Hippolyte Alexandre Gabriel Walter Destailleur est un architecte, collectionneur, bibliophile et historien de l'art français né le à Paris où il est mort le .

Fils de François-Hippolyte Destailleur (1787-1852), architecte, Hippolyte Destailleur fut l'un des tenants de l'historicisme en France.

Biographie thumb|Barèges au (collection Hippolyte Destailleur, 1822-1893). Son père François-Hippolyte Destailleur avait édifié entre autres le bâtiment du ministère des Finances, situé rue de Rivoli (détruit lors de la Commune) et le passage Jouffroy à Paris. À la mort de ce dernier, en 1852, il lui succède en tant qu'architecte de la Monnaie.

De son mariage en 1847 avec Emilie Georgina Ferrière, il aura treize enfants dont Walter André Destailleur (1867-1940) qui lui succédera.

Architecte de renommée internationale, restaurateur, entre autres, des grandes demeures de Courances et de Vaux-le-Vicomte, Destailleur constitua une très importante collection de dessins d'architecture et d’ornements qui fut sa "base documentaire" professionnelle.

Cette connaissance aiguë lui permettait de s'inspirer pour ses œuvres des décors anciens. Il avait aussi coutume de réemployer des éléments de décors anciens notamment des boiseries, mis sur le marché au moment des aménagements urbains d’Haussmann qui, en perçant de nouvelles avenues et rues dans le vieux Paris, entraîna la démolition et le "dépeçage" des décors intérieurs de maints hôtels particuliers du siècle précédent.

Jean-Joseph Weerts l'a représenté sur le plafond peint de l'escalier d'honneur de l'hôtel des Monnaies à Paris exécuté entre 1889 et 1891. Il en a en outre fait le portrait peint aujourd'hui conservé au musée Carnavalet. vignette|Jean-Joseph Weert (1847-1927), portrait d'Hippolyte Destailleur (1822-1893), musée Carnavalet, Paris. Don posthume de Anne Chayet.

Ses réalisations architecturales Dans les années 1850-1860, il dirige la restauration du château de Mouchy le Châtel (Oise) pour la famille de Noailles, assisté par l'ornemaniste Michel Liénard..

En 1865-1866 et de nouveau en 1869-1870, il réaménage l'hôtel de Pourtalès à Paris.

De 1866 à 1867, il édifie pour la comtesse Victoire-Félicie de Béhague 24, avenue Bosquet un hôtel de style Louis XV, construit parallèlement à l'avenue et relié à celle-ci par un vestibule vitré (détruit).

En 1868, il édifie pour la somme de francs, également pour le comte Octave de Béhague, fils de la comtesse, un dans lequel il fait remonter un important ensemble de boiseries du .

Dans les années 1870, il travaille à l'hôtel de Noailles-Mouchy (détruit en 1958), boulevard de Courcelles à Paris.

En 1880, il construit pour les Cahen d'Anvers un hôtel de style Louis XIV au 2, rue de Bassano (Paris, XVIe), dans lequel il fait remonter des boiseries exécutées en 1709 par Germain Boffrand pour l'hôtel de Mayenne. vignette|center|Façade de l'hôtel Cahen d'Anvers donnant rue Georges-Bizet et avenue d'Iéna. Vers 1870, il transforme le parc du château de Courances pour le banquier Samuel de Haber en parc et, de 1873 à 1884, restaure le château du dans le style néo-Louis XIII.

De 1875 à 1892, il restaure également le château de Vaux-le-Vicomte pour l'industriel Alfred Sommier.

De 1875 à 1882, il édifie pour le duc de Massa le château de Franconville à Saint-Martin-du-Tertre, sorte de réplique du château de Maisons-Laffitte, construit par Mansart pour René de Longueil.

En 1887, il dressa un plan de l'ex-salon « de pékin » () du château d'Abondant (Eure-et-Loir - Archives nationales).

Entre 1887 et 1890, il construit pour le demi-frère du duc de Massa, le baron Eugène Roger, banquier à Paris, le château de Triboulette à Vouzeron.

