vignette|redresse|Édouard Vuillard, Le Corsage rayé, 1895, huile sur toile, Washington, National Gallery of Arts. Les Nabis forment un groupe d'artistes postimpressionnistes et d'avant-garde, né en marge de la peinture académique dont ils contestent le système hiérarchique.. Ce groupe évolue à Paris entre 1888 et 1900. Ensemble, ils contribuent à créer un art nouveau, antinaturaliste et décoratif.

Les figures les plus célèbres du groupe sont Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis, Paul Sérusier, Ker-Xavier Roussel et Félix Vallotton.

Les Nabis, bien qu'ils traitent de thèmes communs tels que la vie quotidienne, l'intimité, les loisirs ou la spiritualité, ne partagent pas un style homogène. Le groupe est marqué par des personnalités plurielles qui s'épanouissent de façon individuelle au cours du ..

D'abord peintres, leur volonté d'abolir la frontière entre les beaux-arts et les arts appliqués les conduit à traiter également les arts décoratifs et l'estampe.

Origines et usage du nom vignette|redresse|gauche|Paul Sérusier, Portrait de Paul Ranson en tenue nabique, 1890, Paris, musée d'Orsay. Nabi est le nom que se sont donné les jeunes peintres nés entre 1864 et 1870, à la fin du Second Empire, qui se regroupent autour de Paul Sérusier, vers 1888. Le terme nabi, en arabe, ou nevi'im, נביאים en hébreu, signifie dans un sens actif ou , ou, dans un sens passif, ou . En Occident, nabi a été traduit par , , ou encore , . L'appellation « nabi » n'a jamais été publique ni revendiquée lors des expositions de ces artistes à l'époque. Son usage courant dans l'historiographie ne date que des années d'après la Seconde Guerre mondiale et ne connaît une plus grande diffusion qu'à partir des années 1980. En effet, au , le terme est utilisé entre eux par les peintres, non sans une certaine distance, voire avec humour, et il ne recouvre pas non plus une spiritualité réelle ou commune, ni une véritable société rituelle. Ainsi le Portrait de Paul Ranson en tenue nabique par Sérusier (Paris, musée d'Orsay), est-il purement fantaisiste.

Histoire vignette|redresse|Paul Sérusier, Le Talisman, Paysage au Bois d'Amour, 1888, huile sur bois, musée d'Orsay, Paris. Ce cercle naît d'une controverse autour d'une peinture de Paul Sérusier, Le Talisman, l'Aven au Bois d'Amour, réalisée sous la direction de Paul Gauguin, rencontré en Bretagne à Pont-Aven, durant l'été 1888. Gauguin encourage Sérusier à se débarrasser de la contrainte imitative de la peinture, à user de couleurs pures et vives, à ne pas hésiter à exagérer ses visions, et à donner à ses peintures sa propre logique décorative. et symbolique.

Lorsque Sérusier revient à Paris, son tableau fait naître des débats enflammés avec les autres étudiants de l'Académie Julian et de l'École des Beaux-Arts, sur le rôle sacré de l'art et de la peinture. Sérusier forme le groupe des nabis« Ou prophètes, chargés d'annoncer le nouvel évangile de la peinture », dans Claire Frèches-Thory et Antoine Terrasse, Les Nabis, Flammarion, 1990., avec ses proches amis, Pierre Bonnard, René Piot, Henri-Gabriel Ibels, Maurice Denis, Édouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel, Paul Ranson. En 1891, le Néerlandais Jan Verkade, en 1892, le Suisse Félix Vallotton, puis Georges Lacombe, Mogens Ballin, József Rippl-Rónai, Charles Filiger, Adolf Robbi, ainsi que Georges Joseph RasettiMaurice Malingre, La Vie prodigieuse de Gauguin, Buchet-Chastel, — extraits sur Gallica. et le sculpteur Aristide MaillolSans l'aisance de leur culture bourgeoise, Maillol ne s'est pas intégré au groupe mais en a été très proche., les rejoignent. Ils se donnent tous un surnom, signe de leur initiationLa Peinture des nabis, Claude Jeancolas, FVW Édition., et paraphent les lettres qu'ils échangent du sigle « ETPMVMP » () : Paul Sérusier : « le nabi à la barbe rutilante », ou « le bon nabi », ou encore « nabi boutou coat » (le nabi aux sabots de bois en breton) ; vignette|redresse|Pierre Bonnard, Femme au parapluie, 1895, lithographie, Paris, BnF, département des Estampes et de la photographie.Pierre Bonnard : « le nabi très japonard » ; Paul-Élie Ranson : « le nabi plus japonard que le nabi japonard » ; Maurice Denis : « le nabi aux belles icônes » ; Édouard Vuillard : « le nabi zouave » ; Henri-Gabriel Ibels : « le nabi journaliste » ; Jan Verkade : « le nabi obéliscal » ; Mogens Ballin : « le nabi danois » ; Georges Lacombe : « le nabi sculpteur » ; József Rippl-Rónai : « le nabi hongrois » ; Félix Vallotton : « le nabi étranger ».

Le mouvement ne dure que quelques années. Les nabis, vers 1900, prennent des voies différentes et poursuivent des carrières individuelles.

Caractéristiques vignette|redresse|gauche|Maurice Denis, Le Mystère catholique (1889), huile sur toile, Saint-Germain-en-Laye, musée départemental Maurice-Denis.

En réaction à l'impressionnisme, au naturalisme, les nabis veulent libérer leur peinture des exigences du réalisme, comme Henri-Gabriel Ibels a pu l'écrire : .

Détachés ou non du christianisme, les artistes nabis cherchent des voies plus spirituelles au contact de philosophies et de doctrines nouvelles teintées d'Orient, d'orphisme, d'ésotérisme et de théosophieÉdouard Vuillard : .. Ils s'appliquent à retrouver le caractère « sacré » de la peinture et à provoquer un nouvel élan spirituel au moyen de l'artRetour à la teinte plate, aux coloriages des images d'Épinal, au hiératisme des Égyptiens, des Byzantins, des fresques romanes.... vignette|redresse|Paul Sérusier, Femmes à la source, 1899, Paris, musée d'Orsay. L'art des nabis qui continue celui de l'école de Pont-Aven, de Gauguin, de Van Gogh, de Cézanne, et d'Odilon Redon, s'imprègne, comme les œuvres des musiciens de leur époque, Satie et Debussy, d'orientalisme et de japonisme, notamment au travers des ukiyo-e parus dans la revue Le Japon artistique. Vuillard a possédé une importante collection d'objets japonaisClaude Jeancolas, « Les ukiyo-e et les maîtres japonais », dans La Peinture des Nabis, FVW Édition, .. Ils se sont nourris des textes de sagesse orientale et des ouvrages ésotériques et , fort en vogue à l'époque.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Claire Frèches-Thory et Antoine Terrasse, Les Nabis, Flammarion, 1990; nouv. éd. mise à jour, 2003, . Claude Jeancolas, La Peinture des Nabis, FVW Édition, 2002, . Céline Julhiet (dir.), Nabis 1888-1900, catalogue de l'exposition du Grand Palais, Munich/Paris, Prestel-Verlag/Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1993, .

Articles connexes Paul Sérusier Symbolisme (art) Musée départemental Maurice-Denis

Liens externes Musée Maurice-Denis, aussi appelé le Prieuré, l'ancienne maison-atelier du peintre à Saint-Germain-en-Laye abrite de nombreuses œuvres de nabis

Catégorie:Mouvement artistique *