Cet article se limite à la partie de la syntaxe du roumain consacrée à la phrase complexe, traitant de ses particularités par rapport à la phrase complexe française. Si la coordination entre propositions de la phrase complexe roumaine ne présente pratiquement pas de spécificités par rapport à la phrase française, les phrases à propositions subordonnées présentent quelques particularités quant aux modes verbaux utilisés dans les subordonnées, aux mots subordonnants, à l’ordre des propositions, etc.

Mode personnel vs mode impersonnel

L’une des particularités du roumain est sa préférence pour une subordonnée lorsque les sujets de deux procès sont identiques, par rapport au français, où, dans ce cas, c’est presque toujours le complément à l’infinitif qui est préféréSection d’après Avram 1997, ..

Subordonnée complément d’objet direct vs complément d’objet direct

Dans la langue roumaine actuelle, seul le verbe a putea « pouvoir » peut être utilisé avec l’infinitif aussi pour exprimer l’objet direct : Pot să urc = Pot urca « Je peux monter ». Les autres verbes régents se construisent en roumain avec un verbe à un mode personnel. Exemples :

+ Roumain Français Cred că are dreptate (indicatif) Je pense qu’il/elle a raison (indicatif) Cred că am dreptate (indicatif) Je pense avoir (infinitif) / que j’ai (indicatif) raison Vreau să pleci (subjonctif) Je veux que tu partes (subjonctif Vreau să plec (subjonctif) Je veux partir (infinitif)

En français, certains verbes régents demandent que le complément d'objet direct soit à l’infinitif, même lorsque son sujet est différent de celui du verbe régent. C’est le cas de la proposition infinitive. En roumain, elle correspond à une subordonnée COD ayant le prédicat au subjonctif : Îi cer să plece « Je lui demande de partir ». Les verbes de perception (a privi « regarder », a vedea « voir », a asculta « écouter », a auzi « entendre », a simți « sentir ») peuvent avoir un COD exprimé par le gerunziuMode qui correspond principalement tantôt au gérondif, tantôt au participe présent français. : Aud vorbindu-se « J’entends parler ».

Subordonnée complément d’objet indirect vs complément d’objet indirect

+ Roumain Français Sunt sigur că va pleca (indicatif) Je suis sûr qu’il/elle partira (indicatif) Sunt sigur că voi pleca (indicatif) Je suis sûr de partir (infinitif) Nu sunt sigur că va pleca (indicatif). Je ne suis pas sûr qu’il/elle parte (subjonctif) Nu sunt sigur că voi pleca (indicatif). Je ne suis pas sûr de partir (infinitif) Mă bucur că va pleca (indicatif) Je suis content qu’il/elle parte (subjonctif) Mă bucur că voi pleca (indicatif) Je suis content de partir (infinitif)

Subordonnées circonstancielles vs. compléments circonstanciels

Le complément circonstanciel de but à l’infinitif existe en roumain en concurrence avec son synonyme syntaxique, la subordonnée avec le prédicat au subjonctif : Ce putem face pentru a ne ușura munca? = Ce putem face ca să ne ușurăm munca? « Que pouvons-nous faire pour faciliter notre travail ? » Il en est de même pour les compléments avec fără « sans » : Muncește fără a se gândi la rezultat = Muncește fără să se gândească la rezultat « Il/Elle travaille sans penser au résultat » ; A concurat fără a câștiga = A concurat fără să câștige « Il/Elle a participé au concours sans gagner ». En revanche, seule la subordonnée est possible dans d’autres cas : Nu rezistă el să nu se ducă la ea « Il ne va pas résister à ne pas aller chez elle » ; Mai bine mă retrag decât să fac așa ceva « Je préfère me retirer plutôt que de faire une chose pareille » ; În loc să muncească, pierde vremea « Au lieu de travailler, il/elle perd son temps » ; Nu sunt prost să fac așa ceva « Je ne suis pas bête au point de faire une chose pareille » ; E prea deștept ca să nu înțeleagă « Il est trop intelligent pour ne pas comprendre ».

Il y a aussi un type de complément du nom exprimé par un infinitif, qui est en concurrence avec une proposition relative d’un type spécifique, introduite non par un pronom relatif, mais par une conjonction : Și-au exprimat dorința de a încheia un acord / să încheie un acord « Ils/Elles ont exprimé leur souhait de conclure un accord ».

