Le terme daojiao 道教 qui désignera le taoïsmeDaojiao apparait parfois dans la littérature antique pour désigner d’autres idéologies (mohiste, confucianiste etc.) ; il a alors le sens général d’ « enseignement de la doctrine » sans référence au taoïsme site du Center for Taoist Studies apparait peu avant l’ère chrétienneRusell Kirkland The Book of the Way Great Litterature of The Eastern World Ian P MacGreal harper Collins NY 1996 p 24-29 pour désigner globalement, d'une part un ensemble de textes présentant certaines similitudes sur le plan philosophique, d'autre part différents courants religieux nés en Chine Encyclopédie philosophique de Stanford-Taoïsme : « Le taoïsme est un terme-parapluie qui recouvre un ensemble de doctrines [philosophiques] qui ont en commun une orientation similaire. Le terme taoïsme est également associé à différents courants religieux naturalistes ou mystiques.....Le résultat est que [c’]est un concept essentiellement malléable. La fameuse question de Creel : « Qu’est-ce que le taoïsme? » reste toujours aussi difficile. ».Isabelle Robinet Histoire du taoïsme : des origines au : « ...le taoïsme n’a jamais été une religion unifiée et a constamment été une combinaison d’enseignements fondés sur des révélations originelles diverses [...] il ne peut être saisi que dans ses manifestations concrètes »Isabelle Robinet Histoire du taoïsme : des origines au Robinet (1997), p. 2., dont plusieurs prédatent l’apparition du terme lui-même. Il ne s’agit donc pas d’un courant établi à un moment historique, même s’il arrive que l’on présente Laozi comme son fondateur. Les nombreuses écoles taoïstes, dont seules les plus célèbres sont mentionnées dans l’article, se désignent chacune par son nom propre, l’appellation « taoïste » servant surtout à les distinguer du bouddhisme ou du confucianismesite du Center for Taoist Studies Russel Kirkland "The Historical Contours of Taoism in China" Journal of Chinese Religions 25,1997, p57-82. Elles proposent aussi bien des rituels bénéficiant à l’ensemble de la société que des voies de développement personnel, selon la perspective choisie par le pratiquantRobert P. Hymes Way and byway: Taoism, local religion, and models of divinity in Sung and modern China, UCP, 2002, Introduction. Il arrive parfois qu'elles servent de cadre à des mouvements en rébellion contre l'autorité.
Les premiers textes qui seront ultérieurement qualifiés de taoïstes furent écrits entre le (Daodejing)Cette datation vaut s’il a bien été écrit par Laozi et si ce dernier était bien un contemporain de Confucius, ce qu’il est pour l’instant impossible de confirmer. et le (Zhuangzi)Les passages plus anciens.. Certaines croyances et pratiques remontent au moins aux Royaumes combattants. La période qui s’étend depuis le - époque où apparaissent les premiers courants religieux - jusqu’au vit l'apparition de nombreux textes et pratiques concernant surtout l’alchimie externe et les techniques d’immortalité, ainsi que les rituels d’exorcisme ou à fonction apotropaïques. Un monachisme inspiré du bouddhisme se mit en place, mais ne devint important que quelques siècles plus tard.
Durant la dynastie Tang (618-907), assez longue période d’unité politique, plusieurs écoles profitèrent du soutien de la cour qui adopta leurs rituels et employa leurs maîtres ; en contrepartie elles se virent imposer une certaine mise en coupe administrative. Le patronage public d'écoles choisies accompagné d'un encadrement réglementaire se poursuivra jusqu’aux .
À partir du , la tendance au syncrétisme avec le bouddhisme et le confucianisme, qui existait dès les débuts, fut ouvertement revendiquée et encouragée. L’alchimie interne devint un courant important, représenté en particulier par l’école Quanzhen, qui ouvrit ses pratiques et ses textes à un large public, s’écartant de la tendance ésotérique des courants alchimiques précédentsJames Miller Daoism: A Short Introduction, Oxford,2003, Oneworld Publications.
Le contexte politique entraina à partir du un regroupement de nombreuses écoles sous la bannière des courants Quanzhen et ZhengyiEncyclopedia of Taoism, p814-820.
