Les Vazimba sont, selon la tradition orale malgache, les premiers habitants de l'intérieur de l'île de Madagascar. Ils ont donné leur nom à une période de l'histoire malgache qui prend fin au début du .
Les Vazimba se sont peu à peu adaptés aux vagues successives d'immigrants et il est difficile de dégager leurs caractéristiques originelles fondamentales. Cependant, l'ensemble des données historiques, archéologiques, ethnographiques et linguistiques récentes permet aujourd'hui d'apporter quelques éclaircissements à leur sujet : les Vazimba sont probablement les descendants des premiers pionniers austronésiens ayant débarqués à Madagascar au début de notre ère (autour/avant l'an 1). L’état actuel des recherches scientifiques confirment à ce jour une présence humaine à Madagascar au moins cinq siècles avant J.-C..
Histoire des Vazimba : du mythe à la réalité
La période historique dite « Vazimba » Pour les hautes terres centrales de Madagascar (la région de l'Imerina), la période « vazimba » (faha vazimba) est celle qui précède la période féodale, à savoir la phase d'expansion du royaume d'Alasora par le Roi Andriamanelo (1540-1575). La difficulté qu'ont eue les Vazimba de s'unir en un seul royaume a rendu plus facile la conquête et l'occupation du territoire des hautes terres centrales par Andriamanelo (un chef Vazimba ambitieux et hégémonique du clan d'Alasora), son clan était en effet réputé plus habile que les autres pour concevoir des armes en métal (la présence d'une mine de fer sur son territoire pourrait en être la cause). Les autres chefferies Vazimba jouxtant ces territoires s'affaiblirent peu à peu. Ses descendants, les rois Ralambo (son fils) et Andrianjaka (son petit-fils) poursuivirent les conquêtes de leur père. Certains Vazimba se réfugièrent alors dans la partie ouest de l'île, les autres rendirent les armes et cédèrent leur « territoire ». Ce n'est qu'à partir d'Andrianjaka (1610 -1630) que tous les clans Vazimba de l'Imerina furent assimilés et soumis à un seul souverain de la dynastie d'Andriamanelo.
Le mythe populaire Selon certaines croyances populaires, les Vazimba auraient été des personnages mystérieux ayant vécu dans les forêts des hauts plateaux centraux de Madagascar (pays Betsileo, Merina, Bezanozano, Sihanaka et Tsimihety) à une époque très lointaine. Ils suscitaient chez certains anciens Malgaches aussi bien de la crainte que du respect. L'imagination populaire les a transformés en êtres mythiques, hors du commun et déconcertants, ou encore en forces invisibles pouvant hanter une source, une rivière, un rocher, un bosquet ou un vallon. Dans l'imagerie populaire, le Vazimba est un être de petite taille, à la peau cuivrée, au crâne plat et au visage allongé, aux lèvres larges et pendantes cachant de très longues dents, auxquels s'ajouterait un front aplati. Le tout réuni lui donnait un aspect très laid et répugnant capable d'inspirer une peur viscérale. À part ces qualificatifs péjoratifs, on lui attribuait également un caractère désagréable. Les petits hommes Vazimba évitaient, paraît-il, tout objet ayant eu un contact avec du sel. Il était paraît-il interdit d'apporter de l'ail ou de la viande de porc sur leurs tombes et dans les environs. On affirmait que leur niveau de culture était assez limité. Ils étaient, semble-t-il, loin de maîtriser la métallurgie et auraient fabriqué des armes avec de l'argile et des roseaux. De même, ils auraient ignoré le fait que la viande de zébu était consommable, ils auraient donc laissé traîner leur bétail dans les champs.
La réalité historique permet de connaître et comprendre les faits qui ont abouti à ce mythe que démentent parfois les résultats des dernières recherches archéologiques notamment concernant la consommation de la viande de zébu qui est attesté dans une période “Vazimba” dès le par les fouilles effectuées à Ambohimanana.
L'origine austronésienne des Vazimba du premier millénaire vignette|gauche|Waka-« grand canoë à balancier » austronésien (qui a donné en malgache le mot vahoaka-le « peuple », du proto-austronésien *va-waka - « peuple des canoës » ou « le peuple de la mer ») : les premiers Ntaolo austronésiens ont probablement utilisé de semblables pour parvenir jusqu'à Madagascar en partant de ce qui est aujourd'hui l'Indonésie
Une équipe de généticiens sembleraient démontrer une contribution à peu près égale de l'Afrique et l'Indonésie aux lignages malgaches, aussi bien maternels que paternelsMatthew E. Hurles, Bryan C. Sykes, Mark A. Jobling, Peter Forster, « The dual origin of the Malagasy in island Southeast Asia and East Africa: evidence from maternal and paternal lineages », American Journal of Human Genetics, 2005, 76, pp 894-901, University of Chicago Press. De nombreuses recherches pluridisciplinaires récentes - archéologiquesBurney et al (2004), génétiquesHurles et al. (2005), linguistiques« Migration from Kalimantan to Madagascar », Otto C. Dahl, Bulletin of the School of Oriental and African Studies, University of London, Volume 56, N° 2, 1993, pages 417-418., ethnologiquesEthnologue: Languages of the World, 15th edition, 2005, Raymond G. Gordon Jr. editor, , voir l'arbre des langues Barito sur la version en ligne du livre, selon le classement des auteurs. et historiquesVerin (2000), p.20 - avaient déjà montré une origine indonésienne des MalgachesPatrice Rabe, Quotidien Midi Madagasikara, édition du 24 septembre 2008. Arrivés assurément les premiers sur une “terra incognita” par les côtes Est ou Ouest de Madagascar en kulun bo ou navire à balancier prévu pour la navigation hauturière assisté des Waka au début de notre ère - voire au moins 500 ans selon les archéologuesBurney et al, op.cit.) -, ces premiers navigateurs de l’humanité que sont les austronésiens sont connus de la tradition orale malgache sous le nom des Ntaolo (de *tau - *ulu - les « hommes premiers », les « anciens », de *tau - « homme », que l'on retrouve par exemple dans le nom de Toraja, et *ulu - « tête », « amont » en proto-Malayo-Polynésien (MP)Randriamasimanana, « The Malayo-Polynesian Origin of Malagasy » )). Il est également probable que ces anciens se nommaient eux-mêmes les Vahoaka (du proto-austronésien *Va-*waka « peuple des canoës » ou « peuple de la mer », de *waka- « canoë (à balancier) » en proto-MP), terme signifiant simplement aujourd'hui le « peuple » en malgache.