Mode du prédicat de la subordonnée

Les différences d’emploi du mode touchent plusieurs types de subordonnées.

Subjonctif vs indicatif ou conditionnel

Dans le cas des subordonnées sujet, comme en français, les verbes régents exprimant la certitude demandent que le prédicat de la subordonnée soit à l’indicatif ou au conditionnel, et les verbes régents exprimant l’obligation, la nécessité, la possibilité et le contraire de ces notions régissent le subjonctif. En revanche, les verbes régents exprimant l’incertitude régissent l’indicatif ou le conditionnel en roumain, mais le subjonctif en français. Dans le même temps, alors qu’en roumain les verbes régents exprimant un jugement subjectif demandent l’indicatif ou le subjonctif (parfois les deux sont possibles), en français, les mêmes verbes sont généralement utilisés avec le subjonctifAvram 1997, .. Exemples :

+ Roumain Français Este sigur că va veni (indicatif) Il est sûr qu’il viendra (indicatif) Este clar că ar veni (conditionnel) dacă ar putea Il est clair qu’il viendrait (conditionnel) s’il pouvait Trebuie să vină (subjonctif) Il faut qu’il vienne (subjonctif) Nu e posibil să vină (subjonctif) Il n’est pas possible qu’il vienne (subjonctif) Nu e sigur că va veni (indicatif) Il n’est pas sûr qu’il vienne (subjonctif) E mai bine să vină (subjonctif) Il vaut mieux qu’il vienne (subjonctif) Păcat că n-a venit (indicatif) Dommage qu’il ne soit pas venu (subjonctif) E rușinos că nu vine (indicatif – action réelle) Il est honteux qu’il ne vienne pas (subjonctif) Ar fi rușinos să nu vină (subjonctif – action future supposée) Il serait honteux qu’il ne vienne pas (subjonctif)

Comme en français, dans le cas des subordonnées COD, les verbes régents de déclaration, d’opinion, de perception et ceux exprimant la certitude régissent généralement l’indicatif ou le conditionnel, alors que ceux exprimant l’intention, le souhait, la demande, l’exhortation et l’ordre se construisent avec le subjonctif. En revanche, les verbes régents exprimant un sentiment ou un état d’âme exigent en roumain l’indicatifAvram 1997, . :

+ Roumain Français Confirm că va veni (indicatif) Je confirme qu’il/elle viendra (indicatif) Cred că va veni (indicatif) / ar veni (conditionnel) dacă ar putea Je pense qu’il/elle viendra (indicatif) / viendrait s’il/si elle pouvait Vreau să vină (subjonctif) Je veux qu’il/elle vienne (subjonctif) Ordon să vină (subjonctif) J’ordonne qu’il/elle vienne (subjonctif) Regret că va veni (indicatif) Je regrette qu’il/elle vienne (subjonctif)

Dans la subordonnée COI aussi, il y a des ressemblances et des différences entre le roumain et le français. Les verbes régents exprimant la certitude demandent l’indicatif ou le conditionnel dans les deux langues, mais ceux qui expriment l’incertitude, les sentiments et les états d’âme demandent généralement l’indicatif ou le conditionnel en roumain, tandis qu’en français, c’est le subjonctif qui est exigéAvram 1997, .. Exemples :

+ Roumain Français Sunt sigur că va veni (indicatif) / ar veni (conditionnel) dacă ar putea Je suis sûr qu’il/elle viendra (indicatif) / qu’il/elle viendrait (conditionnel) s’il/elle pouvait Mă îndoiesc că va veni (indicatif) / ar veni (conditionnel) Je doute qu’il/elle vienne (subjonctif) Mă bucur că va veni (indicatif) Je suis content(e) qu’il/elle vienne (subjonctif)

La subordonnée COI régie par un verbe exprimant la crainte a une structure particulière. Les phrases Mă tem că pleacă et Mă tem să nu plece ont le même sens, bien que, dans la première, le prédicat de la subordonnée soit à l’indicatif et dans la deuxième, au subjonctif, avec un nu explétif. En français, avec ou sans ne explétif, le prédicat de la subordonnée est au subjonctif : « Je crains qu’il/elle (ne) parte ». Le sens contraire à celui de ces phrases est exprimé par la phrase Mă tem că nu pleacă (indicatif) « Je crains qu’il/elle ne parte pas » (subjonctif).

