Le domaine de la Garenne Lemot est un parc situé sur les communes de Gétigné et Clisson en Loire-Atlantique, ainsi que Cugand en Vendée. Il a été créé par le sculpteur François-Frédéric Lemot au début du . L'ensemble se veut un hommage aux paysages et à l'architecture de l'Italie. Le domaine se compose d'une villa néo-palladienne surplombant la vallée de la Sèvre nantaise ainsi que des bois et des jardins où sont érigées des fabriques et des statues rappelant le style Antique ainsi que les maisons du jardinier et du portier de style italianisant.
Le conseil général de la Loire-Atlantique a acheté le domaine à la famille Lemot en 1968. Il est inscrit au titre des monuments historiques l'année suivante, et classé par étapes depuis 1988. Actuellement, c'est un lieu de promenade et un centre culturel où sont régulièrement organisés des expositions d'art contemporain et des spectacles.
Situation Le domaine de la Garenne Lemot est situé au sud-est du département de la Loire-Atlantique, à la limite de la Vendée, dans la vallée de la Sèvre nantaise. En limite sud-est de la commune de Clisson, il s'étend principalement sur le territoire de la commune de Gétigné. Le parc occupe tout un pan de coteau au sein d'une boucle formée par la rivière, depuis les hauteurs situées à trente-cinq mètres d'altitude en bordure de l'ancienne route nationale 149 entre Nantes et Poitiers, jusqu'aux bords de l'eau, vingt mètres plus bas. La surface totale du domaine est de . Il est ouvert tous les jours au public, en accès libre.
Cependant, le parc a la particularité de posséder des éléments situés en dehors du domaine, de l'autre côté de la rivière, et placés là pour répondre et créer des perspectives avec les bâtiments et aménagements des jardins. Ces fabriques sont situées sur le territoire des communes de Clisson et de Cugand.
Histoire Origine du site À l'origine, le terrain dit « bois de la Garenne » est une réserve de chasse appartenant aux seigneurs de Clisson. Le site se trouve sur un terrain granitique, alors couvert de landes et d'environ quatre cents chênes.
Pendant la Révolution française, lors des guerres de Vendée, la vallée de Clisson est ravagée. Contre la levée en masse de trois cent mille hommes par la Convention en 1793, le district de Clisson entre en insurrection. Après des combats entre Vendéens et Républicains, les « Mayençais » de Jean-Baptiste Kléber mettent le feu au château de Clisson et à un bon nombre de maisons. En , les colonnes infernales finissent de détruire Clisson, l'église et les maisons du bourg de Gétigné notamment. La population de la ville utilise d'ailleurs les chênes de la garenne vers 1796 pour se construire des abris en attendant la reconstruction de leur maisonClisson ou le retour d'Italie, 1990, . C'est dans ce contexte de reconstruction de la vallée que l'arrivée de François-Frédéric Lemot change la destinée du domaine.
Un lieu d'inspiration pour les artistes thumb|upright=0.8|alt=Portrait dessiné de François-Frédéric Lemot.|François-Frédéric Lemot. En 1805, François-Frédéric Lemot, sculpteur d'origine lyonnaise, est attiré à Clisson par François Cacault (1743-1805), diplomate et ancien député de la Loire-inférieure. Celui-ci, avec son frère Pierre (1744-1810) qui est artiste peintre, y ont fondé un musée avec les nombreuses collections d'œuvres d'art accumulées pendant leurs séjours en Italie.
Les deux hommes souhaitent tous deux en faire un lieu d'accueil pour les artistes. En poste à Rome durant un temps, François Cacault a, en effet, eu l'occasion de fréquenter les artistes pensionnaires à l'Académie de France à Rome dont François-Frédéric Lemot, prix de Rome de sculpture en 1790. En s'installant à Clisson, les artistes autour de Cacault tentent d'y retrouver les peintures de paysage de la campagne romaine dans les coteaux dominant la Sèvre.
