La culture Kouro-Araxe est une culture archéologique qui s'est développée à l'âge du Bronze, entre environ et , essentiellement dans le sud du Caucase, dans l'est de l'Anatolie et dans le nord-ouest de l'IranBobokhyan A., 2010, L'Arménie préouratéenne — L'apparition des villes, in Donabédian P., Mutafian C. (dir.), Les douze capitales d'Arménie, Somogy éditions d'art, Paris, , p. 286.Greppin J. A. C., Diakonoff I. M., 1991, Some Effects of the Hurro-Urartian People and Their Languages upon the Earliest Armenians, Journal of the American Oriental Society, vol. 111 n°4, p. 720. Son nom lui vient des deux principaux fleuves du sud du Caucase, la Koura et l'Araxe. Elle se distingue des cultures qui la précédent et lui succèdent ainsi que des cultures voisines par des productions matérielles très spécifiques (poteries, objets en métal, architecture) et des pratiques sociales originales (traditions funéraires et cultuelles).
Chronologie et aire de développement Origines Les étapes formatives du complexe culturel Kouro-Araxe, les dates et les circonstances de son développement ont longtemps été débattus. Il a été suggéré que la culture de Sioni, qui se développe dans l'est de la Géorgie autour de 4000 représentait peut-être une transition entre la culture de Shomutepe-Shulaveri et la culture Kouro-AraxeKighuradze T. 1998:19Mirtskhulava G., Chikovani G., 2014, Phase of transition to the Kura-Araxes Culture in Eastern Georgia, in Problems of Early Metal Age Archaeology of Caucasus and Anatolia. Proceedings of International Conference. Tbilisi. Les zones de Karthli et de Kakhétie dans le bassin de la rivière Sioni sont en effet considérées comme celles ayant livré les plus anciennes attestations de la culture kouro-araxe. Cette dernière se serait donc formée localement à partir des traditions des communautés locales tout en incorporant des traditions et des influences culturelles d'autres régions. Cependant, selon Giulio Palumbi, la céramique rouge et noire typique de cette culture serait originaire d'Anatolie orientale, puis se serait diffusée vers le Caucase où elle se serait mélangée aux traditions localesPotts D. T., 2012, A Companion to the Archaeology of the Ancient Near East, ..
Chronologie Certains chercheurs ont proposé que les plus anciennes manifestations de la culture Kouro-Araxe remontent au moins aux derniers siècles du Cette hypothèse est basée sur les données récentes obtenues lors des fouilles d'Ovçular Tepesi.. (Nakhitchevan Tepe), un site de l'Âge du cuivre (Chalcolithique) récent au Nakhitchevan, près de la rivière ArpaçayMarro C., Berthon R., Bakhshaliyev V., On the Genesis of the Kura-Araxes phenomenon: New evidence from Nakhchivan (Azerbaijan). in The Kura-Araxes culture from the Caucasus to Iran, Anatolia and the Levant: Between unity and diversity. Paléorient 40.2 – 2014, C. Chataigner et G. Palumbi, eds. CNRS Édidtions .. Toutefois, les données de ce site semblent peu cohérentes avec le cadre général de cette culture. De la même manière, le site de Berikldeebi en Géorgie a longtemps été considéré comme un des plus anciens de cette culture car des tessons de céramique typiques du Kouro-Araxe ont été découverts dans un niveau de la première moitié du . Toutefois, ces tessons sont rares et leur attribution chronologique un peu douteusePalumbi G., Chataigner C., 2014, The Kura-Araxes Culture from the Caucasus to Iran, Anatolia and the Levant: Between unity and diversity. A synthesis, Paléorient, vol. 40 n°2, .. Les dates avérées les plus anciennes de cette culture se situent autour de 3600 / 3500 . À , dans la province d'Erzurum en Turquie, les plus anciennes formes de la poterie Kouro-Araxe ont été découvertes en association avec des poteries locales dans des niveaux datés entre 3500 et 3000 Kibaroğlu M., Sagona A., 2011, Petrographic and geochemical investigations of the late prehistoric ceramics from Sos Höyük, Erzurum (Eastern Anatolia), Journal of Archaeological Science, vol. 38 n°11, .. Les sites de cette culture se multiplient rapidement, par exemple Chobareti dans le sud de la Géorgie et Sos Höyük dans le nord-est de la Turquie, où des éléments de la culture kouro-araxe apparaissent au moins dès 3400-3300 , ou encore d'autres sites en Arménie et en Azerbaïdjan. Cette culture prend fin à différentes dates selon les régions, entre 2700 / 2600 et 2000 Edens C., 1995, Transcaucasia at the End of the Early Bronze Age, Bulletin of the American Schools of Oriental Research, vol. 299/300, .. La cause de sa disparition n'est pas claire et pourrait être due à l'intrusion de peuples des steppes du nord.
Phases Plusieurs phases ont été distinguées : Kouro-Araxe I : entre 3600/3500 et 2900 : elle se caractérise par l'homogénéité des poteries entre toutes les régions. Kouro-Araxe II : on observe une fragmentation régionale dans les styles de poterie (formes et décors).
