Pierre Bergé, né le à Saint-Pierre-d'Oléron (Charente-Maritime) et mort le à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), est un homme d'affaires et mécène français. Il a notamment été actif dans le secteur de la haute couture en tant que président de la Chambre syndicale.

Compagnon du couturier Yves Saint Laurent, il l'aide à fonder la maison de couture du même nom. Il est élu, en 1974, à la présidence de la Chambre syndicale des couturiers et créateurs de mode. De 1977 à 1981, il dirige le théâtre de l'Athénée puis, de 1988 à 1993, préside l'opéra Bastille et est nommé « ambassadeur de bonne volonté de l'Unesco » en 1993.

Soutien médiatique et financier du Parti socialiste, il a également milité en faveur des droits des homosexuels. Engagé dans la lutte contre le sida, il a cofondé l'association Sidaction dont il a été président jusqu'à son décès. Il a été propriétaire du magazine Têtu jusqu'en . En 2010, il prend le contrôle du quotidien Le Monde conjointement avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse au travers d'une recapitalisation du Groupe Le Monde.

Biographie Jeunesse Pierre Vital Georges Bergé naît à Arceau, hameau situé dans la commune de Saint-Pierre-d'Oléron., sur l'île d'Oléron, de parents devenus anarchistes après un passage militant par la SFIO de Léon Blum.. Sa mère Christiane SicardWho's who in France : dictionnaire biographique, 1992-1993, Levallois-Perret, Éd. Jacques Lafitte, 1992. est soprano amateur et institutrice, adepte de la pédagogie Montessori. Elle meurt en 2015, à près de . Son père est receveur des contributions.

Très vite, la famille s'installe à La Rochelle (au 107, rue Gambetta puis au 17, chemin des Rochepierres), où il fréquente le lycée Fromentin. Adolescent, il est un habitué du Muséum d'histoire naturelle et devient même, à , secrétaire général de la Société des sciences naturelles. Les dimanches, il aime flâner au marché populaire de La Pallice jouxtant la maison familiale. Marrakech lui rappellera plus tard les odeurs d'épices de son enfance. Il arrête ses études juste avant le baccalauréat.

À , il part pour Paris avec l'intention d'être journaliste ou écrivain. Le , jour de son arrivée dans la capitale, alors qu'il se promène sur l'avenue des Champs-Élysées, le poète Jacques Prévert chute accidentellement de la fenêtre d'un immeuble pour s'écraser sur le trottoir devant luiSource : entretien de Pierre Bergé avec Emmanuelle Duverger et Robert Ménard, publié sous le titre « Pierre Bergé : l’esthète du journalisme », dans le 14 de la revue Médias, et reproduit le 20 septembre 2007 sur le site www.infos-des-medias.net.. Il s’intéresse très jeune à la littérature et devient marchand de livres en éditions originales. Il fréquente Mac Orlan, Cocteau — il deviendra par la suite titulaire du droit moral de l'œuvre de ce dernier — Aragon, Albert Camus, Sartre, Breton.

En 1950, il rencontre Bernard Buffet, il devient son compagnon et va gèrer la carrière du peintre pendant huit ans. Il rencontre également Jean Giono, qui va occuper dans sa vie une place importante. Reçu par Giono, à Manosque, il ébauche quelques bribes d'une biographie de ce dernier, pas très concluante..

À , tenté par l'objection de conscience et pétri de lectures libertaires, il fonde le journal Patrie mondiale avec Garry Davis, porte-parole des « Citoyens du Monde ». Deux numéros seulement vont paraître.

