Viktor Orbán (), né le à Székesfehérvár, est un homme d'État hongrois d'extrême droite. Cofondateur du parti Fidesz-Union civique hongroise (Fidesz-MPSZ), il est Premier ministre de Hongrie (miniszterelnöke, « ministre-président ») de à et de à .

Il s'engage en politique à contre le régime communiste, puis participe à la fondation du Fidesz-MPSZ, un parti chrétien-démocrate dont il prend la tête en 1993. Il est député à l'Assemblée nationale depuis 1990.

Après les élections législatives de 1998, remportées par les partis de droite, il devient Premier ministre. Défait de justesse par les socialistes quatre ans plus tard, il dirige ensuite l'opposition de droite pendant huit ans.

Il emporte une large victoire aux élections de 2010. Avec la majorité absolue des voix et les deux tiers des sièges de l'Assemblée nationale, il présente une nouvelle Constitution, promulguée en 2012. Il renforce le rôle de l'État dans l'économie, le contrôle sur les institutions financières et la lustration des anciens communistes. Cette politique lui vaut la réprobation de l'Union européenne, des États-Unis et de la plupart des médias occidentaux.

Reconduit pour un troisième mandat à la suite des élections de 2014, il promeut l'illibéralisme, affirme les racines chrétiennes de l'Europe et s'oppose à l'immigration, déclarant défendre l'État-nation lors de la crise migratoire en Europe, ce qui lui vaut des accusations de populisme. Cette crise coïncide avec la renaissance du groupe de Visegrád. Il est reconduit dans ses fonctions en 2018 et consolide sa majorité après les élections de 2022, ce qui en fait alors l'un des dirigeants populistes ayant gouverné le plus longtemps au monde. Sous sa gouvernance, il est accusé de vouloir contrôler les médias publics et de museler les médias indépendants, d'être responsable d'une érosion démocratique, et d'une corruption politique généralisée.

Viktor Orbán perd en 2026 son poste de Premier ministre après la défaite de son parti aux élections législatives hongroises. Péter Magyar du parti Tisza lui succède.

Situation personnelle Origines Viktor Mihály Orbán naît le à Székesfehérvár, dans le comitat de Fejér, au sein d'une famille de la classe moyenne rurale. Il grandit dans le village de Felcsút.. Il est le fils de Győző Orbán, ingénieur agronome et militant de longue date du Parti socialiste ouvrier hongrois, et d'Erzsébet Sípos, éducatrice et orthophoniste, qui sont les parents de deux autres garçons, prénommés Győző et Áron, respectivement nés en 1965 et en 1977.

Formation Après le déménagement de sa famille à Székesfehérvár en 1977, Viktor Orbán termine ses études secondaires, spécialisées en anglais. Il entreprend ensuite des études de droit à l'université Loránd-Eötvös (Budapest), qu'il intègre après son service militaire de onze mois et demi. C'est durant cette période de service militaire que, confronté à la propagande communiste et à la mauvaise organisation de l'armée, son anti-communisme se développeThibaud Gibelin, Pourquoi Victor Orban joue et gagne : résurgence de l'Europe centrale, Fauves éditions, 2020, . À l'université, il sympathise avec Gábor Fodor, son colocataire. Orbán devient président du conseil des étudiantsThibaud Gibelin, ibid., 2020, . Au cours de ses études, il rédige un mémoire de Master sur le mouvement polonais Solidarność puis un autre sur le concept de « société civile ».

Après l'obtention de son diplôme universitaire, en 1987, il part vivre à Szolnok, dans l'Est du pays, pour une période de deux ans, tout en se rendant périodiquement à Budapest pour y travailler comme sociologue stagiaire au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation.

En 1989, Viktor Orbán obtient une bourse de la fondation Soros pour étudier la science politique et l'histoire de la philosophie libérale britannique au Pembroke College de l'université d'Oxford, en Grande-Bretagne ; son tuteur personnel est le philosophe polonais Zbigniew Pełczyński. Il est aussi très proche de l'historien Norman Stone. Il interrompt son séjour britannique au mois de afin de se présenter aux premières élections législatives post-communistes.

