Le mouvement lesbien, gay, bisexuel, trans, queer et intersexe (LGBTQI+) est l'ensemble des mouvements et actions individuelles ou collectives visant à améliorer les conditions de vie des minorités sexuelles et de genre, notamment celles qui relèvent de l'homosexualité masculine, du lesbianisme, de la bisexualité, de la transidentité, de l'intersexuation, de la non-binarité, et de toute autre identité queer de façon générale.

Un objectif fréquemment avancé par ces mouvements est la libération de l'ensemble de la société de la biphobie, de l'homophobie, de la lesbophobie et de la transphobie, notamment par l'égalité des droits (civils, politiques et sociaux) pour les personnes LGBT..

Il n'existe pas d'organisation qui regroupe l'ensemble des LGBT et de nombreuses structures existent dans différents pays à travers le monde. Le mouvement se concrétise notamment par des actions militantes, culturelles et artistiques ou des manifestations de rue telles que la Marche des fiertés.

Périmètre et appellation gauche|vignette|Marche des fiertés en 2017. Le terme « mouvement LGBT » peut désigner deux concepts proches : le premier est l'ensemble des mouvements politiques des minorités sexuelles et de genre, qu'ils soient spécifiques à une communauté ou pas ; le second est la sous-partie de ces mouvements qui sont spécifiquement mixtes : la première conception classe ainsi le militantisme lesbien non mixte comme faisant partie du mouvement LGBT, tandis que la seconde le voit comme un autre mouvement différent et complémentaire.

Outre le terme « mouvement LGBT » et ses variations (« mouvement LGBTI+ », « mouvement LGBTQIA », etc), on rencontre aussi, jusqu'au début du , le terme « mouvement gay et lesbien » ; le terme polysémique « queer » ou le mot « transpédégouine » peuvent aussi être utilisés, chaque expression étant porteuse de valeurs et objectifs politiques propres. Alors que tous ces termes peuvent être utilisés par les militants LGBTI+ eux-mêmes, les expressions tels que « lobby gay » sont exclusivement utilisées par les opposants aux revendications politiques des minorités sexuelles et de genre.

Histoire

Première moitié du en Europe Les penseurs européens de l'émancipation des personnes homosexuelles du début du seront aux origines d'un militantisme visant à la dépénalisation de l'homosexualité, l'arrêt de la pathologisation et l'acceptation sociale de sexualités autres qu'hétérosexuelles. L'écrivain suisse Heinrich Hössli (1784-1864) publie dès 1836 le premier essai dans lequel sont demandés des droits pour les personnes concernées par les « amours masculines », selon sa formule. En Allemagne, le juriste Karl-Heinrich Ulrichs (1825-1895) publie plusieurs volumes de ses (« Recherches sur l’énigme de l’amour entre hommes ») entre 1864 et 1879, et, en 1865, un manifeste en faveur de la création d'une fédération d'uranistes (terme ancien pour désigner les hommes homosexuels) ; il se déclarera lui-même uraniste en 1869. Il lutte également contre l'article du Code pénal allemand qui condamne les « relations contre-nature entre hommes ». Il vivra par la suite un exil en Italie, où il mourra.

De 1860 aux années 1960 : les débuts du militantisme homosexuel

Dans les premières décennies du , l'Allemagne est considérée comme un État très libéral, et Berlin tout particulièrement. En 1897 y est créé le Comité scientifique humanitaire à l'initiative du médecin et sexologue Magnus Hirschfeld (1868-1935). Le comité a pour objectif de faire abolir un article de la législation allemande, le paragraphe 175, en vertu duquel les comportements homosexuels masculins sont réprimés ; il édite aussi des publications sur l'homosexualité (livres, brochures, revue). Malgré la loi, une certaine tolérance est néanmoins de mise. À Berlin par exemple, les homosexuels possèdent ainsi leurs bars, leurs restaurants, et même une revue, Der Eigene. Malgré tout, l'Allemagne est secouée par un scandale retentissant à travers l'affaire Harden-Eulenburg.

vignette|Affiche du film Anders als die Andern (Différent des autres), 1919.