À l'étranger vignette|droite|Palais Albert de Rothschild à Vienne (photographie de 1906). À l'étranger, il participe à l'internationalisation de l'historicisme français.

En Angleterre, à la demande du Baron Ferdinand de Rothschild, qui a fait don d'un collection d'arts au British Museum, il élève Waddesdon Manor dans le Buckhinghamshire, aujourd'hui propriété du National Trust. Ce château, pour lequel il s'inspire notamment des châteaux de Blois pour l'escalier et de Maintenon pour les tours, demandera à l'architecte près de dix ans de travaux qui seront poursuivis après lui par son fils, également architecte, Walter-André Destailleur..

À Vienne, c'est pour Albert de Rothschild qu'il construit un hôtel particulier où il reproduit à l'intérieur le célèbre escalier dit de Versailles, tandis qu'à Berlin, il édifie l'hôtel particulier du prince de Pless.

Proche de la noblesse du Second Empire, il est appelé en Angleterre par l'impératrice exilée qui lui confie l'édification de la chapelle funéraire de Napoléon III et de leur fils unique, le prince impérial, et d'elle-même à Farnborough, et la construction d'une abbaye destinée à accueillir une communauté de moines français qui veilleraient au repos de leurs âmes, encore existante de nos jours, l'abbaye Saint-Michel.

Ses collections d'art Doté d'un goût très sûr, Destailleur forma sa vie durant ce qui devait devenir l'une des plus importantes collections privées d'art graphique ainsi qu'une bibliothèque de plusieurs milliers d'ouvrages.

Après avoir vendu en 1879 la majeure partie de sa collection à Berlin, où elle devait servir de fondement à la Kunstbibliothek, il entreprit d'en composer une seconde, pour laquelle il fit preuve, selon certains, d'un souci plus particulier de l'état de conservation et de la provenance des œuvres achetées.

Cette seconde bibliothèque fut dispersée en partie de son vivant en plusieurs vacations :

en 1890, les estampes de l'École Française du ; en 1891, les livres rares et précieux ; en 1893 (année de sa mort) : les dessins originaux réunis en recueils dont des "œuvres importantes de Saint-Aubin" ; en 1894, les livres et estampes relatifs à l'histoire de la ville de Paris et de ses environs, les livres et estampes relatifs aux Beaux-Arts (architecture, peinture, gravure, ornementation); en 1896, les dessins et tableaux, les dessins d'architecture et de décoration, vues de Paris et des environs, dessins de différents genres, documents contenus dans six catalogues reliés en trois volumes (catalogue n°71 / 1987 du libraire Léonce Laget - arch. pers.).

Patrice de Vogüéreprenant les informations citées dans l'article de Cédric Rabeyrolles-Destailleur.Mémoire d'un chef-d'œuvre, Vaux-Le-Vicomte, 1875-2008, Imprimerie Nationale, 2008, à 29 - illustré d'un portrait gravé de Destailleur assis dans sa bibliothèque. évoque les ventes posthumes : .

C'est alors que la Bibliothèque nationale acquit plus de dessins liés à la topographie parisienne tandis qu'Henri d'Orléans, duc d'Aumale, se fit adjuger lors des vacations des 19 et , un Nicole Garnier-Prelle, catalogue de l'exposition Trésors du cabinet des dessins du Musée Condé, Somogy et Musée Condé, 2005..

On notera notamment la présence dans cette collection du Livre des Saint-Aubin, recueil où chacun des membres de cette grande famille d'artistes du ont dessiné et qui fut acquis par la comtesse Martine de Béhague en 1894 puis en 2001 par le musée du Louvre ou encore le nombre impressionnant de dessins d'Androuet du Cerceau.

Un recueil factice de 125 portraits d'artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, scientifiques, médecins, gravés sur cuivre entre le et contenant plusieurs estampes de Claude Mellan, provenant de sa bibliothèque a été vendu euros à Paris le La Gazette Drouot, n° 41 - 24 nov. 2017, ..