Vie familiale Issu d'une famille protestante calviniste, appartenant à l'Église réformée de Hongrie, Viktor Orbán prend de nettes distances avec la religion au début de sa carrière politique. Lorsque le pape Jean-Paul II se rend en Hongrie, en 1991, le jeune Orbán boycotte l’événement.

En 1986, il se marie avec la juriste Aniko Lévai, d'obédience catholique, avec laquelle il aura cinq enfants : Ráhel, Gáspár, Sára, Róza et Flóra. En 1993, il fait bénir son mariage par le pasteur méthodiste Gábor Iványi, également député libéral. Ce dernier baptise aussi leurs deux premiers enfants, respectivement nés en 1989 et 1992, dans son église de Békásmegyer.. Œuvrant auprès des pauvres, des roms et des réfugiés, le pasteur s'oppose ensuite à Viktor Orbán, par ses prises de positions et sa participation à des manifestations contre le gouvernement. Lors de son retour au pouvoir en 2010, Viktor Orbán effectue un virage conservateur « national-chrétien » et resserre ses liens avec l’Église catholique.

Viktor Orbán est féru de football, sport dont il est joueur semi-professionnel en quatrième division jusqu'en 2006 David Goldblatt et Daniel Nolan, Viktor Orbán’s reckless football obsession, theguardian.com, 11 janvier 2018, ainsi que de littérature hongroise. Selon ses dires, il rêvait d'être footballeur professionnel lorsqu'il était jeune, et ne s'est dirigé vers les études de droit qu'en réponse aux demandes pressantes de son père de s'assurer une carrière plus stable. Même devenu Premier ministre, il lui arrive de rater des réunions pour aller s'entraîner avec son club. Il a par ailleurs fait sa première visite en France pour assister à la finale de la coupe du monde 1998 et n'a plus raté aucune finale de cette compétition depuis..

Son fils Gáspár Orbán est lui aussi un temps footballeur, avant de devenir prêtre évangélique, puis officier et finalement agent de la diplomatie hongroise en Afrique.

Parcours politique Opposant au régime communiste Le , âgé de vingt-quatre ans, Viktor Orbán participe à la fondation de l'Alliance des jeunes démocrates (Fidesz). Il fait partie le suivant des personnes arrêtées par la police, avec entre autres Gáspár Miklós Tamás, durant une manifestation commémorant l'exécution d'Imre Nagy, qui a eu lieu trente ans plus tôt.

Un an jour pour jour plus tard, il prononce un discours appelant à la tenue d'élections libres et au départ des troupes soviétiques déployées dans le pays, à l'occasion de cérémonie de « réenterrement » d'Imre Nagy et des autres martyrs de la révolution hongroise de 1956, célébrée sur la place des Héros de Budapest.

Le discours, retransmis en direct à la radio et la télévision, enthousiasme de nombreux Hongrois et propulse Viktor Orbán dans la vie politiqueThibaud Gibelin, ibid., 2020, . Peu après, il participe à la délégation de l'opposition à la table ronde des négociations avec le pouvoir communiste.

Du libéralisme au conservatisme Élu député à l'Assemblée nationale lors des élections législatives de 1990, le premier scrutin post-communiste hongrois, il devient, en 1992, vice-président de l'Internationale libérale, lors du congrès de Mayence. La même année il participe, avec d'autres jeunes européens jugés prometteurs, à un voyage aux États-Unis qui est offert et organisé par le German Marshall Fund of the United States. En 1993, il prend la présidence de l'Alliance des jeunes démocrates (Fiatal Demokraták Szövetsége, acronyme Fidesz), renommée en 1995 Fidesz-MPP (« MPP » pour Magyar Polgári Párt, Parti civique hongrois). Peu après la mort du Premier ministre József Antall, il fait courir une rumeur selon laquelle sur son lit de mort, Antall l'aurait désigné comme étant son successeur. Le parti délaisse alors son obédience sociale-libérale pour assumer un programme davantage conservateur.

