La bataille de Moscou (en , ; en ) oppose les forces soviétiques et allemandes pour le contrôle de la ville et de sa région du au , pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle commence par l'offensive allemande appelée , conduite par le groupe d'armées du centre sous le commandement de Von Bock, pour s'approcher de Moscou, se poursuit par la résistance des Soviétiques puis par leur contre-attaque qui permet de repousser l'ennemi, sans le vaincre. Elle est considérée avec la bataille de Stalingrad et celle de Koursk comme un des affrontements stratégiques du front de l'Est.

L'offensive allemande avait pour but de réaliser l'encerclement en tenaille de la région de Moscou. La première pince fut dirigée vers le nord contre le front de Kalinine par les et de panzers, et permettait de couper la voie ferrée entre Moscou et Leningrad. La seconde fut orientée au sud de Moscou contre le front de l'Ouest en direction de Toula avec le de panzers, tandis que la avançait directement sur Moscou depuis l'ouest.

Une opération allemande distincte, sous le nom de code Wotan, devait permettre la conquête de la ville intra-muros.

Initialement, les forces soviétiques opérèrent une défense stratégique de l'oblast de Moscou en construisant trois ceintures défensives et en déployant des réserves militaires qui venaient juste d'être mobilisées, tout en rapatriant des troupes de Sibérie et d'Extrême-Orient. Ainsi, dès l'arrêt de l'offensive allemande, les Soviétiques furent en mesure de lancer une vaste contre-offensive qui visait à rejeter la Wehrmacht sur ses positions à Orel, Viazma et Vitebsk, et qui manqua d'anéantir trois armées allemandes.

Invasion allemande

Depuis le et le déclenchement de l', la Wehrmacht progresse rapidement en Union soviétique, en appliquant les tactiques du Blitzkrieg, la guerre éclair par encerclement. Hitler prévoyait la chute de Moscou en moins de , d'après le discours du , suivant le début de l'invasion. Elle met à mal les défenses de l'Armée rouge. Les pertes de cette dernière sont colossales, et l'avance ne semble pas pouvoir être stoppée. Durant les premières semaines de l'invasion, les troupes allemandes remportent une série de victoires éclatantes.

Cependant, l'acharnement des Soviétiques autour de Smolensk pendant l'été, et surtout la boue puis le froid, ont retardé les forces allemandes dans l'accomplissement de leurs objectifs. Ce retard peut être aussi imputé à la décision de l'OKW, le commandement militaire allemand, d'envoyer une partie des blindés du groupe d'armées Centre aider le groupe d'armées Sud à réaliser l'encerclement et la destruction des forces soviétiques défendant Kiev et l'Ukraine occidentale.

Les troupes allemandes butent également sur des événements non prévus par les stratèges de l’OKH : au nord, les troupes soviétiques résistent très durement dans la région de Léningrad ; au centre, les troupes soviétiques se rassemblent et se replacent, pour défendre leur capitale.

La résistance des forces soviétiques causa des problèmes à la progression des troupes allemandes, ainsi elles commençaient seulement à s'approcher de Moscou en septembre, et Hitler dut repousser son attaque sur la capitale au mois suivant.

Contexte stratégique

Le , l'Allemagne, la Roumanie, la Hongrie et la Slovaquie entrent en guerre contre l'Union soviétique. C'est le lancement de l'. Après avoir détruit une grande partie des avions au sol, les forces allemandes progressent rapidement en employant les tactiques du Blitzkrieg. Les unités motorisées avancent en réalisant de gigantesques encerclements et en détruisant plusieurs armées soviétiques. Tandis que le groupe d'armées Nord progresse vers Leningrad, le groupe d'armées Sud prend le contrôle de l'ouest de l'Ukraine et le groupe d'armées Centre avance vers Moscou. Les défenses soviétiques sont submergées et les pertes subies par l'Armée rouge sont considérables.

