La La partition de l'île de Chypre est également désignée par les termes : , , ou chypriote selon les langues et les sources. (, ) correspond à la division de facto de l'île en deux entités distinctes, géographiquement, culturellement et politiquement. Depuis l'été 1974, une ligne de démarcation sépare, au sud, la seule République chypriote reconnue quasi internationalementVoir les parties concernées dans l'article sur les États non reconnus internationalement.. et membre de l'Union européenne, la république de Chypre, dont la majorité des habitants appartiennent au groupe ethnolinguistique des Chypriotes grecs (près de en 2006 répartis sur De jure, le gouvernement de la République de Chypre considère que l'ensemble de l'île constitue le territoire qu'il administre (soit une superficie de ), mais il ne contrôle pas la partie administrée par le gouvernement de la RTCN, ni les territoires sous contrôle onusien.) et parle le grec chyprioteDe jure, la République de Chypre englobe la totalité de l'île, des sièges du parlement chypriote sont réservés à la communauté turque et le turc est reconnu comme co-langue officielle. De facto, cela n'est pas appliqué et si les Chypriotes grecs représentent la majorité de la population de l'île, on ne peut pas parler d'un État-nation ou d'une communauté homogène, fondée sur des caractères ethniques ou linguistiques communs. et, au nord, la République , appelée république turque de Chypre du Nord, seulement reconnue par la Turquie et composée en majorité de Turcs et de Chypriotes turcs (environ en 2006 répartis sur ) parlant le turc et le turc chypriote. Cet état de fait est la résultante historique conjuguée de l'ingérence étrangère sur l'île au et de facteurs historiques et communautaires plus anciens.
Avant 1974 et la séparation par une limite physique entre les deux communautés, l'île passe d'une période de domination politique et culturelle ottomane durant laquelle un nombre important de Turcs immigrent pour former la deuxième communauté après les descendants des Hellènes., au statut de colonie de l'Empire britannique. Dès 1931, des révoltes éclatent contre la domination de Londres ; en 1950, un premier référendum sur le rattachement de l'île à la Grèce est organisé mais le résultat n'est pas pris en compte par les Britanniques. Malgré l'indépendance de l'île accordée en 1960 et la tentative de former un gouvernement bi-communautaire, les tensions entre les deux groupes ethniques croissent jusqu'à leur apogée : la tentative de coup d'État de 1974 et l'intervention turque qui en résulte. Si la communauté chypriote est partagée physiquement dès 1964, le passé de l'île influe également sur le développement de fractures entre les deux groupes ethnolinguistiques.
Contexte historique thumb|upright=1.4|Représentation de la Grande Idée, un courant idéologique visant à unifier tous les Grecs dans un seul État-nation.|alt=Image allégorique d'une femme représentant la Megáli Idéa/Grande Idée et portrait dessiné et encadré d'Alexandre de Grèce au premier plan. Carte de la Grèce après le traité de Sèvres (non ratifié) et de Chypre au second plan avec les possessions grecques en Turquie.
Un premier référendum sur le rattachement de l'île à la Grèce a lieu le , soutenu par le Conseil EthnarchiqueConseil religieux et consultatif du gouvernement britannique, en place depuis l'ère ottomane. et l'Église orthodoxe, sous l'égide de l'archevêque Makários IIMakários II, archevêque de Chypre de 1948 à 1950 et le Conseil Ethnarchique organisent le référendum dans les églises du pays.. Cet évènement singulier s'intègre sur un plan historique dans la , l'idée que tous les peuples grecs doivent être réunis dans un seul État-nation ; au niveau chypriote, cette idée se heurte à la domination britannique et ottomane/turque depuis le début du . 95,7 % des Chypriotes grecsLes Chypriotes musulmans n'ont pas été invités à participer au vote. se prononcent alors en faveur du rattachement : l'Union ou (en grec : )Le choix présenté aux Chypriotes est le suivant : Nous demandons l'union avec la Grèce ou Nous nous opposons à l'union de Chypre avec la Grèce. Le résultat du plébiscite est annoncé le 27 janvier par l'ethnarchie. Les Chypriotes ont massivement voté pour l'Énosis : selon l'ethnarchie, sur votants, soit 95,7 %, se sont déclarés en faveur de l'union avec la Grèce. . .., démontrant leur rejet de l'administration coloniale britannique en place depuis la fin de la Première Guerre mondiale, dans les urnes. Les administrateurs britanniques considèrent le plébiscite comme un stratagème dans la rivalité entre le parti AKEL – d'orientation communiste – et l'Église orthodoxe ; ils ne lui accordent aucune considération. L'anticommunisme occidental de l'après-guerre permet à Sir Andrew Wright, devenu gouverneur de l'île en 1949, de défendre sa politique répressive envers les partisans de l'Énosis (dont l'AKEL est au premier rang) auprès du Colonial Office ., publication de Christa Antoniou..
