Maurice Pierre Lebesque, dit Morvan Lebesque, né à Nantes le . Né sous le nom de sa mère, Anna Marie Moreau, il sera reconnu par son père Gilbert Maurice Lebesque le 2 décembre 1911. et mort à Rio de Janeiro le , est un journaliste et essayiste français.
Il fréquente le mouvement breton dans les années 1920 et fait partie de plusieurs groupes politiques comme le Parti autonomiste breton puis le Parti nationaliste breton intégralCe fut un parti très éphémère dont il sera membre de 1930 à 1931; . avant de partir à Paris, où il exerce plusieurs métiers. Ayant gardé des contacts dans ce mouvement, il continue de le fréquenter par intermittence, et finit par travailler un temps comme secrétaire de rédaction du journal L'Heure bretonne en 1940 ainsi qu'être membre au Parti national breton.
Il retourne à Paris la même année, et participe à plusieurs revues pendant l'Occupation, dont Je suis partout. Dans le Paris occupé, il rencontre plusieurs figures de l'intelligentsia comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir qui influenceront par la suite son œuvre.
Après la guerre, il se fait connaître comme auteur au Canard enchaîné où il signe en . Il y prend régulièrement pour cible les institutions de la Cinquième République ainsi que le général de Gaulle. À la fin des années 1960, il se rapproche de la nouvelle génération du mouvement breton, et signe en 1970 le pamphlet Comment peut-on être Breton ? qui devient un succès de librairie.
Jeunesse bretonne
Enfance à Nantes vignette|Le lycée Georges-Clemenceau de Nantes où Lebesque étudie. Maurice Lebesque naît le , quai Barbin (devenu quai Barbusse) à Nantes. D'origine très modeste, son père est un vendeur de rue et sa mère sort de l'orphelinat à l'âge de 16 ans sans formation. Il entre en 1919 au lycée Clemenceau de Nantes où il bénéficie d'une bourse. Bon élève, il remporte plusieurs premiers prix en espagnol et en composition française, mais ses origines modestes sont une source de vexations au cours de ses études. À l'âge de 14 ans, il commence à s'intéresser à la politique et rejoint les Jeunesses républicaines, et rejette « les curés et les militaires ».
À la même époque, dans l'ouest de Nantes, le quartier de Chantenay accueille une population brittophone pauvre venue de Basse-Bretagne et rejetée par les élites nantaises. Il ne tarde pas à s'intéresser à leur culture et, à l'âge de 15 ans, fait un tour à vélo dans la péninsule armoricaine, premier d'une série se poursuivant les années suivantes malgré des moyens financiers très limités. Selon lui, une inscription figurant au musée Dobrée de Nantes provoque un déclic en lui — — et il commence à s'intéresser à l'histoire de la Bretagne.
Débuts en politique En 1928, il rejoint le Parti autonomiste breton (PAB), formation créée l'année précédente et dont la section nantaise est encore embryonnaire. Dans ce cadre, il devient en 1929 secrétaire de la fédération des étudiants bretons de Nantes. Il signe la même année un premier article dans la revue du PAB, Breiz Atao, faisant la critique d'une conférence d'un militaire ayant eu lieu dans son lycée. Fin 1929, il rejoint la section de Saint-Nazaire du parti. Il s'investit davantage dans les premiers mois de 1930 en participant à la création d'une fédération départementale, en servant d'intermédiaire entre les sections de Nantes et de Saint-Nazaire ou en animant des réunions publiques dans le pays nantais.
vignette|Saint-Joachim où Lebesque fait ses débuts comme instituteur. Lors de la rentrée scolaire de 1929, après avoir décroché son baccalauréat, il est nommé comme instituteur à Saint-Joachim, commune de Brière située entre les estuaires de la Loire et de la Vilaine. Mais dès , dans un article publié dans Breiz Atao, il critique les conditions dans lesquelles il exerce son métier et prend pour cible l'école de la Troisième République. Le , il reçoit une lettre l'informant de sa révocation de l'Éducation nationale. Il met en cause à l'époque des collègues qui auraient dénoncé ses activités politiques à l'inspecteur d'académie, mais d'autres raisons plus triviales sont évoquées par des témoins de l'époqueSelon Théophile Jeusset, il aurait frappé un élève ; selon une autre militante de l'époque, une femme du village serait de son fait tombée enceinte..
Il se rend alors à Rennes où se situent les leaders du Parti autonomiste breton. Il intègre la rédaction de Breiz Atao et y écrit des revues de presse, une chronique sur la vie culturelle bretonne ainsi que des articles généralistes. Il utilise l'Histoire de la région dans un but militant, s'exprime en faveur de l'émergence d'un théâtre national breton, tout en critiquant à l'été 1930 la politique coloniale de la France en Indochine et en citant Gandhi comme exemple. Bien qu'il doive son embauche à François Debeauvais qui représente l'aile nationaliste du parti, il est à l'époque plus proche de l'aile fédéraliste du Parti autonomiste breton. Il est pacifiste et méfiant à l'égard des grandes idéologies de l'époque.
Il est alors en contact avec un certain nombre d'artistes et d'intellectuels bretons, du mouvement des au courant littéraire .
Il quitte Rennes et cesse ses activités au sein du PAB à la fin de l'été 1930, vraisemblablement à la suite d'un vol d'argent dans les caisses du parti. Il retourne à Nantes où il travaille de manière irrégulière comme pigiste à L'Écho de la LoireL'Écho de la Loire : Notice d'autorité.. En , il rejoint le Parti nationaliste breton intégral (PNBI) de Théophile Jeusset, d'idéologie antisémite et royaliste, en faisant .. Il y devient délégué général à la propagande et signe des articles dans sa revue, . Il rompt avec les fédéralistes et déclare dans la revue du parti avoir fait le choix du fascisme en citant abondamment le penseur syndicaliste-révolutionnaire Georges Sorel. Dès , il ne participe plus aux congrès du parti et, en 1932, monte à Paris et ne communique plus avec lui.
