Le Saint-Empire romain germanique, selon la terminologie francophone usuelleSaint Empire romain germanique (sans trait d'union) dans les Petit Larousse 2012 et Petit Robert 2012., est un État d'Europe ayant existé de 962 (couronnement d') à 1806 (abdication de ). Cet État, issu de la déconstruction de l'Empire carolingien, a joué un rôle important dans l'histoire de l'Europe au Moyen Âge, notamment du fait du conflit entre les empereurs et les papes, et pendant les Temps modernes. Sa disparition succède de peu à l'établissement de l'empire d'Autriche en 1804 (empire d'Autriche-Hongrie à partir de 1867) et de la confédération du Rhin en juillet 1806, à laquelle succédera la Confédération germanique (1815), la confédération de l'Allemagne du Nord (1867) puis l'Empire allemand (1871).
Sur le plan historique, le Saint-Empire est constitué au par la dynastie des Ottoniens en regroupant deux des divisions de l'Empire carolingien définies par le traité de Verdun de 843 : la Francie orientale germanophone et la Francie médiane, qui devient ensuite la Lotharingie, à la fois germanophone, italophone et francophone. L'empire d' s'étend donc de la mer du Nord aux États pontificaux, à l'est des quatre fleuves délimitant la Francie occidentale : l'Escaut, la Meuse, la Saône et le Rhône.
Le contrôle des empereurs sur l'Italie disparaît dès le Moyen Âge, ce qui suscite le conflit entre les Guelfes (favorables à la papauté) et les Gibelins (favorables à l'empereur) au sein des républiques urbaines italiennes. De leur côté, les rois de France s'emparent progressivement des territoires impériaux limitrophes de leur royaume, à la fin du Moyen Âge (Dauphiné, Provence) et à l'époque moderne (Franche-Comté, Alsace, Lorraine, notamment). Le Saint-Empire se rétracte donc peu à peu sur les territoires de langue allemande, perdant le contrôle des Pays-Bas à la suite de la création des Provinces-Unies en 1581.
Né à la même époque que le royaume de France capétien (987), l'Empire connaît une évolution très différente en ce qui concerne le pouvoir du souverain : les rois de France parviennent, au bout de plusieurs siècles, à créer un État centralisé en luttant sans cesse contre les droits et pouvoirs des princes féodaux ; dans l'Empire, la centralisation se développe non pas au profit de l'empereur, mais au profit de certains des princes, notamment les margraves de Brandebourg à l'origine de la maison de Prusse, les ducs de Saxe, les ducs de Bavière, sans que soit mis fin à un émiettement considérable : plusieurs centaines d'entités restent souveraines au , dont certaines minuscules (par exemple la principauté d'Orange).
À l'époque moderne, l'Empire est le lieu de conflits successifs d'abord liés aux problèmes religieux : la guerre entre princes catholiques conduits par l'empereur Charles Quint et princes protestants, qui aboutit à la paix d'Augsbourg en 1555 ; puis la guerre de Trente Ans (1618-1648), dont la fin marque l'avènement d'un nouvel ordre européen, celui des traités de Westphalie. Au , les progrès de la maison de Prusse (dynastie des Hohenzollern) suscitent un long conflit avec la maison de Habsbourg, qui occupe le trône impérial de façon quasi ininterrompue : ce conflit culmine dans deux guerres, la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) et la guerre de Sept Ans (1756-1763), qui toutes deux impliquent des puissances étrangères alliées à l'un ou l'autre camp.
Les victoires de Napoléon en 1805 et la création de la confédération du Rhin en 1806 démontrent l'impuissance de l'institution impériale, qui disparaît le lorsque dépose la couronne impériale, ne gardant que son titre d'empereur d'Autriche, maître de plusieurs principautés (archiduchés autrichiens) et de plusieurs royaumes (Bohême, Hongrie, Croatie).
