Maurice Tillieux, né le à Huy (Belgique) et mort le à Tours (Indre-et-Loire) en FranceLieu de décès inconnu, il est victime d'un accident de voiture deux jours auparavant près de la ville de Tours., est un dessinateur et scénariste belge francophone de bandes dessinées, principalement connu pour être l'auteur et le créateur des séries Gil Jourdan, Félix, César et comme créateur et scénariste des séries Marc Lebut et son voisin et Jess Long.
Il commence la bande dessinée pendant la guerre en signant des illustrations dans le journal Spirou, puis il passe par Bimbo et Jeep avant d'être engagé à Héroïc-Albums. Il y crée plusieurs ébauches de série avant de commencer une longue série policière qu'il intitule Félix. Avec cette série, il signe soixante-sept histoires, mais après la disparition de Héroïc-Albums il l'abandonne pour pouvoir rentrer à Spirou. Il crée alors Gil Jourdan, un Félix plus achevé. Dix-huit histoires plus tard, il cède le dessin à Gos jusqu'à sa mort.
Le domaine de l'humour est aussi exploré avec la création de César, d'abord dans Le Moustique puis dans Spirou, mais aussi en scénarisant des séries sur ce thème comme Marc Lebut et son voisin pour Francis. Il crée pour Arthur Piroton la série policière Jess Long. Il reprend ensuite le scénario de grandes séries comme Tif et Tondu pour Will, Natacha pour François Walthéry ou encore La Ribambelle pour Jean Roba.
Biographie Jeunesse vignette|alt=Photo de la grand-place de la ville de Huy|300px|Grand-place de Huy, la ville où est né Maurice Tillieux. Maurice Tillieux naît le à Huy en Belgique.. Il est le fils unique. d'un père chef de gare et d'une mère institutrice. Sa famille est d'origine française d'un petit village près de Lille et une partie de sa famille habite à Aix-en-Provence. Dès l'âge de six ans, il se promène souvent en France. et vit à Paris, Toulouse., ainsi que dans le Var.. Son enfance française l'influencera plus tard pour ses histoires, où il décrit énormément la France. Dans sa jeunesse, il est surtout marqué par le cinéma : celui de sa ville se trouve juste derrière chez lui. Il assiste à tous les films de Buster Keaton et Charlie Chaplin qu'il redessine ensuite.. Du côté de la bande dessinée, il lit les publications des éditions Offenstadt, comme Cri-Cri, Le Petit Illustré ou encore L'Épatant. Il découvre aussi Le Bon Point, publié par les éditions Albin Michel et dont il arrête la lecture à l'âge de douze ans. Très jeune, il lit les livres d'André Gide et de Marcel Aymé.
À seize ans, il tente de partir clandestinement avec un ami pour les États-Unis, en se cachant dans la cale d'un navire de charge du port d'Anvers.. Ils partent sans bagages, ni pièces d'identité, ni argent, avec juste deux ou trois boites de conserve. Ils sont finalement découverts et chassés du bateau avant le départ.. Un peu plus tard, il passe et réussit, sans prévenir ses parents, l'examen d'entrée pour intégrer la marine marchande.. Il passe quelque temps dans les écoles de navigation d'Ostende et d'Anvers. Le jour où il doit embarquer à Bordeaux pour l'Amérique du Sud afin de poursuivre sa formation, le port est victime d'un bombardement allemand qui fait faire demi-tour au navire qui doit l'emmener avec les autres élèves. Faute de pouvoir poursuivre sa formation, il abandonne une carrière dans la marine.. Il passe quelques mois réfugié à Guémené-sur-Scorff après avoir fui la Belgique à l'été 1940 et transité par Lorient. Pendant la guerre, il doit se cacher pour éviter le service du travail obligatoire des Allemands et à plusieurs reprises, il évite de peu l'arrestation par la Gestapo.
