Le T-72 est un char de combat conçu à l'origine comme une version simplifiée et plus fiable du T-64. Le T-72 équipe aussi massivement les armées du pacte de Varsovie. Plus de vingt cinq mille T-72 sont sortis des diverses chaînes de fabrication d’Union Soviétique, de Russie, d'Europe centrale et de l'Inde.
Historique Le T-72 a pour origine une compétition lancée entre deux usines et deux équipes d'ingénieurs en vue de remplacer le T-62 : d'un côté l'usine Morozov KB de Kharkiv en Ukraine avec à sa tête Alexandre Morozov, et de l’autre UralvagonZavod KB de Nijni Taguil dans l'oblast de Sverdlovsk avec à sa tête Léonid Kartsev.
Les deux modèles et leur philosophie sont assez différentes.
À partir de 1960, du côté UralvagonZavod, Kartsev conçoit trois chars, objet 165, objet 166 et objet 167 très proches des modèles déjà en service et en production. En , les objet 165 et 166 sont acceptés en service sous les noms respectifs de T-62A et T-62, seul le T-62 sera produit.
Du côté de Morozov KB, un modèle au concept original est développé, l'objet 432. Les dimensions de la caisse sont réduites au minimum. L'équipage passe de 4 à , le chargeur est supprimé et remplacé par un système de chargement automatique. En , le Conseil des ministres de l'Union soviétique ordonne la production de ce modèle sous le nom de T-64, il entre en service en 1966. En 1967 entre en service l’objet 434, il prend le nom de T-64A, c’est un T-64 amélioré, avec notamment le remplacement du canon de calibre par un .
Au même moment, Kartsev continue de travailler sur l'amélioration de l'objet 167. Mécontent du système de chargement automatique du T-64, il demande aux ingénieurs d'UVZ de développer un système de chargement automatique plus sécurisé, moins volumineux et n'interdisant pas l'accès au poste du pilote (contrairement au MZ du T-64). Ce prototype maintenant équipé de système de chargement automatique AZ va ensuite recevoir un nouveau moteur V-26, un canon de D-81T, un glacis renfermant un blindage composite et un train de roulement amélioré. L'objet 167 devient alors l'objet 167M. Le , le GKOT rejette le projet...
Le , à l'occasion du anniversaire de la Révolution d'Octobre, le ministre de l'industrie de la défense Sergei Zverev est invité par Leonid Kartsev à visiter l'atelier expérimental d'UVZ pour y examiner un prototype de T-62 équipé d'un canon de calibre et d'un système de chargement automatique AZ. Le ministre Zverev est alors impressionné par la démonstration du système de chargement automatique AZ et est enthousiaste à l'idée de l'intégrer dans le T-64 en lieu et place du MZ. Cependant, il refuse la proposition de Kartsev concernant le remplacement du moteur 5TDF par un moteur suralimenté V-45 (dérivé du V-2) développé par l'Usine de tracteurs de Tcheliabinsk, cette demande sera finalement acceptée de lendemain de la visite du ministre. Il a ensuite été convenu que six chars T-64A devaient être envoyés à l'usine UVZ pour y être modifier.
De l'objet 172 au T-72 Ural
L'objet 172 Le , sur ordre du ministère de l'Industrie de la Défense, UVZ commence officiellement la « modernisation » du T-64A. Le premier prototype, appelé Objet 172 est terminé à l'été 1968 et est destiné aux tests d'usine, un second est achevé en septembre de la même année. Les différences avec le T-64A sont les suivantes:
réorganisation du compartiment de combat par le remplacement du système de chargement automatique MZ par le système AZ. compartiment moteur retravaillé, remplacement du moteur 5TDF par le V-45K et du système de refroidissement avec celui du T-54. Les essais d'usine et de terrain de l'Objet 172 seront effectués entre 1968 et 1970.
