Can est un groupe de rock expérimental allemand, originaire de Cologne, en Allemagne de l'Ouest. Formé en 1968, il est l'un des pionniers de la scène krautrock. Les musiciens du groupe ont toujours rejeté les influences américaines et incorporé des éléments de musique minimaliste et de world dans leurs compositions toujours très progressives.

Can construisait sa musique autour d'improvisations très libres, retravaillées en studio par la suite, qu'Holger Czukay, bassiste du groupe, qualifiait lui-même de « compositions instantanéesInterview de Czukay en novembre 2007. ». Le groupe connaît quelques succès occasionnels, notamment avec les chansons Spoon et I Want More, toutes deux entrées dans les charts allemands. En outre, à travers ses albums Tago Mago (1971) et Ege Bamyasi (1972), Can exerce une influence considérable sur la musique d'avant-garde, le rock expérimental, l'ambient, le post-punk, la new wave et la musique électronique.

Biographie Premières années (1968–1970) Can est formé en 1968 à Cologne par Holger Czukay (basse), Irmin Schmidt (claviers), Michael Karoli (guitare), David Johnson (composition/flûte) et Jaki Liebezeit (batterie). Johnson, compositeur américain, flûtiste renommé et grand adepte de la musique électronique, quitte le groupe dès 1968, déçu par le changement d'orientation des autres musiciens, plus intéressés par le rock. Les musiciens utilisent tout d'abord les noms de Inner Space et The Can avant que Jaki Liebezeit ne suggère l'acronyme de , donnant au groupe le nom de Can Stubbs, David. Future Days: Krautrock and the Building of Modern Germany. Faber and Faber Rock Music, 2014, pages 74-77.. Schmidt et Czukay ont directement étudié sous l'influence du compositeur Karlheinz Stockhausen..

À l'automne 1968, le groupe rencontre Malcolm Mooney à l'occasion d'un voyage à Paris Malcolm Mooney biography, Jason Ankeny, AllMusic.. Ce sculpteur américain, très créatif mais aussi très instable et conflictuel, deviendra le chanteur du groupe. Il enregistre l'instrumental de son premier album, Prepared to Meet thy Pnoom, contenant également les ébauches de deux morceaux, Father Cannot Yell et Outside My Door, qui sortiront sur leur premier album. Le groupe continue son travail en studio, n'arrivant pas à trouver de maison de disques pour les produire, et enregistre une multitude de morceaux. Cela aboutit à la sortie de leur premier album, Monster Movie en 1969. Les chansons non retenues sur ce dernier sortiront en 1981 sur l'album Delay 1968. L'étrange voix de Mooney, Afro-Américain venu du doo-wop, souligne l'atmosphère inquiétante et hypnotique de leur musique, très influencée par le garage rock, le funk et le rock psychédélique, et renforcée par la répétition des rythmiques basse/batterie.

Mooney retourne aux États-Unis sur le conseil de son psychologue, selon lequel la musique de Can était dangereuse pour son équilibre mental.. Il est remplacé par un jeune chanteur japonais, Kenji Suzuki, rencontré à Munich quelques mois auparavant. Bien qu'il ne connaisse, à l'époque, qu'une poignée d'accords à la guitare et qu'il improvise la majorité de ses textes, les autres musiciens lui demandent de jouer le soir de son entrée dans le groupe. La représentation est une réussite, l'entente entre le groupe et son nouveau chanteur s'avère parfaite, ce qui aboutit à la sortie, en 1970, de l'album Soundtracks, composé de morceaux destinés à être des bandes originales de films. Suzuki écrit dès lors les paroles de Can en anglais et introduit, de temps à autre, quelques paroles en japonais.

Succès (1971–1973) Au début des années 1970, Can réalise ses travaux les plus connus par la suite. Alors que les premiers enregistrements se basent uniquement sur des structures de chansons rock, le groupe va se tourner vers un style d'extrême improvisation. Leur double album Tago Mago (1971) reste leur œuvre majeure. Novateur, à contre-courant de toutes les conventions musicales de l'époque, l'album se base sur une intense rythmique inspirée du jazz, de nombreuses improvisations à la guitare et aux claviers, une production aussi soignée que révolutionnaire, avec les vocalises si particulières de Suzuki.

