Henri Gouraud, né le à Paris (Seine) et mort le dans la même ville, est un général d'armée français. Il participe à la colonisation de l'Afrique et du Levant. Pendant la Grande Guerre, il combat en Argonne, aux Dardanelles et en Champagne. Figure importante de l'après-Empire ottoman, il fut Haut-commissaire de la République française au Levant de 1919 à 1922 d'où il diriga les campagnes militaires en Cilicie et en Syrie.

Affilié au parti colonial, c'est un colonisateur actif qui s'inscrit dans le sillage de Gallieni et de Lyautey. Il est davantage connu pour ses quatre années passées en Syrie et au Liban et pour son rôle de commandant en chef de l'armée du Levant, que pour ses vingt années passées en Afrique.

Il a commencé sa carrière militaire en Afrique, où son nom reste étroitement associé à la conquête française du Soudan, de la Mauritanie, du Tchad et du Maroc. Son arrestation de Samory Touré en marque la fin de la résistance de l'Empire mandingue, parachève la colonisation française de l'Afrique de l'Ouest et attire l'attention sur Gouraud au moment où la France cherche à effacer l'affront de l'incident de Fachoda. Il devient assez rapidement une figure des cercles coloniaux français.

Au cours de la Première Guerre mondiale, Gouraud se distingue sur plusieurs fronts. Gravement blessé aux Dardanelles, où il perd son bras droit et devient, malgré son handicap, un symbole de résilience et de sacrifice des Poilus, devenant une figure emblématique de l'effort de guerre français. Victorieux contre Ludendorff en Argonne, l'avancée qui suivit permit la libération de Strasbourg, la reconquête de l'Alsace-Lorraine et la victoire de la France.

Dans l'après-guerre, Gouraud est nommé Haut-commissaire de la République française au Levant (1919-1922) où il joue un rôle déterminant dans la réorganisation de la région à la suite de la chute de l'Empire ottoman. Il mène des campagnes militaires en Cilicie et en Syrie, et procède, avec Robert de Caix de Saint-Aymour, à une réorganisation du Levant, redéfinissant les frontières du Moyen-Orient. Il est notamment célèbre pour avoir proclamé la création du Grand Liban en 1920.

De retour en France, Gouraud poursuit sa carrière militaire, devenant notamment gouverneur militaire de Paris de 1923 à 1937. À la fin de sa carrière, il apparaît comme un homme de la transition, ayant participé activement à la mise en œuvre de chacun des régimes coloniaux (colonie, protectorat, mandat). Selon Julie d'Andurain, en « acteur et témoin de ces évolutions, Henri Gouraud comprend qu’au temps des colonies succédera celui des empires et des organismes internationaux ». Il assure ainsi le lien avec la génération suivante, celle des hommes comme Georges Catroux et Jules Bührer.

Sa division de la Syrie en plusieurs petits États fondés sur des critères confessionnels constitue une étape significative dans la politique coloniale française au Levant qui visait à diviser les territoires pour mieux les contrôler. Prise dans un contexte de rivalités impériales et de tensions nationalistes, elle est aujourd'hui encore critiquée pour ses conséquences sur la stabilité et l'unité de la région.

Situation personnelle

Né le au 96 rue de Grenelle,dans le 7 arrondissement de ParisActe de naissance ().. dans une famille aisée de tradition catholique d'origine vendéenne, il est le fils de Vincent Gouraud (1834-1906), médecin, et de Marie Portal (1844-1918). Il est l'aîné d'une fratrie de six enfants. Henri Joseph Eugène Gouraud fait ses études au collège Stanislas, éducation marquée par la foi.