Le , date de l'abandon par de sa qualité d'empereur des Romains, marque la fin du Saint-Empire, mais, comme l'écrit Ferdinand Lot, peut aussi être considéré comme l'« acte de décès légal » de l'Empire romainFerdinand Lot, La Fin du monde antique et le début du Moyen Âge, Paris, Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité », 1968, : ..
Généralités Nature politique et institutionnelle du Saint-Empire En raison de sa fondation dans un contexte pré-national et de son caractère supranational, le Saint-Empire romain n'a jamais abouti à la formation d'un État-nation moderne, contrairement à la France ou au Royaume-Uni. Le Saint-Empire est resté un ensemble monarchique et corporatif, dirigé par un empereur et les États impériaux, et doté de très peu d'institutions impériales à proprement parler.
Le Saint-Empire romain se définit avant tout par des négations : le pouvoir de gouvernement de l'empire ne se trouve ni uniquement entre les mains de l'empereur des Romains ni uniquement entre celles des princes-électeurs ou encore d'une assemblée comme la Diète d'Empire ; l'Empire ne peut être considéré ni comme un État fédéral ni comme une confédération ; il n'est ni une simple aristocratie ni une oligarchie.
Toutefois, l'empire présente des caractéristiques de toutes ces formes étatiques.
En tant qu'« organisation faîtière », l'empire enveloppe de nombreux territoires et sert de cadre juridique à la cohabitation des différents seigneurs. Les princes du Saint-Empire, donc des ducs, princes et prince-évêques, sont presque autonomes mais non souverains. Ils reconnaissent l'empereur comme le dirigeant de l'empire et se soumettent aux lois, aux juridictions et décisions de la Diète d'Empire, mais prennent une part active à la politique impériale sur laquelle ils influent, à commencer en élisant l'empereur mais aussi en participant aux diètes et autres représentations corporatives. Contrairement aux autres pays, les habitants ne sont donc pas les sujets directs de l'empereur. Chaque territoire immédiat a son propre seigneur, et chaque ville libre d'Empire a son maire.
Le Saint-Empire tend finalement à être défini comme un , une notion introduite en par et qui s'est imposée.
L'histoire du Saint-Empire est marquée par la lutte quant à sa nature. Impuissant à briser les entêtements régionaux des territoires, il a fini par se morceler dans une confédération informe. C'est la Karl J. Svoboda, , , 2003, 7..
Des dénominations variables vignette|gauche|Aigle du Saint-Empire.|redresse vignette|gauche|Couronnement de Charlemagne en 800. Miniature de Jean Fouquet.|redresse Par son nom, le Saint-Empire romain se réclame directement de l'Empire romain antique et se réclame, tout comme l'Empire byzantin, à l'idée d'une domination universelle. C'est au que cette idée d'universalité fait son apparition dans le Saint-EmpireJohn Gilissen, « La notion d'empire dans l'histoire universelle », in : Les grands empires, De Boeck Université, 1989, .. Parallèlement, on craint les prophéties de Daniel qui avait prédit qu'il y aurait quatre empires qui mèneraient à l'arrivée de l'Antéchrist et donc de l'Apocalypse sur Terre Peter Hutter, , Hildesheim, 2000, 20.. C'est pourquoi l'Empire romain ne devait pas s'effondrer..
Le qualificatif saint souligne le droit divin de l'empereur et légitime son pouvoir. En acceptant d'être couronné empereur par le pape en l'an 800, Charlemagne fonde son empire dans la continuité de l'Empire romain, on parle de , bien que l'Empire romain d'Orient dit byzantin se place également dans une continuité et cela de manière plus ancienne. Les Byzantins considèrent d'ailleurs l'Empire romain occidental comme auto-nommé et illégitime. Voltaire remarqua ainsi que ..
