thumb|upright=1.95|Triptyque de la Vierge en gloire entourée d'anges, dit Triptyque de Moulins, 1502, cathédrale Notre-Dame de Moulins.
Jean Hey, également connu comme Jean Hay et, d'après une hypothèse aujourd'hui la plus couramment admise, comme le Maître de Moulins, est un peintre, dessinateur de cartons et enlumineur français actif entre 1475 et 1505.
D'origine flamande, il travaille successivement à la cour de Charles de Bourbon puis de Pierre II de Bourbon. Hey est un des plus grands peintres de la fin du et du début du . Son style, qui puise son inspiration dans la peinture d'Hugo van der Goes et de Jean Fouquet, se modifie pour participer de l'évolution de la peinture religieuse et de portrait de son temps.
Sources d'information Cinq documents permettent d'avoir des informations sur Jean Hey : un texte des archives de la ville de Bruxelles, une pièce des archives départementales du Rhône sur une affaire immobilière de 1488, une délibération de 1488 du chapitre cathédral, un Ecce homo de 1494 au dos duquel une mention le lui attribue et un éloge de Jean Lemaire de Belges..
Historiographie thumb|right|Face arrière de lEcce Homo de Jean Hey, 1494, musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles. L'hypothèse part du fait qu'existe dans les archives concernant les comptes du duc Pierre II de Bourbon, un document citant Maistre Jehan le paintre. Diverses tentatives ont donc été menées pour identifier le Maître de Moulins avec des artistes connus tels : Jean Hey ou Jean Perréal ou Jean Prévost, mais aucune n'a remporté l'assentiment général jusqu'à une date récente.
Dès 1968, Charles Sterling a proposé le nom de Jean Hey.. André Chastel dans sa synthèse L'Art français prend parti pour Jean Hey dans l'attribution des œuvres du Maître de Moulins.
Albert Châtelet a proposé en 2001 d'identifier le Maître de Moulins avec le peintre lyonnais Jean Prévost actif de 1471 à 1497.. Pierre-Gilles Girault et Étienne Hamon précisent leur position sur les documents trouvés et donnent leur accord sur l'identification de Jean Hey avec Jehan le peintre travaillant pour le duc de Bourbon en 1503 défendue par Nicole Reynaud« Nouveaux documents sur Jean Hey et ses clients Charles de Bourbon et Jean Ceuillette », Bulletin monumental, 161-2, 2003, (lire en ligne).. Des échanges ont ensuite lieu qui ne modifient pas les positions des uns et des autresBulletin monumental, 161-4 (Lire en ligne)..
Dans son ouvrage de 2006 sur la peinture française du , Bottineau-Fuchs, tout en soulignant qu'Albert Châtelet défend toujours l'option Jean Prévost, adopte l'hypothèse de l'identité entre le Maître de Moulins et Jean Hey.
Les organisateurs de l'exposition de 2011 France 1500 identifient le Maître de Moulins à Jean Hey. Cette identification est faite à partir de l'authentification, grâce à une inscription au dos, du tableau Ecce Homo, réalisé par Hey pour Jean Cueillette, notaire et trésorier du duc de Bourbon. Selon le catalogue de l'exposition, cette identification est aussi corroborée par des documents retrouvés à Lyon mentionnant Jean Hey comme peintre du cardinal Charles de Bourbon dans les années 1480. Le catalogue attribue à Jean Hey le Triptyque de la Vierge en gloire entourée d'anges ou Triptyque du Maître de Moulins (absent de l'exposition) et la Nativité avec le portrait du cardinal Jean Rolin, première œuvre du Maître de Moulins.
L'identification à Jean Hey est actuellement soutenue par l'ensemble des spécialistes de la question. Les travaux de Charles Sterling, de Nicole Reynaud, de Pierre-Gilles Girault. et d'Étienne Hamon. ont convaincu la communauté scientifique. En 2011, seul Albert Chatelet persiste à soutenir l'hypothèse de Jean Prévost.
Biographie
Son origine est inconnue, mais l'attribution au dos du Ecce Homo mentionne qu'il est , ce qui indique qu'il serait d'origine flamande bien que les Flamands ne soient pas des teutons. Il semble être formé à Gand au début des années 1470 par Hugo van der Goes. De ce peintre, il est proche par la technique .. Ce rapprochement peut se comprendre à l'aide d'un des premiers tableaux de Hey : la Nativité avec le cardinal Jean Rollin. Son paysage ressemble à celui du volet du triptyque d'Hippolyte Berthioz de Poligny réalisé par Hugo van der Goes après 1475..
