Cotonou est la capitale économique et la plus grande ville du Bénin avec en 2021. Elle abrite aussi de nombreux services gouvernementaux et diplomatiques.
Cotonou est connue dans toute l'Afrique de l'Ouest pour son marché international de (Dantokpa), le plus grand marché d'Afrique de l'Ouest, ses Zémidjans (motos-taxis) et un marché secondaire, Missebo, situé à quelques mètres du marché Dantokpa. Le nom Kútɔ̀nú signifie « embouchure du fleuve de la mort » en fon-gbe. Ses habitants sont appelés les Cotonois et les Cotonoises.
Géographie Localisation La ville de Cotonou est située à l'extrême sud du Bénin, sur le littoral du golfe du Bénin entre l'océan Atlantique et le lac Nakoué.
Hydrographie La ville est construite sur un cordon de sable, découlant du régime hydrologique et de l'érosion continentale, la position est très fortement sous l'influence de la mer et reste soumis à des variations de superficie.
Le phénomène d'érosion du littoral constaté depuis plusieurs décennies s'est aggravé à partir de 1961, à la suite des grands travaux entrepris au Bénin (barrage de Nangbéto, port en eau profonde de Cotonou), au Ghana (barrage d'Akosombo) et au Togo (Port en eau profonde de Lomé). Paul Houssou, pilote d'un projet subventionné par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), explique qu'en quarante ans, la côte à l'est de Cotonou a reculé de . Cette érosion a conduit des habitants à quitter leur maison construite le long de la côte. L'État a décidé d'interdire le pompage de sable marin et prévoit la construction de digues de protectionBénin: l'inexorable avancée de la mer qui mange la côte de Cotonou, AFP, 14 décembre 2007..
Il est encore possible d'emprunter avec une voiture appropriée « la route des Pêches », une piste qui longe la mer entre Cotonou et Ouidah. Une nouvelle route des pêches, bitumée, est en construction en 2021.
Géologie et relief
La ville est surplombée au nord-ouest et au nord-est par deux plateaux dont l'altitude dépasse les 70m et qui est légèrement incliné vers la mer.
Climat Cotonou est soumis à un climat tropical de savane (Köppen: Aw, Trewartha: Awha) , où deux saisons pluvieuses (avril-juillet et septembre-octobre, 800 à de pluie par an) alternent avec deux saisons sèches. De décembre à janvier, l'harmattan souffle.
La température oscille entre 18 et .
En période pluvieuse (plus de de précipitations le par exemple), de nombreux quartiers de la ville sont inondés en raison d'infrastructures d'assainissement sous-dimensionnées ou mal entretenues.
Voies de communication et transports Transport routier gauche|vignette|Cotonou compte près de Zemidjans (Taxi Moto). vignette|Embouteillage sur le pont de Tokpa. Cotonou est reliée par route aux différents pays de la région : Nigeria, Togo, Niger, Burkina Faso.
La ville dispose d'un réseau routier mixte composé de quelques routes bitumées de bonne qualité et d'une majorité de rues non bitumées plus ou moins praticables selon l'importance des pluies, compte tenu de leur aspect très bosselé.
La ville dispose de deux grands moyens de transport routier : les bus et les zémidjans (des taxi-motos), plébiscités par la majorité des cotonois. Les taxi-voitures occupent également une part non négligeable du transport de personnes dans la ville.
Transport ferroviaire Cotonou est relié à Parakou, dans le nord du Bénin, par la ligne de chemin de fer du Bénin-Niger, fermée au trafic voyageur.
thumb|center|Gare centrale de Cotonou.
Transport aérien La ville est reliée par le transport aérien avec l'aéroport international de Cotonou.
