Ernest Ouandié, né en 1924 à Badoumla et mort fusillé le à Bafoussam sous le régime d'Ahmadou Ahidjo, est un homme politique camerounais, figure de la lutte pour l'indépendance du Cameroun au sein de l'Union des populations du Cameroun (UPC), puis un des principaux acteurs de la guerre civile à partir de l'indépendance en 1960 lorsque le parti déclenche une insurrection pour renverser le nouveau régime.

Il est réhabilité en 1991 et déclaré héros national par l'Assemblée nationale du Cameroun.

Jeunesse et études Il est né à Badoumla, arrondissement de Bana (Haut-Nkam). Son père Djemo (ou : Djeumou), grand notable badoumla, et sa mère Kapsu se seraient mariés en 1905. Djemo a trois épouses.

Ouandié – nom qui signifie « qui est dans la maison ? » ou « qui est en sécurité ? » – est le cinquième de sept enfants issus de la même mère : Ngako, Yemdo, Mboutchak, Djieumo, Ouandié, Djoma et Kamdem.

En 1927, alors qu'Ernest Ouandié était âgé de 3 ans, son père fut astreint aux travaux forcésLe décret du 23 mars 1921 a accordé au Cameroun français une autonomie financière. Une lecture attentive de ce décret montre que la métropole n'était nullement disposée à financer les activités de développement socio-économiques du Cameroun. Il fallait donc trouver sur place les sources de financement. Le recours aux travaux forcés apparaîtra comme la solution idéale. non loin de Bafang, à Djimbong, située dans l'actuel arrondissement de Kekem (région de l'Ouest, département du Haut-Nkam, en pays bamiléké), dans les plantations de café appartenant aux colons français. Vers 1929, très malade, il fut renvoyé dans son foyer et ainsi il put rejoindre ses épouses et ses enfants à Bangou.

De 1933 à 1936, Ernest fut scolarisé à l'école publique de Bafoussam (quartier Famla).

En 1937, il fut admis à l’examen de ceux qui devaient continuer le cycle primaire.

De 1937 à 1939, il fréquenta l'école régionale de Dschang.

En 1940, il fut reçu au certificat d'études primaires élémentaires » (CEPE) ainsi qu'au concours d’entrée à l'école primaire supérieure de Yaoundé où il obtint le diplôme des moniteurs indigènes (DMI).

Il épousa d'abord Njila (fille de Diffo Petko) avec laquelle il eut un enfant qui mourut en bas âge, avant leur divorce.

En secondes noces, il se maria à Douala le , avec Marthe Eding Ouandié, née en 1921, femme bakoko rencontrée l'année précédente à Édéa, où il était affecté.

Cinq enfants sont issus de cette union : Philippe, Mireille, Irène, Monique et Ruben Um Nyobé.

Hors mariage, il aura eu au moins trois enfants - dont une fille prénommée Ernestine, née à Yaba (Lagos, au Nigeria) le , d'une mère ghanéenne qu'il avait connue lors de son exil à Accra. Celle-ci sera retrouvée morte à Foumbot (département du Noun), en ..

Sa famille est harcelée par le commissaire de police et chef des Brigades mixtes mobiles de Bafoussam.

Sa veuve est morte à 95 ans, le , en son domicile de Bonabéri, un quartier de la ville de Douala.

