La peinture américaine est l'un des arts développés aux États-Unis par les premiers colons et leurs successeurs, à partir du . À l'époque moderne, les artistes européens franchissent l'Atlantique et créent les premiers tableaux sur le sol des Treize Colonies. Les œuvres du Vieux Continent restent des modèles jusqu'au début du : elles rejoignent les collections privées et les musées américains, alors que les peintres américains partent étudier l'art anglais, français, allemand ou italien. La Seconde Guerre mondiale marque un tournant : les États-Unis, première puissance financière, et New York en particulier, deviennent un centre dynamique qui attire les artistes européens.
Les thèmes de la peinture américaine ont suivi l'histoire du pays et l'évolution de sa société : portraits de l'élite coloniale aux , paysages et gens du peuple au , progrès techniques et vie citadine, réalisme et modernisme des années 1900, puis abstraction des années d'après-guerre.
Époque coloniale Colonies espagnoles vignette|gauche|Peinture derrière l'autel de l'église San José de Gracia à , deuxième moitié du , .. Aux , les Espagnols conquirent le Sud-Ouest des États-Unis actuels et la Floride. Ils établirent un réseau de missions, d'abord au Nouveau-Mexique puis dans le reste de la Nouvelle-Espagne. Pour réaliser l'objectif d'évangéliser les Amérindiens, ils utilisèrent les arts afin d'impressionner les autochtones, .. Les églises furent décorées de peintures religieuses baroques : beaucoup ont disparu à la suite des destructions provoquées par la révolte des Pueblos dans la deuxième moitié du , .. Les peintures étaient importées du Mexique ou faites par les moines ou les Amérindiens dans le cadre de la mission. Les Franciscains copièrent le style de Pierre Paul Rubens, ..
Les portraits du vignette|droite|Freake Limner, Elisabeth Freake et sa fille Mary, 1674, Art Museum, Worcester (Massachusetts).
Les premiers colons européens qui arrivèrent en Amérique du Nord apportaient avec eux leurs goûts artistiques et leurs traditions. Venus de différents pays d'Europe, ils avaient en commun leur attachement à la religion dont l'influence a marqué les premiers tableaux réalisés dans ce qui deviendra plus tard les États-Unis. La peinture de l'époque coloniale fut influencée par la diversité des origines des migrants. La Nouvelle-Angleterre fut le principal foyer d'une culture coloniale dominée par le puritanisme, . qui prohibait la représentation de personnages bibliquesCollectif, L'Art des États-Unis, traduit de l'anglais par Christiane Thiollier, éditions Citadelles et Mazenod, Paris, 1992 , . et les excès de l'art baroque, ..
Les premiers tableaux furent produits dans la seconde moitié du et furent réalisés dans les colonies du Nord-Est (Nouvelle-Angleterre, vallée de l'Hudson et montagnes Catskill). Il s'agissait de portraits souvent anonymes peints par les limners, nom qui vient du français « enlumineurs »Collectif, L'Art des États-Unis, traduit de l'anglais par Christiane Thiollier, éditions Citadelles et Mazenod, Paris, 1992 , .. Ces œuvres mettaient en valeur la prospérité de leurs commanditaires par la richesse de leurs vêtements, en conformité avec les règles somptuaires en vigueur à l'époque. Les portraits d'enfants furent nombreux : Margaret Gibbs, Elisabeth Freake et sa fille Mary, Les enfants Mason, Henry Gibbs, tous attribués au Freake Limnerou Freake-Gibbs painter., un peintre dont on sait peu de choses. Ce dernier utilisait un style dérivé des arts élisabéthain et hollandais du dont les principales caractéristiques étaient les couleurs vives, un fond obscur et une absence de perspective.. Il était au service de plusieurs familles de notables de BostonLes œuvres qu'on lui attribue sont : John Davenport (1670, Yale University Art Gallery, New Haven, Connecticut), Henry Gibbs (1670, collection privée), Margaret Gibbs (1670, musée des beaux-arts, Boston), Robert Gibbs (1670, musée des beaux-arts, Boston), Alice Mason (1670, Adams National Historic Site, Quincy, Massachusetts), The Mason Children (1670, M. H. de Young Memorial Museum, San Francisco), Edward Rawson (1670, New England Historic Genealogical Society, Boston), Rebecca Rawson (1670, New England Historic Genealogical Society, Boston)..