Aire de développement Ses premières traces apparaissent dans les zones de Karthli et de Kakhétie en Géorgie (partie orientale du pays). Rapidement, des éléments de cette culture se développent dans les régions occidentales, jusqu'à la plaine d'Erzurum, dans le sud-ouest, en Cilicie, jusque dans la région du lac de Van en Turquie, et dans le bassin du lac d'Ourmia en Iran, avec des sites comme Godin Tepe, et dans l'ensemble du sud du Caucase (Arménie, Azerbaïdjan) jusqu'au Daghestan. À son apogée, elle couvre l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Tchétchénie, le Daghestan, la Géorgie, l'Ingouchie, l'Ossétie du Nord, certaines parties de l'Iran et de la TurquieKushnareva K. Kh., 1997, The Southern Caucasus in Prehistory: Stages of Cultural and Socioeconomic Development from the Eighth to the Second Millennium B.C., UPenn Museum of Archaeology, , p. 44Sagona A., Zimansky P., Ancient Turkey, Routledge, , p. 163Kipfer B. A., Encyclopedic Dictionary of Archaeology, p. 246. On retrouve des aspects kouro-araxes également jusqu'en Syrie (, vers Antioche/Antakya), et jusqu'en Palestine.
Mode de vie La population était avant tout constituée d'agriculteurs-éleveurs. L'élevage des bovins et des moutons et, dans une moindre mesure, des chèvres, constituait une des principales activités. L'élevage des chevaux s'est développé durant une phase tardive mais était sans doute présent dès le départAnthony D. W., 2010, The Horse, the Wheel, and Language: How Bronze-Age Riders from the Eurasian Steppes Shaped the Modern World, Princeton University Press, , p298. L'importance des cultures témoigne d'un mode de vie sédentaire dans la plupart, sinon toutes, les régions sur lesquelles s'étend cette culture. La viticulture en lien avec la production de vin est attestée dès cette période et témoigne de la persistance de pratiques déjà anciennes dans cette région. Stephen Batiuk suppose d'ailleurs que cette pratique a été diffusée par la population kouro-araxe vers la Mésopotamie, l'Anatolie et le LevantBatiuk S. D., 2013, The fruits of migration: Understanding the 'longue dureé' and the socio-economic relations of the Early Transcaucasian Culture, Journal of Anthropological Archaeology, vol. 32 n°4, pp. 449–477. La diffusion du vase à boire, comme ceux de Khirbet Kerak, mais aussi celle des larges vases utilisés pour la fermentation du raisin, est en effet clairement liée à l'extension de cette culture. Une partie de la population était également spécialisée dans différentes activités, notamment artisanales (métallurgie, poterie, etc.). Certaines productions étaient distribuées sur de grandes distances, parfois au-delà de l'aire de développement de la culture kouro-araxe. À l'inverse, de nombreuses découvertes témoignent d'échanges avec les régions voisines, notamment la MésopotamieJaimoukha A., The Chechens, p. 25-26.
Occupation du territoire et habitat Occupation du territoire Dans la très grande majorité des cas, les sites de la culture kouro-araxe ont été fondés ex nihilo. Il n'y a aucune continuité dans les modalités d'occupation du territoire par rapport au Chalcolithique. Cette rupture entre les deux périodes a paradoxalement peut-être été favorisée par les conditions climatiques plus arides à partir de 3300 av. J.-C. qui auraient rendu les hautes-terres du Caucase plus favorables à la culture des céréales. On observe en effet une fréquentation plus intensive et permanente des zones montagneuses, avec des sites situés au-delà de 1500 m d'altitude dès la seconde moitié du Edens Ch., 1995, Transcaucasia at the End of the Early Bronze Age, Bulletin of the American Schools of Oriental Research, vol. 299/300 - The Archaeology of Empire in Ancient Anatolia, ..
Les villages et l'habitat
Les villages étaient le plus souvent de petite dimension. Le site de Shengavit fait exception. Il constitue une des principales occupations de la culture Kuro-Araxe dans la région d'Erevan en Arménie. Ce vaste village de 6 ha a été occupé entre 3200 et 2500 environ. Il était encore occupé après la fin de cette culture, jusque vers 2200 .
Les structures des sites d'habitat ne montrent que peu de différences entre elles : il n'y a pas de bâtiments qui se distinguent clairement par leur taille ou leur plan. Toutefois, il existe une grande variété dans les techniques de construction et dans le plan des villages. Plusieurs sites étaient entourés de murs de pierre. Les maisons, quant à elles, étaient bâties en briques de terre crue. Au début de la culture Kouro-Araxe, elles étaient rondes, puis progressivement elles sont devenues subrectangulaires. Ces deux phases successives sont particulièrement visibles sur le site de Yanik Tepe.. Dans la phase la plus ancienne, elles étaient structurées en une ou deux pièces, et se distinguaient donc des habitations à pièces multiples de la fin du Chalcolithique. Cette évolution du plan des maisons entre les deux périodes suggère également un changement dans l'organisation de la vie quotidienne. Au cours de la culture kouro-araxe, on observe cependant des évolutions dans certaines régions : on trouve des maisons constituées de pièces multiples organisées autour d'un espace ouvert, on trouve également des structures aux murs rectilignes.
Productions matérielles Céramique
La céramique caractéristique de la culture kouro-araxe, de très bonne qualité, est de couleur rouge et noire. La forme des pots se distingue de celle des pots des cultures chalcolithiques précédentes. Ces nouvelles formes suggèrent des usages différents et des traditions culinaires distinctes, par exemple l'importance des aliments bouillis de type ragout. La poterie associée aux sites Kouro-Araxe est très distinctive et se retrouve dans toute l'aire d'extension de cette culture, et même au-delà. Les poteries étaient peintes en noire et rouge et portaient des motifs géométriques. De tels vases ont été découverts très loin au sud jusqu'en Syrie et en Israël et très loin au nord, jusqu'au Daghestan et en TchétchénieDiakonoff I. M., The Pre-history of the Armenian People. Les techniques et méthodes de réalisation des poteries impliquent des traditions différentes et un investissement différent de celles des cultures précédentes, ainsi, les surfaces des vases sont très soigneusement préparées.
Métallurgie