Débuts dans la bande dessinée (1942-1947) Maurice Tillieux commence sa carrière dans le Journal de Spirou en où il illustre la chronique du Fureteur écrite par Jean Doisy ainsi que le jeu des sept erreurs : Voyez-vous les erreurs ?... Il commence dans la bande dessinée en 1942. Il essaye d'imiter des séries américaines comme Félix le chat, Mickey Mouse ou encore Bicot, mais ses dessins ne seront jamais publiés.. En fait, ses premières publications sont des romans policiers. Il écrit pour la revue Le Jury de Stanislas-André Steeman un roman intitulé Le Navire qui tue ses capitaines, mais celui-ci est finalement refusé car son éditeur ne le trouve pas assez psychologique. Un peu plus tard, il est publié dans une version plus longue, par une autre maison d'édition. C'est un roman inspiré d'un fait divers qu'il a lu à l'âge de sept ans, plein de romanesque, d'humour, avec une bonne narration ; néanmoins, il utilise de grossières ficelles pour maintenir le suspense.. Sur sa lancée, il en écrit deux autres : L'Homme qui s'assassina sous le pseudonyme de Robertson, car un nom américain garantit de meilleures ventes, et Aventures de Paillasson, respectivement en 1944 et 1945. Parallèlement, il exerce plusieurs petits métiers en rapport avec le dessin, comme peindre pour la publicité, dessiner des moteurs électriques., des affiches et des dessins d'humour en France, ainsi qu'en Belgique.. L'une de ses affiches publicitaires pour la sécurité routière restera longtemps accrochée dans les commissariats..
Il décide d'abandonner le roman, parce qu'on arrive difficilement à en vivre et parce qu'il se sent plus apte à restituer une ambiance par le dessin que par la seule écriture.. En 1944, il entre au journal Bimbo sur recommandation de Jean Doisy, alors rédacteur en chef du Journal de Spirou. Il le connaît, car dans sa jeunesse, il était copain de classe avec le fils de ce dernier. Jean Doisy a une idée en tête à ce moment : faire de Maurice Tillieux une sorte d'espion industriel pour savoir comment les journaux de la concurrence sont conçus.. À Bimbo, s'il fait office de rédacteur en chef, il s'occupe aussi de tout, comme allumer le poêle, répondre au courrier des lecteurs ou écrire les textes rédactionnels sous pseudonyme. Il reprend aussi une série du fondateur Guy Depière intitulée Bimbo, Romarin et Miksy, qu'il ne signe pas, malgré le fait qu'il n'a aucune notion de dessin et rencontre des difficultés avec la perspective, ainsi qu'avec l'anatomie humaine.. Le journal finit par disparaître après la guerre, ne pouvant lutter contre son rival Spirou.. Pendant cette période, Tillieux réalise pour Le Moustique et Spirou des caricatures et des illustrations., mais le directeur Charles Dupuis n'aime pas son dessin et refuse de publier ses bandes dessinées dans Spirou..
Il intègre ensuite le journal Jeep, fondé aussi par Guy Depierre.. C'est dans ce journal qu'il commence sérieusement à faire de la bande dessinée. Il est obligé de fournir douze pages pour chaque numéro, soit quasiment l'intégralité du journal, ce qui lui permet d'apprendre rapidement les ficelles de la bande dessinée. Dans ce périodique, il lance, avec l'aide de sa femme, ses premières séries comme Dazy Black, Zénobie ou encore Patrick et Dolly. Il produit ses douze planches mensuelles en trois jours et trois nuits non-stop, toujours avec l'aide de son épouse qui colorie les zones en noir. L'argent qu'il gagne à ce moment avec ses quelques planches lui permet de vivre modestement mais suffisamment pour le mois, ce qui à l'époque lui suffit. Il fait aussi en parallèle de petites collaborations pour le journal L'Explorateur, fondé par des anciens de chez Bimbo., où il produit près de cent quarante strips de sa série Achille et Boule-de-Gomme et une vingtaine de planches de Notre oncle et nous qui sont des dessins avec une légende en dessous. Il collabore avec Willy Vandersteen pour le périodique . Il a pour mission de dessiner, dans un style très réaliste, une grande partie des planches sur indications du maître..