L'objet 172M En , sous la direction de V.N. Venediktov, la décision est prise de remplacer le train de roulement de l'Objet 172 (qui utilise alors le même train de roulement que le T-64) par celui de l'objet 167. Celui ci possède entre autres des galets de roulement d'un diamètre plus important () et des chenilles plus larges et plus robustes. Le char reçoit alors la désignation objet 172M. Le char reçoit également un moteur V-46 de 780ch et un nouveau système de filtre à air. L'objet 172M atteint alors les , compensées par le moteur plus puissant et une capacité d'emport de carburant plus importante.
Les essais d'usine de l'objet 172M se déroulent de à , le de la même année, le char est présenté au ministre de la Défense Andreï Gretchko et au ministre de l'Industrie de la Défense Sergei Zverev. Un lot de 15 chars est produit à l'été 1971, ces chars, aux côtés de T-64A et de T-80, participeront pendant plusieurs mois à une vaste campagne de tests. Un bataillon composé de trois compagnies avec des pelotons de chars a été formé. Chaque compagnie était constituée de chars du même type (Objet 172M ou T-64A ou T-80). L'itinéraire de ces tests est le suivant:
Départ de Dnipro en traversant l'Ukraine jusqu'à la ville de Sloutsk en Biélorussie pour ensuite retourner à Dnipro, ils traversent ensuite le Donbass et le Caucase jusqu'à Bakou. Les chars sont ensuite transportés par ferry jusqu'à Krasnovodsk, ils traversent le Désert du Karakoum et la chaîne de montagnes Kopet-Dag. Ces tests se terminent à de Achgabat, dans un champ de tir. Au cours de la marche, plusieurs essais de tir réels ont lieu dans différents champs de tir, des exercices au niveau peloton et compagnie comprenant du tir et des manœuvres ont eu lieu sur plusieurs terrains d'essais.
À la fin des tests, un rapport intitulé « Rapport sur les résultats des essais militaires de 15 chars 172M, fabriqués par Uralvagonzavod en 1972 » est présenté, les remarques à la fin du rapport sont les suivantes:
Les chars ont passé les tests avec succès, mais la durée de vie des chenilles de à est insuffisante et ne répond pas à l'exigence de capacité de déplacement des chars sur une distance de à sans remplacement des chenilles. Le char 172M (période de garantie - ) et le moteur V-46 ont fonctionné de manière fiable. Au cours d'essais complémentaires jusqu'à - , la plupart des unités et des assemblages, y compris le moteur V-46, ont fonctionné de manière fiable, mais un certain nombre d'unités et d'assemblages majeurs ont montré une durée de vie et une fiabilité insuffisantes Il est recommandé d'adopter ce char dans les Forces armées et de le produire en série, à condition que les lacunes identifiées soient éliminées et que leur élimination soit vérifiée avant la production en série. La portée et les délais des améliorations et des inspections doivent être convenus entre le ministère de la Défense et le ministère de l'Industrie de la Défense.
Entrée en service du T-72 Ural Conformément à la décision du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique et du Conseil des ministres de l'URSS datée du , lobjet 172M est accepté en service sous le nom T-72 Ural. L'ordre officiel du ministre de la Défense est publié le 13 août 1973.
La production en masse du T-72 Ural commence en 1974 à Nijni Taguil sans que celle des T-64 ne soit interrompue à Kharkiv (Ukraine), traduisant en cela le compromis politique trouvé entre l'armée, satisfaite de mettre en service un char d'un coût raisonnable et donc appelé à être largement diffusé, et la direction principale de l'arme blindée, soucieuse de ne pas perdre la face. Alors que le T-64 n'est jamais exporté, le T-72 équipe l'armée soviétique et toutes les armées du pacte de Varsovie et sa fabrication sous licence est accordée à presque tous les pays d'Europe centrale et à quelques pays non alignés tels que l'Inde.
Spécifications techniques Armement/Canon 2A26M2 Les prototypes Objet 172 et Objet 172M ainsi que le premier modèle de T-72 produits en grande série et le T-72 Ural étaient armés d'un canon à âme lisse de calibre appelé 2A26M2 (appellation d'usine D-81TM). Il est dérivé du canon 2A26 armant le T-64A. Le tube du canon du 2A26M2 a une longueur de 48 calibres (). Il comporte un évacuateur de fumée concentrique aux trois cinquièmes de sa longueur, mais ne dispose pas de manchon anti-arcure. Sa pression maximale admissible en chambre est de . La durée de vie du tube est de l’ordre de 600 coups à obus explosif ou à charge creuse.