Appartenant à la génération ayant connu l'humiliation de 1871.., il se trouve rapidement une vocation coloniale. Féru d'histoire, il gagne le prix d'histoire au Concours général en 1887.. Après des études préparatoires à Stanislas, il intègre l'école militaire de Saint-Cyr en 1888 en étant classé sur 435, avec la promotion de « Grand Triomphe »C’est pour marquer le retour de la fête du Triomphe à Saint-Cyr, interdite 4 ans plus tôt par le ministre de la Guerre et son nouveau « style » (fête de fin d'année) que la promotion de l'école choisit ce nom de baptême. Sur les 432 élèves de cette promotion, plus du quart (119) seront tués au combat: 12 lors d'opérations dites de "pacification" dans les colonies et 106 pendant la Première Guerre mondiale. Dans cette promotion figurent les futurs généraux Charpy, Daugan, Degoutte, Giraud, Naulin, Tanant ou encore Vidalon. dont il sort .

Il sort avec le grade de sous-lieutenant d’infanterie en 1890, et exerce quelques commandements dans l'Est..

Alors qu'il est encore à Saint-Cyr, il visite avec un camarade de promotion l'Algérie, la Tunisie mais surtout Constantine où il ne retrouve pas la tombe de son ancêtre, Auguste Gouraud, saint-cyrien lui aussi qui participa à la colonisation de l'Afrique. Il espère partir outremer mais son père s'y oppose. Henri Gouraud est d'abord affecté au bataillon de chasseurs à pied à Montbéliard.

Choqué par le massacre de la Colonne Bonnier, soutenu par sa mère, il part en 1894 au Soudan français, le long de la boucle du Niger.. Il est placé sous la direction d'Ernest Nestor Roume, gouverneur général de l'Afrique occidentale française.

Il est l’oncle du général Michel Gouraud (1905-1991) qui participe au putsch des généraux à Alger en Condamné, puis amnistié après le putsch militaire de 1961 "Le général Michel Gouraud est décédé", Le Monde, 22 mars 1991..

Les débuts africains (1894-1914)

Colonisation du Soudan (1894-1899) Gouraud embarque le à Bordeaux. À Kayes, il est présenté au Gouverneur qui le nomme adjoint au poste de Kita entre le Sénégal et le Niger. En , il est affecté à la région de Bamako, poste considéré dans la carrière coloniale comme « de prestige » au centre de la colonie française, puis à Bougouni. Entre-temps, le gouvernement français modifie sa politique : la colonisation devient militaire et Gouraud est chargé de monter vers Tombouctou où il est affecté à des charges administratives qu'il déteste.

Le , lors d'une sortie près de Tombouctou, Gouraud organise une reconnaissance avec une quinzaine de tirailleurs, à la suite d'attaques régulières contre la caravane près de la dune d’Almadia, non loin de Kabara Il. Gouraud et sa troupe sont attaqués par un groupe d'environ 30 hommes. Il sort victorieux d'un combat inégal, lances contre fusils, et ramène à Tombouctou deux tués et trois blessés ennemis. Convaincu de sa prouesse, le colonel de Trentinian le fait venir près de lui à Kayes.

En , Henri Gouraud succède au capitaine Porion à la tête du cercle de Bougouni, créé en 1894. Chargé de renforcer l’organisation de ce territoire frontière, il s’inspire des travaux de l'explorateur Binger, adoptant une approche ethnographique et pacifique envers les populations locales. Rappelé à Kayes en après un séjour de 27 mois, il y reste le temps de prendre en charge le bureau militaire, tout en s'adaptant à la gestion administrative.

En , il est inscrit au tableau d’avancement pour le grade de capitaine. Il rentre en France à la fin de l’année, accompagné de la mission Hourst, qui a confirmé la navigabilité du Niger.

À peine arrivé, le jeune capitaine apprend qu’il part en colonne dans la région de la Volta ; il arrive au début au chef-lieu de la nouvelle région, Diébougou. En , la colonne attaque Bangassi. Le combat est acharné, la position est prise, mais les Français comptent 25 blessés. Gouraud, blessé à deux reprises, est félicité pour sa bravoure et proposé pour la Légion d’honneur.

En , Gouraud est chargé de commander la compagnie auxiliaire de la Volta, composée principalement d’hommes mal équipés et mal formés, qu'il doit rapidement organiser. Entre-temps, Kong est assiégée par les troupes de Samory, composées de 2000 guerriers. Il rejoint Caudrelier, pour faire face au siège de Kong. A leur arrivée le , la ville est partiellement détruite et les assiégés, privés d'eau, accueillent Gouraud en héros.