Vie politique et organisation de la résistance

Il est enseignant dans le secteur public ; sa carrière est marquée par d’innombrables affectations dites disciplinaires, en réalité à caractère politique. 1944-1948 : il enseigne à Édéa et milite au sein de l’Union des syndicats confédérés du Cameroun (USCC). 1948 : il adhère à l’Union des populations du Cameroun (UPC). : il est affecté à Dschang. : il est affecté à Douala comme directeur de l’école publique du quartier New-Bell Bamiléké. Agé de 28 ans, il quitte sa famille à vélo pour mener une quête importante dans la lutte avec l'UPC . : élu vice-président de l’UPC chargé de l’organisation et directeur de la Voix du Cameroun au à Eséka. : affecté à Doumé, puis à Yoko ; il implante l’UPC dans le Mbam. - : voyage en Chine, où il assista du 9 au au Congrès mondial de la jeunesse démocratique, puis à Paris et à Moscou. : affectation à Batouri, puis à Bertoua : à nouveau affectation à Douala, où le haut-commissaire Roland Pré entreprend de rassembler tous les dirigeants de l'UPC pour les tenir en permanence à sa portée. 1955 : exil au Cameroun occidental. 1956 : création du Syndicat des enseignants à Édéa. : le gouvernement britannique interdit l’UPC. Expulsion du Cameroun occidental et déportation à Khartoum (Soudan) avec Félix-Roland Moumié, Abel Kingué et dix autres militants nationalistes (UPC, UDEFEC et JDC). : participation à l’Assemblée générale extraordinaire des Nations-Unies consacrée à l’indépendance du Cameroun. : proclamation de l'indépendance du Cameroun. 1960 : rencontre Albert Mukong à Accra, qui l'encourage à cesser la lutte armée maintenant que l'indépendance était acquise et à participer aux élections de 1960, ce à quoi était favorable Félix Moumié. Cette opinion fut mise en minorité avec le refus d'Ernest Ouandié, soutenu par Abel Kingué. La guerre civile commence. 1960 : rencontre Nelson Mandela au Caire à qui il enjoint d'engager la lutte armée contre l’apartheid. À la suite de l'assassinat de Félix-Roland Moumié, il lui succède à la présidence de l'UPC. : en compagnie d'Abel Kingué, se rend au Caire rencontrer les autorités égyptiennes. À cette occasion, ils dénoncèrent la coopération du gouvernement camerounais avec l' (cité par Akhbar du )Middle East Record, volume 2, 1961, .. : retour clandestin au Cameroun depuis la frontière nigériane, prend les commandes de l'armée de libération nationale kamerunaise (ALNK) et réorganise celle-ci. Après la mort de Martin Singap en , il jette les bases d'une nouvelle organisation. Il annonce la dissolution des anciennes structures militaires et la mise en place d'une nouvelle hiérarchie, dont la direction est confiée à David Kana. Prenant la direction politique de la rébellion, il revendique « l'abrogation des accords franco-camerounais et des dispositions mettant en vacances toutes les libertés politiques, le retrait des troupes étrangères et autres techniciens militaires, l'amnistie générale inconditionnelle pour tous les faits et condamnations se rapportant à la situation politique depuis 1955, la dissolution immédiate des institutions actuelles et le retour devant les électeurs. » Les troupes gouvernementales, informées de sa présence dans le pays, font de sa neutralisation une priorité. La réorganisation de la rébellion s’avère être une réussite. Le colonel français Jean-Victor Blanc, véritable ministre des Forces armées camerounaises, constate que « dans le Mungo et le Bamiléké, les rebelles ont une audience plus forte que celle du gouvernement. Le chef de la rébellion, Ouandié, est un bon organisateur, un très bon propagandiste. Il a la foi et il a su la faire partager à ses hommes. L'administration civile, comme une bonne partie des forces de l'ordre, n'ont pas une foi comparable à celle des rebelles. » : préside dans le maquis une assemblée populaire qu'il a convoquée. La décision de création du Comité révolutionnaire comme direction provisoire de l’UPC est prise. De même il est décidé de la création d’un état-major de l’ALNK. : préside dans le maquis une nouvelle assemblée populaire. Cette assemblée confirme les décisions de la précédente. 1965 : Avec l'autorisation du chef de l'État, Ndongmo, un Bamiléké, rencontre Ernest Ouandié pour étudier les conditions de sa reddition. L'affaire restera sans suite. : arrestation à Mbanga, dans le Moungo. Il est aussitôt conduit dans les locaux de la Brigade mixte mobile (BMM) à Kondengui, près de Yaoundé, tristement célèbre pour ses salles de torture et dont le chef, Jean Fochivé, « représentait la terreur »« Détenu quatre ans à Mantoun, Célestin Lingo se souvient. "C’est bon de vider le passé…pour recréer la nation" », Le Messager, 19 février 2004, en ligne sur www.cameroon-info.net (Consulté le 31 janvier 2017). et n'avait de comptes à rendre qu'au chef de l'État. Lors de sa détention dans les locaux de cette police secrète paramilitaire, il partagera la cellule d'Albert Mukong, ancien secrétaire général du One Kamerun de Ndeh NtumazahParti anglophone allié de l’Union des Populations du Cameroun, tous deux luttant contre le pouvoir colonial, français et britannique. et, en tant que tel, habitué des prisons politiques, cité par . Du 26 au décembre 1970 : comparution devant le tribunal militaire de Yaoundé pour rébellion, le procès de son principal co-accusé, Mgr Albert Ndongmo,décembre au se déroulant du 30 décembre au 6 anvier 1971. 132 coprévenus sont aussi jugés lors de ces deux sessions. : condamnation à mort par le tribunal militaire.

