Jordi Barre, né Georges Barre le à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) et mort le à Ponteilla (Pyrénées-Orientales), est un auteur-compositeur-interprète français d'expression catalane.
Biographie thumb|R'Can et Jordi Barre Monté très jeune sur les planches, il chante dans les bals de village de la plaine du Roussillon et fait des claquettes, puis sera tour à tour marin, typographe, chef d'atelier. Au milieu des années 1960, il rencontre le poète Estève Albert, qui l’encourage à se consacrer exclusivement à la chanson.
En 1974, il part vivre à Barcelone où il fait la connaissance des grandes figures de la , courant musical proche des milieux autonomistes de la fin de l’ère franquiste. Se tenant toujours à l’écart des mouvements politiques, Jordi Barre milite par le chant pour une reconnaissance de la culture et surtout de la langue catalane et devient rapidement une institution pour le public de Catalogne Nord..
vignette|Jordi Barre chante la Révolte contre la monarchie française. En 1983, il se produit à l’Olympia de Paris. Sa notoriété ne cesse de grandir, sa voix rocailleuse et profonde, son timbre grave (Jean-Michel Collet), sa tenue de scène imposante et son charisme font de ses concerts de grands moments d’émotion et d’intensité à l’égal d’un Paco Ibáñez ou de Silvio Rodríguez. Dans une de ses chansons, il évoque les cloches catalanes : . En 1989 avec Joan-Pere Lacombe et Joan Tocabens il monte un spectacle musical sur la révolte du Vallespir contre la gabelle, "Els Angelets de la Terra".
Il chante dans toute la France mais aussi en Espagne, au Portugal, en Angleterre et jusqu'au Japon. En 1992, il reçoit des mains de Jordi Pujol la Creu de Sant Jordi, plus haute distinction accordée par la Généralité de Catalogne.
En 2009, âgé de 89 ans, il enregistre un duo en catalan avec l’un de ses plus fervents admirateurs, le chanteur Cali., ainsi qu’une chanson avec le chanteur et comédien Tchéky Karyo.. Toujours en 2009, il accueille par la chanson , sur le podium du Castillet, l'arrivée du bouclier de Brennus à Perpignan, après la victoire de l'USA Perpignan en finale du championnat de France de rugby à XV.
En , il se produit dans la commune de Tautavel dans un concert événement célébrant ses 90 ans.
Jordi Barre aimait la nouvelle vague de chanteur. Il était un fervent admirateur de Luce. Il n'hésita pas à lui faire la surprise de sa présence le , dans les Studios de France Bleu Roussillon pour son premier direct après sa victoire au concours.
En , déjà très fatigué, Jordi Barre avait rencontré un artiste qu'il appréciait beaucoup, Michel Fugain qui s'était pris la peine de le recevoir dans sa loge lors de son passage à Perpignan pour son concert donné au Théâtre de l'Étang de Saint-Estève. Avec la complicité d'Isabelle Meder de Flash66, il lui avait consacré plus d'une demi-heure à l'écouter, Jordi lui racontant ses débuts, sa carrière, son Olympia de 1983. Ils se sont quittés tous les deux avec la larme à l'œil. Jordi d'avoir rencontré son idole, car il ne pensait pas qu'il aurait pris le temps de le recevoir, et Michel d'avoir écouté un grand homme. Il avait assisté ensuite au concert, pour une fois comme spectateur ce qui était rare pour lui.
En , Jordi Barre rencontre un jeune rappeur de Perpignan, R'Can, élu révélation en 2001 de Paris Day Rap. Il tourne avec lui un clip, Décloisonnement intergénérationnel.
Jordi Barre meurt le à Ponteilla, à l'âge de 90 ans. De nombreuses personnes sont présentes le pour son enterrement à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Perpignan. Il est ensuite inhumé au cimetière de Montauriol (Pyrénées-Orientales).