Lorsque l'empire est fondé dans la moitié du , il ne porte pas encore le qualificatif de saint. Le premier empereur, , et ses successeurs se considèrent eux-mêmes et sont considérés comme les représentants de Dieu sur Terre et donc comme les premiers protecteurs de l'Église catholique. Il n'est donc pas nécessaire de souligner la sainteté de l'empire qui continue de s'appeler ou . Dans la titulature impériale des Ottoniens, on retrouve toutefois les composantes qui s'appliquent par la suite. Sur les actes d' datés de 982 pendant sa campagne italienne, on peut lire la titulature (Empereur auguste des Romains), titulature réservée au basileus de Byzance Egon Boshof, , Oldenbourg, 1997, 19.. Son successeur élève sa titulature au-dessus de tout pouvoir temporel et spirituel en s'octroyant, tout comme le pape, les dénominations et même plus tard .
vignette|redresse|gauche|Le Grand Interrègne au voit apparaître l'appellation Saint-Empire romain. Le rayonnement sacré de l'empire a été mis à mal puis supprimé par le pape lors de la Querelle des Investitures de 1075 à 1122. La formule latine naît sous Frédéric Barberousse lorsque les papes essaient de soumettre l'empire au sacerdoce. Elle est attestée en , dans les débuts du chancelariat de Renaud de Dassel : sa première occurrence connue figure dans un document daté de la dernière semaine du mois de . L'empire est déclaré indépendant face à la papauté. Il se fonde dans la continuité de l'histoire sainte. Il s'agit alors peut-être de s'intégrer consciemment dans la tradition romaine antique. Toutefois, la recherche historique remet cette thèse en cause étant donné qu'il pourrait également s'agir d'un concept spécifiquement staufien et cela d'autant plus que pendant la période antique, ce n'est pas l'Empire romain qui était saint mais la personne de l'empereur..
La formule latine apparaît sous . Elle est attestée dès : sa première occurrence connue figure dans un diplôme daté du et dont l'original, provenant du fonds de l'église romaine , est conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane. Pendant l'interrègne de 1250 à 1273, lorsque aucun des trois rois élus n'est parvenu à s'imposer par rapport aux autres, l'Empire se réclame de l'Empire romain avec le qualificatif « saint ». À partir de 1254, on utilise la dénomination latine (en allemand ). Il faut attendre le règne de pour la voir utilisée dans des documents en langue allemande. C'est précisément pendant la période sans empereur au milieu du que la volonté d'un pouvoir universel s'est le plus affirmée — même si cette situation a peu changé par la suite.
En 1441, le futur empereur ajoute au nom de l'empire « Teutonicae nationis ». L'Empire s'étend alors en majeure partie sur un territoire germanophone, et malgré cela les Allemands, désunis, sont menacés de devoir partager le pouvoir impérial avec les Bourguignons à l'Ouest et les Tchèques à l'Est, ce qui les pousse à affirmer que l'empire est le leur. En 1486, empereur élu et couronné, utilise la titulature définitive, Heiliges Römisches Reich deutscher Nation. Elle est reprise officiellement en 1512 dans le préambule des actes de la diète de Cologne. L'empereur avait alors convoqué les états impériaux pour entre autres . Jusqu'en 1806, Saint-Empire romain de la Nation germanique () est l'appellation officielle de l'Empire, souvent abrégée en SRI pour ou en allemand. Calque de l'allemand , la locution latine est attestée en .
Pourtant à la fin du , le terme Saint Empire romain de la Nation germanique ou Saint Empire romain germanique était tombé hors d'usage officiel. En contradiction avec le point de vue traditionnel concernant cette désignation, l'historien Hermann Weisert a fait valoir dans une étude sur la titulature impériale que, malgré les revendications de nombreux manuels, le nom n'a jamais eu de statut officiel et souligne que les documents étaient trente fois plus susceptibles d'omettre le suffixe national que de l'inclure durant l'histoire de l'Empire..
Le Saint-Empire est dénommé Empire germanique dans le traité de Bâle du puis dans le traité de Lunéville du . Les deux derniers actes juridiques promulgués par le Saint Empire — à savoir le de 1803 qui a réorganisé l'empire et la capitulation de l'empereur — utilisent la formule (Empire allemand). Il n'est plus question de sainteté ni de pouvoir universel.
Nom usuel en français et dans les autres langues