Urbanisme L'agglomération est séparée en deux par un chenal. Trois ponts assurent la liaison entre les deux rives. Les quartiers commerciaux et administratifs se situent à l'ouest le long de l'Atlantique. Cette portion plus ancienne de la ville se caractérise par un style colonial où se trouvent de nombreuses résidences luxueuses ainsi que des ensembles hôteliers à proximité de l'aéroport. L'urbanisation de cette partie de la ville suit un plan en grille. Vers l'est se trouvent une zone industrielle et un quartier résidentiel traditionnel, Akpakpa.
Une grande partie des zones urbaines de la banlieue sont constitués de villages. une partie des terrains sont occupés illégalement et une menace d'expulsion pèse en permanence. Ces zones sont entourées de palissades, d'un équipement urbain sommaire et précaire.
Toponymie Le nom de Cotonou (Kú tɔ̀ nú) pourrait signifier « lagune de la mort » en référence aux nombreux esclaves morts durant les travaux de l'embouchure de la lagune. Plusieurs toponymes au sein de la ville rappellent le caractère initialement inhospitalier de la bande côtière, comme Agla (« si tu es audacieux, alors viens ») ou Gbégamey (« dans la grande brousse »).
L'histoire des villes au Bénin est marquée par deux types de dénominations d'origine différente : l'administration formelle et vernaculaire / langue locale (Xwla, Fon, Goun, haoussa, Dendi, bariba). La ville de Cotonou en fait aussi partie. Certaines dénominations sont récentes comme (Carrefour Toyota) ou (Rond-point 16 ampoules). Mais d'autres renvoient à une histoire plus longue (Avenue du général Dodds ou Kindonou). La toponymie des noms vernaculaires a, pour la plupart, des significations.
Histoire
Territoire liminaire et inhospitalier (avant le ) Avant l'émergence de la ville de Cotonou, l'espace qu'elle occupe aujourd'hui est perçu comme une zone marginale. Ce territoire constitue une bande de sable peu hospitalière, caractérisée par une brousse épaisse, des marécages insalubres et une forte instabilité écologique. Il n'est alors traversé que sporadiquement par des chasseurs ou des populations en déplacement, et ne fait l'objet d'aucune installation durable ou organisation urbaine structurée.
Pour le royaume d'Allada ou le royaume du Dahomey, cette bande côtière est considérée comme un espace périphérique désigné sous le nom de Donukpa (littéralement « à côté du trou »), en référence à la dépression formée par la lagune et le lac. Le site possède une faible attractivité économique et stratégique initiale, en comparaison avec les routes commerciales qui s'établissent à Ouidah et Grand-Popo. Ce n'est qu'à partir du que cette portion du littoral commence à attirer l'attention des royaumes de l'intérieur et des commerçants européens, en raison de son potentiel d'accès direct à la mer, et donc au commerce atlantique.
Premiers établissements () vignette|upright=2|Détail carte du Dahomey de 1894 À partir du milieu du , la bande de sable située entre le lac Nokoué et la mer est faiblement peuplée, avec quelques hameaux constitués. Une communauté Xwla s'installe dans la partie occidentale du lac avec un site central à Jekin, chefferie d'une ancienne royauté originaire de Grand-Popo. Ces implantations s'étendent vers la côte, jusqu'à l'actuel site de Cotonou. Paul Hazoumé soutient que le coeur de la ville est fondé par un clan xwla. Plusieurs autres villages lacustres tofinu s'établissent également le long du pourtour de la lagune. Les Xwla-toffinu du nord de Cotonou sont perçus comme les autochtones de la ville moderne, chassés de leurs villages lacustres par les colons français en 1910.
Le royaume d'Allada est rapidement contraint à se préoccuper du contrôle de cette bande de terre car la zone attire rapidement des commerçants qui cherchent à échapper au contrôle du comptoir de Ouidah. La bande de sable permet de faciliter les échanges avec les Européens et des routes commerciales ne tardent pas à relier les différentes villes d'Allada dans le cadre de la traite des esclaves. La plage prend alors le nom de Petite Allada. Vers le milieu du , le royaume du Dahomey soumet la région et fonde une nouvelle ville au nord du lac, Godomey, qui intègre le site de Jekin comme quartier. Le site de Cotonou, alors Petite Allada, est renommé Godomey-plage. Cette implantation favorise la colonisation de la brousse et de la plage et l'implantation de nouveaux noyaux villageois tels que Agla, Zogbo, Vedoko, Fifadji ou Vossa.
