Le sadisme est la recherche du plaisir dans la souffrance (physique ou morale : domination, contrôle) volontairement infligée à autrui (éventuellement à un animal ou à un enfant). Même si le sadisme revêt différentes manifestations, indépendamment de l'activité sexuelle, il y est fréquemment associé.
Origine et évolution du terme Le terme est issu du nom de l'écrivain français Donatien Alphonse François, marquis de Sade (1740-1814). La première définition apparait dans le Dictionnaire universel de la langue française de Boiste ( édition, 1834), ouvrage revu et augmenté par Charles Nodier : l'occurrence apparaît vingt ans à peine après la mort de Sade. La notice du dictionnaire de Boiste définit le sadisme ainsi : . Au fil des années, le terme sadisme est utilisé par les journalistes, critiques et éditorialistes, à tel point que le mot devient un lieu commun pour évoquer des meurtres, mais aussi les écrits et les comportements d'écrivains, d'artistes, de magistrats ou de politiciens semblant tirer du plaisir à faire du mal.
En 1886, le psychiatre Richard von Krafft-Ebing emprunte le terme pour décrire une pathologie. Il désigne une perversion sexuelle (bastonnade, flagellation, humiliation physique et morale), qui représente un Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, « Sadisme », « Sado-masochisme », Dictionnaire de la psychanalyse (1997), Paris, Fayard / La Pochothèque, 2011, ..
Une étude récente menée auprès de criminels sexuels et de criminels sexuels en série, a montré parmi les deux groupes un fort pourcentage de trouble dissociatifs de l'identité, de paraphilies et de biais psychopathiques, avec une plus forte prévalence chez les criminels sexuels en série. Certaines paraphilies présentent un risque plus élevé de passage à l’acte impliquant un contact ou des infractions sexuelles. Les individus présentant du sadisme ou de la scatophilie sont, d’un point de vue statistique, davantage susceptibles de commettre ce type d’actes. Les agresseurs sexuels sadiques sont généralement marqués par des traits narcissiques et ont une forte tendance à la récidive.
Approche psycho-traumatique Le passage à l’acte n’est pas anodin : il implique l’effondrement des limites, l’usage du corps d’autrui comme support de décharge traumatique, et un dysfonctionnement grave du système d’empathie.
La recherche montre que le développement d’une sexualité paraphilique est multifactoriel, mais fortement corrélé aux traumatismes de l’enfance, en particulier les abus sexuels, les violences émotionnelles et la négligence. L’intrusion dans l’intimité sexuelle d’un enfant, qu’elle soit physique ou virtuelle, constitue une agression qui imprègne la construction de l’identité sexuelle, dérégule le rapport au corps et installe des circuits neurologiques de répétition.
Les individus présentant des troubles du spectre sadique manifestent fréquemment une ou plusieurs comorbidités contigues, parmi les plus fréquentes : dépression, anxiété, troubles de l’attachement, pensées obsessionnelles, comportements compulsifs, évitement émotionnel, hypersexualité et érotisation de la violence, addictions, troubles de l’identité, traits psychopathiques, ainsi que la coexistence d’autres paraphilies, généralement le fétichisme, transvestisme et masochisme. Cet ensemble reflète des fonctionnements traumatiques inconscients et/ou non soignés. L’évitement émotionnel, la dissociation et l’anesthésie affective sont des stratégies neuro-psychologiques de survie qui, lorsqu’elles sont répétées, renforcent des modes relationnels abusifs et désensibilisés. Les troubles de la personnalité sadique sont communément accompagnés de narcissisme, machiavélisme et psychopathie, et révèlent un sous-programme maltraitant de plaisir lié à la souffrance infligée. Beaucoup d’agresseurs sadiques présentent paradoxalement une bonne régulation apparente dans d’autres sphères de vie, puisque notre société encourage la domination et les comportements abusifs, en particulier chez les sujets masculins. De nombreuses études montrent que l’empathie est un mécanisme inné : la souffrance de l’autre active automatiquement les circuits neuronaux de la contagion émotionnelle et devrait provoquer un frein à l’agression. Lorsque ce frein disparaît, ce n’est pas une « absence » d’empathie, mais un écrasement traumatique de l’empathie — une déconnexion utilisée pour répéter la violence subie. Chez les personnes qui s’identifient au narratif de domination physique ou psychologique, la mémoire traumatique sert de réservoir de justification et de violence, et met en place un déni agressif qui se traduit par des tentatives de manipulation (gaslighting, DARVO). Autrement dit, en perpétrant un acte violent contre une victime, le sadique réactive ses propres mécanismes dissociatifs liés à la sidération et à la domination, ce qui déclenche une décharge hormonale comparable à celle vécue lors des traumatismes initiaux. Le cortisol, l’adrénaline et l’ocytocine perturbent alors ses circuits du plaisir et de la récompense, les associant à la violence et renforçant et validant chez lui un mode de fonctionnement marqué par la violence traumatique. La délinquance, la délinquance sexuelle et les crimes sont associé à un risque élevé de récidive. Les biais cognitifs permissifs deviennent de plus en plus forts et sont généralement aggravés par la consommation de pornographie. Toutefois, le cerveau étant un organe très plastique, il n’est jamais trop tard. Dans le cadre d'une pratique de BDSM strictement codifiée, respectueuses et sécurisantes, la mise en scène de violences peut permettre aux participants de se réapproprier leur mémoire traumatique.