Premières années à Paris
Des débuts difficiles dans les années 1930 vignette|gauche|La Samaritaine où il travaille comme magasinier. Il vit difficilement les premiers mois dans la capitale. L'hiver 1932 est particulièrement froid alors qu'il est à plusieurs reprises amené à dormir dans la rue. Il travaille un temps comme magasinier à La Samaritaine et doit vivre d'expédients les premières années. Il épouse le Émilienne Raynaud, avec laquelle il a deux enfants. De ces années difficiles, il en tirera plus tard une pièce, « Les fiancés de la Seine ».
vignette|redresse|L'attentat du 7 août 1932 à Rennes lui procure une occasion de reprendre contact avec le mouvement breton. Il commence à travailler pour des journaux qui l'envoient comme correspondant en Bretagne le temps d'un reportage. Détective l'embauche en 1936 pour un travail sur le groupe armé qui, après leur attentat du 7 août 1932 à Rennes contre la sculpture symbolisant l'union de la Bretagne à la France, a lancé en des bombes incendiaires visant des préfectures de la région pour commémorer le soulèvement irlandais de 1916. Il rencontre à cette occasion des cadres du mouvement breton de l'époque comme François Debeauvais, François Vallée ou Goulven Mazéas, et — grâce à son réseau de contacts — plusieurs membres clandestins de . Il anticipe déjà la radicalisation de certains activistes en écrivant : .
En 1937, il écrit aussi pour Voilà des articles en lien avec la politique et la culture en Bretagne. Une série d'articles prenant pour toile de fond la mer et les îles, d'un sérieux douteux et donnant dans le pittoresque, traite des naufrageurs du pays pagan ou encore des femmes d'Ouessant. Il reste dans un style en vogue en France depuis la fin du , figurant la Bretagne comme une terre exotique et véhiculant une imagerie faite de contes et de légendes.
Intermède breton pendant l'Occupation
Appelé sous les drapeaux au début de la Seconde Guerre mondiale, il intègre à Bordeaux une école pour élèves officiers d'artillerie. De cette époque, il tire l'inspiration pour un roman, « Soldats sans espoir ». Il est démobilisé au cours de l'été 1940 et remonte à Paris où il rencontre par hasard Olier Mordrel. Ce dernier lui parle de son projet de création à Rennes d'un journal, L'Heure bretonne. Il s'imagine alors, selon un témoignage a posteriori, un journal indépendant à la fois de l'Allemagne comme de Vichy, et accepte de rejoindre le projet. Il adhère adhère au Parti National Breton et inspire la ligne profondément anglophobe de l'Heure Bretonne.
vignette|La bataille de Mers el-Kébir de est prétexte à un article anglophobe dans L'Heure bretonne en septembre de la même année. Il anime la rédaction du journal et s’attelle au travail de secrétaire de rédaction. Il signe aussi des articles sous le pseudonyme de Morvan Lescop, au nombre de quatre, dont la publication s'étale du 8 au , les derniers ayant été publiés selon lui après son départ du journal. Le premier est publié le et parle de la mise en place de "L'État Français" par Vichy, où l'auteur s'est vraisemblablement rendu plus tôt. Il critique ce régime politique, en particulier Pierre Laval, non sans tomber dans un certain antisémitisme. Il annonce dans ce même article et plusieurs mois à l'avancePar décret du , Rennes devient la préfecture d'une région comportant les départements d'Ille-et-Vilaine, des Côtes-d'Armor, du Finistère et du Morbihan, alors que la Loire-Atlantique intègre une région ayant comme capitale Angers et comportant en sus le Maine et la Vendée. le morcellement de la Bretagne en plusieurs régions, information qu'il dit avoir obtenue auprès d'un haut fonctionnaire. Dans le numéro du , l'évocation des victimes bretonnes lors de la bataille de Mers el-Kébir est le prétexte à une anglophobieErwan Chartier évoque plusieurs causes profondes de cette anglophobie en Bretagne, allant de l'influence du clergé catholique méfiant envers un pays protestant, au parti pris pro-irlandais des nationalistes bretons vis-à-vis de leurs luttes contre l'Angleterre. assez prononcée. À la fin du mois de septembre, il a déjà quitté le journal sans que des raisons de son côté ou de celui d'autres acteurs de l'époque soient avancées. Yann Fouéré parvient difficilement à le rencontrer plusieurs mois plus tard lorsqu'il cherche à créer son journal La Bretagne, Lebesque cherchant visiblement à couper les ponts avec le mouvement breton de l'époque.
La réussite dans le Paris de l'Occupation
Revenu à Paris, il devient le secrétaire d'Alain Laubreaux, ce qui lui ouvre les portes du milieu littéraire et journalistique de la capitale, et en premier lieu au Petit Parisien où il collabore. Lebesque y publie par épisodes une biographie de l'ancien président du Transvaal Paul Kruger qui s'inscrit dans une politique de propagande anti-britannique favorisée par Vichy. Bien que comportant certains passages critiquables, l'ouvrage ne tombe pas dans les travers de l'antisémitisme de ce genre de publication. C'est aussi dans ce journal qu'il fait la connaissance de Jules Rivet, ancien directeur du Canard enchaîné.
vignette|Jean-Paul Sartre, que Lebesque rencontre en grâce à une relation commune.