Le Renard polaire (Vulpes lagopus) ou Renard arctique, également connu sous le nom d’Isatis ou Renard bleu, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des canidés.
Il s’agit d’une espèce de renard vivant dans les régions de l’hémisphère Nord, dans le cercle arctique, très commune dans les toundras. Il se caractérise par son épaisse fourrure hivernale, d’une teinte blanche comme la neige, lui servant de camouflage, le rendant parfaitement adapté à son environnement.
Dénominations Nom scientifique valide : Vulpes lagopus (Linnaeus, 1758). Nom normalisé anglais : Artic fox Noms typiques en français : Renard polaire (UICN), Isatis (UICN) Noms vulgaires : Renard arctique, Renard blanc, Renard Isatis, Renard bleu Noms vernaculaires, pouvant désigner d’autres espèces : Renard
Le nom « Isatis » signifie « pastel » en grec ancien, ce nom est présent chez une plante produisant du bleu indigo, d’où l’autre nom de « renard bleu ». Théoriquement, seul les renards polaires au morphe bleu sont désignés sous ces terminologies.
Taxonomie Le renard polaire, sous le nom Vulpes lagopus est considéré comme étant un « vrai renard » dans la littérature scientifique : il s’agit d’une espèce de canidé appartenant au genre Vulpes au sein de la tribu des Vulpini. Bien qu'il ait été précédemment attribué à son propre genre monotypique Alopex, des preuves génétique récentes le placent désormais dans le genre Vulpes, avec la majorité des autres espèces de renards.
Description scientifique L’espèce fut décrite par Carl von Linné dans la dixième édition du Systema Naturae en 1758 sous le nom Canis lagopus. Le spécimen type a été recueilli en Laponie, Suède. Le nom générique vulpes signifie « renard » en latin. Le nom spécifique lagopus provient du grec ancien , « lièvre » et , « pied », en référence aux poils sur ses pattes, similaires à ceux des espèces de lièvres vivant dans des climats froids.
Selon la phylogénie la plus récente, le renard polaire et le renard roux (Vulpes vulpes) auraient divergé il y a environ 3,17 millions d’années. De plus, le renard polaire a divergé de son groupe frère, le renard nain (Vulpes macrotis), il y a environ 0,9 million d’années.
Registre fossile et évolution Les origines du renard polaire ont été décrites par l’hypothèse « hors du Tibet ». Sur le plateau tibétain, parmi de nombreux restes fossiles de mammifères modernes ayant évolué au cours du Pliocène (5,3–2,6 millions d’années), une espèce désignée sous le nom de (Vulpes qiuzhudingi) datés du début du Pliocène (5,08–3,6 millions d’années) est considérée comme une forme ancestrale du renard polaire actuel. Plus généralement, le Pliocène était environ 2–3 °C plus chaud qu’aujourd’hui, et l’Arctique était 8 °C plus chaud pendant l’été du Pliocène moyen. L’analyse des isotopes stables du carbone et de l’oxygène sur les fossiles suggère que le plateau tibétain présentait des conditions similaires à la toundra et abritait des mammifères adaptés au froid qui se sont ensuite répandus en Amérique du Nord et en Eurasie durant le Pléistocène (2,6 millions à 11 700 ans avant notre ère).
Liste des sous-espèces Renard polaire de l'Île Béring, Vulpes lagopus beringensis (Merriam, 1902). Renard polaire d'Islande, Vulpes lagopus fuliginosus (Bechstein, 1799). Renard polaire « commun » Vulpes lagopus lagopus (Linnaeus, 1758). Renard polaire des Îles Pribilof, Vulpes lagopus pribilofensis (Merriam, 1902).
