La facilitation sociale est un phénomène social selon lequel la présence d'autrui, en situation d'audience ou de co-action, a un effet bénéfique sur les performances d'un individu. Ce phénomène a été découvert par Norman Triplett à la fin du (1898), et étudié par la suite par de nombreux auteurs, dont Robert Zajonc, psychologue social, qui s’intéressa également à l’effet opposé : l’inhibition sociale.
D'autres modèles explicatifs tels que l' et l’hypothèse du contrôle social, peuvent mettre en lumière certains effets liés à ce phénomène social.
Prémices de la facilitation sociale left|thumb|174x174px|Norman Triplett. thumb|course de cyclistes. En 1898, le psychologue social Norman Triplett s'interroge sur les performances des cyclistes. Il observe que ceux-ci semblent produire de meilleures performances lorsqu'ils sont en compagnie d'autres cyclistes que lorsqu'ils sont seuls. Dans son article, Triplett. explique l'expérience qu'il a menée sur la relation entre la compétition et l'augmentation des performances, à la suite de l'observation des résultats dans le livre des records de la Ligue Américaine des cyclistes. Selon lui, la présence de compétiteurs produirait un effet dynamogène sur les performances des cyclistes. La présence d'autrui aurait ainsi une influence positive sur la performance individuelle.
Pour tester son hypothèse, Triplett réalise une expérience auprès d'un échantillon de 40 enfants âgés de 8 à 17 ans. Leur tâche consiste à enrouler 16 mètres de fil sur un moulinet de canne à pêche le plus rapidement possible, d'abord seuls (première condition), puis en compagnie d'un autre enfant (deuxième condition). Les moulinets sont raccordés à un dispositif qui permet d'enregistrer le rythme avec lequel les participants moulinent, et de déterminer ainsi la rapidité de l'action. Les résultats observés permettent à Triplett de confirmer l'hypothèse selon laquelle la présence de co-acteurs lors d'une tâche motrice favorise la performance individuelle des sujets. L'expérience montre que .
Mais faut-il nécessairement qu'il y ait co-action pour influencer la performance des sujets? La réponse est apportée par le psychologue ., en 1904. Ce chercheur, qui s'intéresse à l'effort musculaire (et non directement au phénomène de la facilitation sociale), a réalisé une expérience auprès de ses étudiants en leur demandant de réaliser des tâches simples se trouvant à la limite de leurs possibilités physiques. Une de ces tâches peut être, par exemple, de soulever, durant un temps déterminé, un poids à l'aide d'un seul doigt. Meumann se rend alors compte que la performance des étudiants s'améliore en sa présence, alors qu'il n'est que simple observateur (). Il pose ainsi l'hypothèse que la simple présence d'un autrui passif suffit à améliorer les performances motrices des sujets.
Ce n'est que presque 30 ans après la découverte de Triplett, en 1924, que ce phénomène fut baptisé « facilitation sociale » par . Ce terme qualifie alors l'influence positive que la présence active (effet de co-action) ou passive (effet d'audience) d'autrui peut avoir sur les performances motrices d'un individu.
Inhibition ou facilitation sociale : la théorie du Drive
Des recherches ont cependant pu mettre en évidence le fait que, parfois, la performance des sujets diminue au lieu d'augmenter, en présence d'autrui. Par exemple, lors d'une présentation orale devant un public, un individu pourra avoir une prestation meilleure pour un sujet déterminé alors que sa présentation en public d'un autre sujet pourra lui être défavorable. De plus, il est à noter que dans les premières observations de Triplett, seule la moitié des participants avaient amélioré leur performance. En effet, sur les 40 enfants, un quart d'entre eux avaient obtenu de moins bons résultats lorsqu'ils étaient en groupe. Comment expliquer cette différence? Comment la présence de l'autre peut-elle agir tantôt positivement (effet facilitateur), tantôt négativement (effet inhibiteur) sur notre rendement individuel ?
La réponse à cette question est proposée par Robert Zajonc., en 1965.
Selon cet auteur, la présence des autres stimule l'organisme de l'individu et peut faciliter l'apparition d'une réponse dominante chez ce dernier. Cette notion de réponse dominante peut être définie comme la réponse qui est la plus susceptible d'apparaitre dans une situation déterminée. Elle devient donc habituelle pour le sujet. Selon que la tâche soit familière ou complexe, la réponse dominante sera associée à une bonne ou mauvaise réponse. Si la réponse dominante est correcte, on pourra observer un phénomène de facilitation sociale. En revanche, si la réponse dominante est incorrecte, il s'agira d'un phénomène d'inhibition sociale et la présence des autres sera défavorable à la performance de l'individu. gauche|thumb|400px|Facilitation-inhibition sociale de Zajonc. Prenons l'exemple d'un chanteur expérimenté. Pour lui, la tâche (le chant) est familière, il s'est entraîné à de nombreuses reprises. La réponse dominante sera donc associée à une bonne réponse et sa performance sera d'autant meilleure en présence d'un public (facilitation sociale). En revanche, le chanteur débutant, qui n'a pas l'habitude de se produire autant sur scène qu'en privé, aura tendance à avoir une mauvaise réponse dominante. Il y a en effet plus de chance qu'il rate sa performance plutôt qu'il la réussisse, et elle subira l'effet d'une inhibition sociale lorsqu'il sera observé.
Il est important de noter que les réponses dominantes peuvent être apprises au cours de l'existence. Les réponses que nous produisons face à une tâche complexe, fausses au départ, peuvent devenir correctes au fur et à mesure que nous effectuons la tâche. Pour que la présence des autres soit facilitante, il est donc important de maîtriser la tâche afin de la rendre la plus simple possible.
