est le dieu romain des commencements et des fins, des choix, du passage et des portesVoir janua (« porte »).. Il est bifrons (« à deux visages ») et représenté (voir illustration) avec une face tournée vers le passé, l'autre sur l'avenir. Il est une divinité italique et sans correspondant dans le panthéon grec. Il est fêté le . Son mois, Januarius (« janvier »), marque le commencement de la fin de l'année dans le calendrier romainOvide, Les Fastes, I..
Son temple est situé sur le forum de Rome. Il est rituellement ouvert en temps de guerre et fermé en temps de paix. L'une des collines de Rome, le Janicule, lui est consacrée. C'est un dieu de premier rang dans la hiérarchie religieuse romaine, le seul avec Jovis - Jupiter et Mars - Marspiter à être qualifié de « Dieu le père », Januspater.
Nom et épithètes
Nom Le théonyme de Janus est en latin classique. On trouve Ian, en latin archaïque, dans le Chant des Saliens.
Janus étant absent du panthéon grec, les auteurs grecs ont grécisé son théonyme latin en , attesté chez Denys d'Halicarnasse puis Plutarque.
Étymologie L'étymologie privilégiée est que provient de l'italique commun (« porte ») provenant lui-même de l'indoeuropéen commun (« passage »).
L'étymologie de son nom est formée sur la racine *iā provenant elle-même de la racine indo-européenne *ei- (« aller »), terme abstrait correspondant à la notion de « passer ». Cette étymologie correspond au sens que lui donnent les Anciens. Janus répond au concept de « passage » et il est généralement honoré comme un dieu introducteurRobert Schilling, Janus : le dieu introducteur, le dieu des passages, in Mélanges d'archéologie et d'histoire, t. 72, 1960, 91-93.. Il est lié au passage du temps (janitor, le portier).
C'est l'interprétation que lui donnent déjà Ovide et Cicéron :
, Cicéron, De la Nature des dieux, II, 27.
Le linguiste Julius Pokorny souligne aussi la probable assimilation du prénom slave Jan, Jana avec le judéo-chrétien Iohannes (« Jean ») J Pokorny Indogermanisches etymologisches Wörterbuch, I Berne-Munich 1959 p. 296 s. v. i̯ā. Il y a peut-être un ancien syncrétisme, la fête de la Saint-Jean d'hiver et d'été correspondant mutatis mutandis à celle de Janus en hiver et de sa parèdre Carna en juin. Pokorny rattache, avec un autre suffixe, ce Ianus latin à l’allemand Jahr, à l’anglais year (« année ») et au grec ὥρα, hôra (« heure »). Janus serait à ce titre, un dieu abstrait du temps, équivalent théologico-mythologique du Chronos grec.
Deux autres étymologies sont proposées par les anciens érudits pour expliquer le nom du dieu et sa natureG. Capdeville, « Les épithètes cultuelles de Janus », in Mélanges de l'école française de Rome (Antiquité), 85 2, 1973 p. 399..
L'une, proposée par Paul Diacre au — et que la critique moderne juge « purement fantaisiste » —, est motivée par le sens d'ouverture et propose, pour radical, hio, hiare, hians (« ouvrir, béer »), dont Ianus, Janus dériverait par la perte de l'aspiration initiale. L'historien rapproche Janus du dieu Chaos qui précède la création du monde« Chaos appellabat Hesiodus confusam quondam ab initio unitatem, hiantem patentemque in profundum. Ex eo et χάσκειν Graeci, et nos hiare dicimus. Unde Ianus detracta aspiratione nominatur id, quod fuerit omnium primum; cui primo supplicabant velut parenti, et a quo rerum omnium factum putabant initium. », de là est tiré Janus avec perte de l'aspiration. Paul Diacre ex Festus s. v. Chaos p. 45 L. Ovide, sans établir de lien étymologique, rapproche déjà Chaos de Janus : . G. Capdeville considère forcé et inutile ce rapprochement avec le Chaos grec, la fonction d’« ouvreur » du dieu Janus étant suffisante pour expliquer sa place au début des temps. vignette|Janus aux portes solsticiales, Robert van Audenaerd (d'après Carlo Maratta), (v. 1690). L'autre, proposée par Nigidius Figulus, se rapporte aussi à la notion de passage, d'ouverture, et fait de Janus un être duel, équivalent à la fois de la Diane et de l'Apollon romains : . Cette étymologie a le soutien d'Arthur Bernard Cook A. B. Cook, Zeus. A Study in Ancient Religion, Cambridge, 1925, II ., qui fait de Janus un dieu du ciel et du jour (dies en latin). Elle est celle de Jupiter, Jovis et c'est peut-être un « doublon » de ce dieu dans le panthéon romain. Néanmoins, la forme *Dianus postulée par Nigidius n'est attestée nulle part.
