Le béguinage de Lierre, situé à la périphérie sud de la petite ville flamande de Lierre, dans la province d'Anvers (Belgique), est un béguinage fondé au bord de la Nèthe au milieu du . Plusieurs fois fortement endommagé dans les premiers siècles de son histoire, soit accidentellement par des incendies, soit délibérément durant les guerres de Religion, il atteignit son apogée au début du , tant pour ses effectifs de béguines que pour l’extension de son site. À la fin du , dans la foulée de la Révolution française, il fut supprimé et ses biens confisqués ou vendus à l’encan. Après le Concordat, les béguines, aidées de quelques mécènes, tentèrent de racheter leurs maisons, mais échouèrent, face à la baisse inexorable du nombre de vocations dans les décennies suivantes, à faire du béguinage le monde clos et réservé qu’il fut, des particuliers ordinaires venant en effet occuper de plus en plus nombreux les maisonnettes laissées vacantes par les béguines. Néanmoins, si le béguinage de Lierre a cessé au d’être un monde réservé, une cité interdite, il resta et demeure jusqu’à aujourd'hui un espace enclos sinon clos (l’accès est libre, y compris la nuit), bien délimité, ayant gardé intacts non seulement son plan de rues, mais aussi ses portails d’entrée et son mur d’enceinte, et ayant peu souffert des altérations et interventions urbanistiques modernes ; ses constructions datent pour l’essentiel du , et adoptent ― hormis l’église et le portail d’entrée principal, d’un baroque exubérant ― le style traditionnel local, respectueux du précepte béguinal de sobriété, même si beaucoup de façades ont été refaçonnées au . Tel quel, il passe pour un des mieux conservés et des plus pittoresques de Flandre. Avec douze autres béguinages flamands, il est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998. De nombreux artistes l’ont chanté, ou s’en sont servis comme décor pour leurs œuvres, et plusieurs, appréciant son calme et son atmosphère particulière, y ont résidé, au premier rang l’écrivain emblématique de la ville de Lierre, Felix Timmermans.
Description générale vignette|Plan du béguinage, établi d'après un plan cadastral de 1828 (NB : le nord se situe à droite) Le béguinage de Lierre est bien préservéIl y a lieu de s’entendre sur le qualificatif bien préservé. Il ne saurait assurément signifier que le béguinage ait gardé son aspect médiéval, puisque rien ou presque ne subsiste de la substance bâtie antérieure au ; en effet, les maisons étaient faites en pisé et bois, avec des toits de chaume, qui n’ont pu résister à l’injure du temps. Après les destructions des guerres de religion, et pendant la période de calme et de reconstruction correspondant à la contre-réforme du , et dans le siècle suivant, les maisons actuelles furent édifiées en dur. Il n’en va pas différemment dans les autres béguinages de Flandre ; seule l’église peut dans certains cas remonter à l’époque médiévale, en particulier dans la moitié orientale de la Flandre (Diest, Tongres, Saint-Trond…) ; à Lierre, cependant, l’église date de l’époque baroque. Être bien préservé signifie donc, dans le cas d’un béguinage : avoir gardé au minimum son plan au sol original ; se présenter comme un ensemble clos, distinct de la zone environnante ; présenter un ensemble bâti, sobre et traditionnel, un tant soit peu homogène, remontant en majorité aux et siècles ; posséder une église antérieure à la Révolution française ; ne pas avoir trop souffert au ou à l’époque contemporaine de démolitions ou d’altérations de forme ou de style (p.ex. ne pas avoir subi trop de réinterprétations néo-gothiques intempestives dans la seconde moitié du ). Le béguinage de Lierre semble satisfaire à ces critères.. Le site actuel, exemple typique de béguinage à rues, se présente comme une petite ville en miniature, de environ, ayant la forme d’un rectangle, dont l’axe long est orienté du nord-nord-est au sud-sud-estDans la suite de cet article, nous nommerons, pour simplifier, nord : le nord-nord-est et sud : le sud-sud-est, etc., délimité au nord par la Wezenstraat et le KalvariebergLe Kalvarieberg est une placette qui forme au nord-est une sorte d’excroissance de sa zone bâtie., à l’est par un coude de la rivière la Nèthe, à l’ouest par la Begijnhofstraat, et au sud par les remparts de la ville, aménagés vers l’an 1400 et encore reconnaissables comme tels aujourd'hui.