Sur le plan morphologique/phénotypique, cette origine Sud-Est asiatique première des Malgaches explique, par exemple au niveau des yeux, le « pli épicanthal » asiatique de la paupière supérieure (epicanthic fold) répandu chez tous les Malgaches qu'ils soient des côtes ou des hauts plateaux, qu'ils aient la peau claire, sombre ou cuivrée.
vignette|Vezo- « Ceux des côtes » en proto-malayo javanais (photo Wikicommons : Arman Manookian - 'Hommes sur pirogue à balancier en direction de la côte', huile sur canevas, c. 1929)
Ces vahoaka ntaolo (« le peuple d'origine ») austronésiens sont à l'origine de la langue malgache commune à toute l'île« Dans la langue malagasy, nous constatons d'étroites connexions avec l'idiome Maanyan parlé par la population de la vallée de Barito dans le sud de Bornéo », Dr Mathew Hurles du Welcome Trust Sanger Institute, ainsi que de tout le fonds culturel malgache commun à tous les austronésiens, des îles du Pacifique à l'Indonésie, en passant par la Nouvelle-Zélande et les Philippines : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue au fond de la mer ou d'un lac), agriculture ancienne (la culture du taro-saonjo, de la banane, de la noix de coco et de la canne à sucre), l'architecture traditionnelle (maison levu végétale à base carrée sur pilotis), la musique (les instruments comme la conque marine antsiva, le tambour de cérémonie hazolahy, le xylophone sur jambe atranatrana, la flûte sodina ou encore la cithare tubulaire valiha) et la danse (notamment la « danse des oiseaux » que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud)Pour l'historien Edouard Ralaimihoatra, ces autronésiens qu'il appelle de manière globale les Vazimba - sans faire le distinguo entre ceux des côtes, les Vezo, et ceux de la forêt de l'intérieur, les Vazimba - ont « apporté dans l'île le fond de la langue malgache et des techniques d'origine indonésienne pirogues à balanciers, rizières inondées, cases en bois équarris ou en branchage construites sur pilotis, villages édifiés sur les hauteurs entourés de fossés, etc. Ce fond a reçu des apports résultant d'échanges humains entre l'Afrique et Madagascar, grâce à la navigation arabe entre les côtes de l'Arabie, de l'Afrique orientale et de la Grande Ile (Ralaimihoatra E., « Les Primitifs malgaches ou Vazimba », in Histoire de Madagascar).
Au tout début du peuplement appelé « période paléomalgache », les Ntaolo se subdivisèrent, selon leurs choix de subsistance en deux grands groupes : les Vazimba (de *ba/va-yimba- « ceux de la forêt », de *yimba- « forêt » en proto Sud-Est Barito, aujourd'hui barimba ou orang rimba en malaisSimon P. (2006), p. 16) qui s'installèrent -comme leur nom l'indique- dans les forêts de l'intérieur et les Vezo (de *ba/va/be/ve-jau, « ceux de la côte » en proto-Malayo-Javanais, aujourd'hui veju en bugis et bejau en malais, bajo en javanaisSimon P. (2006), ibid., p. 474) qui restèrent sur la côte Ouest.
Le qualificatif Vazimba désignait donc à l'origine les Vahoaka Ntaolo chasseurs et/ou cueilleurs qui décidèrent de s'établir « dans la forêt », notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la grande île et celles de la côte Est et Sud-Est. Rafandrana, un des ancêtres de la dynastie royale merina, par exemple, est connu pour avoir été un VazimbaCallet (1908). Les deux reines fondatrices de la royauté Merina, Rafohy et Rangita (au -), descendante de Rafandrana étaient encore désignées comme Vazimbas. Comme la plupart des Austronésiens, les chefs Ntaolo (Vazimbas et Vezos) de Madagascar pratiquaient la sépulture marine en ayant pour coutume de placer les corps de leurs défunts dans des pirogues et de les enfouir dans des lacs artificiels (Vazimbas de l'intérieur) ou dans la mer (Vezos des côtes). Le terme Vezo, quant à lui, désignait les Vahoaka Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'ouest et du sud (probablement les côtes du premier débarquement)Simon P. (2006), ibid., p. 455.