Épithètes Janus possède plusieurs épithètes cultuelles.
Le dieu est (« père ») dans Januspater. Cette épithète cultuelle — réservée comme il est dit plus haut aux seuls Jupiter et Mars — marque son rôle primordial dans le panthéon romain. Dans le très ancien Chant des Saliens, Janus est célébré comme le deus deorum (« dieu des dieux »). La primauté de Janus sur tous les autres dieux est incontestée. Elle se résume dans la formule de Varron, rapportée par saint Augustin : .
Janus est également (« celui qui ouvre ») et (« celui qui clôt »),
Janus est (« à deux fronts, à deux faces ») chez Ovide, et (« double, jumeau ») chez Macrobe, qui le qualifie aussi de (« romain »).
Janus est (« semeur »), ce qui marque le lien avec son rôle d'initiateur, de créateur. Dans le Chant des Saliens, ce très ancien dieu est le seul mentionné, avec Cérès, déesse de la croissance.
Janus est encore (« junonien »). Macrobe nous explique :
Le rôle de Junon, qui préside à l'enfantement et aux cycles menstruels, est semblable à celui de Janus, qui en retour, lui est aussi apparentéMarcel Renard "Aspects anciens de Janus et de Junon" in Revue belge de philologie et d'histoire, 31. 1, 1953, . Ils sont particulièrement associés lors du Tigillum Sororium, le .
Janus est dit encore catus « avisé »Septimius Severus, frg.23, Baehrens, « astucieux au possible » quantumvis vaferSénèque, Apocoloquintose, 9,2 .
Attributs Les deux attributs de Janus sont la clé () et la baguette ( ou ).
Représentations Janus est représenté avec deux visages opposés, l'un tourné vers le passé, l'autre, vers l'avenir. Une statue de Janus Pline, Histoires naturelles, XXXVI marque de ses mains le nombre de trois-cent-soixante-cinq, pour exprimer la mesure de l'annéePline, Histoires naturelles, XXXIV. Or le calendrier romain comporte 355 ou 377 jours, alors que le calendrier égyptien en compte précisément 365. Peut-être là est la raison pour laquelle Pline hésite à attribuer l'œuvre à Scopas ou à Praxitèle ?
Culte
Rites Janus est associé au commencement de l'année, au début du mois, les calendes et à l'aube, le lever du jour. Bien attesté par les formules rituelles, il jouit de la première place dans les invocations et les sacrifices« thure vino Jano Junoni praefamino », Caton, De Agricultura, 134.
Préséance Dans sa , Cicéron rapporte la règle du rite romain prescrivant d'invoquer Janus le premier et Vesta la dernière dans les offrandes et les prières adressées à plusieurs divinités. La présence de Vesta, en clôture d'une liste de théonymes ouverte par Janus, ne se trouve que dans le rituel des Arvales. Varron suit la règle dans sa liste des vingt dieux () qu'Augustin d'Hippone nous a transmise.
L' de Caton l'Ancien confirme la préséance de Janus dans l'invocation préliminaire () de cérémonies, tels : le suovétaurile à Mars ; la truie précidanée à Cérès.
Tite-Live la confirme également.
