Dans la grammaire traditionnelle, on entend par le terme « adjectif pronominal » un déterminant auquel correspond, en général, un pronom. Les adjectifs pronominaux n’incluent donc pas les articles ni les numéraux, et il y a un pronom, le pronom personnel, qui n’a pas de correspondant déterminant. Dans les grammaires du français, on prend en compte, en tant qu’adjectifs pronominaux, l’adjectif possessif, l’adjectif démonstratif, l’adjectif interrogatif (utilisé également en tant qu’outil exclamatif), l’adjectif relatif et l’adjectif indéfini.
Utilisation du terme
Selon le grammairien Jan GoesGoes 1999, ., dans les ouvrages de grammaire du français, le terme « adjectif pronominal » est apparu pour la première fois chez l’abbé Gabriel Girard, en 1747Les vrais principes de la grammaire françoise…, Le Breton, Paris, 1747 (consulté le 19 juin 2017)., et a été utilisé pour la dernière fois par Hervé D. Béchade, en 1994Grammaire française, Presses universitaires de France, Premier cycle, 1994 .. Dans les grammaires plus récentes, les adjectifs pronominaux sont inclus dans la classe des déterminants, avec les articles, et sont appelés appelés déterminants possessif, démonstratif, interrogatif, relatif et indéfini. Grevisse et Goosse constatent, eux aussi, qu’« on les a parfois appelés adjectifs pronominaux »Grevisse et Goosse 2007, . ; cependant, ils n’abandonnent pas totalement ce terme, affirmant que, lorsque les interrogatifs ont la fonction syntaxique d’attribut, ils ne sont plus des déterminants, mais des adjectifs (exemple : Quelle est cette femme ?)Grevisse et Goosse 2007, .. De même, ils traitent de certains mots en les nommant adjectifs indéfinis parce que, à la différence des autres, ils sont accompagnés d’un déterminant : Donnez-moi l’autre livreGrevisse et Goosse 2007, ., Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effetsGrevisse et Goosse 2007, ..
Les adjectifs pronominaux dans quelques langues
Adjectifs pronominaux sans correspondants pronoms
En français, il y a quelques adjectifs qualificatifs qui, par conversion, deviennent des adjectifs indéfinis. Ils n’ont pas de correspondants pronoms : divers points de vue, différentes personnes. Les adjectifs indéfinis des syntagmes suivants sont également dépourvus de correspondants pronoms : une telle chaleur, un prétexte quelconqueDelatour 2004, ..
En roumain, oarecare, l’équivalent de „quelconque” n’a pas non plus de correspondant pronomDexonline, article oarecare.. Dans les grammaires de cette langue, on prend en compte, en plus de ceux du français, un adjectif pronominal appelé « de renforcement » (ex. : Ileana însăși « Ileana même »Constantinescu-Dobridor 1998, article adjectiv.), dépourvu également de correspondant pronominal.
Formes des adjectifs pronominaux et des pronoms correspondants
En français, les adjectifs pronominaux n’ont pas la même forme que les pronoms correspondants, sauf les relatifs et certains indéfinis : ma voiture → la mienne, cette voiture → celle-ci, quelle voiture ? → laquelle ? Un exemple d’adjectif et de pronom indéfinis à formes différentes est chaque voiture → chacune. Un cas d’adjectif et de pronom indéfinis à forme unique est celui de plusieurs : plusieurs voitures → plusieurs.
Dans d’autres langues, il y a des espèces d’adjectifs pronominaux à formes identiques et d’autres à formes différentes. En anglais, par exemple, les possessifs sont différents (This is my book « C’est mon livre » → The book is mine « Le livre est à moi »), mais les démonstratifs sont pareils : This programme is interesting « Ce programme est intéressant » → This is interesting « Celui-ci est intéressant »Eastwood 1994, ..