À partir du , même les principales écoles taoïstes perdirent progressivement le soutien des autorités, ce qui favorisa la naissance de nombreuses petites sectes syncrétistes, comme celles qui se rattachent au Lotus blanc ou aux courants Luojiao et Xiantiandao.
La défaveur officielle du taoïsme persista sous la première république de Chine et a fortiori sous la république populaire qui chercha longtemps à décourager toute activité religieuse. C'est à partir du milieu des années 1970 que reprit une certaine activité dans les écoles Quanzhen et Zhengyi, encadrée par l’Association taoïste de Chine.
Durant près de deux millénaires, les pratiques religieuses taoïstes restèrent circonscrites dans les zones de peuplement chinois, mais quelques communautés ont été fondées en Europe et aux États-Unis au .
Le terme daojiao est parfois utilisé à Taïwan comme synonyme de religion populaire. En effet, bien que ces deux termes ne se recouvrent pas entièrement, les courants taoïstes sont une des sources de la religion populaire. Dans une culture où l’exclusivité confessionnelle n’est pas exigée, la distinction n'a guère de sens. Seuls les maîtres taoistes s'identifient comme tels, la tradition ne connaissait pas la notion de "fidèle taoïste" Vincent Goossaert Les traits fondamentaux de la religion chinoise, article sur Clio
Avant le Printemps et Automnes, Royaumes combattants, dynastie Qin
Le terme taoïsme n’est pas encore employé avec son sens actuel, mais certains éléments qui y seront intégrés sont déjà apparus.
Les textes essentiels que sont le Daodejing et les passages anciens du Zhuangzi dateraient au moins du , la tradition chinoise faisant même remonter le premier au , bien que les spécialistes modernes penchent en majorité pour une date plus tardive de deux à trois sièclesZhuangzi sur Internet Encyclopedia of PhilosophyLaozi sur Stanford Encyclopedia of Philosophy.
L’intérêt pour les transformations corporelles ou cosmiques restera une caractéristique de tous les courants taoïstes. La transformation de produits naturels en produits comestibles de longue vie, peut-être une première forme d’alchimie, est déjà mentionnée sous les Qin Fabrizio Pregadio. "Chinese Alchemy.", 1995. . Autre technique de prolongation de la vie, la gymnastique daoyin est citée dans le Zhuangzi. Le Travail interne (Neiye 內業), proche à certains égards du Daodejing, traite aussi de la transformation de soiR. Kirkland, Neiye. La croyance aux immortels est attestée dès la fin des Royaumes combattants comme élément du courant fangxiandao développé dans les régions nord-orientales de Qi et YanHubert Michael Seiwert Popular religious movements and heterodox sects in Chinese history, Brill, 2003, p25.
Dans la même région et vers la même époque, l’académie Jixia constitue un centre intellectuel où des notions qui seront intégrées dans l’ensemble de la pensée chinoise – dont le taoïsme – sont développées ou affinées : cinq éléments, yin et yang, qi etcJohn Knoblock Classical chinese philosophy. Le Neiye est d'ailleurs un chapitre de l’encyclopédie Guanzi attribuée aux académiciens de Jixia.
Certaines divinités qui seront reprises par le taoïsme ont une origine ancienne : Nüwa, Fuxi, Xiwangmu, Shennong, Huangdi, entre autres.
Du au début du Dynastie Han, Trois royaumes
C’est dans la première moitié de la dynastie Han (-206~200) que le terme « taoïsme » apparait : dao jia 道家 ou dao jiao 道教 « école du dao ». Il s’agit d’abord d’une des catégories de classement des fonds des bibliothèques princières et impériales proposées par Sima Tan (d. 110 ), Liu Xiang et Liu Xin (46 - 23 ). Y sont regroupés, bien après leur date de rédaction, des textes de la période des Royaumes combattants, créant ainsi une école virtuelle, car les auteurs supposés réunis a posteriori ne se connaissaient sans doute pas et certains textes sont attribués à différentes écoles selon les catalogues. Parmi ces textes, le Daodejing et le Zhuangzi, mais aussi le Liezi et le Wenzi qui contiennent aussi des idées proches d’autres écoles que le taoïsme.