Ouvrages et écrits Destailleur dirigea la publication de plusieurs ouvrages :

Recueil d’estampes relatives à l’ornementation des appartements aux XVI, XVII et XVIIIe siècles publiées sous la direction et avec un texte explicatif par M. H. Destailleur, architecte du gouvernement. Gravées en fac-similé par MM. Rudolf Pfnor et Riester d’après les compositions de du Cerceau, Le Pautre, Berain, Daniel Marot, Meissonnier, La Londe etc. 2 Tomes, (Paris, Rapilly, 1863 et 1871, in-folio) ; Jacques Androuet du Cerceau. Les plus excellens bâtiments de France. Sous la direction de H. Destailleur, architecte du gouvernement. Gravé en fac-similé par M. Faure-Dujarric, architecte. Nouvelle édition augmentée de planches inédites de du Cerceau. 2 tomes (Paris. A. Levy, 1868 et 1870, in-folio) ; Mathurin Jousse. La Fidelle ouverture de l'art du serrurier, composée par Mathurin Jousse, accompagnée d'une notice historique par H. Destailleur (A. Lévy, 1874, in-folio).

Expositions Une exposition de portraits d'artistes provenant de sa collection au musée Carnavalet a eu lieu de mars à juin 2006. La numérisation d'une partie du fonds Destailleur du département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France (mise en ligne sur GallicaAccès à la collection numérisée sur le site Gallica.fr.) a également permis de mieux faire connaître le collectionneur du grand public et de faciliter les travaux sur ses collections.

Voir aussi

Bibliographie

Bibliographie :

Anthony Geraghty, The Empress Eugénie in England: Art, Architecture, Collecting, The Burlington Press : Londres, 2022 . Wolfgang Cillessen, « Hippolyte Destailleur : la bibliothèque de l’architecte comme outil de travail », dans Olga Medvedkova (dir.), Bibliothèques d’architecture, Paris, INHA, 2009, p. 281-295. Bruno Pons, The James A. De Rothschild Bequest at Waddesdon Manor: Architecture and Panelling, Philip Wilson Publishers Limited, Londres, 1996. Cédric Destailleur, , in L'Artiste collectionneur de dessins I. Sous la direction de Catherine Monbeig-Goguel, 5 Continents, 2006. Daniel Baduel, , in Saint-Martin-du-Tertre : un village, une histoire, éd. Seugy, 2000. Anne Dugast, Isabelle Parizet: Dictionnaire par noms d'architectes des constructions élevées à Paris aux , Paris, 1991.

Sources sur la collection Destailleur : Catalogue de dessins et tableaux anciens et modernes, 1901. Inventaire de la collection de dessins sur les départements de la France formée par M. H. Destailleur et acquise par la Bibliothèque nationale, Paris, 1897, 14 vols. Henri Bouchot, Catalogue de dessins relatifs à l'histoire du théâtre [...] avec la description d'estampes rares sur le même sujet, récemment acquises de M. Destailleur, 1896. Catalogue de dessins et tableaux, 1896. Catalogue de livres et estampes relatifs aux beaux-arts (architecture, peinture, gravure, ornementation, etc.), 1895. Catalogue des livres et estampes, relatifs à l'histoire de la ville de Paris et de ses environs, 1894. Catalogue de dessins originaux réunis en recueils (Œuvres importantes des Saint-Aubin), 1893. Inventaire de la collection de dessins sur Paris formée par M. H. Destailleur et acquise par la Bibliothèque nationale, 1891, 6 vols. Catalogue des livres rares et précieux, 1891. Catalogue des estampes de l'école française du XVIIIe siècle imprimées en noir et en couleur ; pièces historiques et scènes de moeurs ; suites de costumes ; portraits ; oeuvres de Charlet, Gavarni, Lami, Monnier, les Vernet ; dessins, 1890.

Articles connexes Le château de Vouzeron Élie Lainé

Liens externes

Notes et références

Catégorie:Architecte français du XIXe siècle Catégorie:Collectionneur français d'œuvres d'art Catégorie:Bibliophile français du XIXe siècle Catégorie:Naissance en septembre 1822 Catégorie:Naissance dans l'ancien 11e arrondissement de Paris Catégorie:Décès en novembre 1893 Catégorie:Décès dans le 7e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 71 ans Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière du Montparnasse (division 1)