Guerre civile
En parallèle, la rivalité entre la Grèce et la Turquie prend une ampleur internationale en 1954, lorsque la Grèce dépose aux Nations unies une motion sur l'autodétermination de l'île ; c'est le début d'une nouvelle phase de tensions inter-communautaires... L'année suivante, le conflit se radicalise avec la création de l'EOKA, une organisation armée indépendantiste en faveur du rattachement de Chypre à la Grèce. Avec le début de ces actions armées asymétriques, débute une période de violences contre les forces britanniques et les Chypriotes turcs accusés d'être en faveur du rapprochement avec la TurquieJusqu'en 1954, la Grèce tente de résoudre le problème chypriote par des pourparlers bilatéraux avec la Grande-Bretagne alors que la Turquie préfère rester en retrait quant à sa politique extérieure vis-à-vis de Chypre.. En six mois, on dénombre plus de morts et disparus imputables aux affrontements, ainsi que le déplacement d'un millier de Chypriotes grecs du nord vers le sud de Nicosie et de réfugiés Chypriotes turcs qui quittent les villages mixtes ou à majorité turque, où ils vivaient, vers les grandes villes les plus proches. De nombreux mukhtars sont chassés, menacés ou assassinés et les rivalités entre les deux communautés s'accentuent sans que le gouvernement britannique de l'époque ne prenne de mesures conséquentes pour apaiser les tensions ...
En parallèle, les Britanniques utilisent des Chypriotes turcs dans les rangs des forces de l'ordre pour contrer les nationalistes chypriotes grecs. Cette accumulation de tensions conduit au glissement d'un conflit anti-colonial vers un conflit inter-communautaire.. En 1956, la situation continue de s'aggraver ; l'archevêque Makários III – accusé de soutenir les indépendantistes – est déporté aux Seychelles et plusieurs membres de l'EOKA sont condamnés à mort par pendaison... Entre 1947 et 1954, la seule réponse globale apportée par le Royaume-Uni est la tentative de mise en place du plan WinsterLe rejet du projet de Constitution de Lord Winster, qui ne prévoit pas le droit à l'autodétermination et qui fait la distinction entre les deux communautés majoritaires conduit au référendum sur le rattachement de l'île à la Grèce le et à la victoire des pro-., un projet de réforme interne prévoyant une Constitution, un gouvernement bi-communautaire sous administration britannique et une assemblée consultative d'élus locaux, publication de Ahmet C. Gazioğlu..
Indépendance
En , les dirigeants chypriotes des deux communautés rencontrent les dirigeants turcs, grecs et britanniques lors de deux conférences à Zurich et à Londres.. Les Britanniques élaborent une nouvelle Constitution . garantissant la souveraineté de l'île par la Turquie, la Grèce et le Royaume-UniPar le traité de garantie, le Royaume-Uni, la Turquie et la Grèce deviennent les États garants de l'équilibre constitutionnel. Le traité accorde, en particulier, un droit d'intervention militaire, sous certaines conditions, aux trois puissances garantes, pour rétablir l'ordre constitutionnel si celui-ci venait à être modifié :. .. Les trois États renoncent à leur domination sur l'île. Elle ne doit pas être divisée et les Britanniques peuvent conserver sur l'île deux bases militaires souveraines ; de facto, toute revendication politique en faveur de l'Énosis doit être abandonnée.. Le Chypre devient une république indépendante au sein du Commonwealth, avec un président chypriote grec (l'archevêque Makários III est élu avec 67 % des voix exprimées.) et un vice-président chypriote turc (le ).. Elle est également admise aux Nations unies, avec une pleine souveraineté. Cependant, il reste toujours 950 soldats grecs et 650 soldats turcs venus protéger leurs ressortissants et les deux communautés pendant la période de troubles qui a précédé l'indépendance. Après son accession à l'indépendance, la totalité de l'île devient membre du Conseil de l'Europe dès le . Les troubles politiques internes, les tensions entre communautés et la montée de la violence (notamment entre les factions pro-Énosis et pro-turques, ressources de l'université de Toulouse. comme l'EOKA et le TMT, l'organisation de défense turque) poussent la Turquie à exprimer à son tour une ancienne revendication : le Taksim, soit la partition de l'île entre les deux communautés.
Transition politique
Le Taksim est renforcé par les mouvements de population : la séparation géographique se durcit en durant la qui fait 134 morts dont 108 Chypriotes turcs et nouveaux déplacés..
Cette situation conduit le Conseil de sécurité à adopter à l'unanimité, le , la résolution 186., qui recommande la création de la Force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) ; casques bleus sont envoyés pour s'interposer entre les différents groupes paramilitairesExtrait : .
En 1964, Chypre sombre dans une guerre civile., des opérations d'épuration ethnique sont commises par la partie grecque, provoquant des représailles du côté turc. Durant la bataille de Tylliria, l'armée de l'air turque bombarde plusieurs zones de l'île en représailles à l'assaut de la Garde nationale chypriote, nouvellement formée, contre l'exclave à majorité chypriote turque de Kókkina .. L'armée grecque est également présente sur l'île depuis 1959, elle stationne une garnison appelée et fournit l'EOKA en armes, soldats et tacticiensEn 1964, les États-Unis soucieux de la situation en Méditerranée orientale tentent une médiation secrète entre la Grèce et la Turquie sur la question chypriote afin d'éviter une déstabilisation du flanc sud-est de l'OTAN. Dean Acheson, ancien Secrétaire d'État est chargé de proposer un plan de partage de l'île., rapport de l'UNFICYP.. Makários III, qui mène à cette époque une double politique de rapprochement avec la Grèce et de renforcement de l'État chypriote, reçoit le soutien des non-alignés et des Soviétiques. Le gouvernement turc menace de débarquer sur l'île si les violences ne cessent pas, ce qui conduit Athènes à rappeler le général Grivas, chef de l'EOKA, envoyé dix ans plus tôt afin de former et diriger les miliciens chypriotes grecs. Entre 1965 et 1970, la situation se normalise progressivement et ce sont les différends au sein de la communauté grecque qui prennent le pas sur les différences ethniques.