Jean Hey s'impose comme un des grands peintres en France du , à une époque où les artistes proprement français exécutent peu de tableaux. La plupart rayonnent dans d'autres arts et, malgré Jean Fouquet qui produit surtout des portraits miniatures, Jean Hey reste une exception en France à son époque.. Sa personnalité est encore mal connue.. Il est actif essentiellement sous celui de Louis XI. Sa production se situe surtout dans le Bourbonnais (surtout à Moulins) et à Lyon. Cet artiste flamand fait partie d'une cohorte de peintres et sculpteurs d'origine nordique attirés par le rayonnement de la cour de France qui viennent chercher protection pour vivre de leur art. Mais Jean Hey est l'un des rares, avec Nicolas Halins dit Nicolas le Flamand, a connaître le succès..
Au service de Charles de Bourbon
Il est désigné comme un proche de l'archevêque Charles de Bourbon. On ne sait si ce dernier l'a recruté en Flandres ou à la cour de Jean Rolin. Il réalise pour ce dernier un triptyque le représentant et une Nativité probablement destinée à la chapelle Notre-Dame de la cathédrale d'Autun. Ce panneau est peint vers 1480. Il exécute toujours à cette époque le diptyque de dévotion dit du Saint Soldat et donateur, peut-être pour un proche de Charles de Bourbon.
En 1482, Charles de Bourbon le nomme procureur des pauvres du Christ à Lyon, fonction qui consiste à s'assurer du bon usage des legs pieux. Il délègue cette charge au plus vite à un notaire pour se consacrer à son art en tant que peintre officiel de son protecteur, cet office étant uniquement un moyen pour l'archevêque de rétribuer l'artiste.. La mention dans la pièce du chapitre cathédral de 1488 le désigne comme peintre de Charles de Bourbon, et indique qu'il est, le jour même de la mort de l'archevêque, démis de sa charge de procureur des pauvres par les chanoines.
Au service de Pierre II de Bourbon
Il entre ensuite au service de Pierre II de Bourbon et, résidant à Moulins, travaille aux vitraux de la cathédrale Notre-Dame. On lui doit le vitrail des Popillon. À la même époque, il exécute plusieurs œuvres pour des personnes de la cour des Bourbons.
En 1490, il peint le portrait de Marguerite d'Autriche. En 1492-1493, il réalise le triptyque mettant en scène Pierre II de Bourbon, son épouse Anne de France et sa fille Suzanne, entourés de saint Pierre et sainte Anne.
En 1494, Jean Hey peint pour le trésorier des Bourbons un homme de douleur : Ecce Homo. C'est en décembre de la même année qu'il réalise le portrait du jeune Charles-Orlant, fils de Charles VIII et d'Anne de Bretagne. À cette époque, il réalise un frontispice pour le manuscrit Les statuts de l'ordre de Saint-Michel que Pierre de Bourbon offre au roi de France. Il peint, toujours à cette même époque, un diptyque dont le volet gauche (le droit est perdu) représente Madeleine de Bourgogne, épouse de Bompar de Laage, chambellan du duc de Bourbon..
Jean Hey est également l'inventeur de trois statues de saint Pierre, sainte Anne et sainte Suzanne, réalisées par Jean de Chartres, au tournant de l'année 1500. Les patrons des statues n'ont pas été conservés, mais leur très grande ressemblance avec les figures du triptyque de la Vierge réalisé pour la cathédrale de Moulins en 1498-1499 permet de les lui attribuer.. Il semble également avoir produit les dessins destinés à la réalisation d'un bas-relief destiné à un tombeau représentant La Dormition de la Vierge..
Fin de carrière, influence et renommée .. Il est nommé dans un poème composé en 1504, la Plainte du désiré, de Lemaire de Belges ; où l'auteur le place sur un pied d'égalité avec Le Pérugin, Giovanni Bellini et Jehan PerréalJean Stecher, Œuvres de Jean Lemaire de Belges, Louvain, t. III, 1885, .. Cette mention semble prouver que Jean Hey n'est pas décédé à cette date, car de Belges l'apostrophe avec cette phrase : Lire le poème dans son intégralité en ligne : ..