Carrière musicale Jazz et l'Orchestre Georges Barre En 1941 Georges Barre a vingt ans, grâce à son ami Uteza qui était Musicien de la Flotte et Officier de la Marine, il décide d’étudier la contrebasse en vue d’intégrer lui aussi les Musiciens de la Flotte. N’ayant pu passer l’examen d’admission au conservatoire de Paris à cause de la guerre, il demande à passer celui des Musiciens de la Flotte. Il réussit l’examen d’admission à Toulon et est amené en caserne, le soir même, il fait part de son angoisse à ses parents et décide de retourner à Perpignan. Le il est affecté à Casteljaloux pour son service militaire, là-bas, il passe l’examen d’admission pour la Musique nationale des Chantiers de jeunesse qu’il passe avec brio, et va pendant un an à Chatel-Guyon. Il se consacre grandement à la musique et en 1942 il crée un orchestre Jazz qu’il dirige. Durant la guerre, Georges Barre se cache pour ne pas aller au front. En 1944 Georges Barre retourne à Perpignan, il retrouve son poste de typographe et s’adonne à la musique, plus particulièrement au Jazz. Il joue notamment avec Aimé Guillaumon qui animait à l’époque le Grand Café du Castillet, ainsi qu’avec Jo Farriol, un saxophoniste de haut niveau. Les Jam Sessions au café du Castillet se multiplient et le Jazz se répand très vite, une école est ouverte au Foyer Léo-Lagrange. Lors d'un concert de l’orchestre Aimé Guillaumon dans lequel Georges Barre est Contrebassiste, Joseph Reinhardt, guitariste de Jazz manouche reconnu, est impressionné par sa performance. Il lui propose d’intégrer son orchestre et après un essai concluant il accepte. Débute alors une période musicalement chargée pour Georges Barre, le rythme de vie abrasif des jazzmen qui se produisent quotidiennement à la Loggia et son travail de typographe remplissent ses journées. En 1945 l'orchestre obtient un contrat pour l’Algérie, mais Georges Barre ne peut quitter sa famille et son métier. Les musiciens se séparent, et Joseph Reinhardt retourne à Paris. En 1946 Georges Barre décide de former son propre orchestre Jazz qui imposera son style dans la région pendant plus de vingt ans. L’orchestre Georges Barre connaît un franc succès, poussé par la volonté de se surpasser Georges Barre travaille d’arrache-pied sur les arrangements des morceaux et les prestations scéniques. Son orchestre est reconnu pour être le seul dans la région a jouer sans interruption, et les prouesses scéniques des musiciens couplées aux chansons dansantes avec un chant accrocheur, séduisent le public.
Nova Cançó: de Georges Barre à Jordi Barre C’est une rencontre, en 1959, qui convertit Georges Barre au catalan. Si avec son orchestre, il se joint parfois à certains groupes qui ont pour vocation faire vivre la langue et la tradition catalanes dans tout le département, c’est l’écrivain Esteve Albert i Corp qui le motive à se dédier uniquement à la langue catalane. Le premier grand projet autour du catalan de Georges, en compagnie d’Esteve Albert, est le montage d’une pièce avec le groupe Pirène d’Elne. Peu après, c’est ce dernier qui est à l’origine de l’intégration de Georges au Fanal Sant-Vicens (groupe artistique perpignanais qui défend la culture catalane à travers le théâtre et le chant). Au début des années 1960, il effectue de nombreux déplacements en Catalogne du Sud, bien souvent à la capitale, Barcelone, et participe à de multiples concours et festivals. C’est l’époque très importante de la revendicative Nova Cançó, et Georges se lie d’amitié avec de jeunes chanteurs comme Raimon du País Valencià. Il connait d’ailleurs lors de cette période, un franc et réel succès auprès du public barcelonais et des catalans du Principat. En 1964, lors des fêtes de la Mercè, on lui remet la médaille de la ville de Barcelone, et « de 1963 à 1965, Barre est l’un des chanteurs les plus écoutés et vendus en Catalogne ». C’est à la fin des années 1960 que Georges Barre devient finalement Jordi Barre, et ce grâce à la femme dont il est amoureux, Danièle Rouzaud. Avec elle, il comprend que le catalan est la langue avec laquelle il doit s’exprimer artistiquement et qu’il est temps de s’intéresser presque exclusivement aux spécificités et à la réalité de la Catalogne du Nord.