Prière du Nouvel An
Ovide nous rapporte ce qui est peut-être la prière rituelle au dieu, le jour du Nouvel An :
Cette dernière phrase étant à comprendre comme une métaphore poétique :
Ce jour-là, nommé Januales, un prêtre dépose sur son autel un gâteau de froment mêlé de sel. Le est le jour des étrennes sous forme de dattes et de figues sèches, de miel que les Romains s'offrent alors, accompagnés des vœux de bonne année entre les hommes et de prières adressées aux dieux, plus « efficaces » en ce jour qu'en tout autre :
Invocation aux calendes Janus est invoqué
Prière de l'aube Horace le prie en tant que pendant masculin de Mater Matuta : Georges Dumézil pense que cette habitude en fait une divinité solaireG. Dumézil, La religion romaine archaïque, Paris, 1974..
Autres dévotions
Le , lors des Agonalia, le rex sacrorum sacrifie un bélier sur l'autel du dieu, choix logique car le bélier qui marche en tête du troupeau est la victime naturelle du dieu qui occupe la première placeJean Haudry, Les feux de Rome, Revue des études latines 90, 2013, p.57-82.
Le , c'est-à-dire à la fin du mois dédié au dieu de la guerre,
Janus est invoqué lors de la déclaration de guerre à un peuple ennemi selon une vieille formule rapportée par Tite-Live, établie du temps de Numa Pompilius où le fétial déclare : Cette formule consacrée nous renseigne indirectement sur le fait que Mars n'est pas encore, à l'époque de la fondation de Rome, un dieu guerrier, sinon il aurait été invoqué lors de toute déclaration solennelle des hostilités.
Temples
Le plus ancien temple consacré au dieu Janus, à Rome, se trouve près du Forum romain :
Au cours des guerres, les portes du temple de Janus sont ouvertes, des sacrifices et des oracles ont lieu à l'intérieur pour prévoir l'issue des combats. Les portes restent fermées en temps de paix, un événement extrêmement rare dans la société romaine essentiellement guerrière. Macrobe relate un fait légendaire -et inexact : le Viminal et le Janicule sont éloignés l'un de l'autre et éloignés du Forum où se trouve le temple de Numa- pour expliquer cette coutume :
Au moment de la guerre avec les Sabins, la première guerre menée par la jeune nation romaine, Rome est une ville ouverte. Rome ne ferme ses portes qu'une fois la paix établie. dit Tite-Live, Ovide propose une autre explication, plus abstraite :
Marcel Renard associe Janus à un autre endroit de Rome, le Tigillum Sororium, la « Poutrelle de la Sœur ». C'est un monument dont l'érection remonte au combat des Horaces et des Curiaces. Le jeune Horace, vainqueur des Curiaces, revient à Rome et tue sa sœur qui, épouse de l'un des Curiaces, se lamente de la perte de son bien-aimé. Condamné pour ce crime, le jeune Horace finit par être acquitté mais,
L'anniversaire de cette cérémonie se déroule le , date qui, dans le calendrier romain, marque la fin de la « saison guerrière. » Il s'agit d'un rituel de purification, équivalent à celui qui consiste à faire passer l'ennemi vaincu sous un joug pour lui ôter sa nocivité ou à faire passer les armées victorieuses sous un arc de triomphe pour neutraliser les soldats, les débarrasser de leur force guerrière et les rendre à la vie civile.
TaciteTacite, Annales, II nous renseigne sur l'existence d'un temple à Janus, édifié sur le Forum Holitorium par Caius Duilius et restauré par Tibère.
Au-delà de la porte du Janicule, en dehors des murs de Rome, on avait élevé douze autels à Janus, un pour chaque mois de l'année.
L’Arc de Janus est le temple de Janus Quadrifrons, « à quatre frontons », ainsi nommé en raison de son architecture carrée.
En France, le temple d'architecture gauloise dit de Janus situé dans la banlieue d'Autun est un temple datant de l'époque gallo-romaine mais attribué à tort à ce dieu. Les archéologues ignorent encore à quel dieu gaulois il est dédié.
Mythologie Dans la religion romaine, les dieux sont des puissances abstraites.
Légendes Janus « nautique » et Saturne
Ovide, dans les Fastes, met en scène un dialogue entre lui-même et Janus. Il lui demande la raison de sa présence sur l'as romain. Le dieu lui répond :
Janus et Saturne sont deux dieux du temps qui passe. Les Saturnales fêtées lors du solstice d'hiver dédiées à Saturne, précèdent de peu le premier janvier, fête du dieu Janus.