« » est le surnom informel donné au squelette fossile d'un grand pliosaure catalogué , dont de premiers restes furent découverts en 1985 près de la ville d'Aramberri, au Mexique. Dans la littérature scientifique, quelques auteurs le désignent également sous les surnoms de ou de . Initialement interprété comme un dinosaure en 1988, il est formellement réidentifié comme étant un reptile marin de la famille des Pliosauridae dans une courte publication de 2001. Au départ, seules deux concrétions contenant les fossiles de l'animal sont mises au jour, l'une d'elles (contenant les fossiles d'un rostre et des dents) étant notée comme perdue depuis 2003. Au cours des , une nouvelle campagne de fouilles permet de découvrir plusieurs éléments supplémentaires du squelette. Par la suite, la plupart de ces fossiles sont envoyés au musée national d'histoire naturelle de Karlsruhe, en Allemagne, pour préparation, avant d'être rapatriés en 2012 à l'université autonome du Nuevo León, où la majeure partie est conservée. Une autre partie importante du matériel fossile est déposée au musée du Désert à Saltillo.
Le « monstre d'Aramberri » figure parmi les plus grands pliosaures à avoir été découverts, bien que les estimations de sa taille aient fortement diminué au fil des années. Les premières évaluations lui attribuaient une longueur d'environ , dans l'interprétation ensuite abandonnée qu'il s'agirait d'un individu juvénile, bien que certaines estimations ultérieures avancent même une longueur maximale de . Son attribution informelle à Liopleurodon par la BBC est à l'origine de son association avec sa reconstitution largement surdimensionnée, qui lui donne une longueur de , dans la série documentaire Sur la terre des dinosaures en 1999. Les estimations les plus récentes et jugées plus fiables situent désormais la longueur totale du spécimen entre . L'animal aurait possédé une mandibule d’environ , tandis que ses grandes dents, depuis perdues, auraient eu deux bords tranchants.
L'animal est classé au sein des Thalassophonea, un clade dérivé de pliosauridés caractérisé par un cou court et un grand crâne allongé. Les gastralia (côtes abdominales) du pliosaure d'Aramberri présentent des caractères susceptibles d'être diagnostiques pour un genre distinct, qui pourrait être décrit formellement à l'avenir. Dans la région du tronc, le spécimen conserve également des fossiles attribués à un probable ichthyosaure, ce qui suggère qu'il s'agissait d'une proie consommée peu avant la mort de l'animal. Deux fragments crâniens portent en outre des traces de morsures qui auraient été infligées par un autre pliosaure de taille encore plus imposante. La formation La Caja, où le « monstre d'Aramberri » a été découvert, contient d'abondants fossiles marins d'un environnement peu profond datant de l'étage Kimméridgien du Jurassique supérieur. Le spécimen partageait son habitat avec une variété d'autres animaux, notamment des invertébrés, des poissons, des thalattosuchiens, des ichthyosaures et d'autres plésiosaures.
Historique des recherches vignette|gauche|redresse=1.2|Vue d'ensemble de la sierra Madre orientale, chaîne montagneuse mexicaine dans laquelle le pliosaure d'Aramberri a été découvert.
À l’automne 1985, un étudiant en géologie de l’université autonome du Nuevo León découvre, lors d’une excursion dans la sierra Madre orientale, une grande concrétion fossilifère située à environ au nord-ouest d’Aramberri, dans l’État mexicain du Nuevo León. Durant l'exhumation, une seconde concrétion tout aussi grande est découverte par les paléontologues..... La difficulté d’accès au site et le poids des fossiles alors collectés, estimé à environ , empêchent les chercheurs de les déplacer immédiatement. L’année suivante, le matériel découvert est finalement transporté sur plus de grâce à des procédés techniques relativement complexes, jusqu’à atteindre une route permettant son acheminement. Par la suite, les deux grandes concrétions furent envoyées à la faculté des sciences de la Terre de l'université, où les fossiles sont catalogués sous le numéro de spécimen UANL-FCT-R2. La préparation de la première concrétion fossile s’étend sur une durée de deux mois ; une fois l’opération achevée, il est fixé verticalement sur un socle en béton coulé. La première concrétion contient de nombreux éléments postcrâniens qui incluent entre autres sept vertèbres pectorales (des vertèbres transitionnelles entre les régions cervicales et thoraciques), des fragments de coracoïdes et d'une omoplate gauche, des côtes ainsi que des gastralia (côtes abdominales). La seconde concrétion inclut un rostre (constituant le museau) avec des dents. Dans la littérature scientifique, ces fossiles sont mentionnés pour la première fois en 1988 par le géologue allemand Walter Hähnel, l’un des chercheurs ayant participé à leur exhumation. Celui-ci précise que la découverte aurait été effectuée stratigraphiquement dans la , une formation géologique du Jurassique supérieur, plus précisément datée du Kimméridgien tardif. Bien que le spécimen ait été découvert dans des sédiments marins, Hähnel l'identifie comme étant un grand dinosaure carnivore d'une longueur allant de .
