Léon Zitrone, né le à Pétrograd (redevenue Saint-Pétersbourg en 1991) en Russie et mort le dans le , est un journaliste français, présentateur de journal, animateur et commentateur de télévision et de radio.
Durant de longues années, il représente un personnage particulièrement emblématique de la télévision française, en présentant le journal télévisé de 1958 à 1975, puis de 1979 à 1981 (le week-end), sur l'une ou l'autre des chaînes publiques nationales et en assurant le commentaire en direct de nombreux grands événements mondains, populaires ou sportifs.
Biographie Jeunesse et formation Né en Russie à Pétrograd en 1914, Léon Zitrone arrive en France à l'âge de six ans avec ses parents, Rodolphe-Romain Zitrone, (, Riga-, Paris Rudolf Roman Zitrone (1889 - 1981). geni.com.) et Catherine Hawkins (, Petrograd-, Paris Katarina Catherine Zitrone (Khavkin (Hawkine)) (1891 - 1978). geni.com.).. Au moment où éclate la révolution russe, la famille Zitrone se trouve en Suède. Ses parents décident de ne pas retourner en Russie et s'installent en France« Almanach de la Télévision », Télé 7 Jours, 1963 : . Léon Zitrone obtient la nationalité française par décret de naturalisation en 1936Doan Bui et Isabelle Monnin, Ils sont devenus français. Dans le secret des archives, éd. Jean-Claude Lattès, 2010, ..
Son père, qui a une formation d'ingénieur chimiste, devient tailleur et, à partir de 1923, ouvre à Paris dans le une boutique appelée la Clinique du vêtement, où l'on effectue des réparations, du nettoyage et des mises à la tailleTélé 7 Jours, , semaine du 29 juillet au : et Télé 7 Jours, , semaine du 17 au : .
Après des études au lycée Janson-de-Sailly, où il est le souffre-douleur de ses camarades qui le traitent de « métèque »« Almanach de la Télévision », Télé 7 Jours, année 1963 : , Léon Zitrone effectue des études supérieures à la faculté de droit de Paris et à l'Institut de chimie : « Comme le souligne l'Institut de chimie, il est bon élève, travailleur et sérieux. » Tiré de ..
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé au d'artillerie lourde divisionnaire motorisé (issu du dédoublement du régiment d'artillerie divisionnaire motorisé), équipé en canons de 155 court. Il sert dans la d'infanterie motorisée du général Juin au sein du d'armée de la , qui entre en Belgique en réaction à l'invasion allemande du . Il participe aux combats de Gembloux des 14 et , pour lesquels il sera décoré de la médaille militaire pour « acte de bravoure exceptionnel »Dominique Lormier, Les victoires françaises de la Seconde Guerre mondiale, .. Il est touché par un obus à Charleroi, tue un soldat allemand à La Louvière et est fait prisonnier à Lot en Belgique. Il s'évade de Braine-l'Alleud en et se cache à UccleDéclaration de Léon Zitrone aux Grosses Têtes de février 1985... Pendant l'Occupation, son père est arrêté le pour « menée antinazie » et envoyé en dans un camp de travail à Oranienburg (Allemagne), d'où il s'évade grâce à l'aide d'un officier autrichien, Reinhold Boehm, tombé amoureux de sa fille Irène Zitrone. La conséquence de l'évasion de son mari est que la mère de Léon Zitrone est arrêtée le et détenue à Drancy, où elle se retrouve dans la même cellule que les Dassault et dont elle est libérée le tandis que leur fille se cacheDoan Bui et Isabelle Monnin, Ils sont devenus français. Dans le secret des archives, éd. Jean-Claude Lattès, 2010.. Léon Zitrone participera à cette libération du camp l'arme au poing, action où il éprouvera "la joie profonde et le bonheur fou" (dixit) d'y retrouver sa mère vivante.
En 1945, il entre au ministère des Prisonniers de guerre, Déportés et Réfugiés. Il renonce à devenir fonctionnaire afin d'aider son père dans ses Cliniques du Vêtement« Almanach de la Télévision », Télé 7 Jours, 1963..
Carrière dans les médias Journaliste et présentateur de journaux Entre-temps, diplômé de l'École supérieure de journalisme de Paris, il entre en 1948 à la Radiodiffusion française au service des « Émissions vers l'Amérique du Nord » où, grâce à sa maîtrise du russe, du français, de l'anglais, de l'allemand et de l'italien, il est engagé par Pierre Emmanuel.