Dans d’autres langues encore, il y a identité formelle entre adjectif pronominal et pronom, pour toutes leurs espèces. Tel est le cas en BCMSDans les grammaires BCMS, on ignore la notion d’adjectif pronominal, ainsi que celle de déterminant. Les pronoms qui peuvent être adjectifs s’y appellent « pronoms adjectivaux » (cf. Barić 1997, ). : svoje vladanje « son comportement » → svoje « le sien », ova knjiga « ce livre » → ova, koji pisac? « quel écrivain ? » → koji? « lequel ? »Barić 1997, .. De même en hongroisDans les grammaires du hongrois, la notion d’adjectif pronominal, ainsi que celle de déterminant, est absente. Il y est seulement question de pronoms possessifs, démonstratifs, etc. qui « peuvent assumer les fonctions du substantif […] de l’adjectif [et…] du numéral » (Szende et Kassai 2001, ). : ez a ház « cette maison » → ez « celle-ci »Szende et Kassai 2001, ., Melyik mosóport ajánlja? « Quelle lessive me conseillez-vous ? » → Melyiket ajánlja? « Laquelle… ? »Szende et Kassai 2001, . La seule différence entre l’adjectif pronominal et le pronom est que le premier est invariable, alors que le dernier prend les désinences casuelles..
Le roumain se caractérise par le même trait, avec certaines nuances. Le pronom possessif ne diffère de l’adjectif possessif que par un article appelé « possessif » dont il est précédé : scrisoarea sa « sa lettre » → a sa « la sienne »Avram 1997, .. Les adjectifs démonstratifs roumains forment deux séries légèrement différentes quant à leurs formes, l’une préposée et l’autre postposée. Seules les formes postposées sont utilisées également en tant que pronoms : acest fenomen ou fenomenul acesta « ce phénomène » → acesta « celui-ci »Avram 1997, .. L’adjectif interrogatif équivalent de quel(le)(s) a la même forme que le pronom correspondant au nominatif et à l’accusatif, et légèrement différente au génitif et au datif : care coleg? « quel collègue ? » → care « lequel », Cărui coleg i-ai scris? « À quel collègue as-tu écrit ? » → Căruia…? « Auquel… ? » (complément d'objet indirect d’attribution)Avram 1997, ..
Degré de détermination par les adjectifs possessifs et démonstratifs
En français, les adjectifs possessifs et démonstratifs sont suffisants pour actualiser complètement le nom déterminé (autrement dit, le déterminer de façon définie), ce qui est valable pour l’anglais aussi, mais pas pour d’autres langues où un article doit les accompagner. Exemples :
+ Déterminant Français Anglais BCMS Roumain HongroisDans cette langue, il y a des pronoms possessifs, mais pas d’adjectifs possessifs. Leur fonction est remplie par des suffixes. Possessif ma voiture my book « mon livre » svoje vladanje « son comportement » scrisoarea sa (nom + article défini + adj. poss.) « sa lettre » – Démonstratif cette voiture this book « ce livre » ova knjiga « ce livre » acest fenomen (adj. dém. + nom) /fenomenul acesta (nom + art. déf. + adj. démEn roumain, l’article défini accompagne l’adjectif démonstratif seulement quand celui-ci est postposé..) « ce phénomène » ez a ház (adj. dém. + art. déf. + nom) « cette maison »
Place des adjectifs pronominaux
En français, les déterminants pronominaux sont toujours préposés. Parfois, un même mot peut être, selon qu’il est postposé ou préposé, adjectif qualificatif ou, respectivement déterminant indéfini, avec des sens différents : Mon témoignage, à défaut d’une valeur certaine, a, je l’espère, une certaine valeurGrevisse et Goosse 2007, ..
En anglais, en hongrois et en BCMS aussi, ils sont préposés, à l’exception, en BCMS, des possessifs qui sont postposés au nom au cas vocatif : dragi moj! « mon cher !, mon chéri ! »Barić 1997, ..
En roumain, les possessifs sont presque toujours postposés, les démonstratifs pouvant être préposés ou postposés, ainsi que le mot équivalent de l’autre, les autres (celălalt om / omul celălalt « l’autre homme »)Avram 1997, , qui considère ce mot comme un démonstratif de différenciation.. Les autres adjectifs possessifs roumains sont tous préposés.
