Jean Nabert, né le à Izeaux (Isère) et mort le à Loctudy (Finistère), est un philosophe français, représentant de la philosophie réflexive.

Biographie Fils d'un directeur d'écoleArchives départementales de l'Isère, Registre des naissances d'Izeaux 1873-1896, cote 9NUM/AC194/3, vues 87 et 88, acte n° 20. et petit-fils d'un instituteur, il est mis en pension à dix ans au collège de Bourgoin, dont il s'échappe. Puis, son père ayant été nommé à Grenoble, il devient élève du lycée, puis boursier de licence à la Faculté et boursier d'agrégation à Lyon. Il y rencontre Louis Lavelle, ils suivent les cours d'Alexis Bertrand et de Arthur Hannequin.

En 1902-1903, il fait son service militaire au bataillon alpin de chasseurs à pied. Il aime les longues marches en montagne et se révèle un excellent tireur.

Puis il vient préparer l'agrégation à Paris où il retrouve Lavelle et René Le Senne qui seront toujours ses amis. En 1908, il se fiance avec Jeanne Néis et rate l'oral de l'agrégation. Il est nommé professeur de philosophie au lycée de Saint-Lô (où il restera deux ans) et se marie avec Jeanne. Ils auront deux enfants, un fils, Claude, et une fille, Madeleine.

Il est agrégé de philosophie en 1910, classé au quatrième rang derrière Jean Wahl, Gabriel Marcel et Léon Blanchet. Il enseigne au lycée de Brest jusqu'à la guerre.

Mobilisé en 1914, il est blessé le lors de la bataille de MaubeugeArchives départementales de l'Isère, Registres matricules militaires, classe 1901, bureau de recrutement de Vienne, matricule n° 404, cote 11NUM/1R1368_051901, vues 8 et 9 sur 151.. Fait prisonnier, il est interné par les Allemands au camp de Müncheberg (Brandebourg). En 1917, malade, il est, grâce à la Croix-Rouge, transféré en Suisse où il est hospitalisé à Montreux. C’est là qu’il découvre l’œuvre du théologien protestant Jean-Jacques Gourd. Il restera d'ailleurs lié d'amitié avec la fille et le gendreCharles Werner (1878-1969), mari d'Édith Gourd (1884-1867). Docteur ès lettres, il fut professeur de philosophie et d'histoire de la philosophie à l'Université de Genève dès 1909 jusqu'en 1953 et recteur de 1928 à 1930. de Gourd. Il est rapatrié le et nommé en 1919 au lycée de Metz.

Le , il soutient devant la Faculté des lettres de l'Université de Paris ses deux thèses pour le doctorat ès lettres, L'Expérience intérieure de la liberté et L'Expérience interne chez Kant, pour lesquelles il obtient la mention « Très honorable ».

À partir de 1926, professeur au lycée Saint-Louis, à Paris, et au lycée Louis-le-Grand puis professeur de khâgne au lycée Lakanal. Il est professeur de philosophie en première supérieure au lycée Henri-IV de 1931 à 1941, et sera notamment le professeur de Jean-Paul Sartre.

En 1938, il est élu comme représentant des agrégés de philosophie au Conseil supérieur de l'instruction publique.

Il est nommé inspecteur général d'académie en 1944 puis directeur de la bibliothèque Victor–Cousin jusqu'à sa mort.

Il meurt en 1960 dans sa propriété de Bretagne. Il repose, au cimetière de Pont-Croix, aux côtés de son épouse Jeanne, née Neis, écrivaine (Le Cavalier de la mer, L'ilienne, etc.)

Son œuvre consacrée à L'Expérience intérieure de la liberté préfigure Jean-Paul Sartre et influença l'œuvre de Paul Ricœur.