Viktor Orbán conserve son siège à l'Assemblée à la suite du scrutin de 1994, au cours duquel il parvient à faire de son parti la deuxième force politique du pays, après le Parti socialiste hongrois (MSZP).

Premier mandat de Premier ministre Nomination à thumb|upright|Viktor Orbán en 2001. Lors des élections du , le Fidesz-Union civique hongroise obtient sur 386, devenant ainsi le premier parti de Hongrie. Après avoir formé un gouvernement de coalition, comptant 213 élus, avec le Parti civique indépendant des petits propriétaires et des travailleurs agraires (FKgP) et le Forum démocrate hongrois (MDF), Viktor Orbán, âgé de , est investi Premier ministre le , sur la proposition du président de la République, Árpád Göncz. Il est alors le plus jeune Premier ministre d'Europe. En 2000, il renonce à la présidence du Fidesz afin de se consacrer à son mandat de Premier ministre.

Succès économiques Sa politique économique vise à diminuer la fiscalité, les cotisations sociales, le chômage et l'inflation, tout en poursuivant la réduction du déficit budgétaire entamée par la coalition de centre gauche de Gyula Horn. Elle a de bons résultats. : l'inflation passe de 10,3 % (en 1998) à 4,9 % (en 2002).., tandis que la croissance économique s'élève à plus de 4 % du produit intérieur brut (PIB). et que le déficit public passe sous la barre des 4 % du PIB. Durant ces quatre ans de gouvernement, nouveaux logements sont construits et la production industrielle croît de 23 %Thibaud Gibelin, ibid., 2020, . En 2001, pour rapprocher le salaire minimum du reste de l'économie en croissance, il le fait augmenter de 56 %.

Il réforme l'administration publique, créant un macroministère de l'Économie, démettant de leurs fonctions les membres des comités directeurs du Fonds de sécurité sociale et de l'Agence centrale de paiements de la sécurité sociale et renvoyant des milliers de fonctionnaires.

Il agit de manière protectionniste, en effectuant de moins en moins les privatisations par Offre publique de vente, ce qui résultait souvent par un achat par une entreprise occidentale, mais de . L'opposition l'accuse régulièrement de corruption à ce sujet, en pointant du doigt les relations qu'il entretient parfois avec les dirigeants des entreprises hongroises qui remportent les marchés.

Réforme des institutions Il instaure un système de motion de censure constructive, mais ne parvient pas à modifier le seuil de la majorité qualifiée, requise notamment pour modifier la Constitution : la volonté du gouvernement était de faire abaisser le minimum des deux tiers des députés à la majorité simple de l'Assemblée, ce qui est déclaré inconstitutionnel par la Cour constitutionnelle. Il augmente les pouvoirs du Premier ministre, ce qui fait dire au sociologue Andras Bozoki que .

Politique culturelle et mémorielle De nombreux investissements architecturaux et historiques sont effectués, notamment à Budapest, avec la reconstruction du Théâtre national, la création de la Maison de la terreur, la rénovation du théâtre cinématographique national, et la reconversion d'une friche industrielle pour y aménager le parc Millenáris.

Ce volontarisme est aussi présent dans le cinéma, où des investissements importants sont faits pour produire des films historiques à grand spectacleFlorence La Bruyère, , Libération, 27/06/2001, https://www.liberation.fr/culture/2001/06/27/le-patriotisme-bien-vu-en-hongrie_369367/. . Ces investissements, qui prennent souvent la place des aides attribuées au cinéma indépendant, font la colère des artistes ainsi que des critiques, qui déplorent des films de très mauvaise qualitéBrigitte Patzold, , Le Monde diplomatique, 2001, https://www.monde-diplomatique.fr/2001/07/PATZOLD/7885.