En , le groupe d'armées Centre réalise l'encerclement de plusieurs armées soviétiques près de Minsk, créant ainsi une brèche importante dans les lignes ennemies, que les forces soviétiques ne peuvent pas immédiatement combler faute de réserves disponibles. Le front de l'Ouest soviétique est également anéanti. La Wehrmacht est donc capable de franchir le Dniepr, qui barre la route de Moscou, avec un minimum de pertesHeinz Guderian, Erinnerungen eines Soldaten.

En , les forces allemandes prennent la ville de Smolensk. Cette ville est historiquement considérée comme la « clé » de Moscou car elle contrôle une bande de terre entre le Dniepr, la Daugava et de nombreuses autres rivières par où il est possible de progresser rapidement en évitant la construction de ponts sur de larges rivières. La résistance désespérée des Soviétiques autour de Smolensk dure deux mois, du au . Cet intense engagement ralentit l'avancée allemande jusqu'en septembre et força le groupe d'armées Centre à engager la plupart de ses réserves.

Sur l'ensemble du front, l'avance allemande ralentit. Près de Léningrad, le groupe d'armées Nord est retenu par les défenses sur la Louga pendant un mois. Le groupe d'armées Sud qui comprend de nombreuses unités hongroises et roumaines moins bien entraînées, équipées et commandées que celles de la Wehrmacht, subissent de violentes contre-attaques. L'état-major allemand est maintenant face à un dilemme. En effet, le groupe d'armées Centre est assez puissant pour atteindre Moscou, mais une telle avancée créerait un saillant dans les lignes allemandes ce qui le rendrait vulnérable à une attaque sur ses flancs. De plus, Hitler refuse de voir en Moscou un objectif stratégique et estime que l'Allemagne a d'abord besoin des ressources minières et du blé présents en Ukraine, dans la région du DonbassGuderian, .. Heinz Guderian et son armée blindée sont donc envoyés vers le sud pour soutenir l'attaque de Gerd von Rundstedt sur Kiev, qui provoquera un autre désastre pour l'Armée rouge. Le , les forces soviétiques doivent abandonner Kiev, malgré le refus persistant de Staline de retirer ses troupes du saillant de Kiev comme le notèrent Alexandre Vassilievski et Gueorgui Joukov dans leurs mémoires respectifsA.M. Vasilevsky, Дело всей жизни, Moscou, Politizdat, 1978, .Joukov, Mémoires.

Bien qu'elle soit une victoire incontestable, la bataille de Kiev a encore retardé le Blitzkrieg allemand. Comme l'écrira plus tard Guderian : Guderian, . Hitler croit encore que la Wehrmacht peut finir la guerre avant l'hiver en prenant Moscou. Le , le groupe d'armées Centre, sous le commandement de Fedor von Bock, lance son offensive finale vers Moscou, nom de code de l'. Hitler déclara peu de temps après : Hitler, dans Völkischer Beobachter, .

Forces en présence

vignette|upright=1.5|Le front de l'Est au moment de la bataille de Moscou. vignette|upright=1.0| : des soldats soviétiques sous un bombardement ennemi à proximité de Moscou, avant le déclenchement de la bataille de Moscou.

Axe Groupe d'armées Centre : Generalfeldmarschall Fedor von Bock : Generaloberst Maximilian von Weichs : Generalfeldmarschall Günther von Kluge : Generaloberst Adolf Strauß de panzers : Generaloberst Heinz Guderian de panzers : General der Panzertruppe Georg-Hans Reinhardt de panzers : Generaloberst Erich Hoepner

Union soviétique Front de l'Ouest la ; la ; la . Front de réserve armée; armée; armée; armée. Front de Briansk

armée; armée. Front de Kalinine armée; armée; armée.

Avancées initiales ( – ) Plans Moscou était la cible militaire et politique la plus importante et Hitler anticipait que la reddition de la ville amènerait l'effondrement rapide de l'Union soviétique. Franz Halder (commandant de l'Oberkommando des Heeres) écrivit en 1940 : Moscow Encyclopedia, ed. Great Russian Encyclopedia, Moscow, 1997, article « Battle of Moscow ». Les forces déployées pour l' incluaient trois armées ; la , et , ainsi que les , et de panzers soutenus par la .