Il est fait officier d'académie en 1920/, chevalier de la Légion d'honneur en 1934

En a été créé à l'Institut catholique de Paris, notamment par Paul Ricœur et Philippe Capelle, un « Fonds Jean-Nabert » voué à la promotion des études nabertiennes et rejoint par un réseau international de chercheursInstitut catholique de Paris, Faculté de philosophie, Études post-doctorales en philosophie, Programme 2010-2011, p. 2.

Sa philosophie De son vivant, Nabert n'a publié que trois œuvres, qui suffisent à lui donner une place de choix en tant que représentant de la philosophie réflexive française. Sa réflexion morale et métaphysique a exercé une influence déterminante sur Paul Ricœur, qui contribua à la redécouverte de son œuvreCf. Paul Ricœur, l'itinérance du sens de Jean Greisch, p. 377, éd. Jérôme Millon, 2001, , Paul Ricœur, une poétique de la morale d'Alain Thomasset, note 49 p. 74, éd. Peeters Publishers, 1996 , .

La philosophie réflexive Voyant dans Maine de Biran le père de la philosophie réflexive que représentent Lachelier, Lagneau et Brunschvicg, Nabert distingue « une réflexion où c'est l'absolu qui se réfléchit dans le mouvement d'une conscience particulière et une réflexion qui constitue, d'abord, le sujet lui-même...»La philosophie réflexive, article de Jean Nabert, vol. 19, p. 19.04-14 de L'Encyclopédie française, Larousse, 1957. Rééd. au PUF, 1992.. Dans cette seconde orientation à laquelle Nabert se rattache et, sans que soit en rien reniée la conscience transcendantale kantienne, l'esprit est surtout considéré dans ses actes et dans ses productions. L'analyse réflexive ainsi conçue rapporte donc « aux actes de la conscience constituante l'organisation du monde et les déterminations de l'idéal »Ibid. p. 19.06-2..

La liberté La thèse sur "L'expérience intérieure de la liberté "(1923) et l'article « L'expérience interne chez Kant "(1924)sont comme les racines de « l'arbre de la pensée de Nabert »(métaphotre de P. Ricoeur).En effet, la constitution de l'expérience externe par l'entendement implique une affection du sens interne, effet du schématisme de l'imagination.De sorte que l'expérience interne est elle-même constituée au sein d'une activité de l'intelligence que la réflexion ne peut concevoir que dans son autonomie, c'est-à-dire dans sa liberté : le « je pense « est chez Nabert un « je me pense comme liberté », une liberté hétérogène à tout déterminisme psychologique tout en affectant ce dernier.

L'éthique Nabert pose donc une différence entre « ...une philosophie de la réflexion où c'est l'absolu qui se réfléchit dans le mouvement d'une conscience particulière et une réflexion qui constitue, d'abord, le sujet lui-même »( « La philosophie réflexive, dans «L'Encyclopédie française », Paris, Larousse, 1957,p.19), et c'est bien cette seconde orientation de la réflexion philosophique qui est la sienne propre. Les activités constituantes du sujet s'effectuent dans trois directions normatives : celles, théoriques, normées par le vrai, celles, esthétiques, normées par le beau, celles enfin, éthiques , normées par les valeurs morales. Le choix de Nabert de privilégier la réflexion sur l'éthique, plutôt que l'épistémologie ou l'esthétique, se comprend sans doute parce que, tout en visant l'universalité, la valeur éthique donne un sens à une existence personnelle, tandis que la valeur théorique est impersonnelle et que la valeur esthétique reste attachée au plaisir sensible.