La peinture coloniale trouve aussi son expression dans les besoins de la vie matérielle : par exemple, les artisans décoraient les objets de la vie quotidienne comme les enseignes des boutiques ou les carrossesJanine Marzi, Les États-Unis, Turin, Larousse, 1967 , ..
Les colons hollandais de Nouvelle-Néerlande dans la région de l'actuelle New York apportèrent avec eux leurs collections de tableaux et commandèrent des natures mortes et des paysagesCollectif, L'Art des États-Unis, traduit de l'anglais par Christiane Thiollier, édition Citadelles et Mazenod, Paris, 1992 , .. Henri Couturier a peint le portrait de Peter Stuyvesant vers 1660-1663, aujourd'hui conservé à la New-York Historical Society. Enfin, dans le Sud-Ouest dominé par les Espagnols, les premières œuvres installées ou produites par les Européens étaient destinées à décorer les édifices religieux. Les aristocrates virginiens préféraient faire venir leurs peintures d'Angleterre ou allaient les acheter sur place, ..
vignette|Robert Feke, Portrait de la famille d'Isaac Royall, 1741, Fogg Art Museum, Cambridge (Massachusetts). Le début du fut marqué par l'arrivée d'artistes européens professionnels dans les colonies anglaises. Ils produisaient pour une clientèle qui vivait dans le luxe : ainsi, les peintres de l'école de la vallée de l'Hudson travaillaient pour le compte des grands propriétaires terriens qui commandaient des portraits pour orner leurs manoirs. En Nouvelle-Angleterre, les tableaux reflétaient la prospérité des marchands de Boston. Les planteurs des colonies du Sud faisaient appel à des artistes britanniques. La famille était l'un des thèmes majeurs des peintures coloniales.
Dans la première moitié du , des peintres venus de différents pays d'Europe s'installèrent dans les Treize colonies. Jeremiah Theüs (1716 - 1774) est né en Suisse et travailla dans la région de Charleston, en Caroline du Sud. John Smibert (1688–1751), peintre d'origine écossaise, émigra à Boston où il peignit des portraits de l'élite citadine sans originalitéJanine Marzi, Les États-Unis, Turin, Larousse, 1967 , .. L'une de ses principales œuvres, L'entourage de Berkeley, appelé aussi Groupe des Bermudes (Yale University Art Gallery), adopte une composition baroque. Gustavus Hesselius (1682-1755) quitta la Suède en 1711 et vécut à Philadelphie et dans le Maryland. Il fut le premier à répondre à des commandes publiques dans les colonies américaines. : il réalisa des tableaux religieux (Le Dernier Repas pour l'église Saint-Barnabé du comté de Prince George) ainsi que de nombreux portraits, notamment le premier portrait d'un Amérindien. Le Britannique John Wollaston importa en Amérique le style rococo géorgien caractérisé par la grâce et la légèretéCollectif, L'Art des États-Unis, traduit de l'anglais par Christiane Thiollier, édition Citadelles et Mazenod, Paris, 1992 , .. Joseph Blackburn fut le professeur de John Singleton Copley et se spécialisa dans les portraits de femmes assises. William Willams (1721-1791) produisit quelque 200 œuvresCollectif, L'Art des États-Unis, traduit de l'anglais par Christiane Thiollier, édition Citadelles et Mazenod, Paris, 1992 , .. Son Portrait de Deborah Hall (1766) reprend le système symbolique en usage dans la vieille Europe.
Dans la seconde moitié du s'affirma une génération de peintres nés en Amérique. Joseph Badger (vers 1708-1765) et Robert Feke réalisèrent de nombreux portraits des grandes familles de Boston. Mais la génération de la révolution américaine, Benjamin West, John Singleton Copley, Charles Willson Peale, John Trumbull s'installa en Angleterre et y fit carrière.