Maison de couture Yves Saint Laurent

En , il rencontre pour la première fois Yves Saint Laurent au défilé haute couture de la maison Dior. Ami du couturier éponyme, Pierre Bergé reste peu attiré par la mode, n'a jamais assisté à un défilé auparavant, mais se rend à cette présentation à la demande de Bernard Buffet.. Il faudra attendre 1959 pour que Bergé et Saint Laurent deviennent amants. Yves Saint Laurent, sursitaire, reste peu de temps chez Dior. Appelé sous les drapeaux, il demande à être réformé et est hospitaliséYves St Laurent, Pierre Berger : l'amour fou, documentaire de Pierre Thoretton (2010). au Val-de-Grâce. Licencié par Jacques Rouët, directeur général de Dior et soutien de l'Algérie française, Yves Saint Laurent est remplacé par Marc Bohan ; Pierre Bergé convainc Saint Laurent d'attaquer la maison Dior à ce sujet.. Leur relation s'affirmera après la sortie d'Yves Saint Laurent de l'hôpital. Bergé entreprend, en 1960, de gérer la carrière du jeune homme de six ans son cadet et dont la première collection, Trapèze, a eu un fort retentissement dans l'univers de la mode deux ans auparavant.

Yves Saint Laurent et Pierre Bergé décident alors d'ouvrir leur propre maison de couture, le caractère dur du second canalisant le tempérament timide et hédoniste du premier. Pour essayer de financer le projet, Yves Saint Laurent profite de ses indemnités de départ de chez Dior tandis que Pierre Bergé vend son appartement ainsi que des toiles de Bernard Buffet. Ils déménagent en 1961 place Vauban. Par la suite, Bergé loue temporairement un appartement rue La Boétie dans le 8e arrondissement de Paris, destiné à devenir lieu de travail pour le couturier. La création de l'entreprise, composée pour partie d'ouvrières venant de chez Dior, a lieu le jour de l'anniversaire de Pierre Bergé. Celui-ci gère, laissant à Saint Laurent toute liberté artistique. Mais la rentabilité est incompatible avec les coûts d'une maison de haute couture ; il convainc d'Atlanta de prendre des parts dans l'entreprise. Celle-ci doit rapidement s'agrandir et se déplace au 11 rue Jean-Goujon, puis au 30 bis rue Spontini ; c'est là qu'est présentée la première collection sous le nom du couturier, dont Pierre Bergé dira : . Mais J. Mack Robinson est un homme d'affaires pressé par le besoin de rentabilité : il se retire, malgré le succès de cette collection, car la maison de couture reste déficitaire. Pierre Bergé doit chercher un nouvel actionnaire.

Au fil du temps, leur vie amoureuse est souvent troublée par des liaisons extérieures et par l'usage de drogues par Yves Saint Laurent ; Pierre Bergé va même menacer Jacques de Bascher, l'accusant d'entraîner son compagnon vers les paradis artificiels. Le couple vit dans leur appartement de la rue de Babylone jusqu'en 1976, date à laquelle Pierre Bergé déménage, épuisé par la toxicomanie de son amant. Il occupe d'abord une suite au Plaza Athénée, puis au Lutetia et enfin un hôtel particulier rue Bonaparte à partir des années 1990Catherine Schwaab, « Pierre Bergé : après Yves Saint Laurent », Paris Match, semaine du 1 au 8 janvier 2014, p. 95-98..

En 1966, voulant diversifier leurs activités et dans la tendance de ces années, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé fondent avec Didier Grumbach Saint Laurent rive gauche, prêt-à-porter de luxe selon la formule suivante : modèles dessinés par le créateur, réalisés par un industriel extérieur et diffusés dans un réseau de boutiques franchisées.

Dans les coulisses des collections, les mannequins tremblent, dirigées d'une main de fer par ce patron « de gauche » qui se flatte d'avoir évité syndicats, comité d'entreprise et grèves, mais qui distribue une fois par an, sous forme de prime, une véritable manne. La maison Yves Saint Laurent défile même parfois à la Fête de l'Humanité. À l'extérieur, Bergé a la rancune tenace envers les journalistes et la procédure judiciaire tâtillonne, notamment pour contrefaçon (affaire Jacques Esterel en 1979).

