Le terme de monde occidental peut prêter à confusion car il recouvre des réalités différentes selon les époques et selon des considérations politiques, culturelles, idéologiques, religieuses ou philosophiques. Il est donc intéressant de l’étudier dans une perspective historique.
Le monde occidental ou plus simplement l'Occident désigne, dans une vision classique, une aire culturelle qui se revendique comme l'héritière de la Grèce antique (pensée, science) et de la Rome antique (droit), héritage auquel se sont plus tard combinés des éléments de culture judéo-chrétienne catholique et protestante.
Dans cette acception du terme et de ce fonds culturel considéré comme le dénominateur commun aux pays « occidentaux », les racines de l'Occident moderne remontent ainsi à l'Antiquité. Cette aire culturelle trouverait son origine dans l'établissement de colonies par les cités de la Grèce Antique qui diffusèrent peu à peu leur civilisation sur tout le pourtour méditerranéen, avec la fondation de colonies, comme Barcelone, Nice, Naples ou encore Marseille. C'est sous cette influence (quoique moins prégnante au départ que l'influence des autres peuples italiques tels que les Étrusques, qui donnèrent à la ville ses premiers rois et l'essentiel de sa population) que se développa progressivement la ville de Rome, jusqu'à former un vaste empire. En 395, Théodose II divisa administrativement l'Empire romain en deux parties, qu'il donna à deux de ses fils : l'Orient et l'Occident, marquant ainsi un début de divergence entre les deux parties de l'empire, divergence qui se trouvera scellée après la chute définitive de Rome et de l'Empire romain d'Occident en 476.
Cependant, il faut garder à l'esprit que le terme « monde occidental » a regroupé et regroupe encore des pays et peuples très différents selon les époques et selon les dogmes idéologiques en vigueur. Ainsi, alors que dans l'Antiquité les terres contrôlées par l'Empire romain ne dépassaient pas le Rhin et le bassin pannonien, au Moyen Âge on considère que l'Allemagne, les pays scandinaves, la Pologne, la Hongrie ainsi que les divers royaumes fondés sur les décombres de l'Empire romain d'Occident par des peuples germaniques tels que les Francs ou les Saxons font partie de ce monde occidental, l'Occident chrétien catholique, là où la Grèce orthodoxe par exemple se trouve rejetée, car faisant en outre toujours partie de l'Empire d'Orient. Durant la guerre froide, là encore la Pologne et la Hongrie, faisant désormais partie du bloc communiste, sont rejetées du monde occidental tandis que la Grèce le réintègre par exemple. Le monde occidental est donc une construction culturelle et idéologique avant tout, et en tant que telle les pays que ce terme recouvre ainsi que le sens à donner au terme Occident ont considérablement varié selon les époques et les trajectoires historiques des divers pays d'Europe.
Après une période de relatif déclin durant le Moyen ÂgeHistoire de la civilisation occidentale - La période médiévale (476-1492), l'Occident s'est plus fortement développé que le reste du monde avec la Renaissance., et la diffusion du capitalisme marchand, puis avec les Lumières du en se libérant de l'influence de l'Église, avant d’atteindre son apogée avec la révolution industrielle du , la colonisation européenne du monde et enfin avec les révolutions politiques du , qui ont instauré la laïcité à des degrés divers et la démocratie parlementaire dans l'intégralité des pays qui sont compris dans ce « monde » à l'heure actuelle.
Antiquité (avant 500) L’opposition Est-Ouest (Europe-Asie), bien qu'étant un produit du (voir l'histoire du terme Occident), trouve ses racines dans l’Antiquité classique, avec les guerres médiques où les cités-états grecques s’opposaient à l'expansion de l’Empire achéménide. On retrouva ainsi l'archétype d'un despotisme oriental s'opposant à la Liberté des Grecs, ainsi que des auteurs comme Aristote l'ont formulé. Cependant, cette opposition n'était en rien systématique et exclusive. Ainsi, ce fut grâce au soutien perse que Sparte put gagner la guerre du Péloponnèse, le traité de paix étant d'ailleurs appelé paix du Roi (achéménide). De même, Xénophon racontera dans son Anabase l'expédition des Dix Mille qu'il mena pour tenter, sans succès, de placer sur le trône achéménide Cyrus le Jeune dont il loue les qualités et avec lequel il était probablement ami. Les relations étaient donc fortes entre l'Empire perse et les cités grecques, en dépit de mais aussi parfois du fait de la peur qu'inspirait la puissance de l'empire aux Grecs divisés.
À l’époque hellénistique, l’Empire séleucide, dans le sillage des conquêtes d'Alexandre le Grand, servit de trait d'union entre le monde méditerranéen et l'Orient, où l'on pouvait trouver des royaumes grecs (royaume gréco-bactrien,royaume du Bosphore) plus loin à l’est et jusqu’aux limites de la Scythie dans la steppe pontique vers le nord. À cette période, il existait des contacts culturels importants entre la Méditerranée et l'Orient, donnant naissance à des syncrétismes dans la religion (comme le gréco-bouddhisme, ou dans l'Égypte ptolémaïque entre traditions religieuses égyptiennes et grecques) mais aussi dans l'administration et l'organisation de l'état. Ainsi, les rois séleucides se faisaient appeler Grands Rois (ainsi que les Grecs appelaient le shahanshah perse) et gouvernaient leur royaume à l'aide de satrapes qui leur payaient un tribut. Avec l’évangélisation de l'Empire romain à partir du , le monde méditerranéen garda un lien fort avec l'Orient (en témoignent la diffusion et l'enracinement du Nestorianisme et d'autres chritsianismes orientaux), mais la rivalité politique devenue aussi religieuse entre l'Empire sassanide zoroastrien et l'Empire romain chrétien contribuèrent à l'affaiblissement progressif des liens entre les chrétiens orientaux et le reste de la chrétienté.
thumb|rightLa basilique Saint-Pierre de Rome. Le christianisme est devenu la religion dominante du monde occidental après que l'empereur romain Théodose Ier par l’Édit du , dit l'édit de Thessalonique, a imposé le christianisme comme seule religion permise dans l’Empire romain.