Révolution américaine et néoclassicisme vignette|John Singleton Copley, John Hancock, 1765, musée des Beaux-Arts de Boston. vignette|Benjamin West, Le Traité de Penn avec les Indiens, 1771-1772, Pennsylvania Academy of Fine Arts, Philadelphie.
La révolution américaine a inspiré de nombreux tableaux dès la fin du . Elle eut également d'importantes conséquences sur la vie des peintres : les artistes loyalistes, comme Ralph Earl (1751-1801), durent en effet fuir les colonies. Gilbert Stuart (1755-1828) quitte les Treize colonies par manque de commande et profite de son voyage en Europe pour faire son Grand Tour.
Les portraits des héros de la révolution américaine furent nombreux. Ainsi, John Singleton Copley (1738-1815) représenta Paul Revere (1772) en tenue de travail avec réalisme, précision et sobriété. Il fit par la suite d'autres portraits : des enfants, des figures de la guerre d'indépendance comme James Warren (1763), John Hancock (1765) ou encore Samuel Adams (1770). Pour fuir la révolution américaine, il partit pour l’Angleterre en 1774 où il passa la moitié de sa vie ; il visita également la France et l'Italie. Il s'essaya à la peinture d'histoire avec son Watson et le requin (1778, Musée des Beaux-Arts de Boston) ou encore avec La mort du Major Peirsons (1784, Tate Gallery, Londres). Copley est considéré comme François Wehrlin, Philippe Guillemet, section « Les arts plastiques » de l'article « États-Unis », in Encyclopædia Universalis, corpus 8, Paris, 2002, ..
Benjamin West (1738-1820) fut le premier artiste américain à se rendre à Rome à l'âge de 22 ans où il fit la connaissance de Johann Joachim Winckelmann et se familiarisa avec le style néoclassique, .. En 1763, il s'installa définitivement à Londres et ne retourna jamais en Amérique. Il se spécialisa dans la peinture d'histoire, un genre qui était en train de s'affirmer à cette époque et dont il fut l'un des premiers grands représentants. Les premiers tableaux apparentés à ce genre datent du début des années 1770, soit une quinzaine d'années avant les grands tableaux historiques de Jacques-Louis David en France. Contrairement à ses confrères, il ne se limita pas à l'histoire ancienne. En 1770, par exemple, il réalisa le tableau néoclassique La Mort du général Wolfe qui montre les derniers instants du général britannique James Wolfe pendant la guerre de Sept Ans, .. En 1771, il mit en scène la rencontre entre William Penn et les Amérindiens dans sa Pennsylvanie natale, commémorant ainsi le traité signé par Penn avec les Amérindiens un siècle plus tôt. Ces œuvres connurent un immense succès et l'année suivante (1772) il fut nommé peintre d'histoire du roi de Grande-Bretagne (George III). Il peignit quelque 60 toiles pour le souverain, .. En 1792, il succéda à Joshua Reynolds en tant que président de la Royal Academy de peinture où il enseigna à des étudiants européens et américainsMAtthew Pratt, Copley, Charles Willson Peale, Ralph Earl, Gilbert Stuart, John Trumbull, Washington Allston, Thomas Sully, et bien d'autres : lire , ..
John Trumbull (1746-1843) fut un autre grand peintre américain néoclassique : il servit dans l'Armée continentale sous les ordres de George Washington avant de s'installer à Londres en 1784 pour devenir président de la Royal Academy of Arts et peintre officiel de George III. Peintre à succès, il reçut de très nombreuses commandes. Il laissa plusieurs tableaux d'histoire dans un style académique et fougueuxCollectif, Histoire de l'art, du Moyen Âge à nos jours, Baume-les-Dames, Larousse, 2006 , . : on peut citer par exemple La Reddition de Lord Cornwallis (1787, Rotonde du Capitole de Washington) ou La Déclaration d'Indépendance (1795, Rotonde du Capitole de Washington). Il peignit également un portrait de George Washington (1780, MET, New York) qui annonce le thème du héros romantiqueCollectif, L'Art des États-Unis, traduit de l'anglais par Christiane Thiollier, édition Citadelles et Mazenod, Paris, 1992 , ..