Le Comité scientifique humanitaire devient officiellement la première association au monde à prendre la défense des droits des homosexuels. Des ramifications sont développées dans nombre de pays occidentaux, mais à une échelle encore restreinte. En 1919, le comité réalise le film pédagogique (Différent des autres, réalisé par Richard Oswald, écrit par Richard Oswald et Magnus Hirschfeld) concernant les conséquences de l'homophobie et dénonçant lui aussi le paragraphe 175 du Code civil allemand. Le fondateur Magnus Hirschfeld crée un nouveau centre en 1919, baptisé Institut für Sexualwissenschaft (Institut de recherche sexuelle), qui devient un important carrefour de documentation et d'information jusqu'à sa destruction par les nazis dans les années 1930. D'autres organisations militantes homosexuelles verront le jour par la suite, dont : la Communauté des spéciaux, fondée par Adolf Brand (1874-1945), et l'Union des droits de l'homme, fondée par Friedrich Radszuweit (1876-1932) en 1922, première organisation ouverte aux militantes lesbiennes. À cette époque, la loi ne condamne pas les relations lesbiennes mais les militantes concernées souhaitent être visibles dans le mouvement homosexuel.

En 1921, Magnus Hirschfeld et d'autres créent la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle : elle rassemble notamment des médecins réformateurs et des représentants de du monde (dont d'Europe) ; la Ligue demande aux États d'avoir et que les relations sexuelles entre adultes consentants soient considérées de l'ordre de la vie privée.

vignette|Couverture du premier numéro de la revue Akademos.

La première revue homosexuelle à paraître en France est Akademos en 1909. Cette revue mensuelle « d'Art libre et de Critique » est créée par le baron Jacques d'Adelswärd-Fersen (descendant d'Axel de Fersen), elle ne parait qu'une année et il faut attendre le pour qu'une nouvelle revue apparaisse sous le titre Inversions. Elle est rebaptisée L'amitié à partir de 1925 et n'a qu'une brève existence, les deux auteurs étant condamnés pour outrage aux bonnes mœurs. C'est la création du mensuel Futur en , suivi par la revue Arcadie à partir de , qui lance de fait le premier mouvement homosexuel organisé en France.

Alors que la sous-culture homosexuelle sort de l'ombre en Allemagne, elle demeure principalement le fait des hommes. Un certain activisme lesbien réussit néanmoins à surgir dans les milieux féministes allemands, mais c'est grâce à l'arrivée d'intellectuelles américaines, des écrivains, des artistes françaises ; Renée Vivien, Colette, Polaire, Rachilde, Romaine Brooks, Gertrude Stein, Djuna Barnes, Claude Cahun… À Paris, l'Américaine Natalie Clifford Barney ouvre un salon où converge entre 1909 et 1939 toute une communauté de femmes artistes, dont un bon nombre sont ouvertement lesbiennes.

En Allemagne, en 1933, alors que l'extrême droite avait gagné en popularité les années précédentes, les nazis répriment violemment les mouvements homosexuels et la Ligue est dissoute, ses membres exilés (le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) fondé en 1920 par Adolf Hitler arrive au pouvoir en 1933 et ouvre la période du Troisième Reich, le régime politique allemand de 1933 à 1945). Durant la Seconde Guerre mondiale, la seule organisation poursuivant son œuvre est le Cercle, fondé par l'acteur allemand Karl Meier (1897-1974) en 1932 et basé à Zurich, en Suisse ; cette organisation publie notamment un bulletin de liaison, qu'elle diffuse à l'étranger et qui est l'unique publication régulière homosexuelle de cette période.