L'année 1954 marque sa première apparition à la télévision dans l'émission « Économie et Industrie ». Sa première collaboration au journal télévisé date du , où il commente des images prises à l'hippodrome de Longchamp. Tout au long de sa carrière, il continuera de commenter régulièrement des courses hippiques, notamment le tiercé dès 1959« Hippisme, tiercé à Vincennes », séquence du journal télévisé, , RTF, Inamediapro, notice CAF95011369 lorsqu'il succède à Georges de Caunes qui l'a présenté à partir de 1956.
vignette|redresse=1.3|gauche|Léon Zitrone (à gauche) aux côtés de Claude Fayard (au centre) et de Jean Gabin (à droite) en 1959.
À partir de 1958, il est présentateur du journal télévisé, fonction qu'il va exercer jusqu'en 1975 sur la Première chaîne de l'ORTF où il devient un des présentateurs les plus populaires de France. Il revient sur Antenne 2 où Jean-Pierre Elkabbach le rappelle en 1979 (il a alors plus de 64 ans), afin de prendre en charge les JT du week-end, dès le et ce jusqu'en 1981.
Ses qualités de diplomatie (il est l'interlocuteur principal d'Alain Peyrefitte lorsque celui-ci se présente au public comme ministre de l'Information) le font parfois accuser d'obséquiosité ; de même, son style de commentateur n'est fait, disent les critiques, que de .. Claude Darget lancera : Dans sa biographie Big Léon.. Jean-Edern Hallier, dans sa volonté provocatrice, alla jusqu'à dire : . À sa mort, le député RPR Michel PéricardMichel Péricard exerça à plusieurs reprises dans les directions des chaînes de télévision publiques pendant les années 1970. Source : article de Libération du . dit de lui : .
Animateur de télévision et commentateur vignette|redresse=0.9|Léon Zitrone en 1986, en train d'animer le jeu télévisé Intervilles.
La popularité de Léon Zitrone est aussi due aux émissions qu'il anime ou co-anime. Entre 1962 et 1990, il co-anime en compagnie de Guy Lux le jeu télévisé Intervilles, puis Interneige entre 1964 et 1968, suivi des Jeux sans frontières en 1965 et 1966, dont il commente certaines émissions jusqu'en 1971.
Il a commenté à six reprises le Tour de France cycliste, où les téléspectateurs ont retenu sa bonne mémoire des noms des coureurs. Il assure aussi la présentation des Jeux olympiques à huit reprises et présente seize défilés militaires du 14 juilletClaude Quétel, Le Mythe du 14 juillet, Paris, Jean-Claude Lattès, 2013, 430, , ..
Le 12 mai 1968, à la suite d'une censure directe, les journalistes et producteurs de Cinq colonnes à la Une entament une grève à laquelle participent ensuite toutes les catégories de personnel de l'ORTF.. Le , le gouvernement licencie ou mute une soixantaine de journalistes, des producteurs et des techniciens ; Léon Zitrone est licencié au même titre que ses confrères Claude Darget, Frédéric Pottecher, Emmanuel de La Taille, Robert Chapatte, François de Closets, Thierry Roland, Roger Couderc, Michel Drucker, Maurice Séveno, Christian Dutoit, Jean-Claude Dassier, Jacques Alexandre, Philippe Harrouard, Michel Honorin et Daniel Estève.. Bien que d'autres de ses collègues journalistes s'orientent vers les stations de radio périphériques comme RTL, Europe 1 et Radio Monte-Carlo ou encore les chaînes commerciales Télé Monte Carlo ou Télé Luxembourg, Léon Zitrone parvient à revenir à la télévision publique ORTF, notamment en acceptant d'être rétrogradé aux sports, cantonné aux courses cyclistes et de chevaux..
En 1969, il devient le premier représentant de la France au jeu-divertissement Le Francophonissime réunissant les chaînes de télévisions de langue française Première chaîne de l'ORTF (France), Télévision de Radio-Canada - SRC (Québec), RTBF1 (Belgique), Télé Luxembourg, Télé Monte-Carlo (Principauté de Monaco) et TSR 1 (Suisse Romande).