Le mal "L'injustifiable (...) ce n'est pas encore le mal; il y faut la complicité du vouloir. Mais c'est ce qui permet de restituer au mal toutes ses dimensions." (Essai sur le mal, Cerf, 1997, p.61)

Le divin et Dieu Œuvres Ouvrages l'Expérience intérieure de la Liberté, PUF, 1923, éd. augmentée d'un choix d'articles, d'une préface de Paul Ricœur et d'une bibliographie, PUF, 1992 Éléments pour une éthique, PUF, 1943, éd. avec une préface de Paul Ricœur, Aubier, 1962 Essai sur le mal, PUF, 1955, éd., avec une préface de Paule Levert, Aubier, 1970 Le Désir de Dieu, recueil de textes posthumes, préface de Paul Ricœur, avertissement de Paule Levert, Aubier, 1966, éd. augmentée du texte inédit La conscience peut-elle se comprendre ?, présenté par Emmanuel Doucy, aux éditions du Cerf, 1996

Articles

Bibliographie . . . . . . . Paul Ricœur, « L'acte et le signe selon Jean Nabert », p. 339-349 () Paul Naulin, « La philosophie de Jean Nabert et la morale de l'autonomie », p. 351-359 () Paule Levert, « La pensée existentielle de J. Nabert », p. 361-369 () André-A. Devaux, « Sentiment et vénération et volonté d'égalité à soi-même chez Jean Nabert », p. 371-382 () Louis Doucy, « Sur l'humanité de l'Inspecteur général Nabert », p. 421-432 () Henri Birault, « Présence de Jean Nabert », p. 433-438 () Ludovic Robberechts, « Liste chronologique des publications de Jean Nabert », p. 439-440 () . . .

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. Philippe Capelle, [Présentation]: « Jean Nabert. Compréhension de soi et désir de Dieu », p. 409-411 () Bernard Quelquejeu, « Jean Nabert et les philosophies de la réflexion : un bref repérage », p. 413-419 () Stéphane Robilliard, « Le jugement de valeur : Création éthique et pluralité », p. 421-437 () Emmanuel Doucy, « La pensée du mal chez Jean Nabert », p. 439-474 () Jean Greisch, « “L'inquiétude du se comprendre” et le désir de Dieu », p. 475-488 () .

(it) Carla Canullo, L'estasi della speranza. Ai margini del pensiero di Jean Nabert, Assisi, Cittadella editrice, 2005, p. 200

Paul Naulin, « Étude sur l’Expérience intérieure de la liberté » Frédéric Worms, « L’acte libre et le temps de la réflexion : Esquisse d’une lecture des Éléments pour une éthique de Jean Nabert » Emmanuel Doucy, « La pensée du mal chez Jean Nabert » Emmanuel Doucy, « L’absolu et les valeurs chez Jean Nabert » Yasuhiko Sugimura, « L’auto-attestation du moi nabertien – vers quel témoignage ? » Maria Villela-Petit, « Du fondement de la morale à l’éthique » Lászlò Tengelyi, « Le mal et les maux » Fabio Rossi, « « À la pointe extrême », « au-delà de l’éthique » : le pardon » Carla Canullo, « L’extase de l’espérance » Jean-Christophe Goddard, « Éthique et réflexion : Nabert avec Fichte » Jean Greisch, « Besinnung et réflexion : entre Heidegger et Nabert » Frédéric Worms, « Relation à l’autre et relation à soi : l’éthique de Nabert au cœur du siècle » Stéphane Robilliard, « Théorie de la conscience et éthique : Nabert et Sartre » Philippe Capelle, « Éthique et religion : Nabert et Ricœur »

André Stanguennec, L'esprit et la réflexion. Essais sur les philosophies françaises de la réflexion aux dix-neuvième et vingtième siècles, Seconde Partie, Chapitre III, Jean Nabert. De l'autonomie de la réflexion à la reprise du sens de nos oeuvres et au « désir de Dieu », Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2026.

Liens externes

Notes et références Notes

Références

Catégorie:Philosophe français du XXe siècle Catégorie:Naissance en juin 1881 Catégorie:Décès en octobre 1960 Catégorie:Décès à 79 ans Catégorie:Enseignant au lycée Henri-IV Catégorie:Enseignant au lycée Louis-le-Grand Catégorie:Enseignant au lycée Lakanal Catégorie:Naissance en Isère Catégorie:Décès à Loctudy Catégorie:Agrégé de philosophie