Description et adaptations Dimensions La longueur tête-corps moyenne du mâle est d’environ 55 cm (variant entre 46 et 68 cm), tandis que la femelle mesure en moyenne 52 cm (41 à 55 cm)Alopex lagopus sur le site du Smithsonian .. Dans certaines régions, aucune différence de taille n’est observée entre les mâles et les femelles. La queue mesure environ 30 cm chez les deux sexes. La hauteur au garrot est comprise entre 25 et 30 cmBoitani, L. (1984). Simon & Schuster's Guide to Mammals. Simon & Schuster/Touchstone Books, .. En moyenne, les mâles pèsent 3,5 kg (de 3,2 à 9,4 kg), tandis que les femelles pèsent en moyenne 2,9 kg (de 1,4 à 3,2 kg).
Pelage Le renard polaire est le seul canidé à présenter un dimorphisme saisonnier notable..
Le renard polaire vit dans certains des environnements les plus froids de la planète, mais il ne commence à ressentir les effets néfastes du froid que lorsque la température descend à −70 °C. Parmi ses adaptations à la survie dans ces milieux hostiles, figure son pelage dense et multicouche, qui fournit une excellente isolationClaudio Sillero-Zubiri, Michael Hoffmann et David W. Macdonald (éd.) (2004). Canids: Foxes, Wolves, Jackals and Dogs .. Il existe deux morphes de couleur de pelage génétiquement distincts : le blanc et le bleu. Le morphe blanc présente un camouflage saisonnier, blanc en hiver et brun sur le dos avec du gris clair sur l’abdomen en été. Le morphe bleu est souvent bleu foncé, brun ou gris tout au long de l’année. Bien que l’allèle bleu soit dominant sur l’allèle blanc, 99 % de la population de renards arctiques appartient au morphe blanc. Deux mutations similaires du gène MC1R sont à l’origine de la couleur bleue et de l’absence de changement de couleur saisonnier. Le pelage du renard polaire fournit la meilleure isolation de tous les mammifères.
Le renard polaire présente un faible rapport surface-volume, comme le montre sa morphologie compacte : il présente de oreilles arrondies et un petit museau et ses pattes sont courtes et épaisses. Comme une plus faible proportion de sa surface corporelle est exposée au froid, moins de chaleur s’échappe de son corpsArctic Fox Alopex lagopus ..
Sens Le renard polaire possède une plage auditive fonctionnelle comprise entre 125 Hz et 16 kHz, avec une sensibilité ≤ 60 dB dans l’air et un pic moyen de sensibilité à 24 dB vers 4 kHz. En règle générale, l’audition du renard arctique est moins fine que celle du chien domestique et bien du renard véloce. Le renard arctique et le renard véloce présentent une limite supérieure de fréquence plus basse que le chien domestique et d’autres carnivores. Le renard arctique peut entendre aisément les lemmings creuser sous 10 à 13 cm de neige. Une fois sa proie localisée, il bondit et perce la neige pour la capturer.
Le renard polaire possède également un odorat très développé. Il peut sentir les carcasses souvent laissées par les ours polaires à une distance comprise entre 10 et 40 km. Il est possible qu’il utilise également son odorat pour suivre les ours polaires. De plus, il est capable de sentir et de localiser des lemmings congelés sous 46 à 77 cm de neige, et peut détecter une tanière de phoque sous 1,5 m de neige.
Physiologie vignette|gauche|Un renard polaire allongé dans l’herbe. Son épais pelage d’hiver permet de maintenir sa température corporelle proche de 38 °C. Les renards possèdent également du poil sous les coussinets et une circulation sanguine réduite dans les pattes, ce qui aide à conserver la chaleur. Le renard polaire possède des gènes avantageux lui permettant de résister au froid extrême et aux périodes de famine. Le séquençage du transcriptome a identifié deux gènes soumis à sélection positive : GLTPD1 (Glycolipid transfer protein domain containing 1), impliqué dans le métabolisme des acides gras, et AKT2 (V-akt murine thymoma viral oncogene homolog 2), impliqué dans le métabolisme du glucose et la signalisation de l’insuline.