La capture de Samory Touré

vignette|L'Almamy Samory Touré écoutant la sentence le condamnant à l'exil Kayes, Mali (Décembre 1898) À leur arrivée à Kong, les Français découvrent l’échec de la mission Morisson : le capitaine Morisson, envoyé en mission à Sikasso pour surveiller le roi Babemba Traoré, a été humilié. Cet incident pousse la France à organiser une expédition punitive contre Babemba. Gouraud, chargé de garantir le ravitaillement et d'établir une ligne de postes pour couper les liens entre Samory et Babemba, participe aux attaques sur le chemin, dont celle du village de Kourma le . L’objectif est d’isoler Sikasso et de soumettre Babemba.

La décision de mettre fin à Samory a été prise après le guet-apens de Bouna, une attaque contre la colonne Braulot, qui a mis en lumière la responsabilité de l'un des fils de Samory, Sarankémory. Le gouvernement français interprète cet incident comme une trahison ou un refus de négocier et décide de répondre militairement. Samory Touré, chef mandingue et résistant à la colonisation française, avait fondé un empire au sud du fleuve Niger. Samory, à la tête d'une colonne de 40 000 personnes, est contraint de fuir après la perte de Kong et de Sikasso. La situation de son armée se détériore en raison de la faim, des maladies et du manque de ravitaillement.

En , des renseignements indiquent que Samory est en fuite et Gouraud décide de le poursuivre dans la forêt vierge. Le , la reconnaissance de Gouraud arrive sur le campement des femmes de Samory, abandonné depuis quelques jours ; les français apprennent que Samory semble prêt à se soumettre. Gouraud élabore un plan d'attaque pour capturer Samory à Guélémou en exploitant l'effet de surprise, avec pour objectif de l'intercepter sans combat direct. Le plan d’attaque de Gouraud est précis : il divise sa troupe en cinq sections, avec des objectifs spécifiques pour chacune. Il insiste sur l’interdiction d'ouvrir le feu, dans l’espoir de capturer Samory sans le tuer, de façon à éviter qu’il ne devienne un martyr. La mission se poursuit avec la discrétion nécessaire pour empêcher toute fuite de l’ennemi et maintenir la surprise pour la capture.vignette|Musée de l'Armée, Salle d'Aumale. Selle et Armes de Samory, pris par Henri Gouraud, en 1898.Le , la troupe de Gouraud surprend l'arrière-garde de Samory à Guélémou et pénètre dans le camp à 8 heures du matin. La surprise est totale : Samory, qui lisait le Coran, tente de fuir en direction de Touba sans prendre d'armes. Il est repéré par le caporal Tounaka et poursuivi par le sergent Bratières et d'autres tirailleurs. Samory est finalement capturé.

Arrêté et déporté au Gabon, il meurt deux ans plus tard. Le « trésor de Samory », saisi lors de sa reddition, est évalué à 200 000 ou 300 000 francs de l’époque et remplit douze caisses. Ces artefacts sont aujourd’hui conservés en partie au musée de l’Armée.

L'intronisation aux cercles coloniaux Décoré et promu, ce jeune lieutenant rentre à Paris avec une reconnaissance grandissante. Il est entouré de figures influentes comme le général Gaden et Georges Mangin. Il est autorisé à donner des conférences sur ses exploits, notamment à la Société de géographie. Il y rencontre des personnalités : le capitaine Jean-Baptiste Marchand et le gouverneur Binger.

En 1900, la révolte des Boxers en Chine provoque un appel à recrutement. Gouraud sollicite une affectation. Le général Voyron lui fait savoir qu’il doit choisir entre rester en France ou permuter pour intégrer les troupes coloniales, comme c'est stipulé dans la loi sur les troupes coloniales récemment votée. En , après avoir négocié avec le chef de bataillon Georges Léon Masson, il décide de demander sa mutation dans « la Coloniale », tout juste reconnue comme une armée à part entière.