Un conte de Noël, sous-titré Roubaix !, est un film de Noël français d'Arnaud Desplechin sorti en 2008.

Tourné à Roubaix, il a été présenté en compétition officielle lors du Festival de Cannes 2008. Synopsis Abel et Junon Vuillard forment un vieux couple très uni et encore amoureux malgré les épreuves de la vie. À la suite d'un malaise de Junon, les médecins lui diagnostiquent un syndrome myélodysplasique présentant un très mauvais pronostic, qui nécessite au plus vite une greffe de moelle osseuse. Leur premier enfant, Joseph, est mort très jeune à la fin des années 1960 d'un lymphome de Burkitt sans qu'aucun traitement n'ait pu alors être entrepris, et ce, malgré la tentative d'avoir un troisième enfant, Henri, mis dans la situation de bébé-médicament avant l'heure, permettant de trouver un donneur compatible puisque leur fille Élizabeth ne l'était pas. Après le décès de Joseph à six ans, le couple s'est toutefois retrouvé, réussissant à restaurer un équilibre brisé par la perte de l'aîné, et à faire un dernier enfant, Ivan, le benjamin qui fut un peu fantasque durant l'adolescence. Seule Élizabeth est restée inconsolable de la perte de son frère aîné et inconsciemment haineuse vis-à-vis d'Henri qui n'a pu le sauver.

Devenu adulte, Henri, à la suite de diverses dettes contractées pour la gestion désastreuse de son théâtre, s'est retrouvé cinq ans auparavant jugé pour faillite et escroquerie devant un tribunal de commerce. Totalement insolvable, il risquait la prison, à laquelle il a échappé après un mois et demi de peine préventive, grâce à Élizabeth qui a payé ses dettes en échange d'un bannissement familial : Henri ne doit plus avoir aucun contact avec les autres membres. La famille dans son ensemble a accepté le chantage pour éviter la prison à Henri, qui est devenu un paria à la dérive.

Junon et Abel calculent les différentes possibilités pour trouver un donneur et les probabilités de survie en fonction de l'acceptation ou non de cette greffe. Ils se résolvent finalement à ce que chacun des Vuillard fasse un test de compatibilité de moelle pour tenter de sauver Junon, dont les chances de rémission demeurent cependant faibles et hasardeuses. Paul, le fils d’Élizabeth et de Claude, un brillant mathématicien lauréat de la médaille Fields, est le seul compatible, mais, tout comme son plus jeune oncle avant lui, présente à l'adolescence de graves troubles du comportement nécessitant un suivi psychiatrique. Henri, le banni, finit lui aussi par faire ce test et se révèle compatible. Une réunion de famille à Roubaix pour Noël regroupe tous les Vuillard, y compris Henri à la requête de Paul, ce que ne peut refuser Élizabeth en cette circonstance très particulière. Ivan est là, avec les deux jeunes enfants qu'il a eus de Sylvia, ainsi que Simon, le cousin orphelin depuis l'enfance devenu de fait le quatrième Vuillard. La veille de Noël, Henri débarque finalement avec son amie Faunia, apportant avec lui tout le poids des tensions familiales, non-dits, et jalousies larvées.

Fiche technique Titre original : Un conte de Noël — Roubaix ! Réalisation : Arnaud Desplechin Scénario : Arnaud Desplechin et Emmanuel Bourdieu inspiré de l'essai La Greffe de Jacques Ascher et Jean-Pierre Jouet aux PUF Décors : Dan Bevan et Caroline Dessimond Costumes : Nathalie Raoul Photographie : Éric Gautier Montage : Laurence Briaud Musique originale : Grégoire Hetzel Son : Jean-Pierre Laforce, Nicolas Cantin et Sylvain Malbrant Production : Pascal Caucheteux Sociétés de production : Why Not Productions en collaboration avec France 2 Cinéma, Wild Bunch, BAC Films Société de distribution : BAC Films Pays de production : Langue : français Format : 35 mm - 2,35:1 (CinemaScope) Genre : drame Durée : 144 minutes Dates de sortie : France : (Festival de Cannes) ; (sortie nationale) ; (DVD) Belgique : Canada :

Distribution

Musique du film et bande originale

Tout comme pour Rois et Reine, Arnaud Desplechin demande à Grégoire Hetzel de composer la musique originale de son film. La bande musicale relève principalement du répertoire de la musique classique — essentiellement Le Songe d'une nuit d'été qui illustre plusieurs scènes et auquel répond la dernière réplique shakespearienne d'Élizabeth citant l'épilogue de Puck — contrastant entre musiques aux tonalités légères et carillonnantes et des compositions plus sombres et inquiétantes basées sur les sections cordes ou vent, mais utilise également des titres de Rn'B des années 1970, et un thème basé sur une musique folklorique irlandaise.

Citations littéraires et philosophiques

thumb|Tombe de Ralph Waldo Emerson au Cimetière de Sleepy Hollow à Concord (Massachusetts).

Arnaud Desplechin s'inspire pour son film de La Greffe : entre biologie et psychanalyse de Jacques Ascher et Jean-Pierre Jouet (qui tient le rôle du président du comité des experts dans la scène où la faisabilité du don par Paul est analysée) et des travaux consacrés par Stanley Cavell à Ralph Waldo Emerson dont Abel offre au soir de Noël à Junon le Journal et auquel se réfère la scène introductive jouée par Abel dans le cimetière de Roubaix.

La scène des probabilités est introduite par un plan fixe sur la couverture de l'ouvrage de Laurent Thirouin Le hasard et les règles, préludant aux explications de Claude qui se concluent par cette réplique adressée à Junon : , scène à laquelle répond celle de l'hôpital où Henri lance une pièce en l'air et refuse de révéler à Junon sur quelle face elle est retombée.