Il est élu, en 1974, président de la Chambre syndicale des couturiers et créateurs de mode ; durant sa présidence, il fait entrer de nouveaux couturiers au sein de la chambre tels que Mugler ou Alaïa et développe le principe des défilés annuels dans la Cour carrée du Louvre. Il crée, en 1986, l’Institut français de la mode, centre de formation et d’expertise des professionnels de la mode et du textile, devenu une Grande école en 2006, dont il va assurer la présidence. Il en est ensuite écarté en raison de sa gestion autoritaire.

Le couple vend la maison Saint-Laurent en 1993 à Elf-Sanofi avec un profit très important..

En 1994, Pierre Bergé est condamné à trois millions de francs d'amende pour délit d'initié par la Commission des opérations de bourse (COB), somme réduite à un million de francs en appel. En effet, il avait vendu en 1992 des actions Yves Saint Laurent juste avant la publication de résultats économiques alarmants... Cette décision fait ensuite jurisprudence en donnant à la COB la compétence pour sanctionner des délits d'initié, y compris si les transactions ont lieu à l'étranger pour des actions cotées en FranceDélit d'initié : la COB se félicite de la jurisprudence Saint Laurent, Les Échos 16622, 12 avril 1994, p 31 (site web archive.is).. Au pénal, il obtient un non-lieu en 1995...

L'activité haute couture de la maison Yves Saint Laurent ferme ses portes en 2002 à la suite du départ du couturier. Pierre Bergé rachète l'activité pour un euro afin d'en assurer au mieux le plan social .

Bergé signe un pacte civil de solidarité (PACS) avec Yves Saint Laurent, au domicile de ce dernier, peu de temps avant la mort du couturier.

Jusqu'à sa mort, Pierre Bergé est le président de la fondation Pierre-Bergé - Yves-Saint-Laurent, reconnue d’utilité publique en 2002, dont les missions sont la conservation de l’œuvre d’Yves Saint Laurent, l’organisation d’expositions et le soutien d’activités culturelles et éducatives. La fondation est inaugurée en 2004, avec l'exposition Yves Saint Laurent : dialogue avec l'art.

Des années 1980 à sa mort vignette|Pierre Bergé en 1998. Passionné de théâtre et d’opéra, Pierre Bergé rachète, en 1977, le théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet qu’il dirige, à perte, jusqu’en 1982 avant de le céder à l’État ; Jack Lang est alors ministre. Il crée, sous les combles, une petite salle conçue par Jacques Grange, baptisée du nom de Christian Bérard, consacrée au théâtre d’essai. Sous sa direction, le théâtre alterne les pièces classiques et la découverte de nouveaux talents. Il programme avec Danièle Cattand les « Lundis musicaux de l’Athénée » où se succèdent les plus grandes voix du monde jusqu’en 1989. Pierre Bergé produit des spectacles de Peter Shaffer, Antoine Vitez, Claude Régy, Marguerite Duras, Peter Brook, Robert Wilson et des concerts de John Cage et Philip Glass. En 1988, il est nommé, par le ministre de la Culture Jack Lang, président de l’Opéra de Paris, où il se fâche avec le chef Daniel Barenboim et ses confrères, qui dénoncent sa gestion . Il conserve ce poste jusqu’en 1994 avant d’en devenir président d’honneur.

En 2000, il devient PDG de la brasserie de luxe parisienne Prunier, spécialisée dans le caviar français.. En 2001, il crée à Paris, rue Drouot, une société de vente volontaire, la maison Pierre-Bergé et associés, qui dispose également d'une antenne à Bruxelles, place du Grand Sablon.

À partir de 2004, il est président du comité Pierre-Mac-Orlan et est, à ce titre, titulaire exclusif du droit moral de Pierre Mac Orlan (c'est notamment lui qui délivre les autorisations d'exploitation de l'œuvre de l'écrivain)..

Après l’ouverture de la maison Cocteau à Milly-la-Forêt, en , par le comité Cocteau dont il est président, il engage, en 2011, la restauration de la maison Zola à Médan et la création du musée Alfred-Dreyfus par l’association Maison-Zola - Musée-Dreyfus, dont il est également le président. En 2011, Pierre Bergé possède une fortune estimée à d'euros..