup de cailloux sur certaines stèles, présent que l'on dépose pour témoigner de son passage.

Fonctionnement thumb|left|Détail d'une ancienne stèle.

Historique Durant le et le , la communauté juive de la ville s'occupait de toutes les formalités relatives à l'enterrement en lui-même ainsi qu'aux démarches qui l'entourent : la déclaration funéraire à l'état-civil, les lettres de faire-part, la fourniture des draperies, les veillées, la mise en bière, la cérémonie de purification juive ainsi que les concessions. Chacun des membres actifs du Consistoire avait gratuitement accès pour lui et sa famille proche à une parcelle individuelle et perpétuelle. Il fallait notamment pour cela payer une taxe d'admission à partir du moment où le membre était marié, ou lorsqu'il venait s'installer dans la ville.

Toute personne juive désirant être inhumée dans le cimetière n'ayant pas payé cette taxe pouvait néanmoins y être admise, à condition de s'acquitter d'une somme de par mètre carré (montant correspondant à l'époque approximativement à la cotisation d'un membre durant sa vie). On pouvait également avoir un espace en étant bienfaiteur : c'est ainsi qu'en Monsieur Wolf et Monsieur Picard obtiennent une place de après s'être financièrement engagés quant à la création d'un canal d'assainissement reconnu d'utilité publiqueAnne Raulin, Quand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, 1999, page 51..

Fonctionnement actuel Aujourd'hui le fonctionnement du cimetière reste sensiblement le même qu'auparavant, la communauté juive de la ville l'administrant toujours et remplissant les tâches qui y sont relatives. Les places perpétuelles sont toujours réservées pour les membres du consistoire, bien que de nombreuses personnes n'en faisant pas partie demandent un espace pour leurs défunts. En effet, même si on compte plusieurs grands cimetières juifs en France, peu de villes de la taille de Besançon jouissent de ce privilège dans l'Hexagone, d'autant plus que le site est le seul de ce type en Franche-Comté avec le cimetière israélite de Belfort, plus vaste. C'est ainsi que plusieurs sépultures sont celles de Juifs n'ayant pas vécu dans la région ; ou d'autres encore sont celles de Bisontins ayant quitté la ville pour Paris, mais qui sont restés inscrits au consistoire afin de bénéficier des avantages de ce cimetière. Dans ces cas la communauté accède le plus souvent à la requête, demandant néanmoins l’équivalent de dix ans de cotisation. À noter enfin que l'ensemble du site du cimetière juif de Besançon appartient exclusivement à la communauté de la ville.

Éléments architecturaux