Approche psychanalytique
En psychanalyse, le sadisme est couplé au masochisme : chez Freud, il est premier dans la première théorie des pulsions ; dans la seconde théorie des pulsions déterminée par l'introduction de la pulsion de mort, le rapport s'inverse.
D'après Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, le terme « sadisme », qui relève surtout de la sexologie, a été repris en psychanalyse par Sigmund Freud dans le cadre d'une théorie de la pulsion et de la perversion : la théorie freudienne s'étend . Chez Freud et ses héritiers, le terme « sadisme » est couplé au terme « masochisme », et ce nouveau vocable ainsi formé de « sado-masochisme » s'est imposé dans la terminologie psychanalytique.
Au niveau de la première théorie freudienne des pulsions, le sadisme est la forme active de la même perversion dont le masochisme est la forme passiveJ. Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée : « Sadisme — Masochisme, Sado-masochisme », Paris, P.U.F.,1984, .. Freud écrit en effet dans les Trois essais sur la théorie sexuelle (1905) : . Dans Pulsions et destins des pulsions (1915), il considère que le sadisme est . En tant qu'agression contre autrui, la souffrance de l'autre : le but de la pulsion ne consiste pas à . Dans le sadisme s'exerce , telle que celle-ci est notamment présente chez l'enfant sadique.
Dans la seconde théorie freudienne des pulsions (1920 : Au-delà du principe de plaisir, introduction de la pulsion de mort), le rapport d'antériorité entre sadisme et masochisme va s'inverser, le sadisme n'est plus premier : le masochisme ne au temps d'une agressivité première J. Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée: « Masochisme », Paris, P.U.F., 1984, .. Ayant posé un , où , Freud écrit en 1924 dans Le problème économique du masochisme : .
Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux Un autre terme, celui de trouble de la personnalité sadique, était exposé dans la troisième version du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III-R), publié par l'Association américaine de psychiatrie (AAP)., comme diagnostic psychologique et médicale pour les individus particulièrement prompt au sadisme. Ce diagnostic a été retiré des versions ultérieures DSM-IV et V. Le terme de « trouble de la personnalité non spécifié » peut alors parfois être utilisé pour classer les personnalités à forte composante sadique W. C. Myers, R. C. Burket et D. S. Husted, « », 34 (2006) : 61-71..
D'après le DSM-5, le sujet est diagnostiqué sadique sexuel si : . Ou bien si : .
Il pourra être considéré comme en rémission complète à cette condition : .
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrées : « Masochisme », « Sadisme », « Sadisme — Masochisme, Sado-masochisme », Paris, P.U.F., 1984, Denys Ribas, « sadisme », « sado-masochisme » (articles), dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir.: Alain de Mijolla), Paris, Hachette Littératures, 2005, Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, « Sadisme », « Sado-masochisme », Dictionnaire de la psychanalyse (1997), Paris, Fayard / La Pochothèque, 2011,
Articles connexes Pulsions (psychanalyse) Masochisme (psychanalyse) Masochisme Perversion Sado-masochisme Sadisme et masochisme au cinéma Sadisme et masochisme dans la fiction Paraphilie Psychopathia Sexualis
Violence sexuelle
Liens externes
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