La présence des autres, que ce soit dans un effet d'audience ou de co-action, aura ainsi un effet négatif en début d'apprentissage, lorsque l'acquisition n'est pas encore faite, et un effet positif lorsque la tâche est maîtrisée. Selon les termes de Zajonc, la présence d'autrui gênerait l'apprentissage mais favoriserait la performance.
De plus, dans sa théorie du drive, Zajonc estimerait qu'Autrui est un « Stimulus inconditionnel », pris indépendamment des représentations qui lui sont associées. Autrui serait donc neutre et, qu'importe son statut, produirait une élévation du drive. Seule sa présence induirait un effet sur la performance et aucune autre condition ne serait nécessaire.
Théorie de l'appréhension de l'évaluation La est développée par Nickolas B. Cottrell, en 1972.. Celui-ci, contrairement à Zajonc, associe Autrui à un stimulus conditionnel plutôt qu'inconditionnel. Neutre à l'origine, Autrui perdrait ce statut par des mécanismes de renforcements positifs et négatifs (par les voies du conditionnement classique) et par un processus d'apprentissage. L'individu apprendrait, par renforcement, des valeurs positives ou négatives associées à certains événements et anticiperait ainsi l'évaluation du statut de l'Autre et sa valeur (positive ou négative) associée, ce qui produirait un effet sur le phénomène de facilitation-inhibition sociale. thumb|385x385px|La théorie de l'appréhension de l'évaluation. Pour qu'il y ait une augmentation du drive, Autrui ne devrait donc pas être simplement présent, mais devrait représenter une source d'évaluation potentielle. L'effet produit serait alors différent en fonction du statut de l'observateur.
La performance de l'individu ne dépendra donc plus de ses caractéristiques propres, à savoir s'il est compétent dans une tâche spécifique (réponse dominante), mais bien des caractéristiques de la personne qui assiste, que ce soit de façon active ou passive, à l'exécution de cette tâche définie.
La présence d'un supérieur hiérarchique aurait ainsi tendance à augmenter la motivation du sujet dans la réalisation de la tâche et sa performance.
Bergum et Lehr. l'avaient déjà expérimenté en 1962, en observant la vigilance d'une quarantaine de recrues de la Garde Nationale Américaine. Ces derniers avaient pour activité de surveiller l'apparition de signaux ou de séquences lumineuses et d'appuyer sur un bouton. Cette tâche avait pour but de mobiliser leur attention sur une longue durée (au moins 2h) afin que leur performance baisse inévitablement, par fatigue et perte de concentration. Deux conditions étaient établies : dans l'une, les soldats recevaient plusieurs visites, dont ils avaient été avertis, d'un supérieur hiérarchique durant l'exécution de la tâche. Dans l'autre condition, aucune visite n'était réalisée. Les résultats démontrèrent que le taux de bonnes réponses du premier groupe était supérieur à celui du second groupe, cela même durant une période où le supérieur hiérarchique était absent. Le simple fait de savoir qu'un observateur viendra rendre visite au sujet aurait suffi à augmenter sa performance.
L'hypothèse de Cottrell permet de mettre l'accent sur l'importance du statut hiérarchique supérieur de l'observateur. Ce serait ainsi cet aspect, et pas seulement la présence de l'observateur, qui aurait un impact sur le rendement. En effet, la valeur accordée à l'observateur implique un jugement ce qui augmenterait les performances du sujet.
Cela est également démontré par Henchy et Glass. en 1968 lorsque, pour leur expérience, ils créent quatre conditions : condition « seul » (les sujets pensent que les résultats de leurs performances sont anonymes) condition « en présence de non experts » (les sujets savent qu'ils vont être évalués mais les observateurs sont présentés comme peu compétents sur la tâche) condition en présence d'experts (les observateurs qui vont réaliser l'évaluation des sujets sont ici présentés comme très compétents dans la tâche) condition enregistrement (dans cette dernière condition, personne n'est présent mais le sujet est averti que sa performance sera enregistrée, filmée et évaluée par après).
Les résultats confirment l'effet d'audience, les sujets de la condition seul ayant la moins bonne performance. Cependant, nous observons que la condition enregistrement obtient de meilleures performances que celle en présence de non experts, ce qui confirme l'importance de l'aspect évaluatif qui augmente la motivation, qu'importe que l'évaluateur soit physiquement présent ou non. L'existence d'une évaluation prime donc sur la simple présence d'un observateur. Enfin, les deux conditions réunies (effet d'audience + statut) placent les sujets au sommet de leur performance.
Les effets de la présence d'autrui dépendront donc des anticipations de jugements que le sujet évalué fera concernant l'individu en présence, celles-ci augmentant la motivation du sujet à réaliser la tâche.
Cependant, la seule motivation n'entraîne pas automatiquement une amélioration de la performance. En effet, comme expliqué dans la théorie de Zajonc, cela dépendra de la maîtrise du sujet par rapport à la tâche (réponse dominante correcte ou incorrecte), ce qui entrainera un effet soit de facilitation sociale, soit d'inhibition sociale (voir schéma).
Autres modèles explicatifs D'autres auteurs ont tenté d'expliquer ce phénomène de facilitation-inhibition sociale en suggérant l'existence de mécanismes explicatifs des effets que la présence d'autrui peut avoir sur la performance d'un individu. Ces mécanismes, bien qu'étant différents de ceux présentés par Zajonc et Cottrell, ne leur sont pas nécessairement incompatibles.
Deux hypothèses sont ici retenues :
L'hypothèse du conflit-distraction