Dans les subordonnées circonstancielles également, l’indicatif et le conditionnel sont plus fréquents en roumain qu’en français : Deși este bolnav, lucrează « Bien qu’il soit malade, il travaille » ; Face sport, cu toate că e în vârstă « Il fait du sport quoiqu’il soit âgé » ; Face totdeauna ce vrea, fie că / indiferent că se opune cineva sau nu « Il/Elle fait toujours ce qu’il/elle veut, qu’on s’y oppose ou non »Avram 1997, .. La locution « jusqu’à ce que » a deux correspondants en roumain : l’un utilisé avec le subjonctif (A trecut multă vreme până să-l cunosc « Il est passé longtemps jusqu’à ce que je le connaisse »), l’autre avec l’indicatif : Continuă până (ce/când) termini « Continue jusqu’à ce que tu finisses »Avram 1997, ..

Dans les subordonnées CC introduites par un pronom indéfini, un adjectif indéfini ou un adverbe indéfini composé avec ori-, le prédicat est au conditionnel en roumain, mais au subjonctif en français : Nu-i deschid ușa, oricine ar fi « Je ne lui ouvre pas la porte, qui que ce soit » ; Este iertat, orice greșeală ar face « On lui pardonne, quelque faute qu’il fasse » ; Oriunde ar merge, este bine primit « Où qu’il aille, il est bien reçu » ; Orice s-ar întâmpla, nu plec « Quoi qu’il arrive, je ne pars pas » ; Mă duc oriunde vrei « Je vais où que tu veuilles »Avram 1997, ..

Subordonnées avec dacă

Il y a une différence notable entre le roumain et le français quant au mode utilisé dans les subordonnées circonstancielles introduites par la conjonction dacă « si » et par les locutions conjonctives avec cette conjonction, à savoir que le prédicat de la subordonnée peut être au même mode et au même temps que le prédicat de la principale.

En proposition circonstancielle de condition :

+ Roumain Français Dacă va putea (indicatif futur), va veni Si elle peut (indicatif présent), elle viendra Dacă ar putea (conditionnel présent), ar veni Si elle pouvait (indicatif imparfait), elle viendrait Dacă ar fi putut (conditionnel passé), ar fi venit Si elle avait pu (indicatif plus-que-parfait), elle serait venue

En proposition comparative hypothétiqueAvram 1997, . :

+ Roumain Français Dansează ca și cum ar pluti (conditionnel présent) Il/Elle danse comme s’il/si elle flottait (indicatif imparfait) A dat din cap de parcă ar fi înțeles (conditionnel passé) Il/Elle a hoché la tête comme s’il/si elle avait compris (indicatif plus-que-parfait)

En proposition concessive hypothétique :

+ Roumain Français Chiar dacă aș vrea (conditionnel présent), n-aș putea face asta Même si je le voulais (indicatif imparfait), je ne pourrais pas le faire Chiar dacă aș fi vrut (conditionnel passé), n-aș fi putut face asta Même si je l’avais voulu (indicatif plus-que-parfait), je n’aurais pas pu le faire

Concordance des temps

La concordance des temps entre la subordonnée et la principale n’est pas aussi rigide en roumain qu’en français. Si le prédicat de la principale est à un temps passé, le prédicat de la subordonnée peut être au même temps que si le prédicat de la principale était au présent ou au futurAvram 1997, .. Exemples :

+ Roumain Français A spus că îl așteaptă (indicatif présent) pe Paul Il/Elle a dit qu’elle attendait (indicatif imparfait) Paul A spus că l-a așteptat (indicatif passé composé) pe Paul Il/Elle a dit qu’elle avait attendu (indicatif plus-que-parfait) Paul A spus că o să-l aștepte (indicatif futur) pe Paul Il/Elle a dit qu’elle attendrait (conditionnel présent – futur dans le passé) Paul

Reprise et anticipation du pronom relatif ou indéfini subordonnant