Les principaux fossiles du spécimen sont redécouverts durant l’automne 2000 et rapidement réidentifiés comme provenant d’un grand reptile marin de la famille des pliosauridés, sur la base de la morphologie vertébrale. La découverte est annoncée en par une courte publication du paléontologue allemand et de ses collègues, dans laquelle ils attribuent au spécimen le surnom informel de « monstre d’Aramberri ». Le , le magazine allemand Der Spiegel publie un article consacré à la découverte, reprenant ce surnom et soulignant la complétude ainsi que les dimensions remarquables du reptile marin. Cette publication attire alors l’attention des médias internationaux, au point que le surnom donné est depuis couramment utilisé aussi bien par les journalistes que par les scientifiques... L'étude annoncée décrivant plus en détail les fossiles, dirigée par la paléontologue française Marie-Céline Buchy et ses collègues, est finalement publiée en 2003. Dans la publication de 2001, les auteurs notent que la seconde concrétion ne fut pas relocalisée à l'université, mais c'est depuis l'étude de 2003 qu’elle est notée comme perdue. Sur la base de la position stratigraphique de divers spécimens d'ammonites sur le site de la trouvaille, les auteurs de cette dernière étude révèlent également que le pliosaure d'Aramberri a en fait été découvert dans la formation La Caja, qui date du Kimméridgien « moyen ».
De 2001 à 2007, de nouvelles expéditions menées sur le site d’origine par des paléontologues mexicains, français et allemands, avec l’aide des habitants de la ville, permettent d’exhumer la partie caudale du spécimen ainsi que les deux tiers du squelette. Des fragments crâniens sont également découverts, bien que la plupart soient indéterminables. Les données de terrain suggèrent même que le spécimen fossile aurait été initialement complet, avant l’érosion du crâne et son exhumation pour la phosphorite. Finalement, il semblerait que 70 % du squelette de l'animal soit connu. En 2003, afin d'aider les paléontologues, le maire nouvellement élu du Nuevo León envoie un hélicoptère afin de transporter un bloc fossile pesant au total . Durant sa campagne menée l'année suivante, le maire approuve et achève même la construction d'une route menant vers le site d'excavation. Une fois exhumés, la plupart des fossiles furent transférés au musée national d'histoire naturelle de Karlsruhe, en Allemagne, pour y être préparés. Le musée de Karlsruhe ne pouvant pas accueillir plus de fossiles en raison de la taille de l'animal, le matériel restant est alors transféré dans le musée du Désert, à Saltillo, dans le Coahuila. Lorsque la préparation du matériel gardé à Karlsruhe fut finalisée, ces derniers furent donc renvoyés à la faculté des sciences de la Terre de l'université autonome du Nuevo León en 2012, où ils sont depuis stockés. Une partie des fossiles fut temporairement exposée en 2007 au musée d'histoire mexicaine à Mexico, capitale du pays. Les nouveaux fossiles découverts et préparés consistent en neuf vertèbres cervicales conservées sur trois blocs, des vertèbres dorsales, des côtes et des gastralia supplémentaires, une tête articulaire fémorale ainsi qu'une ceinture pelvienne presque complète. Les éléments crâniens identifiés incluent un ptérygoïde, un jugal et une partie d'un maxillaire préservant une alvéole dentaire. Les nouveaux fossiles sont toujours en cours de préparation et devraient recevoir des descriptions bien plus détaillées pour de futurs travaux. En 2012, le paléontologue mexicain Javier Aguilar Pérez indique que le spécimen devrait recevoir une monture squelettique formée à partir des fossiles une fois leurs préparations terminées. Il suggère que de nouveaux fragments crâniens pourraient être retrouvés sur le site de la découverte, bien qu’aucune expédition n’y ait apparemment été menée depuis..
Description Morphologie d'ensemble vignette|redresse=1.4|alt=Vue d'artiste d'un grand reptile marin gris vu de côté sur fond blanc.|Reconstitution de l'animal. Le spécimen d'Aramberri est l'un des plus complets des grands pliosaures à avoir été découverts. Bien que l'ensemble des fossiles n'ait pas fait l'objet d'une description détaillée, certains furent étudiés de manière précise. Les plésiosaures peuvent généralement être décrits comme étant du morphotype « plésiosauromorphe », à petite tête et à long cou, ou du morphotype « pliosauromorphe », à grosse tête et à cou court, le « monstre d’Aramberri » étant un représentant de ce dernier morphotype. Comme tous les plésiosaures cependant, il possède une queue courte, un tronc massif et deux paires de grandes palettes natatoires.
Mensurations Le « monstre d'Aramberri » est l'un des plus grands pliosaures ayant été identifiés à ce jour, bien que les estimations de sa taille aient considérablement baissé au fil des années. Les estimations initiales précises fixaient la taille aux alentours de de long au minimum, mais des estimations maximales allant jusqu'à pour une masse corporelle de furent aussi proposées par les scientifiques.. En 2008, le paléontologue britannique Adam S. Smith et son collègue irlandais Gareth J. Dyke, mentionnant indirectement le spécimen en citant l'article de 2003, donnent une longueur maximale de .. Dans sa thèse de 2009, le paléontologue australien Colin McHenry critique les interprétations initiales qu'il trouve très exagérées. En comparant le spécimen d'Aramberri avec le matériel fossile attribué au pliosauridé australien Kronosaurus, il en réduit la taille à entre pour une masse corporelle située entre . En 2014, Frey et son compatriote Wolfgang Stinnesbeck augmentent légèrement la longueur du spécimen à entre . En 2021, les paléontologues allemands Frederik Spindler et Martin Mattes réduisent encore plus la taille de ce spécimen à entre de long.. En 2024, le paléontologue chinois Ruizhe Jackevan Zhao ne donne pas une estimation précise quant aux mensurations du spécimen. Il suggère à la place, sur la base des dimensions vertébrales, qu'il aurait été semblable en taille à Pliosaurus funkei, qui selon son modèle mesure environ de long pour une masse corporelle de . La même année, le biologiste australien Joel H. Gayford et ses collègues estiment que l'animal devait atteindre une taille d'environ de long..
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