Barre et les auteurs Nord-Catalans
Jordi Pere Cerdà Le poète Nord-Catalan Jordi Pere Cerdà participe grandement à l’écriture des textes mis en chanson par Jordi Barre au Fanal Sant-Vicens. Il collabore avec Jordi Barre à partir des années 60 et ce jusqu’au début des années 2000 avec la cantate O Món. Il écrit les textes de O Món, que Jordi Barre met en chanson des années plus tard. Il meurt en 2011, la même année que Jordi Barre. Quelques textes de Jordi Pere Cerdà que Jordi Barre a mis en chanson : Tu Tens, Adiu, Canta Perpinyà, El meu país, Soc un mariner.
Joan Cayrol Entre 1975 et 1980, Jordi Barre et Joan Cayrol travaillent ensemble sur des textes de ce dernier, deux artistes en communion totale. Ces deux amis collaborent en tandem au Fanal et au sein du groupe Pa amb Oli. C’est en 1981 que Joan Cayrol décède, il laisse derrière lui un ami totalement bouleversé qui décide de mettre en musique le dernier texte qu’il lui a confié avant de partir : Tant com me quedarà, Torna a venir Vicens, Parlem Català, Jo soc de Perpinyà, Deixeu-me el temps, Toquen les hores, La nit on vam fugir sont sans nul doute les chansons les plus importantes écrites par Joan Cayrol. Malgré la volonté de continuer, le groupe Pa amb Oli, des divergences font surface et le groupe se dissout peu à peu jusqu’à s’arrêter totalement en . Après deux nouvelles formations et deux arrêts de quelques mois, Jordi Barre reprend la scène et un nouveau chapitre de sa vie commence.
Joan Tocabens C’est lorsqu’il collabore avec Jordi Pere Cerdà que Jordi Barre et le poète Joan Tocabens se rapprochent au début des années 80. C’est en 1988 que Jordi Barre commence à chanter les textes de Joan Tocabens, certains le considèrent trop intellectuel comparé aux autres mais leur collaboration fleurira à la fin des années 80. Tout comme ses prédécesseurs, Joan Tocabens n’est pas un citadin, il parle surtout de la nature, des montagnes, des fleurs, de l'eau etc. La rencontre avec Joan Tocabens montre à Jordi Barre une autre facette de la musique : la pédagogie. C’est Joan Tocabens et Jean-Pierre Lacombe-Massot qui sont à l’origine des fresques historiques musicales et théâtrales en Catalan : Els Angelets de la Terra et la trilogie sur le royaume de Majorque Els Reis de Mallorca. Joan Tocabens qui était aussi enseignant, lui ouvre la porte à de nouvelles expériences et c’est au cours d’un stage à Mosset avec des écoliers venus de Perpignan et de Canet-Plage que naît La cançoneta Blava. Il réalise alors un rêve de grand-père : chanter pour des enfants avec un cœur et un chœur d’enfants. Le 30 Avril 2001 il dirige un chœur d’enfants de trois cents voix lors d’une représentation au palais des Congrès. Il renouvelle ces expériences de nombreuses fois avec des écoles Catalanes entre autres. En 1991 il enregistre le comte Lliure com el vent ou il laisse le chant à des écoliers. En 2011 suit le conte Llibertat ainsi que Vall Misteriosa chanté par des élèves des écoles Jean-Clerc et Jean-Petit de Prades. Les trois contes sont compilés dans un CD . À la fin des années 80, Jordi Barre entre en contact avec Jean-Pierre Lacombe-Massot, il devient alors son manager et directeur artistique. Cependant Jean-Pierre ne fabrique pas Jordi Barre qui alors âgé de 67 ans possède son propre style bien à lui. Il l’aide cependant à produire des spectacles, enregistrer des albums et à promouvoir le tout. Il va aussi le pousser à tenter de nouvelles choses et à se renouveler. Amb la Força de l’Amor, Porta ben alt, Una revolta dins el ventre, Pastor, La campana sona sont quelques-unes des chansons écrites par Joan Tocabens pour Jordi Barre. Jordi Barre met également en musique de nombreux textes d’auteurs Nord-Catalans comme Joan Amade et Josep Sebastià Pons, mais aussi d’auteurs du sud des Albères comme Josep Carner, Joan Maragall ou encore Joan Salvat Papasseit.
Les chorales et ensembles musicaux Le Fanal Sant-Vicens de Perpignan