Le générique du film cite Les Errances de Sweeney du poète irlandais Seamus Heaney, adaptation du récit Buile Shuibhne contant l'histoire d'un roi païen, indiscipliné et colérique, banni par un saint, trouvant finalement le salut. L'histoire fait écho à celle d'Henri le paria banni par la parfaite Élizabeth mais seul donneur susceptible de sauver possiblement Junon.

Également citée au générique, la Généalogie de la morale de Friedrich Nietzsche, intervient dans le film lorsqu'Abel tente d'apporter une réponse au désarroi d'Élizabeth. Après avoir répondu : sans préciser s'il s'agit de Joseph ou d'Henri à la question d'Élizabeth : , Abel sort de sa bibliothèque son exemplaire annoté de la Généalogie et lit à sa fille un long passage de l'avant-propos : .

Sortie Récompenses vignette|Arnaud Desplechin recevant l'Étoile d'or du meilleur réalisateur 2009. César du cinéma 2009 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Jean-Paul Roussillon Étoiles d'or du cinéma français 2009 : Meilleur réalisateur pour Arnaud Desplechin Prix des auditeurs du Masque et la Plume 2009 : Meilleur film français de l'année

Bien que le film n'ait pas reçu de récompense lors du Festival de Cannes 2008 — Un conte de Noël est le quatrième film du réalisateur dans la Sélection officielle pour la Palme d'or —, Catherine Deneuve obtient un prix spécial du Festival de CannesUn conte de Noël sur le site du Festival de Cannes. pour l'ensemble de sa carrière (conjointement avec Clint Eastwood) ; elle remercie alors spécifiquement Arnaud Desplechin et salue ses partenaires dans Un conte de Noël, en particulier Mathieu Amalric et Jean-Paul Roussillon. Ce prix a été perçu par une partie des critiques cinéma comme une sorte de compensation à l'absence du film dans le palmarès final« Sean Penn, le cinéma français te remercie », Télérama, 25 mai 2008.Émission Le Masque et la Plume du 25 mai 2008 sur France Inter.Louis Guichard et Laurent Rigoulet, « James Gray et Arnaud Desplechin, les deux perdants magnifiques », Télérama , 18 mai 2013..

Nominations Festival de Cannes 2008 : en compétition pour la Palme d'or Chicago Film Critics Association Awards 2008 : Meilleur film en langue étrangère César du cinéma 2009 : Meilleure actrice dans un second rôle pour Anne Consigny Meilleur espoir masculin pour Laurent Capelluto Meilleur film Meilleur réalisateur pour Arnaud Desplechin Meilleur scénario pour Arnaud Desplechin et Emmanuel Bourdieu Meilleure photographie pour Éric Gautier Meilleur montage pour Laurence Briaud Meilleur son pour Jean-Pierre Laforce, Nicolas Cantin, Sylvain Malbrant Prix du cinéma européen 2009 : prix d'excellence du meilleur montage pour Laurence Briaud

Réception critique et publique

Un conte de Noël a réalisé entrées en France au cours de son exploitation en salles et un total de spectateurs dans l'Union européenne, dont notamment entrées en Italie, en Espagne, et en SuisseUn conte de Noël sur la base de données Lumière., ce qui a constitué un très bon succès auprès du public pour un film d'auteur. Les résultats d'exploitation du film aux États-Unis, qui fut projeté initialement sur sept puis trente-six écrans au niveau national (avec un pic fin décembre de 47-48 écrans), durant la période allant de mi- à fin , sont d'un total de recettes de $ aux États-Unis mais aussi de $CAD au Canada Un conte de Noël sur le site IMDb., ce qui constitue le meilleur succès, à ce jour, du réalisateur sur le continent nord-américain.

Globalement le film obtient dans les agrégateurs de critiques cinématographiques anglophones, 87 % de jugements favorables, avec un score moyen de sur la base de 114 critiques collectées sur le site Un conte de Noël sur le site Rotten Tomatoes.. Sur le site , il obtient un score de , sur la base de 32 critiques collectées Un conte de Noël sur le site Metacritic..

Diffusion à la télévision

Le film est diffusé pour la première fois à la télévision, en clair, le sur Arte en première partie de soirée et réunit spectateurs soit 2,8 % de part d'audience selon Médiamétrie« Audiences : TF1 forte, la TNT faible » sur tvmag.com, 12 septembre 2013..

Adaptation théâtrale Le film a été adapté sur scène par la metteuse en scène Julie Deliquet au théâtre de l'Odéon en avec le collectif In Vitro puis jouée en tournée en France la même annéeÈve Beauvallet, « Julie Deniquet et Arnaud Desplechin : “Comme une passation d'artiste à artiste” », Libération, 17 janvier 2020.. Arnaud Desplechin déclare à propos de cette adaptation qu'elle est très « tchekhovienne, dans le sens où l’on ne sait jamais si c’est horriblement drôle ou horriblement triste, et ce sentiment vous arrive doucement. Il y a une quantité de drôlerie et de monstruosité ».

Autour du film Probabilités Dans la « scène du tableau noir », Abel Vuillard tente de modéliser par les probabilités mathématiques l'impact qu'aurait la décision de sa femme Junon de se soigner ou non sur son espérance de vie. Leur gendre, Claude Dédalus, mari d'Élizabeth et lauréat de la médaille Fields, complète le raisonnement d'Abel sur un modèle différent (« continu » versus « discret »). La scène a été conçue avec le soutien scientifique de Cédric Villani et Wendelin Werner. L'Institut de recherche sur l'enseignement des mathématiques à tiré de l'analyse de la scène un travail permettant de réinvestir les connaissances acquises en première et terminale scientifique.

Notes et références

Liens externes

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