Après la Seconde Guerre mondiale, les années 1950 voient réapparaître les « clubs » favorisant la sociabilité homosexuelle au moyen de conférences, excursions, bals masqués parfois. Des organisations militantes sont de nouveau créées, comme l’ (ICSE, Comité international pour l’égalité sexuelle), à Amsterdam, qui réclame des droits pour toutes les personnes homosexuelles, ou l'association homophile Arcadie en France, fondée en 1954 par André Baudry (1922-2018). La revue française Arcadie reçoit dans la même période un succès grandissant, malgré un amendement de la loi française (amendement Mirguet) qui catégorise l'homosexualité parmi les , de 1960 à 1980. Dès 1960, l, organisation britannique, milite pour la dépénalisation de l'homosexualité au Royaume-Uni.

1960-1980 : la révolution sexuelle Dans les années 1960, alors que les sociétés occidentales connaissent une révolution sexuelle, la communauté homosexuelle s’organise politiquement pour se défendre contre l'homophobie et les persécutions qu’elle subit, à l'instar d'autres mouvements qui se développent à la même époque et s'imprègne du discours révolutionnaire qui caractérise alors la jeunesse contestataire.

Par ailleurs, aux États-Unis, différentes institutions et organisations liées aux personnes transgenres apparaissent, telles que l'''Erickson Education Foundation, créée par Reed Erickson (1911-1992) en 1964, ou bien la Beaumont Society, créée au Royaume-Uni en 1966. La première participera notamment financièrement au développement des mouvements pour les droits civils des homosexuels des années 1960 aux années 1980, et sera aussi une ressource pour les personnes transgenres en matière d'information et de conseils ; la seconde diffusera de l'information sur la communauté transgenre dirigée vers le grand public et fonctionnera encore dans les années 2020. En 1966, alors que la police harcelait la communauté transgenre depuis plusieurs décennies pour port de vêtements de l'autre genre et du maquillage alors que cela ne faisait pas partie des mœurs admises, de violentes émeutes ont lieu sur la Côte Ouest des États-Unis.

En 1967, l'homosexualité est dépénalisée en Angleterre et au Pays de Galles.

En France, en mai 1968, des mouvements homosexuels révolutionnaires s'inspirant du américain (GLF, Front de libération gay) voient le jour.

vignette|Plaque commémorative au Stonewall Inn.

Le mouvement homosexuel fait véritablement son apparition en juin 1969, au cours des émeutes de Stonewall qui explosent à New York autour du bar Stonewall Inn — celles-ci ont plus largement trait aux personnes LGBTQI+. Cet établissement du quartier Greenwich Village (à New-York) fait, le soir du , l’objet d’une descente policière qui est ressentie par les clients comme . Des émeutes ont lieu dans le bar et dans les rues avoisinantes : des policiers sont pris en otages, et pendant plusieurs jours environ affrontent les forces de l'ordre dans le quartier.

La drag queen et femme transgenre Marsha P. Johnson (1945-1992) est connue pour avoir participé aux manifestations contre la police lors des émeutes de Stonewall. Cette militante a montré la présence des personnes transgenres qui existent dans la communauté LGBT. Sa présence a notamment été connue à travers les manifestations, la Marche des fiertés et surtout après sa mort. La police conclut sa mort comme un suicide, une conclusion fortement contestée par la communauté LGBT de New York. La diffusion à travers les journaux et documentaires a permis à la minorité transgenre de se faire connaître, leur donnant une bonne et mauvaise image. C’est-à-dire que cette communauté va recevoir beaucoup de soutien, encourageant l’émancipation des personnes transgenres, mais aussi un grand nombre de mécontentement, disant que ce n’est pas normal de vouloir changer son sexe, son genre. Beaucoup ont commencé à s’intéresser à cette minorité transgenre, et des inégalités dans la communauté LGBT même se sont fait connaîtreThe Death and Life of Marsha P. Johnson. 2017. David France. Netflix.. La femme transgenre et drag queen Sylvia Riviera était également parmi les participants. Riviera et Johnson fonderont l'organisation Street Transvestite Action Revolutionaries (STAR), avec l'objectif d'aider les jeunes drag queens et femmes trans de couleur.