Le royaume de Finlande est un État éphémère mis en place à la suite de la victoire allemande en Russie en 1917 et 1918.
Indépendante de la Russie depuis le mois de , la Finlande constitue un enjeu entre les Bolcheviks russes au pouvoir à Petrograd et le gouvernement du De 1871 à 1945, le nom officiel de l'État allemand est . Par commodité, l'Empire allemand sera désigné simplement par le terme dans la suite de l'article., alors dirigé par le chancelier impérial Georg von Hertling. Chacun des deux protagonistes s'appuie sur des relais locaux, qui s'affrontent lors d'une guerre civile qui tourne à l'avantage des conservateurs, rapidement soutenus militairement par un corps expéditionnaire allemand déployé sur place à partir du mois de . Contrairement à d'autres régions occidentales de l'Empire russe, le territoire du grand-duché de Finlande, annexé à la Russie en 1809, n'a jamais constitué un but de guerre du Reich à l'Est.
À la suite de la proclamation du royaume, un conseil de régence est mis en place : présidé par Pehr Evind Svinhufvud, ses membres conservateurs essaient de stabiliser le pays, en s'appuyant sur la milice des gardes blancs, soutenus par des unités allemandes rapidement déployées sur place. Pour pérenniser ce soutien, le conseil propose le trône royal finlandais à un prince allemand, Frédéric-Charles de Hesse, beau-frère de l'empereur allemand . Cependant, ce choix est remis en cause par la défaite du et la disparition de la monarchie en Allemagne. La forme républicaine est finalement adoptée, Carl Gustaf Emil Mannerheim, le nouveau régent, se prononçant pour un régime républicain.
Indépendance de la Finlande La Finlande entre 1914 en 1917
En 1914, la Finlande compte près de d'habitants, majoritairement installés à proximité de Helsinki, la capitale du grand-duché.
Durant le conflit, le grand-duché, placé sous le régime constitutionnel établi en 1772 par le roi de Suède , poursuit son existence autonome au sein de l'Empire russe. Ainsi, à la fin de l'année 1916, convoque des élections pour le renouvellement de la diète ; ces élections confèrent à la diète une majorité de députés sociaux-démocrates. Cette autonomie se matérialise également par une politique commerciale conforme aux intérêts économiques du grand-duché, notamment par l'exportation des excédents finlandais vers la Suède.
Cependant, cette autonomie est rapidement limitée par la politique menée par le gouvernement impérial russe, amplifiant la politique de russification mise en place à partir de 1900. En effet, en , le statut du territoire est modifié, les libertés locales limitées, le pouvoir des fonctionnaires renforcé et les Juifs expulsés, tandis que l'autorité du Saint-Synode est étendue à l'Église orthodoxe finlandaise. Le resserrement de la tutelle politique russe constitue également pour le gouvernement impérial l'occasion d'imposer à la diète finlandaise une contribution exceptionnelle au budget militaire russe fixée à de marks finlandais. De plus, dès les premiers jours du conflit, l'armée impériale déploie des unités en Finlande, afin de pouvoir peser sur la neutralité suédoise, garantie par les Alliés dès le , et de renforcer son contrôle sur la côte.
Dans le même temps, le gouvernement de Petrograd organise sur le territoire du grand-duché une puissante industrie de guerre, destinée à équiper l'armée impériale et encourage le développement du secteur bancaire, afin de financer l'effort de guerre russe ; parallèlement, l'exploitation des terroirs finlandais par le gouvernement entraîne la multiplication des mécontentements, liée à la situation de disette que cette exploitation génère ; cette disette est renforcée par la fermeture de la mer Baltique au trafic maritime. Cette exploitation du territoire finlandais s'accompagne d'une politique de développement économique, notamment la construction de lignes de chemins de fer et de routes pour permettre une rapide concentration de troupes en cas de débarquement allemand.
Enfin, la Finlande est rapidement perçue par les belligérants comme un moyen au service de leurs objectifs respectifs. En effet, la France ne soutient pas les autonomistes finlandais, les diplomates français estimant que cette autonomie ne peut qu'affaiblir l'Empire russe allié, tandis que les Allemands se montrent plus ouverts aux autonomistes finlandais, encouragés par le mécontentement populaire.
Autonomie puis indépendance
La politique centralisatrice menée depuis le déclenchement des hostilités par le gouvernement impérial russe est rapidement remise en cause par le gouvernement issu de la révolution de Février : en effet, dès le , le gouvernement provisoire annonce la fin de la politique de russification, la convocation d'une assemblée constituante et la garantie de l'autonomie de la Finlande au sein de la Russie.
Au cours de l'année 1917, sensible à la nouvelle politique des nationalités menée par le gouvernement provisoire, l'assemblée finlandaise décide de maintenir ses liens avec la Russie. Cependant, au mois d', la diète élue avant la révolution est dissoute par le gouvernement provisoire, convaincu par les arguments des conservateurs. De nouvelles élections, organisées en , leur donnent la majorité, mais préservent pour les sociaux-démocrates finlandais les moyens de faire adopter un certain nombre de mesures sociales, notamment la journée de huit heures, adoptée par la diète le . Ces mesures sociales imposées par les sociaux-démocrates incitent les propriétaires terriens, appuyés sur les conservateurs, à mettre en place les premières milices d'autodéfense, noyau des gardes blanches, avec les membres du mouvement Jäger. Face à ces milices financées par les propriétaires terriens, des gardes rouges s'organisent dans les villes.