En France, la plupart des grands médias (AFP, Le Monde...) diffusent la version présentée par le gouvernement d'Ahmadou Ahidjo. En revanche, le réseau Solidarité d'Henri Curiel mobilise avocats et intellectuels pour tenter d'organiser la défense juridique et médiatique des accusés, et contacte des diplomates français pour les convaincre d'intervenir. Un comité international de défense d'Ernest Ouandié est constitué, dont la présidence est assurée par le naturaliste Théodore Monod. Malgré le désintérêt des médias, plusieurs personnalités rejoignent le comité : l'ancien ministre Pierre Cot, l'écrivain Michel Leiris, le philosophe Paul Ricœur et le linguiste Noam Chomsky. À l'usine Thomson-CSF de Villacoublay, des dizaines d'ouvriers sont signataires d'une pétition de soutien.

Procès et exécution publique Le , Ernest Ouandié comparait en compagnie de 27 autres coprévenus, devant le tribunal militaire de Yaoundé pour avoir, dans l'étendue de la région administrative de l'Ouest et du département du Mungo, courant 1961 à 1970, en tout cas dans le temps légal des poursuites :Tenté par la violence de modifier les lois constitutionnelles ou de renverser les autorités politiques instituées par lesdites lois ou de les mettre dans l'impossibilité d'exercer leurs pouvoirs ;Dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, organisé, commandé des bandes armées dans le but de provoquer la guerre civile et de commettre la révolution ;Dans les mêmes circonstances de temps et de lieu et dans l'exécution des faits ci-dessus analysés, commis ou fait commettre des assassinats, des incendies, des arrestations et séquestrations de personnes, des pillages en bande ;De s'être dans les mêmes circonstances de temps et de lieu rendus complices desdits crimes.La juridiction militaire était composée du capitaine Paul Njock (président), des lieutenant-colonel Bouba Kaélé et capitaine Nguindjoll (assesseurs), le capitaine Emile Manga occupant le siège de commissaire du gouvernement (avocat général).

A l'ouverture des débats, privé de ses avocats qu'il avait constitués depuis le , c'est-à-dire depuis un mois et demi (Me Jacques Vergès, Me Jean-Jacques de Felice, avocats inscrits au barreau de Paris, et Me Ralf Milner, avocat inscrit au barreau de Londres, qui n'ont pas obtenu de visa pour se rendre au Cameroun et assurer sa défense), et ayant récusé Maître Orcel, son avocat commis d'office, Ernest Ouandié déclarera au président du tribunal qu'il lui est impossible d'être jugé, que ses aveux ont été obtenus par la torture, le gouvernement veut l'abattre et que ce procès est une forfaiture"Cameroun - Rébellion : Retour sur les procès de Mgr Ndongmo et Ouandié", en ligne sur www.cameroon-info.net..