La tempête Xynthia est une dépression météorologique majeure ayant frappé plusieurs pays européens, principalement en Europe de l'Ouest, d'un épisode de vents violents d'environ quatre jours entre le et le (animation satellitaire ci-contre).

Aperçu général En provenance des régions subtropicales mais de type frontal, le système touche principalement les îles Canaries puis le reste de l'Espagne (Galice, Asturies, Pays basque) et le Portugal, la France (Aquitaine, Poitou-Charentes, Pays de la Loire, Bretagne et Normandie), la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne et dans une moindre mesure le Royaume-Uni, la Scandinavie et les pays bordant la mer Baltique (animation satellitaire plus haut).

Avec des vitesses maximales de vent sur le littoral d'environ à la pointe de l'île de Ré en Charente-Maritime (France), Xynthia ne présente pas de caractère exceptionnel mais elle est l'une des plus meurtrières depuis deux précédentes en décembre 1999, du fait que . Il est à l'origine de la mort de et de nombreux dégâts matériels pour près de deux milliards d'euros rien qu'en France, et de au total.

Cette conjonction de vents violents et de fortes marées, donnant lieu à l'onde de tempête et à une submersion marine, occasionnent d'importantes inondations dans certaines régions littorales dudit pays, principalement dans le département de la Charente-Maritime déjà évoqué (régions de Poitou-Charentes puis aujourd'hui de la Nouvelle-Aquitaine), celui de Vendée (« Bas-Poitou » historique actuellement dans la région des Pays de la Loire) et jusque dans les Côtes-d'Armor au nord de la Bretagne. La Cour des comptes française relève que .

Appellation Le nom Xynthia provient d'une liste alphabétique de noms utilisée par l'université libre de Berlin (l'ULB) depuis 1954 et renouvelée annuellement pour dénommer dépressions et anticyclones. D'abord utilisée par les médias allemands, son usage se répand par la suite aux autres pays dudit continent. À partir de 2002 l’ULB commence à utiliser des noms venant du public, chaque intervenant pouvant suggérer au moins un nom pour cette liste moyennant un certain montant servant au financement de l'observatoire météorologique de ladite université..

Sur quelque ainsi attribués chaque année, seuls ceux associés avec des événements majeurs passent cependant à la postérité. C'est ainsi un certain Wolfgang Schütte qui aurait suggéré le prénom Xynthia., avec un "x" majuscule initial propre à cette version germanophone de "Cynthia" lui-même diminutif aphérétique de "Jacy- / -i-nthia / -e", comme du nom des fleurs de jacinthe proche de celui du jasmin, ou du prénom épicène "Hyacinthe" voire leurs autres variantes éventuelles.

L'ULB n'est déjà pas à l'époque la seule organisation qui donne ce genre de noms, Xynthia a d'ailleurs pu être connue sous d'autres vocables dans certains pays européens. Depuis 2015, l'organisation intergouvernementale européenne EUMETNET coordonne tous ces systèmes..

Évolution météorologique thumb|left|Position de la dépression au large des côtes ibériques (modèle de prévision GFS établi le 25 février pour le 27 février).

Dès le au soir, à la suite des informations reçues des satellites GOES 12, Météosat 9 et NRL, Météo-France évoque pour la première fois une dépression, située en plein cœur de l'Atlantique sur le tropique du Cancer et vers 30 degrés de longitude Ouest, susceptible de se transformer en tempête. Le , des images prises par le satellite Eumetsat laissent apparaître le creusement rapide de cette dépression au large de l'archipel portugais de Madère, dans l'Atlantique subtropical. Les observations permettent de distinguer très rapidement une anomalie d'altitude avec décrochage de basse tropopause, en lien avec une inflexion du courant-jet.. L'intensification du creusement de la dépression conduit les services météorologiques espagnols, portugais et français à lancer une procédure d'alerte pour les zones menacées devant l'imminence de ce que les météorologistes appellent un cyclone extratropical de type « bombe » ou cyclogénèse frontale explosive. Ce terme ne doit cependant pas être confondu avec celui de « cyclone » (dans le sens de cyclone tropical) qui est un phénomène régi par des mécanismes différents, même si l'intensité des vents peut parfois être comparable. Ainsi, une tempête de type « bombe » tire son énergie de l'atmosphère, tandis que les cyclones tropicaux tirent leur énergie de la température de la mer.

vignette|Position de la dépression au matin du 27 février, UTC (carte météorologique d'analyse de surface produite par la NOAA).

La dépression, baptisée « Xynthia » par les météorologues allemands, remonte peu à peu des régions subtropicales, amenant au passage des masses d'air sahariennes par advection. Ce phénomène est ressenti dans les régions traversées par la tempête par une douceur inhabituelle peu avant l'arrivée des premières rafales. Le , elle approche des îles Canaries, où elle cause quelques dégâts matériels Tenerife résiste a los vientos huracanados de Xynthia, consulté le mars 2010. La cyclogénèse s'accentue tandis que la tempête, qui continue à se creuser (968 hPa), remonte le long des côtes du Portugal, poursuivant vers la mer Cantabrique et le golfe de Gascogne. Dans un communiqué, l'agence météorologique espagnole (AEMET) parle d'une tempête « rapide, intense et profonde » caractéristique des systèmes appelés « cyclogénèses explosives » El temporal de viento huracanado deja tres muertos en la Península, consulté le mars 2010.

thumb|left|Carte des vents de la dépression le 28 février à minuit UTC (carte émise par la NOAA).