Dans ce contexte marqué par l'exacerbation des tensions entre les conservateurs et les sociaux-démocrates, l'autorité du gouvernement russe, toujours souverain dans le grand-duché, disparaît dans les faits au cours de l'été : en effet, les unités de l'armée russe font face à un mouvement de désertions massives, ce qui prive le gouvernement provisoire des moyens de l'exercice du pouvoir dans le grand-duché.
Dans ce contexte explosif, les conservateurs, majoritaires au sein de la nouvelle assemblée, se montrent moins attentistes que les sociaux-démocrates et actent cet effacement en rompant les liens qui unissent la Finlande à la Russie : encouragés par Pehr Evind Svinhufvud, ils proclament l'indépendance le , reconnue le par la Russie, la France, le et la Suède. Cette reconnaissance internationale ne remet nullement en cause le caractère Selon le mot de Jean-Jacques Fol. de l'indépendance finlandaise : des troupes russes sont toujours déployées sur le territoire finlandais, l'économie du grand-duché est désorganisée par le conflit et les représentants du exercent une influence discrète, mais prépondérante sur la vie politique et économique finlandaise.
Instabilité politique
Dès le mois de alors que les liens entre la Finlande et la Russie ne sont pas encore formellement rompus, un nouvel État finlandais, dans un premier temps autonome au regard du droit international, se constitue rapidement, sous la protection du .
Guerre civile
Le territoire de la Finlande, au centre des luttes entre partisans du pouvoir bolchevik et défenseurs de la nouvelle indépendance, est rapidement occupé dans un premier temps par les troupes russes fidèles au nouveau gouvernement ; ces unités se retirent en vertu des clauses du traité de paix de Brest-Litovsk.
Ainsi, dès le mois de , le territoire finlandais, toujours occupé par les troupes russes, constitue le théâtre de luttes entre un gouvernement socialiste, soutenu par le gouvernement bolchevik russe, et des corps francs organisés depuis Vaasa par Carl Gustaf Emil Mannerheim, ancien général russe. Les deux gouvernements organisent leur propre armée : les gardes rouges forment l'armée du gouvernement socialiste, les gardes civiques appuient Mannerheim.
Les unités de Mannerheim, épuisées par les combats, sont rapidement relevées par un corps expéditionnaire allemand de , commandés par Rüdiger von der Goltz.
Rétablissement de la monarchie
thumb|250px|La couronne imaginée pour le roi de Finlande.|alt=Photo en couleur d'une couronne fermée surmontée d'ornements qui recouvrent le sommet de la tête, au sommet un lion en or
Durant le printemps 1918, la question du régime politique se pose avec acuité dans le nouvel État ; légalement, le dernier grand-duc de Finlande, abdique le Le tsar abdique le , au profit de son frère., laissant dans les faits le pouvoir à la diète, qui ne proclame pas la chute de la monarchie. Deux choix s'offrent alors au gouvernement provisoire finlandais, la proclamation d'une constitution d'orientation libérale, facilitant un rapprochement futur avec les Alliés, ou l'établissement d'une monarchie calquée sur le modèle prussien ; ce second choix implique un alignement de la politique du nouveau royaume sur la politique des puissances centrales.
Le , alors que le gouvernement provisoire finlandais n'a pas défini la nature du régime politique finlandais, Pehr Evind Svinhufvud, qui a proclamé l'indépendance de la Finlande en décembre précédent et signé au nom de son gouvernement le traité d'alliance avec le , se proclame régent de Finlande.
Le , alors que la garde rouge finlandaise a été balayée, le parlement finlandais, dominé par les conservateurs, partisans de l'alliance avec le , se prononce formellement sur la nature du régime politique finlandais, se déclarant en faveur du rétablissement de la monarchie en Finlande.
Organisation du royaume Dévolution de la couronne
La victoire des conservateurs durant la guerre civile, obtenue avec le soutien des unités de l'armée impériale allemande déployées sur place, incite Svinhufvud, alors chef du gouvernement, à se proclamer régent du royaume de Finlande, rétablissant de fait la monarchie ; disposant d'une faible assise, soumis au gouvernement du , il négocie la dévolution de la couronne finlandaise à un prince allemand contre un soutien allemand dans sa lutte face aux Russes et à ses rivaux.
La dévolution de la couronne royale finlandaise crée des tensions dynastiques dans le : l'empereur souhaite voir la couronne de Finlande dévolue à son fils Oscar, mais il doit compter avec l'opposition des autres princes allemands et les opinions publiques, finlandaise, allemande et alliées.
Au terme de négociations compliquées entre les trois principales maisons régnantes dans le L'Empire allemand est une fédération de vingt-deux monarchies et trois villes libres., les Hohenzollern d'une part, les Wittelsbach et les Wettin d'autre partLes Hohenzollern sont la famille régnante en Prusse et dans le , les Wittelsbach règnent en Bavière, les Wettin en Saxe., la couronne est finalement offerte à Frédéric-Charles de Hesse, chef de la maison de Hesse et, par son mariage, beau-frère de .
Prince allemand, il doit obtenir l'autorisation du gouvernement du . Le prince est finalement autorisé à accepter cette proposition le . La demande ayant été acceptée par le souverain allemand, Frédéric-Charles est formellement élu roi de Finlande par la diète finlandaise le .
Institutions
Conformément aux vœux des protecteurs allemands du régent, la constitution et les institutions adoptées dans le royaume sont fortement inspirées par les institutions prussiennes. Ces projets constitutionnels d'inspiration conservatrice rencontrent l'assentiment du régent Pehr Evind Svinhufvud, lui-même partisan d'un exercice autocratique du pouvoir.
Le roi, resté sujet allemand, dispose de pouvoirs étendus dans le domaine de la diplomatie, de la politique étrangère, tout en conservant le contrôle de la gestion des affaires du royaume.