Accord des adjectifs pronominaux
En français, tous les adjectifs pronominaux s’accordent en genre et en nombre avec le nom déterminé, bien qu’il y ait des formes épicènes : quelque(s), plusieurs, etc. Il en est de même en roumain, sauf que l’adjectif interrogatif est invariable au nominatif : care băiat?, care fată?, care băieți, care fete? « quel garçon ?, quelle fille ?, quels garçons ?, quelles filles ? »À noter qu’en français, cet adjectif est également invariable à l’oral, sauf au pluriel lorsque le nom commence par une voyelle.. Cependant, il s’accorde en cas et, au génitif et au datif, également en genre et en nombre : cărui băiat? « à quel garçon ? », cărei fete? « à quelle fille ? », căror băieți? « à quels garçons ? », căror fete? « à quelles filles ? » (forme épicène). Les adjectifs indéfinis composés avec care se comportent de la même façon : fiecare « chaque », oricare « n’importe quel(le)(s) ».
En hongrois, la question de l’accord en genre ne se pose pas, puisque cette langue ignore le genre grammatical. De plus, seuls les démonstratifs correspondant à ce(t), cette, ces s’accordent en nombre et en cas : Megveszem ezt a házat (accusatif singulier) « J’achète cette maison », … ezeket a házakat (accusatif pluriel) « … ces maisons »Szende et Kassai 2001, .. Les autres sont invariables en utilisation adjectivale, comme les adjectifs qualificatifs épithètes, bien qu’ils soient variables en tant que pronoms : Nem ilyenPronom démonstratif dans les grammaires du hongrois. lovat akartam « Ce n’est pas un cheval comme celui-ci que je voulais » (seul le nom à l’accusatif singulier) vs Nem ilyet akartam « Ce n’est pas un comme celui-ci que je voulais » (pronom à l’accusatif singulier) ; Melyik mosóport ajánlja? « Quelle lessive me conseillez-vous ? » vs Melyiket ajánlja? « Laquelle… ? » ; Mindenféle emberrel összejött. « Il/Elle a fréquenté toutes sortes de gens » vs Mindenfélével összejött « Il/Elle en a fréquenté de toutes sortes »Szende et Kassai 2001, ..
L’adjectif possessif présente, par rapport aux autres, la particularité de s’accorder en personne avec le possesseur, et cela dans les quatre langues traitées dans cet article qui le possèdent. En anglais et en BCMS, l’accord concerne aussi celui en genre avec le possesseur de la du singulier. Par contre, en anglais, il n’y a pas d’accord en genre et en nombre avec le possédé : his colour « sa couleur (à lui) », her colour « sa couleur (à elle) », its colour « sa couleur » (à une chose)Eastwood 1994, .. En BCMS, l’accord se fait, à toutes les personnes, en genre, en nombre et en cas avec le possédé, et, si le possesseur est de la du singulier, en genre avec le possesseur aussi : njegov sin « son fils (à lui) », njen sin « son fils (à elle) », njegova ćerka « sa fille (à lui) », njena ćerka « sa fille (à elle) »Barić 1997, ..
Notes et références
Sources bibliographiques
Avram, Mioara, Gramatica pentru toți [« Grammaire pour tous »], Bucarest, Humanitas, 1997 Barić, Eugenija et al., Hrvatska gramatika [« Grammaire croate »], édition revue, Zagreb, Školska knjiga, 1997 Constantinescu-Dobridor, Gheorghe, Dicționar de termeni lingvistici [« Dictionnaire de termes linguistiques »], Bucarest, Teora, 1998 ; en ligne : Dexonline (DTL) (consulté le ) Delatour, Yvonne et al., Nouvelle grammaire du français, Paris, Hachette, 2004, (consulté le ) Eastwood, John, Oxford Guide to English Grammar [« Guide Oxford de la grammaire anglaise »], Oxford, Oxford University Press, 1994 (consulté le ) Goes, Jan, L’adjectif. Entre nom et verbe, Paris – Bruxelles, De Boeck & Larcier s.a., Département Duculot, Champs linguistiques. Recherches, 1999 Grevisse, Maurice et Goosse, André, Le bon usage. Grammaire française, édition, Bruxelles, De Boeck Université, 2007 (consulté le ) Szende, Thomas et Kassai, Georges, Grammaire fondamentale du hongrois, Langues & Mondes – L’Asiathèque, Paris, 2001
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