D'après François-Frédéric Lemot, Nicolas Poussin se serait inspiré de la vallée de la Sèvre pour peindre les paysages de son tableau Diogène jetant son écuelle, actuellement conservé au musée du Louvre. Cette légende est fausse mais reste une invitation pour les artistes à parcourir la région. Le sculpteur, dès son arrivée en 1805 avec d'autres artistes, y est frappé par la ressemblance avec l'Italie : En arrivant à Clisson, je fus tellement surpris et frappé du grand caractère du paysage que je me crus transporté en Italie. Je ne pouvais assez contempler la richesse et la variété de ses tableaux admirables, où la nature semblait déployer toute sa magnificence pittoresque. Le bois de la Garenne surtout, me retenait sans cesse par la beauté de sa végétation de ses rochers, de ses cascades, l'étendu de ses points de vue, et la nuit me surprenait toujours le crayon à la main dans ces promenades solitaires.
Transformation du site par Lemot François-Frédéric Lemot acquiert cette propriété de la Garenne dès le et réalise aussitôt les dessins préparatoires de son projet de domaine. Il l'aménage sans interruption jusqu'à sa mort en 1827. Les inspirations sont toujours italiennes ; François-Frédéric Lemot veut recréer une peinture de paysage historique idéale évoquant comme dans les œuvres de Poussin la campagne de Toscane, du Latium et d'Ombrie. Le sculpteur veut donner au site un air de Tivoli, ville spectaculaire et grand paysage , qui est le sujet d'étude préféré des artistes qui séjournent en Italie. Il fait appel à l'architecte nantais Mathurin Crucy, lui aussi grand prix de Rome en 1774, pour mettre en plan ses dessins. L'ensemble du projet est suivi sur place par le régisseur clissonnais du domaine, Joseph Gautret (1771-1855) qui réside dans la maison du jardinier. La correspondance entre les deux hommes permet de mieux connaître les étapes de l'aménagement du domaine. La propriété représente une surface totale de vingt-cinq hectares dont le parc n'est que le centre : le baron Lemot est un véritable propriétaire terrien, possédant de nombreuses métairies. Ses propriétés sont d'ailleurs élevées au rang de Majorat la veille de sa mortThierry Doré, « Les métairies de François Frédéric Lemot d'après sa correspondance » in .
Le parc est aménagé à partir de 1806 ; François-Frédéric Lemot y fait planter 280 arbres suivis d'un millier de peupliers l'année suivante aux abords de la Sèvre et sur les îles de la rivière. Gautret et ses employés consacrent 360 journées de travail à cette tâche ainsi qu'à l'élimination des broussailles et autres ronces. Le régisseur se procure même des furets pour éliminer les lapins de la garenne. Au même moment, trois allées sont tracées, convergeant vers la terrasse et le futur emplacement de la villa. Les petits sentiers sont bordés de lilas et noisetiers. François-Frédéric Lemot réclame une végétation très dense sur la majeure partie du parc afin de ménager des effets de surprises. Un potager, aujourd'hui disparu, est tracé et enclos entre 1807 et 1808 : tout autour d'un bassin, une pépinière d'une surface de trois hectares est plantée dans le but de faire parvenir à maturité les différentes espèces avant leur plantation dans le parc. Sur les berges de la Sèvre, le terrain est nivelé à partir de et une prairie y est aménagée. Entre 1807 et 1809, deux cents peupliers sont plantés le long des berges ainsi que sur les petites îles de même qu'une centaine de saules. Certains aménagements du parc suivent à la lettre le chapitre "les Jardins" du traité de Pierre Henri de Valenciennes : Éléments de perspective pratique, a l'usage des artistes, suivis de réflexions et conseils à un élève sur la peinture, et particulièrement sur le genre du paysage, Paris, Victor Desenne, J.-B.-M. Duprat, Jules-Louis-Melchior Porthmann, 1799. Le parc est ainsi la recomposition d'une peinture de paysage historique à l'échelle de la nature, ce qui en fait un projet tout à fait unique en son genre.