Plan La centaineSelon nos estimations. Nous ne nous expliquons pas le chiffre de 162 maisons donné par l’office de tourisme de Lierre. de maisons, qui datent pour la plupart du ou début , et portent chacune, depuis le début , le nom d’un saint ou d’une sainte, ou de quelque fait biblique ou événement de l’histoire sainte, sont disposées le long de onze rues et ruelles pavées se croisant orthogonalement. Ce sont : d’abord, trois rues allant dans le sens nord-sud (suivant l’axe long, c'est-à-dire parallèles à la Begijnhofstraat), à savoir : la Sint-Margaretastraat (rue Saint-Marguerite), voie la plus ancienne et la plus centrale ; la Symforosastraat, anciennement Nieuwestraat (rue Neuve), rebaptisée telle en l’honneur de Felix Timmermans, à l’ouest ; et le Grachtkant (litt. bord-du-fossé), à l’est, typiquement bordée d’un alignement de dix maisons de béguine identiques, de style traditionnel, édifiées au ; ensuite, croisant ces trois rues à la perpendiculaire, huit rues transversales : la Wezenstraat, au nord, aboutissant, à l’ouest, au monumental portail d’entrée sur la Begijnhofstraat, et à l’est sur le portail donnant sur la Nèthe, et dans laquelle débouche le Kalvarieberg (Mont-Calvaire) ; le Oud-Kerkhof (litt. ancien cimetière), de part et d’autre de l’église ; la rue Martienushoek, que prolongeait autrefois, par retour d’équerre, une étroite impasse, large de et longue de , aujourd'hui disparue, nommée Piepenholleke (‘trou de souris’, en traduction libre), qui conduisait à quatre maisons de béguine adossées au mur d’enceinte, démolies entre 1820 et 1830 ; la Hellestraat, située le plus au sud ; enfin trois ruelles transversales très resserrées, la Bodegemstraat, la Pompstraat, et enfin la grêle venelle Hemdsmouwken (litt. manche de chemise), large de dans sa partie ouest, à l’origine chemin d’incendie.
Composition vignette|Portail d'entrée au nord-est du béguinage. À droite: façade arrière du vieux presbytère (probablement fin du ). Le béguinage comporte trois portails d’entrée, les deux premiers gardant les deux extrémités de la Wezenstraat, un troisième à l’extrémité sud de la rue Sainte-Marguerite, s’ouvrant sur le rempart. Le site comprend encore : l’église Sainte-Marguerite, datant de l’époque baroque, sise Margaretastraat, plus ou moins au centre du béguinage ; l’ancienne infirmerie, devenue par la suite orphelinat de filles, en réalité vaste édifice néo-classique du , occupant l’angle nord-est ; le Achterste Convent, litt. 'convent d’arrière'Le convent d'arrière est à distinguer du Voorste Convent, litt. 'convent de devant', ayant existé à la même époque et à peu de distance, mais aujourd'hui disparu, bâtiment assez considérable, de style traditionnel brabançon, situé MartienushoekRappelons que les convents étaient des maisons collectives, généralement de taille plus grande, destinées à offrir le logis aux béguines moins fortunées, ne pouvant avoir accès à une maisonnette individuelle ; reste à signaler le chemin de croix, en bois peint, daté de 1890-1920, dont les stations sont dispersées à travers tout le site.
Architecture L’architecture est d’un style généralement sobre, nonobstant les fréquentes adaptations et nombreux remaniements effectués au cours du , qui l’ont rendu hétérogène et empêchent de se faire une idée exacte de l’état ancien du site. Néanmoins, l’aspect global semble avoir été préservé, et le plan ancien est inaltéré. Le matériau utilisé est la brique, souvent chaulée, avec emploi occasionnel de pierre blanche pour les chambranles, moulures, etc.