Tago Mago est, en 1972, rapidement suivi de Ege Bamyasi qui, grâce à un son plus abordable, tout en restant dans un style avant-gardiste, permet au groupe d'accéder à une grande renommée, notamment grâce aux morceaux Vitamin C et Spoon. L'album est suivi, en 1973, par Future Days, très critiqué à sa sortie. Can y jette pourtant les bases de la musique ambient. Suzuki quitte le groupe peu après, se marie avec une Allemande et devient témoin de Jéhovah. Le chant sera désormais assuré par Karoli et Schmidt, bien que, après le départ de Suzuki, les morceaux seront plutôt instrumentaux, le groupe voulant continuer l'exploration musicale de l'ambient commencée sur Future Days.

Dernières années (1974–1979) Avec Soon Over Babaluma en 1974, Can continue dans le style ambient de Future Days. L'album permet au groupe de renouer avec le succès de Tago Mago et Ege Bamyasi, et de signer en 1975 un contrat avec Virgin Records au Royaume-Uni et EMI/Harvest Records en Allemagne. Les derniers albums, Landed (1975) et Flow Motion (1976), aux morceaux plus conventionnels, seront décevants, bien loin de la créativité des premiers albums. Pourtant, le morceau I Want More, sorti sur Flow Motion, de style disco, reste l'unique hit du groupe hors d'Allemagne, allant jusqu'à grimper à la des charts en Angleterre.

Can est rejoint, en 1977, par le bassiste Rosko Gee (ex-Traffic) et le percussionniste Rebop Kwaku Baah, qui contribuent aux trois albums suivants : Saw Delight (1977), Out of Reach (1978) et Can (1979). Durant cette période Holger Czukay, mis de côté, ne joue que sur l'album Saw Delight. Il quitte officiellement le groupe en 1977, mais participe activement à la production de Out of Reach et Can. Les musiciens se séparent fin 1979.

Entre séparations et réunions Après la séparation, les différents musiciens du groupe participent à différents projets musicaux, se résumant bien souvent à des travaux de sessions pour d'autres artistes. Le groupe se reforme brièvement en 1986 autour du premier chanteur Malcolm Mooney, aboutissant à la sortie de l'album Rite Time, en 1989. Une autre réunion furtive a lieu en 1991 pour l'enregistrement de la bande-son du film Jusqu'au bout du monde, de Wim Wenders. De nombreux albums live et compilations sortent également à cette époque. Rebop Kwaku Baah meurt en 1983 d'une hémorragie cérébrale.

En 1999, Karoli, Liebezeit, Schmidt et Czukay participent ensemble à un concert, mais dans leurs groupes respectifs (Sofortkontakt!, Club Off Chaos, Kumo et U-She). Michael Karoli meurt le , après un long combat contre le cancer. En 2004, le groupe décide de remasteriser l'ensemble de sa discographie, qui ressortira complètement en 2006.

Après la séparation en 1979, Holger Czukay enregistre de nombreux albums d'ambient et collabore, entre autres, avec David Sylvian. Jaki Liebezeit joue régulièrement avec les bassistes Jah Wobble et Bill Laswell, participe au projet Drums of Chaos et assure, en 2005, les parties rythmiques de Datenverarbeiter sur l'album GivtSite officiel de Datenverarbeiter.. Michael Karoli a participé à quelques albums de l'artiste de reggae Polly Eltes tandis qu'Irmin Schmidt travaille avec le batteur Martin Atkins, produisant plusieurs remix du groupe The Damage Manual. Karoli a également fondé le groupe Sofortkontakt!, en compagnie de Mark Spybey, Alexander Schoenert et Felix Guttierez, à l'occasion de la brève réunion de Can en 1999. Damo Suzuki, revenu à la musique en 1983, donne des concerts partout dans le monde, se résumant bien souvent à de longues improvisations en compagnie de groupes ou artistes locaux, donnant parfois naissance à des albums live. Malcolm Mooney a chanté pour le groupe Tenth Planet en 1998 et Rosko Gee est bassiste pour l'émission Harald Schmidt's TV Show en Allemagne depuis 1995.