Gautret emploie jusqu'à treize personnes pour l'entretien du parc. Les graines sont transportées depuis Nantes ou Paris. Pour le choix des arbres sont privilégiées les espèces locales, accompagnées d'arbustes pour créer des fourrés. On trouve aussi de nombreux pins qui sont plantés jusque sur les coteaux de l'autre côté de la Sèvre, entre l'obélisque et le château de Clisson, à partir de 1809. François-Frédéric Lemot déclare en effet : (). Des rosiers sont installés à partir de 1814. À partir de cette même date, des vignes sont également plantées : tout d'abord des vignes de chasselas sur des piliers en brique sur le chemin de l'entrée principale formant une treilleClisson ou le retour d'Italie, 1990, . Puis quatre mille pieds de vigne sont installés sur le versant ensoleillé du coteau en 1827. Il faut attendre la fin du pour voir s'implanter des espèces d'arbres exotiques.
Les bâtiments sont construits dans des styles d'inspiration italienne. La maison du jardinier est construite de 1811 à 1815 semble-t-il selon les plans de Mathurin Crucy ou bien de François Léonard Seheult. Crucy dessine des plans pour une villa dont la construction commence en 1816. Les travaux et plans sont repris par l'architecte parisien Pierre-Louis van Cleemputte (1758-1834) en 1824, mais François-Frédéric Lemot n'en voit jamais la fin. Les fabriques du jardin sont construites par Mathurin Crucy et François-Frédéric Lemot entre 1818 et 1823. À sa mort, François-Frédéric Lemot est enterré dans le temple de l'amitié, ancienne chapelle funéraire aménagée dans le cimetière de la ville de Clisson, en face du château, de l'autre côté de la Sèvre.
Évolution du site après la mort de François-Frédéric Lemot Le fils de François-Frédéric Lemot, Barthélémy (1810-1883), décide de s'installer à Clisson en 1841 et devient plusieurs fois maire de la ville jusqu'en 1881. Il achève l'aménagement de villa, mais fait également construire le belvédère, l'escalier monumental, la galerie des Illustres, la colonnade en pierre fermant la cour et la glacière. En tant que premier magistrat de la commune, il promeut le style italianisant dans la construction de plusieurs édifices publics.
Le domaine sert dans les années 1950 et 1960 de centre d'accueil sous le nom « Le Joyeux Nid » à destination d'enfants en difficulté confiés par l'aide sociale à l'enfance. Il reste la propriété des descendants du sculpteur jusqu'en 1968, date à laquelle le domaine est vendu au conseil général de la Loire-Atlantique. Le domaine commence alors à faire l'objet de mesures de protections au titre des monuments historiques. En 1969, la villa et le temple de Vesta sont inscrits, auxquels s'ajoutent la colonne d'Henri IV et le parc qui l'entoure en 1986. Par arrêté du , l'ensemble du parc et ses fabriques, l'extérieur de la villa et de la maison du jardinier sont classés au titre des monuments historiques, ainsi que les extérieurs du temple de l'Amitié et l'obélisque sur la rive gauche. En 2000, la maison du portier, dernier bâtiment non protégé, est classée.
Le domaine voit s'installer le Frac des Pays de la Loire en 1988 et ce jusqu'en 1994, date de son déménagement à Nantes. En 1990, une exposition documentaire sur l'histoire du domaine et sur l'architecture à l'italienne est aménagée à demeure à la maison du jardinier. Dans le même bâtiment, le centre d'étude sur le patrimoine et l'italianité en architecture (CÉPIA), organise alors des colloques, universités d'été sur site et réalise des publications dans le domaine de l'architecture et du patrimoine.
thumb|upright=2.6|center|Plan du domaine de la Garenne Lemot.
Architecture des bâtiments François-Frédéric Lemot étant sculpteur et non architecte, il fait appel à des architectes néoclassiques pour la réalisation des bâtiments au sein du domaine. Cependant, on sait par ses dessins que c'est François-Frédéric Lemot qui définit les grandes lignes du projet architectural de tous ces bâtiments.
Villa Lemot