Le centre dépressionnaire atteint le golfe de Gascogne dans la soirée du , apportant des températures très douces par effet de foehn sur le Pays basque où on observait jusqu'à , avant de pénétrer dans les terres le aux alentours de du matin, sans toutefois se combler immédiatement. De puissantes rafales de vent et des vagues hautes de plusieurs mètres associées à une marée de fort coefficient provoquent un phénomène de surcoteLucia Pineau-Guillou, Cyril Lathuilière, Rudy Magne, Stéphanie Louazel, David Corman, Céline Perhérin, « Caractérisation des niveaux marins et modélisation des surcotes pendant la tempête Xynthia », (pp. 625-634) DOI:10.5150/jngcgc.2010.073-P (Lire en ligne) dans plusieurs régions du littoral français (essentiellement Charente-Maritime et Vendée). La rupture de plusieurs digues conduit à de graves inondations dans plusieurs communes. En marge du système, on relève des vents violents dans la vallée du Rhône et sur les contreforts alpins.

La tempête atteint la région parisienne le matin du 28 vers . Les vents les plus forts ( environ) se décalent vers les régions du Centre, la Normandie et le Nord-Pas-de-Calais, et atteignent une pointe de vitesse au sommet de la tour Eiffel, avec un vent à . Le Royaume-Uni est également touché. Au cours de l'après-midi, la tempête atteint la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Allemagne et la Scandinavie.. Durant la journée du , elle se termine en engendrant une tempête sur la partie sud de la mer Baltique .

Chronologie des événements Cette section est organisée chronologiquement par rapport aux événements, c'est-à-dire que les pays sont classés dans l'ordre de passage de la tempête, et non dans l'ordre alphabétique. Ceci afin de permettre une meilleure compréhension de la séquence de déroulement des événements.

Portugal thumb|Animation des prévisions du 27 février 2010 à minuit (fichier NOAA-GFS). thumb|Alerte météorologique dans la péninsule Ibérique, le 27 février 2010.

La tempête se forme au large de l'archipel de Madère, balayé par des vents violents durant plusieurs heures dès le Tempête de Madère, page visitée le 28 février 2010.. Ces mauvaises conditions climatiques surviennent quelques heures après le passage d'une première tempête le ayant causé la mort de .. Le creusement rapide de la dépression Xynthia et son potentiel « explosif » au sens météorologique du terme conduisent l'Institut météorologique national à émettre un bulletin d'alerte rouge pour dix districts du Nord du pays. La protection civile conseille aux habitants des régions du centre et du littoral de limiter les déplacements en raison de rafales de vent estimées à plus de et de pluies soutenues en liaison avec le système dépressionnaire.

Une première victime est signalée dans la journée du : un enfant de meurt écrasé par un arbre à Paredes, dans le district de Porto. Neuf personnes sont également blessées dans cet accident. Les intempéries endommagent sérieusement plusieurs logements à Matosinhos, Vila Nova de Gaia, Montemor-o-Novo et Leiria . La Garde nationale républicaine signale la fermeture de plusieurs axes routiers (autoroutes A14, A16 et A2 notamment) en raison de chutes d'arbres et de poteaux électriques .

thumb|left|Xynthia au large des côtes ibériques (27 février).

La circulation sur les ponts du 25-Avril et Vasco da Gama est suspendue durant une partie de la journée. Le trafic ferroviaire est également fortement perturbé en plusieurs points du pays, en particulier au niveau d'Alverca, d'Alhandra et de Peso da Régua Xynthia pára auto-estradas e comboios. En début d'après-midi du , des rafales de sont déjà relevées à Pampilhosa da Serra, tandis qu'à Lisbonne, les vents atteignent Ventos atingem .

Des coupures de courant sont signalées dans tout le pays. Au plus fort de la tempête, près d'un million de foyers se retrouvent sans alimentation électrique, avant que la situation ne revienne à la normale progressivement Electricidade restabelecida em todo o pais apos mau tempo.

Les pluies soutenues qui accompagnent le passage de la tempête provoquent la montée des eaux de plusieurs cours d'eau dans le Nord du pays, faisant craindre des inondations. Le Douro passe sa cote d'alerte à Peso da Régua dans la matinée du . Plus en aval, les villes de Porto et de Vila Nova de Gaia sont mises en état d'alerte rouge (maximum) par le centre de prévention des crues. Dans la région de Santarém, la crue du Tage coupe les axes de communication et isole de nombreuses localités..

Espagne thumb|Arbres arrachés à Güímar (Tenerife). L'alerte météorologique est effective pour les îles Canaries à compter du à minuit, alors que la dépression pénètre l'archipel par le sud-ouest. Les premières rafales de vent atteignent rapidement les îles de Tenerife et de La Palma (dans une moindre mesure celles de El Hierro et Grande Canarie), où elles sont accompagnées de quelques précipitations et d'une montée subite des températures.

Des bourrasques de près de sont enregistrées à Izaña et San Andrés y Sauces, de à Candelaria et San Juan de la Rambla et de à Puerto de la Cruz Tenerife resiste a los vientos huracanados de Xynthia. Plusieurs routes sont interdites à la circulation de manière préventive et plusieurs vols au départ ou à destination des Canaries sont différés. Des dégâts mineurs sont relevés sur l'ensemble du territoire (arbres arrachés, toitures endommagées, fils électriques rompus) sans qu'aucune victime ne soit à déplorer. Des coupures de courant sont signalées dans près de canariens, la majorité () sur l'île de Ténérife El temporal deja sin luz a 10.000 usuarios en la Isla. Le réseau est remis en état progressivement dans les heures qui suivent, alors que la tempête s'évacue vers la péninsule Ibérique. L'alerte est levée sur le territoire le à , tandis qu'au même moment de violentes rafales de vent touchent le Portugal et l'Espagne continentale.