Postérité En 2022, leur chanson Vitamin C est reprise dans les séries Euphoria, Le Monde de demain et (adaptée par Jaden Smith et Raury sous le titre ) . ; dans le film En corps..

Style musical Caractéristiques Holger Czukay et Irmin Schmidt ont tous les deux été élèves de Karlheinz Stockhausen et Can hérite de la forte base musicale empruntée au compositeur allemand. Schmidt étudie également le piano et la musique classique, tandis que Karoli, élève de Czukay, apporte au groupe une certaine influence tzigane, étudiée auparavant au cours de ses études d'ésotérisme. Quant à Jaki Liebezeit, il reste très influencé par le jazz, style qu'il a longtemps pratiqué avant de rejoindre Can. Le son du groupe devait être au début de style ethnique, si bien que quand le groupe prit un son se rapprochant plus du garage rock, David Johnson s'en alla. Can n'abandonne pas totalement ses influences de world music, comme le montrent les albums Ege Bamyasi, Future Days et Saw Delight, en incorporant au groupe de nombreux musiciens étrangers. L' Ethnological Forgery Series, souvent abrégé en EFS, montre l'habileté du groupe à récréer avec succès un grand nombre de musiques ethniques.

À ses débuts, Can reste très influencé par le rock des Beatles et du Velvet UndergroundInterview de Holger Czukay. mais également par Jimi Hendrix, Sly Stone et Frank ZappaHistoire de Can.. Le groupe a notamment admis que le début du morceau Father Cannot Yell est largement inspiré par la chanson European Son du Velvet Underground. En outre, la voix de Malcolm Mooney a souvent été comparée à celle de James Brown, dont plusieurs membres du groupe étaient fanatiques, tandis que les premières compositions de Can sont très influencées par le rock psychédélique, du Pink Floyd par exemple.

Comme leurs pairs de la scène krautrock, les musiciens du groupe passent sous l'influence du mouvement progressif qui commence à prendre forme en Angleterre dès 1969. Les schémas musicaux composés par Holger Czukay sont toujours comparés à ceux du trompettiste Miles DavisHistoire du Krautrock.. En effet, les deux musiciens basent leurs compositions sur de longues improvisations soutenues par des rythmes très intenses et très élaborés. De plus, Czukay, dans sa jeunesse, s'est particulièrement intéressé à la musique concrète des années 1950. Schmid admet, en 1996, lors d'une interview, s'être régulièrement inspiré du travail du pianiste Michael von Biel.

Damo Suzuki est un chanteur bien différent de Mooney. Ses chants multilingues et son inimitable style donnent l'élément manquant à Can, c'est-à-dire un chant pop, accessible à tous. C'est d'ailleurs avec Suzuki que le groupe a produit ses albums les plus populaires. On a particulièrement loué le travail de la section rythmique sur Tago Mago. Ce dernier, hypnotique et régulier, qualifié de motorik, permet alors aux autres musiciens d'entamer de longues improvisationsHistoire de Can.. Can a d'ailleurs plusieurs fois affirmé vouloir rechercher la transe, avec ses morceaux. Cette constante recherche passe en priorité par la basse et surtout la batterie.

Les principales critiques à l'égard du groupe arrivent après le départ de Suzuki et reprochent au groupe de ne pas réussir à trouver une base rythmique forte et originale, laissant la plupart des morceaux n'être que de vagues improvisations mal contrôlées. Can est également critiqué pour son manque de variété de sons, s'expliquant par le fait que les musiciens ont utilisé, jusqu'en 1975, les deux mêmes enregistreurs multipistes. Toujours en 1975, leurs tentatives de se rapprocher d'autres styles plus populaires sont vivement rejetées par la presse musicale : Landed se rapproche trop du glam rock, Flow Motion du reggae, Saw Delight et Out of Reach de la world music et de Carlos Santana.

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