Au total, près d'un million d'hommes, et étaient impliqués dans l'offensive. Cependant, depuis le début de la campagne, la Luftwaffe avait subi de lourdes pertes, soit , et étaient endommagés. Ainsi, la ne disposait que de dont moyens et en piqué et , ce qui était dérisoire compte tenu de l'étendue de la zoneBergstöm, 2007, .. L'attaque reposait sur les tactiques de Blitzkrieg où les blindés perçaient les lignes de défense pour les encercler et ensuite les détruireGuderian, ..

Le plan initial comportait deux mouvements. Le premier : l'encerclement du front de l'Ouest et du front de réserve situés autour de Viazma. Le second : l'encerclement et la capture du front de Briansk et de la ville du même nom. Après cela, le plan prévoyait de parachever l'encerclement par le nord et le sud de Moscou. L’épuisement et les difficultés logistiques auxquelles les troupes allemandes durent faire face, n’étaient ni attendues ni prises en compte. Guderian note par exemple que de nombreux chars détruits n'ont pas été remplacés et que certaines unités motorisées manquaient d'essence avant même le lancement de l'opérationGuderian, .. Le moral était cependant toujours élevé du fait de l’approche de la capitale ennemie.

En face de la Wehrmacht, les trois fronts soviétiques sont composés de troupes épuisées qui ont déjà été impliquées dans de rudes combats depuis . Les forces soviétiques sont composées de , et . L'armée aérienne Voïenno-Vozdouchnye Sily (VVS) a subi des pertes « colossales », entre Hardesty, 1991, . et Bergström, 2007, .. La VVS ne dispose pour la défense de Moscou que de dont Bergström, 2007, .. Même avec des renforts, l'aviation n'est que le quart de ce qu'elle était avant la guerre. Les troupes et l'armement ne représentent une menace qu'à cause de leur grand nombre. Les unités sont d'ailleurs mal disposées, sur une seule ligne sans réserves. Dans ses mémoires, Alexandre Vassilievski (chef militaire soviétique) note cependant que la défense était bien en place, mais que ces erreurs de positionnement ont favorisé les premiers succès de l'avancée allemande. De plus les soldats soviétiques manquaient d'entraînement, ne disposaient pas de certains équipements indispensables (comme des canons anti-chars) et leurs blindés étaient obsolètesGlantz, chapter 6, sub-ch. « Viaz'ma and Briansk », ff..

Le commandement soviétique lance la construction de vastes défenses autour de la ville. La première partie était construite sur une ligne Rjev-Viazma-Briansk. La seconde, la ligne Mojaïsk, s'étendait de Kalinine à Kalouga. Enfin, une troisième ligne entourait la ville elle-même et formait la zone de défense de Moscou. Ces défenses étaient largement improvisées du fait de la rapide avancée allemande. De plus, le plan d'attaque allemand ne fut découvert que tardivement et les troupes soviétiques ne furent prêtes à la défensive qu'à partir du . Cependant, de nouvelles unités se mettaient en place sur la Volga et dans l'Oural mais elles ne seraient pas prêtes avant plusieurs moisVasilevsky, ..

Les poches de Viazma et de Briansk vignette|upright=1.0|Les offensives allemandes durant l'. vignette|gauche|Le général Heinz Guderian avec son état-major en septembre/octobre 1941.

Débutée le par beau temps, l'offensive allemande remporte dans un premier temps des victoires sur des troupes épuiséesMasson, Hitler, chef de guerre, .. Encerclant puis réduisant de grandes unités soviétiques, la Wehrmacht contrôle progressivement les différentes lignes de défense établies autour de la ville et réduit en poussière les lignes de défense établies par Joukov.

Près de Viazma, les fronts de réserve et de l'Ouest furent rapidement battus par les forces mobiles des et qui exploitèrent les failles de la défense. Les lignes de défense encore en construction furent dépassées lorsque les unités de pointe se rejoignirent à Viazma le . Quatre armées soviétiques, la , la 20, la et la furent prises au piège à l'ouest de la villeVasilevsky, ..