Le terme daojia désigne aussi dans le Shiji les aristocrates partisans du huanglao, « [école] de Huangdi et Laozi », un courant de philosophie politique proche également du légisme s’appuyant sur le Daodejing et quatre livres attribués à Huangdi Chang, Leo S. and Yu Feng, trs. The Four Political Treatises of the Yellow Emperor: Original Mawangdui Texts with Complete English Translations and an Introduction 1998, University of Hawaii Press. Han Jingdi serait le dernier empereur partisan de cette idéologie, son successeur Han Wudi ayant choisi de soutenir plutôt le confucianisme. Néanmoins, les frontières philosophiques ne sont pas étanches : des lettrés se considérant comme confucéens, Yang Xiong par exemple, se réfèrent à des notions taoïstes comme le vide (wu 無) et le taoYang Xiong sur Internet Encyclopedia of Philosophy, et l’interprétation ésotérique (chenwei 讖緯) que certains confucéens font de leurs textes influencera aussi le taoïsme religieuxXIAO Dengfu, Les chenwei et le taoïsme 蕭登福 讖緯與道教 文津 道教系列 2000 .
Les historiens Han attestent l’existence d’un culte rendu dès cette époque par certains empereurs à Huangdi et LaoziKohn (2000), p. 6.Isabelle Robinet Daoism: Growth of a Religion. Stanford: Stanford University, 1997 (1997), p. 50..
Vers la fin des Han, à l’occasion de l’affaiblissement du pouvoir impérial, deux groupes religieux éloignés de la cour se font suffisamment remarquer pour gagner leur place dans l’histoire, qui les enregistrera comme les deux premiers courants du taoïsme religieux.
A Hanzhong aux confins du Shaanxi et du Sichuan, le seigneur de la guerre Zhang Lu règne en encadrant la société par un système religieux attribué à son grand-père Zhang Ling qui aurait reçu des révélations de Laozi. Ce courant des Maitres célestes, surnommé aussi « des Cinq boisseaux de riz » d’après l’impôt payé par les fidèles, se diffusera largement sous les Trois royaumes et surtout sous les Jin (265-420) à la faveur de la réunification de l’empire Daoism Handbook, p134-164. Zhengyi, l’une des deux grandes écoles taoïstes au , se considère comme son héritière. Il s’appuie principalement sur le Daodejing, plus particulièrement la version commentée Xiang’er rédigée par ses adeptes.
Plus près de la capitale, la Voie de la grande paix menée par Zhang Jiao et ses frèresSans parenté connue avec Zhang Dao et Zhang Lu se distingue en fomentant une révolte dite « des turbans jaunes » contre les Han. Réprimée non sans peine, la secte disparait mais son texte principal, le Taipingjing, ainsi que certains rituels seront sauvegardésMax Kaltenmark, « The Ideology of the Tai-ping ching », in Facets of Taoism, New Haven, 1979, pages 19–52..
Ces deux courants structurent leur communauté selon la hiérarchie des fonctions religieuses, qui est une sorte de hiérarchie administrative ayant pouvoir sur les esprits surnaturels. Cette caractéristique se retrouvera dans de nombreux courants taoïstesAnna Seidel "The Image of the perfecr leader in early Taoism messianism" History of religions 9 nos 2-3(1970) 216-47. Les rites principaux visent à protéger des mauvais esprits et à écarter les maladies par la purification et la confession, car elles sont dues aux fautes passéesTsuchiya Maasaki. “Confessions of Sins and Awareness of Self in the Taipingjing.” In Livia Kohn and Harold Roth eds., Daoist Identity: History, Lineage and Ritual (Honolulu: University of Hawai’i: 2002), 20-52. Ils font grand usage de talismans.
L’alchimiste Ge Xuan dont se réclamera le courant Lingbao aurait vécu à cette époque.
Du à la fin du Trois royaumes, dynastie Jin, dynasties du Nord et du Sud