En 1972, la Poste a émis un timbre de Robert Cami reproduisant un tableau du musée du Louvre, il représente Pierre II de Bourbon présenté par saint PierreD'une valeur de 2 francs ; ce timbre porte le n° 1732 dans les catalogues Yvert & Tellier..
Style Avec son œuvre Ecce Homo, Jean Hey produit une réalisation novatrice, notamment avec la présentation d'un Christ nu, sans le manteau rouge.. Elle s'inspire de tableaux italiens, mais tout en s'inscrivant dans la tradition française de son temps.
Œuvres
Peintures
Portrait de Charles de Bourbon, 1476-1480 ou vers 1482., huile sur bois, , Alte Pinakothek, Munich. Inv. WAF 648. Ce tableau est la partie droite d'un diptyque de dévotion, le volet gauche a disparu, il devait représenter la Vierge à l'Enfant. L'analyse du dessin sous-jacent permet de voir que Hey a idéalisé et rajeuni les traits de son commanditaire. Ceci, ajouté à l'exceptionnelle richesse du décor ecclésiastique, montre bien la volonté de flatter son protecteur de la part de l'artiste. Plusieurs historiens ont proposé de dater le tableau de 1476M. Huillet d'Istria, Le Maître de Moulins, Paris, 1961 et A. Châtelet, Jean Prévost, le Maître de Moulins, Paris, 2001.. Ce portrait figure parmi les plus remarquables de son époque en France, il a impressionné les artistes lyonnais, tels Jean Perréal. Nativité avec le portrait du cardinal Jean Rolin, vers 1480, huile sur bois, , musée Rolin, Autun. Ce tableau est très influencé par Hugo van der Goes, tout en manifestant un adoucissement. Vierge à l'Enfant adorée par les anges, vers 1490, huile sur bois, , musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles. Portrait de Marguerite d'Autriche, vers 1490, huile sur bois, , Metropolitan Museum, New York, Inv. 1975.1.130. Ce portrait légèrement idéalisé de Marguerite d'Autriche a été réalisé avant que Charles VIII ne la répudie pour épouser Anne de Bretagne, comme l'attestent les « C » et « M » qui émaillent sa robe. Le dessin préparatoire a dû être réalisé par Jean Hey lors de la visite de Marguerite à la cour des Bourbon à Noël 1490. la jeune fille est présentée comme une adulte en miniature, avec ses défauts atténués : .. Pierre II, sire de Beaujeu, duc de Bourbon, présenté par saint Pierre, vers 1492, huile sur bois, , musée du Louvre, Paris, volet gauche d'un triptyque avec le volet dAnne de FranceLes 3 tableaux, Pierre de Bourbon, Anne de France et Suzanne de Bourbon, font partie d’un même retable. D'après le catalogue de l'exposition France 1500 – Entre Moyen Âge et Renaissance (Paris, Grand Palais, 6 octobre 2010 - 10 janvier 2011), le portrait de Suzanne de Bourbon a été découpé dans le volet droit d'Anne de France (voir bibliographie).. Anne de France, dame de Beaujeu, duchesse de Bourbon présentée par saint Jean l'évangéliste, vers 1492, huile sur bois, , musée du Louvre, ParisGrande Galerie, journal du Louvre, sept./oct./nov. 2010, 13.. Suzanne de Bourbon, dit enfant en prière (1491-1521, fille d’Anne de France et de Pierre II), vers 1492, huile sur bois, , musée du Louvre, Paris, fragment découpé du volet droit d'''Anne de France.
Portrait présumé de Madeleine de Bourgogne, dame de Laage, présentée par sainte Madeleine de Bourgogne, 1490- 1495,huile sur bois, , musée du Louvre, Paris. Volet gauche de diptyque ou triptyque. Le modèle était la fille naturelle du duc de Bourgogne Philippe le Bon épouse de Bompar de Laage, chambellan du duc de Bourbon. Portrait du dauphin Charles-Orlant, fils du roi Charles VIII et d'Anne de Bretagne, 1494, huile sur bois, , musée du Louvre, Paris. Ecce Homo, 1494, huile sur bois, , musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles.