La chapelle Saint-Louis de Carthage est une ancienne chapelle édifiée entre 1840 et 1841 à Carthage (Tunisie), à partir d'une donation d'un terrain au roi de France par le bey de Tunis en 1830. Elle se trouvait au sommet de la colline de Byrsa, au cœur du site archéologique de Carthage, jusqu'à sa destruction en 1950.

Bien que déprécié du fait de son style architectural, l'édifice fait l'objet de plusieurs campagnes de restauration dans son histoire. À partir de l'installation des pères blancs, il constitue un centre à partir duquel s'exerce une activité pastorale, médicale à destination des populations locales et également archéologique avec la naissance des premières collections de ce qui devient par la suite le musée national de Carthage.

C'est un témoignage de la période charnière de l'histoire commune entre la France et la Tunisie, du Moyen Âge avec la tradition entourant la mort de Louis IX lors de la huitième croisade sur le site en 1270 au renouveau au de la vénération de ce souverain reconnu saint. L'histoire de l'édifice témoigne aussi de la période du protectorat français à partir de 1881, et sa destruction intervient à la veille de l'indépendance du pays.

Genèse du projet Carthage, lieu de la mort de Louis IX

vignette|gauche|alt=Vue d'une miniature médiévale avec une tente dans laquelle est présent une personne allongée, à l'arrière-plan deux navires et une armée, au fond une fortification.|La mort de Louis IX selon le manuscrit des Grandes Chroniques de France attribuées à Jean Fouquet, vers 1455-1460.

À la suite de l'échec de la septième croisade, Louis IX décide de se croiser à nouveau en 1268, pour un départ annoncé en 1270. Le roi espère utiliser la Sicile où règne son frère Charles d'Anjou comme base et convertir l'émir Muhammad al-Mustansir pour attaquer ensuite l'Égypte.

Le roi quitte la France le et, après une halte en Sardaigne, arrive à La Goulette. L'émir se prépare au siège à Tunis et les croisés décident de prendre Carthage comme base pour leur armée. Après la prise de Carthage, une épidémie de dysenterie ou de typhus ravage l'armée et tue le prince Jean Tristan le puis le roi le , . Le roi défunt est canonisé le . Une étude menée sur les reliques du souverain en 2015 puis 2019 confirme que le roi a été touché par le scorbut et la bilharziose... Les morts ont été enfouis . Le corps du souverain est rapatrié en France après avoir été traité selon le rite du .

Le site de la chapelle Saint-Louis est considéré comme le lieu où était installé le camp de Louis IX, car il permettait de surveiller les environs, et où il est mort en 1270. La véracité de cette tradition est mise en cause par Victor Guérin dès 1886, qui évoque une localisation permettant au monument d'être visible de la mer.

Genèse du projet de chapelle

vignette|alt=Carte de la Régence de Tunis en 1843.|Carte de la régence de Tunis en 1843.

Saint Louis est , à la fois pour son appartenance à la dynastie régnante et du fait que sa mort se déroule en croisade. La Première Restauration monarchique, après les bouleversements de la Révolution française, tente de renouer avec une tradition vive depuis le début du et restaure l'ordre de Saint-Louis dès 1814..

Le , à suite de la de Jules de Polignac en date du , Hussein II Bey signe un acte concédant à Charles X un espace destiné à honorer Louis IX , à . Cet acte additionnel secret s'ajoute à une confirmation d'anciens traités conclus entre la France et la Tunisie, avec de nouvelles dispositions dont la fin de la course, de l'esclavage des chrétiens, des tributs payés par les chrétiens et le fait d'accorder la clause de la nation la plus favorisée à la France. La fin du règne de Charles X à la suite des Trois Glorieuses et son abdication le n'est pas encore connue lors de la signature de ces textes diplomatiques, de même que son remplacement par Louis-Philippe .

Louange à Dieu l'Unique, auquel retourne toute chose ! Nous cédons à perpétuité à Sa Majesté le Roi de France un emplacement, dans la Maalka, suffisant pour élever un monument religieux en l'honneur de Louis IX, à l'endroit où ce Prince est mort. Nous nous engageons à respecter et à faire respecter ce monument consacré par l'Empereur de France à la mémoire d'un de ses plus illustres aïeux. Salut de la part du serviteur de Dieu, Hussein-Pacha-Bey. Que le Très-Haut lui soit favorable ! Amen.

Le 17 de Safar de l'année 1246. Fait au Bardo le . Le consul général chargé des affaires du Roi, M. Lesseps.

L'acte additionnel témoigne de . Le don de territoire est exceptionnel, de surcroît du fait d'un prince musulman envers un prince chrétien et de la . Du fait des vicissitudes politiques liées à l'abdication de Charles X et à la mort d'Hussein en 1835, l'acte ne peut entrer en vigueur qu'en 1840, après confirmation de ses termes par Ahmed Bey, . Le site est à partir de cette date considéré comme un . Cette cession peut cependant être interprétée par les historiens du début du comme le reflet de l'.

Le cardinal Charles Lavigerie, à la fin du , recueille une tradition faisant de Sidi Bou Saïd le roi français converti à l'islam sur son lit de mort.

Édification et utilisation Édification Construction

gauche|vignette|upright|alt=Photographie ancienne avec un ecclésiastique devant un bâtiment religieux.|Alfred Louis Delattre devant la chapelle.

L'emplacement au lieu-dit a été préalablement choisi par l'agent consulaire Jules de Lesseps, fils du consul général de France Mathieu de Lesseps : il s'agit du site de l'ancien temple punique d'Eshmoun, lieu de résistance des derniers Carthaginois au moment de l'assaut de Scipion Émilien lors de la troisième guerre punique, sur la colline de Byrsa, qui est baptisée . En effet, le roi Louis-Philippe donne son accord au projet. , citée dans le texte, désignait alors un vaste territoire allant jusqu'à la plage de Dermech et incluant Bordj Djedid et Byrsa. Le site de construction est choisi le par le consul de France, Charles de Lagau, en accord avec des représentants du bey. Le propriétaire est indemnisé et un cyprès planté sur les lieux qui restera en place jusqu'en 1932.

vignette|alt=Carte postale ancienne figurant divers artefacts archéologiques dont une fontaine et une statue.|Carte postale ancienne figurant une fontaine mosaïquée et une statue retrouvée à El Jem.

C'est par erreur que Sainte-Marie évoque un certain Germain en tant qu'architecte de la chapelle. Le projet est en réalité conçu par un jeune architecte, Charles-Joseph Jourdain, aux frais du souverain et sur modèle de la chapelle de Dreux.

Le , date anniversaire de la mort de Saint Louis, le consul Lagau et l'amiral Claude du Campe de Rosamel posent la première pierre, en fait un socle de statue antique. Une messe est dite par le père Emmanuele da Malta sur un autel improvisé, devant des marins en tenue de combat formant une garde d'honneur. La cérémonie terminée, un drapeau français est hissé en haut d'un mat, salué par 21 coups de canons de l'escadre française présente et par les canons du fort de La Goulette.

Les travaux peuvent alors commencer et la chapelle est inaugurée le par le père Emmanuele da Malta devant une foule nombreuse puisque toutes les personnalités européennes de la régence ont été invitées. Sous l'autel est déposé un coffret contenant des monnaies françaises d'or, d'argent et de cuivre ainsi que des médailles frappées spécialement pour l'occasion, un coffret qui ne sera pas retrouvé lors de la destruction de l'édifice. Les matériaux de construction étaient des pierres locales ou de Soliman, ainsi que des briques de Gênes pour la coupole de l'édifice.

La fête anniversaire du devient un rendez-vous incontournable pour la colonie française. Bureaux, magasins et entrepôts appartenant aux négociants français sont fermés ce jour-là et tous les notables se retrouvent à Byrsa en compagnie de nombreux Tunisiens et des représentants du bey. La ferveur est telle que la chapelle est consacrée le par Fidèle Sutter. À cette occasion, des reliques des martyrs Théodore et Benoît sont placées dans l'autel.

Lors de la construction sont dégagés des chapiteaux et des fûts de colonnes ; des vestiges retrouvés à El Jem ou Salakta sont également exposés sur le site par la suite. Des inscriptions puniques sont aussi offertes à François Bourgade, premier desservant.

Complexe modeste et histoire au temps du premier desservant L'édifice peut seulement contenir quinze personnes et, lors de l'inauguration, des tentes sont dressées pour accueillir l'assistance. Le bâtiment est salué par l'hommage de deux navires de la flotte française, le Montebello et le Neptune et, depuis les forts de La Goulette, par , et éclairé, ce qui ne manque pas de marquer les esprits.

vignette|alt=Vue aérienne du jardin et de la chapelle, avec au fond un bâtiment à colonnade et le dôme d'une cathédrale.|Chapelle avec le jardin l'entourant sur une ancienne carte postale.

La construction modeste destinée à loger le desservant n'étant pas utilisée à cet effet, elle sert comme premier musée archéologique sur le site. Le premier desservant est François Bourgade (1806-1866), qui crée également le musée et le collège Saint-Louis, situé dans la médina de Tunis. L'hôpital et le collège sont créés en 1843 et accueillent un public de toutes religions, avec Bourgade à sa direction. Celui-ci est nommé par l'entremise de la mère supérieure des sœurs de Saint Joseph, Émilie de Vialar, et exerce son ministère de 1841 à 1858. À côté de ses missions religieuses et éducatives, le titulaire s'implique dans l'archéologie et l'orientalisme : il crée un musée, caractérisant le . Les vestiges sont installés dans les locaux du séminaire et le jardin de la chapelle avec , avec également une salle au sein du collège.

Bourgade portait la barbe, le burnous et la chéchia . La chapelle perd son desservant après le retour en France de Bourgade en 1858, à la suite de sa révocation par le pape . Il avait déjà été révoqué à la suite de différends avec le baron de Theis à propos de terrains à Carthage, le poste n'étant rétabli qu'à la fin de l'année 1853.

Les collections archéologiques sont dispersées ou vendues après la révocation de Bourgade. Des vestiges étaient scellés dans les murs, en particulier , et seuls ces derniers échappent à la dispersion de la collection.

Utilisations Lieu de prière La chapelle sert à célébrer le souvenir de Louis IX tous les ans, le . Le lieu sert de lieu de prière et d'aumônerie aux marins français en relâche à La Goulette. La chapelle sert également de et de lieu de secours.

Édifice entre lieu de représentation mondaine et abandon La chapelle dépend du consulat général de France à Tunis et du vicaire apostolique de Tunis. Le site est utilisé pour des visites officielles comme celle du duc de Montpensier, Antoine d'Orléans, le puis le duc d'Aumale, Henri d'Orléans, et le prince de Joinville, François d'Orléans. Le , l'évêque d'Alger, Louis-Antoine-Augustin Pavy, est reçu sur le site. Gustave Flaubert passe sur le site lors de son voyage en -.

vignette|gauche|alt=Plan dressé au de la colline de Byrsa avec les vestiges visibles alors et les bâtiments existants.|Plan dressé par Charles Ernest Beulé en 1859.

Il n'y a, après le départ de Bourgade, pas de desservant pendant longtemps et la chapelle est confiée uniquement à un gardien. Elle est laissée rapidement dans après le départ de son premier desservant. Dès 1860, le constat de l'absence d'entretien de la chapelle par la France est fait par Victor Guérin, Léon Roches faisant de même et proposant son remplacement le .