La division de l'Europe en une partie Occidentale (latine) et une partie Orientale (grecque) a été préfigurée par la division de l'Empire romain sous le règne de en 395. L’évolution du christianisme a suivi des itinéraires divergents dans ces deux régions dès les premiers temps, sur des questions liturgiques ainsi que sur la répartition des sièges épiscopaux entre membres de la Pentarchie principalement, mais le Grand Schisme consacrant la séparation finale du christianisme entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe s'est produit seulement au .
En 476, au terme d'un démembrement ayant débuté au début du siècle, l’Empire romain d'Occident, recouvrant dans sa partie européenne approximativement l’Italie, la France, l’Espagne, le Portugal et l’Angleterre, a disparu pour des raisons résultant de la combinaison d’un déclin économique, de l'incapacité de ses derniers dirigeants et d’une réduction considérable de sa puissance militaire. Sa défense reposant principalement sur l'emploi à grands frais de Peuples fédérés, son effondrement quand ceux-ci ont fui l'avancée des Huns d'Attila et sont venus s'installer dans les provinces de l'empire a permis son démembrement progressif entre différentes tribus barbares originaires du Sud de la Scandinavie et de ce qui correspond à l'heure actuelle au Nord de l’Allemagne moderne. Selon de nombreux auteurs, les principales causes de la chute d'un empire sont internes, les conflits économiques, religieux ou politiques responsables de divisions au sein du pays diluant sa force et le rendant plus vulnérable aux agressions extérieures. Les défaites militaires et la crise économique peuvent également contribuer à l'effondrement de l'empire, tout comme elles en sont souvent le symptôme. L’Angleterre, abandonnée à elle-même au , a été envahie par plusieurs peuples germaniques, notamment les Angles et les Saxons durant le . Les Gaules (dont le territoire couvrait ce qui forme aujourd'hui la France, la Belgique et une partie de la Suisse) et la Germanie inférieure (comprenant approximativement les Pays-Bas et la rive gauche du Rhin), ont été occupés par les Francs, les Burgondes et les Wisigoths, la Péninsule Ibérique a été envahie par les Wisigoths et les Suèves, et l'Italie conquise par les Ostrogoths aux Hérules qui avaient fait chuter l'empire. À la division administrative entre les deux empires romains, celui d'Occident et celui d'Orient, se rajouta donc une division politique, l'Empire byzantin se retrouvant seul survivant des grandes invasions et se trouvant face à une multitude de nouveaux royaumes fondés par les fossoyeurs de son frère jumeau qui s'étaient partagé son immense empire, mais également religieuse car les Wisigoths et Ostrogoths étaient ariens et donc hérétiques aux yeux des autres chrétiens tandis que les Francs, les Saxons et plusieurs autres, bien qu'ayant abandonné rapidement le paganisme, restaient quasiment autonomes vis-à-vis du patriarcat œcuménique de Constantinople.
Début du Moyen Âge (500-1000) Vers l'an 500, , roi des Francs, est devenu chrétien et a unifié presque toute la Gaule sous son autorité, avant qu'elle ne soit divisée entre ses fils à sa mort pour une longue guerre fratricide qui dura près de deux siècles. Plus tard au cours du , l'Empire romain d'Orient a restauré son autorité dans la totalité de l'Italie et sur une petite partie de l'Espagne. Des missionnaires envoyés depuis l'Irlande et par le pape ont contribué à convertir l'Angleterre au christianisme au , et ainsi, d’instaurer la foi chrétienne chalcédonienne comme religion dominante en Europe occidentale.
vignette|Charlemagne embrasse Roland. Chanson d'Aspremont, British Library, Lansdowne Ms. 782 , . vignette|L’Europe vers l'an mille.
Au l'Islam a été fondé en Arabie. Un empire islamique s’est établi peu de temps après et s'est rapidement étendu au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ainsi qu'en Europe avant d'être arrêté à Poitiers et à Constantinople au . Au début du huitième siècle, la quasi-totalité de la péninsule Ibérique et la Sicile sont ainsi tombées aux mains des musulmans, d'où ils pillèrent Rome en 747. À cette époque, « l'Occident » tel que nous le considérons aujourd'hui s'est donc partagé religieusement, avec d'un côté les royaumes francs, le Nord de l'Espagne, l'Italie, la Germanie et les Îles Britanniques qui suivaient le pape de Rome tout juste affranchi de la tutelle de l'exarchat de Ravenne, de l'autre les chrétiens orthodoxes de l'Empire byzantin, et au Sud l'Islam encore unifié sous les Omeyyades. Cette situation fut propice à une radicalisation du discours religieux en Occident, le thème de la libération de la « terre sainte » et de la lutte contre les « infidèles » qui menaceraient la chrétienté catholique est ainsi demeuré un sujet majeur de toute l'histoire de l'Occident médiéval, thème qui a alimenté de nombreuses croisades : contre les musulmans (avec la Reconquista également), mais aussi contre les païens de l'Est et du Nord du continent avec les croisades baltes et même contre les chrétiens orthodoxes avec la quatrième croisade, alimentant et justifiant de nombreuses guerres.