Période Héroïc-Albums (1947-1956) En 1947, à la suite d'une proposition de Fernand Cheneval, un ancien de chez Bimbo, il entre à Héroïc-Albums où il crée tout d'abord la série Bob Bang. Elle met en scène un marin, dont il abandonne rapidement les aventures, car il craint que l'emploi du héros ne crée des histoires répétitives. À la suite de l'abandon de Bob Bang, il réalise, à la demande de son rédacteur en chef, une série d'histoires réalistes qu'il copie sur Fred Harman et Milton Caniff. Quelque temps plus tard, la maison d'édition flamande lui demande de refaire une série traditionnelle : c'est la création de Félix, qui est inspiré de ses lectures de romans policiers. Il signe alors, sur l'exigence de ses éditeurs, ses planches de pseudonymes américains comme John Cliff, Ronald Scott, Jill Morisson. Félix est la première bande dessinée qu'il signe de son véritable nom. Pour créer le personnage de Félix, il se souvient de ses séjours dans la région d'Auch où tout le monde à l'époque porte un béret et il en ajoute naturellement un à son héros. De plus, il ajoute des lunettes, car il a encore du mal à dessiner les yeux. Avec des lunettes, ils sont alors cachés et il suffit de bouger les sourcils pour faire passer une émotion et montrer si le personnage est content ou pas..
La série Félix commence par l'histoire La Turquoise creuse : à Bruxelles, deux vagabonds ouvrent une agence d'excuse. Ils se nomment Félix et Fil-de-Zinc et ont leurs premiers ennuis. Dans l'histoire Le Gouffre de Kelgaf, ils partent en Bretagne pour trouver un trésor et y rencontrer un représentant en allume-gaz qu'ils nomment simplement Allume-Gaz. Un voyage au Chicaraguay, un pays imaginaire d'Amérique du Sud en pleine révolution, dans l'histoire Aventure au Chili, leur permet de rencontrer un inspecteur de police nommé Alonzo Cabarez. Ce dernier, avec Félix et Allume-Gaz, forment le trio définitif de la série, alors que Fil-de-Zinc disparaît sans explication.. Cette série permet à Maurice Tillieux de dessiner les décors des quatre coins du monde au fil des missions de ses héros, mais aussi des périodes historiques comme l'Allemagne nazie. Les Amériques et la France sont les endroits où le trio enquête le plus, même si l'Asie et le reste de l'Europe sont aussi représentées.. Vers la fin de la série, le personnage de Linda rejoint le trio et Maurice Tillieux peut modifier la psychologie de son héros en introduisant des sentiments amoureux pudiques. Après soixante-sept histoires, la dernière histoire de Félix est publiée en 1956 et s'intitule L'Affaire des bijoux.. À Héroïc-Albums, il a une liberté de création totale et la seule censure est celle qu'il s'impose pour éviter d'aller trop loin, la bande dessinée étant encore réservée aux enfants. Il écrit des histoires en dehors de toute logique commerciale sans chercher à se faire plus d'argent qu'il ne lui en faut pour faire vivre sa famille. Lors de la déconfiture de cette maison, il va brièvement collaborer au journal Ima, l'ami des jeunes, pour lequel il va reprendre l'enquête de Félix, La Grotte hantée, et l'adapter sous le nom d'Ange Signe. Ce Démon Vert est plus étoffé que l'original : au lieu de 1112 si l'on tient compte de la page de couverture., grâce à l'adjonction de gags. Une deuxième histoire devait paraître dans cet hebdomadaire mais sa disparition fera qu'elle sera publiée dans L'Intrépide., une autre revue de bandes dessinées.
En parallèle de son travail pour Héroïc-Albums, il enregistre un feuilleton radiophonique adapté de l'une de ses histoires parue dans l'hebdomadaire. C'est un travail rapide : le matin il commence à écrire son texte et l'enregistre à midi. Un travail court qui lui permet, avec les multiples rediffusions en Afrique francophone, de toucher une redevance pendant plusieurs années. Il réalise aussi un texte illustré nommé Les Momies de Saint-Sulpice adapté d'une des histoires de Félix qu'il dessine en une matinée, directement à la plume. Elle est inspirée de la légende des momies de la basilique Saint-Michel de Bordeaux où l'on avait trouvé des centaines de corps transformés en momies par l'argile contenu dans le sol. et qu'il avait vue à l'âge de onze ans, ce qui l'avait beaucoup impressionné..