Kutònu, village d'esclaves puis agricoles (1800 - 1850) Au début du , l'abolition progressive de la traite négrière par les puissances européennes, notamment le Royaume-Uni, pousse le royaume du Dahomey à chercher des itinéraires alternatifs pour maintenir ses échanges. Le roi Ghézo suit les conseils de Francisco Félix de Souza et déplace la route dans la zone actuelle de Cotonou, encore peu exploitée et située à l'écart des grands comptoirs contrôlés. Cependant, la bande côtière est déjà occupée par des esclaves affranchis et des populations tentant d'échapper à la traite.
Un comptoir est établi là où se trouve aujourd'hui la Cathédrale Notre-Dame-de-Miséricorde de Cotonou et le village d'esclaves de Kutònu est fondé vers 1830. La tradition orale veut que des piroguiers xwla s'étaient déjà installés sur la plage de Kutònu en 1832 afin d'assurer les transports maritimes et faciliter les échanges. Un agoligan (chef d'un ) est placé au sein du village afin d'assurer le contrôle des marchandises en transit.
L'activité économique de Kutònu se transforme peu à peu sous l'effet de la pression britannique. Le commerce des esclaves recule, remplacé par l'agriculture de rente. Le métis brésilien José Domingo Martin, ancien trafiquant reconverti, joue un rôle central dans cette transition. Il installe la première exploitation d'huile de palme et utilise la main-d'œuvre issue des captifs de guerre ou d'anciens esclaves. Cette nouvelle activité commerciale motive Victor Régis à y installer un comptoir. Cependant, l'activité reste maigre et les besoins en personnel administratif et en main-d'œuvre constituent le premier apport démographique.
Implantation française (1850-1892)
Transformation de la ville La présence de bateaux européens et les intérêts commerciaux français transforment progressivement Kutònu à partir des années 1850. En 1851, la France obtient des privilèges commerciaux de la part du Dahomey et, en 1863, l'autorité sur la plage qui devient effective en 1878 avec la proclamation du . La stratégie coloniale française est en application dès les années 1840 avec les premières installations sur la plage de Kutònu, dans l'actuel quartier de Placodji.
Le village est alors encore dans un contexte hydrographique marécageux, séparé par un cordon de dune de sable et propice à des inondations lors des saisons pluvieuses. Le village s'est alors construit sur la rive droite du canal Kouta. Celui-ci se bouche régulièrement et ne garantit pas une bonne circulation des marchandises. Entre 1861 et 1873, les administrateurs dahoméen soumettent au travail forcé les populations lacustres afin de consolider ces dunes et le chenal maritime. Mais c'est en 1885 que les Français étendent leur contrôle commercial et territorial en créant et consolidant un chenal permanent. La tranchée de 1,5m de large est creusée dans l'espace marécageux et permet de réduire les risques d'inondations tout en renforçant les voies de communications vers les routes intérieures.
Conflit et cession du territoire thumb|Fort de Cotonou, en 1900.La pénétration commerciale et territoriale des Français autour du village de Kutònu provoque une augmentation progressive des tensions avec le royaume de Dahomey entre 1850 et 1890. Le village devient un enjeu géopolitique. En 1864, Eugène Daumas négocie la cession du territoire. Le , un traité est signé entre les Français et le Yovogan, représentant du roi Glélé. Ce traité est renouvelé le avec des limites identiques. Cependant, lorsque Béhanzin succède à Glélé, il conteste l'interprétation du traité que les Français perçoivent comme une cession du territoire Mathurin C. Houngnikpo, Samuel Decalo, Historical Dictionary of Benin, Rowman & Littlefield, États-Unis, 2013, .