Le métabolisme de base (BMR) massique moyen et le BMR total sont inférieurs de 37 % et 27 % en hiver par rapport à l’été. Le renard polaire réduit son BMR en hiver par dépression métabolique afin de conserver ses réserves de graisse et de limiter ses besoins énergétiques. Selon les données les plus récentes, sa température critique inférieure est de −7 °C en hiver et de 5 °C en été. On croyait auparavant qu’elle se situait sous −40 °C, mais certains chercheurs estiment que cette valeur n’est pas correcte car elle n’a jamais été mesurée avec un matériel adéquat.
Environ 22 % de la surface corporelle totale du renard polaire dissipe facilement la chaleur, contre 33 % chez le renard roux. Les zones de perte de chaleur les plus importantes sont le museau, les oreilles, les pattes et les pieds, ce qui est utile en été pour la régulation thermique. Le renard polaire dispose également d’un mécanisme de refroidissement par évaporation au niveau du nez, comme le chien domestique, qui permet de maintenir le cerveau au frais en été et lors d’efforts. La conductivité thermique du pelage du renard arctique est identique en été et en hiver ; cependant, la conductance thermique en hiver est plus faible car l’épaisseur du pelage augmente de 140 %. En été, la conductance thermique du corps du renard est 114 % plus élevée qu’en hiver, mais sa température corporelle centrale reste constante toute l’année.
Le renard polaire régule aussi sa température corporelle grâce à un échange de chaleur à contre-courant dans les vaisseaux sanguins de ses pattes. Il maintient constamment la température de ses pieds au-dessus du point de congélation des tissus (−1 °C) lorsqu’il se tient sur un substrat froid, sans perdre en mobilité ni ressentir de douleur. Il y parvient en augmentant la vasodilatation et le flux sanguin vers un réseau capillaire situé en surface des coussinets, directement en contact avec la neige, plutôt que dans toute la patte. Il réduit sélectivement la circulation sanguine au centre du coussinet, ce qui permet d’économiser de l’énergie et de limiter la perte de chaleur. Le renard polaire maintient la température de ses pattes indépendamment de sa température corporelle centrale. Si cette dernière chute, la température des coussinets reste néanmoins constamment au-dessus du seuil de congélation des tissus.
Répartition et habitat Le renard polaire a une répartition restreinte au cercle polaire arctique et se rencontre dans les habitats de toundra septentrionales d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Son aire de répartition comprend le Groenland, l'Islande, la Fennoscandie, Svalbard, Jan Mayen (où il a été chassé jusqu'à l'extinction)The isolated beauty of Jan Mayen. Hurtigruten US et d'autres îles de la mer de Barents, le Nord de la Russie, les îles de la mer de Béring, Alaska et le Canada jusqu'à baie d'Hudson. À la fin du XIXe siècle, il a été introduit dans les îles Aléoutiennes au Sud-Ouest de l'Alaska. Cependant, la population des Aléoutiennes est en voie d’éradication dans le cadre d'efforts de conservation pour préserver les populations d'oiseaux locales. Il habite principalement la toundra et la banquise, mais se rencontre également dans les forêts boréales canadiennes (Nord-Est de l’Alberta, au Nord du Saskatchewan, du Manitoba, en Ontario du Nord, Nord-du-Québec et Terre-Neuve-et-Labrador)Arctic fox. Nature Conservancy Canada ainsi que sur la péninsule de Kenai en Alaska. Il est observé jusqu'à 3 000 m d'altitude et sur la banquise près du pôle Nord.
Le renard polaire est le seul mammifère terrestre originaire d'Islande. Il est arrivé sur cette île isolée de l'océan Atlantique Nord à la fin de la dernière période glaciaire, en traversant la mer gelée. Le Arctic Fox Center à Súðavík présente une exposition sur le renard polaire et conduit des études sur l'influence du tourisme sur la population. Son aire de répartition lors de la dernière ère glaciaire était beaucoup plus étendue qu’aujourd’hui, et des fossiles de renard polaire ont été retrouvés dans une grande partie de l'Europe du Nord et de la Sibérie.
Le renard à la morphologie blanche vit principalement à l'intérieur des terres et se confond avec la toundra enneigée, tandis que la morphologie bleue occupe les côtes, se fondant dans les falaises et les rochers.
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