Les maisonnettes de béguine comptent un ou deux niveaux, se présentent sur rue avec une façade pignon mais le plus souvent gouttereau, sont majoritairement dotées de lucarnes, et sont souvent précédées d’une courette ou d’un jardinet qu’un mur de clôture, percé de petites portes assez caractéristiques à arc plein-cintre, sépare de la rue. Un certain nombre de maisons ont été démolies aux , spécialement dans les rues Symforosastraat, Bodegemstraat et Grachtkant, les parcelles ainsi libérées servant ensuite de jardinets aux maisons attenantes.
Des restaurations ont été effectuées en 1949 et, plus récemment, entre 1986 et 1987.
Histoire
Origine
On peut supposer qu’il y eut à Lierre dès le , comme dans d’autres villes de Flandre, des femmes pieuses, non entrées dans les ordres, désireuses de mener une vie contemplative tout en se mettant au service des malades et des déshérités. Ces béguines, qui jusque-là n’avaient pas quitté leur foyer, se regroupèrent à la fin du en confréries, placées sous la direction d’un pasteur spirituel, où elles étaient tenues au respect de certaines règles (prières, confiteor, assistance à certains offices, etc.), mais vivaient encore dispersées. Dès que le nouvel ordre conventuel béguinal eut reçu l’agréation papale en 1216, les béguines de Lierre, ville bénéficiant depuis peu d’une charte d’affranchissement et alors en plein essor, se regroupèrent, pour mener désormais une vie claustrale, dans des convents de béguines, c'est-à-dire des maisons collectives réservées. Ces convents donnaient souvent lieu à la création d’hôtels-dieu, dont un premier exemple à Lierre fut sans doute le convent avec hôtel-Dieu de Sainte-Barbe (Sint-Barbaragodshuis), dans la Rechtestraat, près de la collégiale Saint-Gommaire.
Trois de ces béguines, de la même fratrie et fortunées, cédèrent au convent leur bien-fonds, situé à l’emplacement de l’actuel béguinage, c'est-à-dire en dehors de la muraille d’enceinte de la ville, pour y construire un buitenconvent, un convent extérieur, sis dans un enclos réservé. Celui-ci fut autorisé en 1258, par l’évêque de Cambrai, à posséder sa propre chapelle, desservie par un curé ou par un autre prêtre, afin d’éviter aux béguines le va-et-vient continuel vers l’église Saint-Gommaire. L’année suivante, le béguinage fut habilité par le doyen à se constituer en paroisse à part entière, ayant à sa tête son propre curé, désigné par l’abbé de l’abbaye de Hemiksem ; le statut de paroisse autonome fut confirmé en droit par l’évêque de Cambrai en 1264. C’est aussi dans les années 1260 que la duchesse Adélaïde de Bourgogne, épouse du duc Henri III (1248-1261), leur offre une vieille salle de leur pavillon de chasse à l’effet de l’aménager en chapelle.
Croissance
Le béguinage a sans aucun doute plusieurs fois changé d’apparence tout au long de son existence multiséculaire. Les premières constructions, simples masures en pans de bois ou argile, à toiture de chaume, ont fait place, à partir du , à des bâtisses en brique et à toits de tuiles ou d’ardoises. En outre, le béguinage fut par deux fois ravagé par un incendie, une première fois en 1485, où plus de la moitié des maisons, dont la Table du Saint-Esprit, furent détruites, et une deuxième en 1526, où l’infirmerie du , en même temps que plusieurs maisons, devint la proie des flammes. Dans le turbulent , il fut incendié et pillé par les troupes de Maarten Van Rossum en 1542, puis, lors des guerres de religion, plusieurs fois endommagé ; ainsi, vers 1580, l’église fut-elle vidée de son mobilier et spoliée de ses cloches par les protestants. L’état actuel ne correspond certes pas à l’état médiéval.
thumb|La rue Sainte-Marguerite. Façade de l'église à droite. (Coup d'œil vers le sud.)