Le remplacement du canon était une opération chronophage, car il était nécessaire de détoureller le T-72 à l'aide d'une grue afin de pivoter la tourelle et d'extraire le canon de son berceau, par le dessous. Le lien élastique comprenant un frein de tir comportait deux pistons accumulateurs disposés de manière asymétrique par rapport à l’axe du tube, comme précédemment sur le canon de calibre 2A20 Molot du T-62. Cet agencement avait tendance, lors du tir, à générer des oscillations durant le mouvement de la culasse vers l'arrière. Ceci entraînait une dispersion importante des tirs. et donc un manque de précision.
2A46-1 Afin de régler les problèmes du canon 2A26, l'usine d'artillerie développa en 1970 une version améliorée appelée 2A46. Elle se démarque de son prédécesseur par un nouveau tube, résistant mieux à l'usure, lui donnant une durée de vie de 900 à 1000 coups en employant des obus explosifs ou à charge creuse et de 200 à 250 coups avec des obus-flèches. Afin de garantir un effort de recul constant (dans le but de réduire la dispersion des tirs), les pistons accumulateurs du lien élastique possèdent un nouveau fluide de freinage, moins sensible aux variations de température et ne nécessitant plus de gaz pour contrer l'échauffement rapide du fluide de freinage.. Le tube du 2A46 est recouvert d'un manchon anti-arcure à partir de 1975. Le T-72 Ural-1 (1975) est le premier modèle de T-72 armé de ce canon 2A46-1.
2A46M De conception entièrement nouvelle, le 2A46M possède un nouveau bloc de culasse intégrant un lien élastique repensé, monté cette fois de manière symétrique. Le tube du canon, plus rigide, est désormais réalisé par autofrettage ; son démontage est possible, sans avoir à détoureller le T-72. L'évacuateur de fumée est remplacé par un modèle plus robuste, mieux adapté à la pression générée lors du tir d'obus-flèches.. Sa pression maximale admissible en chambre passe à 500 Mpa. Le 2A46M commence à être monté sur les T-72A à partir de 1981.
2A46M-5 Les T-72B3 sont armés du canon 2A46M-5 (appellation d'usine D-81TM-5), aussi installé sur certains T-90A et sur le T-90M. Les oscillations du tube sont réduites grâce à une sensible augmentation de l'épaisseur des parois, permettant un gain de rigidité de l'ordre de 10% par rapport à celui du 2A46M. De plus, il est chromé afin de limiter son usure. Sa pression maximale admissible en chambre est de 608 Mpa.
Chargement automatique vignette|droite|350px|upright=1|Le chargement automatique (4) se situe en dessous du tireur (3), du chef de char (2) et derrière le conducteur (1). Les charges propulsives sont en orange et les projectiles en jaune. Le T-72 est équipé du système de chargement automatique électromécanique AZ (A3 - автомат заряжания). Le fond de panier de la tourelle abrite un carrousel d'une contenance de 22 munitions. Chaque munition de calibre est stockée en deux fardeaux (projectile et charge propulsive) dans une cassette amovible.
Le T-72B dispose d'une version améliorée du carrousel, capable de tourner dans le sens horaire ou antihoraire. Afin de pouvoir utiliser des missiles antichars tirés par canon ; ces cassettes sont modifiées avec des loquets afin d'empêcher que les ailettes du missile ne se déploient lors de leur chargement.
Blindage vignette|gauche|upright=1|Un T-72B1 russe le 2 juin 2020. Tourelle La tourelle du T-72 Ural est faite en acier moulé et présente une épaisseur maximale de . Cette épaisseur est suffisante pour résister à des obus perforants sous-calibrés et des obus à charge creuse de 105 mm.