Il est aussi connu pour être le commentateur-clé des grands évènements, notamment les mariages, funérailles et investitures des grands de ce monde, une trentaine dans sa carrière, hormis le couronnement de la reine Élisabeth II du Royaume-Uni en 1953 (erreur fréquemment commise, ce commentaire ayant été assuré par Jacques Sallebert). Il commente notamment le mariage de Fabiola avec le roi Baudouin de Belgique et celui d'Anne du Royaume-Uni, l'enterrement de Winston Churchill ou d'Anouar el-Sadate, ainsi que la cérémonie d'hommage national au général de Gaulle à la cathédrale Notre-Dame de Paris. et converse même en russe avec Brejnev et Khrouchtchev.
Passionné de chevaux, il imprime sa marque lors de ses commentaires de courses hippiques, comme le prix d'Amérique, une passion qu'il garde toute sa vie, à tel point que, selon Thierry Roland, .
Pour le concours Eurovision de la chanson, il assure la présentation en anglais ainsi que les commentaires de l'édition 1978 qui a lieu en direct depuis le Palais des congrès de Paris, aux côtés de Denise Fabre. Il commente à nouveau celui-ci lors des éditions de 1983, 1984 et 1991.
À la radio En 1975, sur RTL, Léon Zitrone présente L'heure Z, un rendez-vous quotidien d'information de à Télé 7 Jours 806, semaine du 25 au 31 octobre 1975, 121. En 1976 il anime Appelez, on est là, aux côtés d'Évelyne Pagès. Très cultivé, il sait aussi faire preuve d'un humour ravageur, talent qu'il montrera en étant l'un des invités de référence des Grosses Têtes de RTL.
Dans le monde des médias, Léon Zitrone restera par ailleurs longtemps réputé pour sa pingrerieParfois justifiée : dans sa biographie Big Léon, il s'indigne qu'on ne lui ait pas remboursé le plafond ordinaire d'un repas du soir au prétexte que celui-ci comprenait des mets fins. et son mauvais caractère.
Autres activités En 1960 Léon Zitrone tient comme acteur le rôle principal aux côtés de Jean Rochefort et Jean Gaven dans le film Vingt Mille Lieues sur la Terre, le tournage lui donnant l'occasion de retourner dans sa Russie natale.
Par ailleurs, il participe à une vingtaine de longs métrages et plusieurs séries télévisées dans des petits rôles, souvent de journaliste ou de commentateur.
Vie privée et décès thumb|285px|La tombe de Léon et Jacqueline (Laura) Zitrone au cimetière de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).
Léon Zitrone se marie le à Jacqueline Connan (1922-1999)Stephen Taylor, Who’s who in France, Levallois-Perret, Jacques Lafitte, 1994, 1799, , surnommée Laura, avec qui il a eu trois enfants : Marie-Laurence (née en 1950), Béatrice (née en 1951) et Philippe (né en 1954).
Il meurt à l'âge de 81 ans le (le jour de son anniversaire) à l'hôpital du Val-de-Grâce de Paris, où il est hospitalisé quelques jours des suites d'une hémorragie cérébrale. Il repose au cimetière de Levallois-Perret.
Personnalité et notoriété Léon Zitrone parlait un français cultivé, simple et littéraire, tel qu'il serait écrit. , il était capable de prolonger ses commentaires plusieurs heures durant si la situation l’exigeait, sans monotonie ni répétition, aidé de ses fidèles fiches.
Il est aussi connu pour certaines citations :
, comme le définit un jour son camarade de télévision Pierre Tchernia, Léon Zitrone a été l'une des incarnations de la télévision pendant plusieurs décennies aux yeux du grand public français. Le général de Gaulle a d'ailleurs dit à ce sujet : .
Filmographie Cinéma Au cinéma, il joue généralement son propre rôle :
1958 : Maigret tend un piège de Jean Delannoy : le commentateur radio 1959 : Rue des prairies de Denys de La Patellière : lui-même 1961 : Cocagne de Maurice Cloche : lui-même 1961 : Vingt Mille Lieues sur la Terre de Marcello Pagliero : le journaliste Leon Garros 1961 : Le Puits aux trois vérités de François Villiers : lui-même 1961 : Le Président d'Henri Verneuil : lui-même 1962 : Portrait-robot de Paul Paviot : lui-même 1962 : Le Gentleman d'Epsom de Gilles Grangier : lui-même (non crédité) 1963 : Le Coup de bambou de Jean Boyer